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CHAPITRE II

De la matière, de la forme et du ministre du sacrement de mariage.

1014. Il est hors de doute qu'il ne peut y avoir de sacrement de mariage sans contrat; que le contrat est la base et le fondement du sacrement , et que ce contrat doit être légitime ou valide. De l'aveu de tous , le sacrement ne peut s'asseoir sur un contrat nul, car un contrat nul n'est point un contrat. On s'accorde aussi généralement à reconnaître que le contrat est la matière du sacre- Ci) Liv. de la foi et des œuvre» c. vu. — (2) Lettre i(, alias xcii. — (3) Voye*, ct^eâsus, le q° 579, etc.

mtnt, eu que le sacrement trouve sa matière dans le contrat. Mais quand il s'agit de déterminer sous quel rapport ou comment le contrat est la matière du sacrement, les théologiens ne se trouvent plus d'accord. Les uns, distinguant le contrat du sacrement, regardent le contrat comme matière, et la bénédiction du prêtre comme forme sacramentelle; les autres, en beaucoup plus grand nombre, ne voyant dans la bénédiction nuptiale qu'une cérémonie nécessaire de nécessité de précepte et non de sacrement, pensent que le contrat ou l'acte renferme tout à la fois la matière et la forme du sacrement, sans cependant expliquer la chose de la même manière. Ceux-ci font reposer la matière dans la tradition du pouvoir que les deux parties se donnent mutuellement l'une envers l'autre ; et la forme, dans l'acceptation qu'elles font réciproquement de ce pouvoii-. Ceux-là font consister la matière et la forme dans les paroles ou les signes par lesquels les deux contractants expriment leur consentement au mariage. Ces paroles, en tant qu'elles expriment la tradition du pouvoir que les parties se donnent mutuellement, constituent la matière; et en tant qu'elles en expriment l'acceptation, elles constituent la forme sacramentelle.

1015. Quant au ministre du sacrement, il est certain que la présence du curé des parties contractantes, ou d'un autre prêtre, délégué par le curé ou par l'évêque , est nécessaire à la validité du mariage partout où le décret du concile de Trente, concernant les mariages clandestins, est en vigueur. II est également incontestable que le mariage des fidèles a été de tout temps béni par l'Église ; mais cette bénédiction , appelée bénédiction nuptiale , est-elfe nécessaire de nécessité de sacrement? Le ministère du prêtre est-il indispensable pour conférer aux époux la grâce sacramentelle? Plusieurs théologiens, d'après Melchior Cano, pensent que le prêtre est ministre du sacrement de mariage ; les autres, dont le sentiment est plus commun , ne reconnaissent pas dans le mariage d'autre rit sacramentel que l'acte extérieur et sensible par lequel les parties contractantes se prennent pour époux , en se conformant aux lois de l'Église sur les empêchements dirimants. Suivant ce sentiment, Notre-Seigneur a établi le sacrement de mariage en élevant simplement à cette dignité l'union légitime de l'homme et de la femme, ou en attachant à cette union une grâce particulière qu'elle n'avait pas auparavant, la grâce qui sanctffie l'amour naturel des époux et les époux eux-mêmes. Aussi est-il remarquable que le pape Eugène IV et le concile de Trente, en parlant du mariage des chrétiens, identifient réellement le sacrement avec le cou- II. 41

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trat; qu'ils ne nous laissent pas voir d'autre élément ni d'autre ministre pour le sacrement que le contrat et les parties contractantes (l).

1016. Toutefois^ il en est de cette question comme de celles qui concernent la matière et la forme de ce sacrement : l'Église l'abandonne aux discussions de l'école, et né se prononce point. Ce silence ne peut être un sujet d'inquiétude pour les fidèles , ni un triomphe pour les ennemis du dogme catholique; car, dans chaque mariage contracté selon les formalités prescrites par l'Eglise , on trouve tout ce qui constitue le sacrement , c'est-à-dire une matière, une forme et un ministre qui applique l'une et l'autre, quoique nous ne puissions définir en quoi précisément consistent ces trois choses. Il suffit de savoir et chacun sait qu'il y a certainement sacrement, toutes les fois que deux personnes habiles à contracter mariage se prennent et s'acceptent mutuellement pour époux , et qu'un prêtre leur donne la bénédiction nuptiale.

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