CHAPITRE IV
De la création et de la nature de Vhomme.
90. L'homme a-t-il été crée de Dieu? Quelle est la nature de l'homme? Son âme est-elle spirituelle? Est-elle immortelle? Estelle libre? Voilà les questions que nous avons à examiner dans ce chapitre.
ARTICLE I
De la création de l'Iiomme.
9 1 . On lit, dans la Genèse, qu'après avoir créé le ciel et la terre, la lumière et les astres, les plantes et les animaux, le Seigneur dit: « Faisons l'homme à notre image et ressemblance, et qu'il domine « sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux « domestiques, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui ram- " pent sur la terre : Faciamus hovnnem ad imaginem et simi- « litudinem Twslram (3). « Puis Moyse ajoute : « Et Dieu créa « l'homme à son image; il le créa à l'image de Dieu (4). Il fornia « )ui-même le corps de l'homme du limon de la terre, et i! inspira ■' sur sa face un souffle de vie, et l'homme devint une àme vivante;
(1) Saint Jean, c. ix, y. 3. — (2) Voyez, dans le tome xiii« de la Bible de Vence, la Disse rtution sur les obsessions et les possessions du démon. — .3) Genèse, •:. i, v. 26. — (4) i:t creavll Deu» lioiuiaem ad ùuagiueni siiam ; ad ànaginen» Dei creavit illum. Ibidem, v 27.
<r Et inspiravit infaciem ejus spiraculum viiœ, eifactus est homo « in animam viveniem (l). Le Seigneur Dieu dit aussi : Il n'est « pas bon que l'iaorame soit seul ; faisons-lui un<; aide semblable à ' lui (2). Le Seigneur Dieu envoya donc un profond sommeil à " Adam; et lorsqu'il était endormi, il tira une de ses côtes, et mit - de la chair à la place; et de cette côte il forma le corps de la <; femme, qu'il donna pour compagne à Adam (3). » Il est remarquable que tous les peuples ont conservé quelque souvenir de la narration de Moyse concernant l'origine de l'homme (4) ; que, mal gré les erreurs graves dans lesquelles les gentils sont tombés sur la nature divine et la nature humaine , les gentils s'accordent généralement à reconnaître l'Être suprême comme le père et le principe des hommes et des dieux : Hominum divumque pater, hominum sator atque deorum (5).
92. Reprenons le texte sacré : « Jusqu'ici Dieu avait tout fait « en commandant; mais quand il s'agit de produire l'homme, « Moyse lui fait tenir un nouveau langage : Faisons l'homme, dit- « il, à notre image et ressemblance. Ce n'est plus cette parole im- ' périeuse et dominante; c'est une parole plus douce, quoique non « moins efficace. Dieu tient conseil en lui-même; Dieu s'excite lui- « même, comme pour nous faire voir que l'ouvrage qu'il va entre- « prendre surpasse tous les ouvrages qu'il avait faits jusqu'alors.
« Faisons l'homme La parole de conseil, dont Dieu se sert,
" marque que la créature qui va être faite est la seule qui peut agir « par conseil et par intelligence. Tout le reste n'est pas moins < extraordinaire. Jnsque-là nous n'avions point vu, dans l'iiistoire « de la Genèse^ le doigt de Dieu appliqué sur une matière corrup- " tible. Pour former le corps de l'homme, lui-même prend de la K terre; et cette terre, arrangée sous une telle main , reçoit la plus « belle figure qui ait encore paru dans le monde.
« Cette attention particulière, qui paraît en Dieu quand il fait « l'homme, nous montre qu'il a pour lui un égard particulier, '< quoique , d'ailleurs , tout soit conduit immédiatement par sa sa- « gesse.
« Mais la manière dont 11 produit l'âme est beaucoup plus mer-
(1) Ibid., c. II, T. 7. — (2) Non est boniim esse hominem solum : fâciamus ei adjuforiiim simile sibi. Ibidem, v. 18 — (3) Immisit ergo Dominus Deus soporem in Adam : cumque obdormisset, tulit unam de costis ejus, et repievit carnem pro ea. Et aedificavit Dominus Deus costam quam tulerat de Adam, in mulierem, et adduxit eam ad Adam. Ibid., v. 21, 22. — (4) Voyez le tome i de cet ouYrage, n" 176. — (5) Voyez, aa même tome, le n" 563.
DE DIEU. <}g
• veilleuse. Il ne la tire point de la matière, il iMnspire d'en haut: « c'est un souffle de vie qui vient de lui-même. Quand il créa les « bêtes, il dit : Que l'eau produise des poissons ; et il créa de cette « sorte les monstres marins, et toute âme vivante et mouvante « qui devait remplir les eaux. Il dit encore : Que la terre pro- « duise toute âme vivante , les bêtes à quatre pieds et les reptiles. « C'est ainsi que devaient naître ces âmes vivantes d'une vie brute « et bestiale, à qui Dieu ne donne pour toute action que des mou- « vements dépendants du corps. Dieu les tire du sein des eaux et •< de la terre. Mais cette âme, dont la vie devait être une imitation '< deila sienne, qui devait vivre, comme lui, de raison et d'intelli- « gence , qui lui devait être unie en le contemplant et en l'aimant, " et qui, pour cette raison, était faite à son image, ne pouvait être « tirée de la matière. Dieu, en façonnant la matière, peut bien for- " mer un beau corps ; mais , en quelque sorte qu'il la tourne et la '< façonne, jamais il n'y trouvera son image et sa ressemblance. « L'âme, faite à son image, et qui peut être heureuse en le possé- '< dant, doit être produite par une nouvelle création : elle doit ve- « nir d'en haut; et c'est ce que signifie ce souffle de vie que Dieu « tire de sa bouche.
« Souvenons-nous que Moyse propose aux hommes charnels, « par des images sensibles , des vérités pures et intellectuelles. Ne '< croyons pas que Dieu souffle à la manière des animaux ; ne « croyons pas que notre âme soit un air subtil ni une vapeur déliée: « le souffle que Dieu inspire, et qui porte en lui-même l'image de " Dieu, n'est ni air ni vapeur. Ne croyons pas que notre âme soit « une portion de la nature divine, comme l'ont rêvé quelques phi- « losophes. Dieu n'est pas un tout qui se partage. Quand Dieu au- - rait des parties , elles ne seraient pas faites : car le Créateur, « l'Être incréé ne serait pas composé de créatures. L'âme est faite, « et tellement faite, qu'elle n'est rien de la nature divine, mais « seulement une chose faite à l'image et ressemblance de la nature « divine, une chose qui doit toujours demeurer unie à celui qui l'a « formée ; c'est ce que veut dire ce souflle divin, c'est ce que nous « représente cet esprit de vie.
« Voilà donc l'homme formé. Dieu forme encore de lui la com- « pagne qu'il lui veut donner. Tous les hommes naissent d'un « seul mariage , afin d'être à jamais , quelque dispersés et multi- « plies qu'ils soient, une seule et même famille (1), »
(1) Discours sur l'histoire universelle, par Bossnet, part. u% n» 1.
ARTICLE II
De la nature de l'iiomme.
93. Ce que nous avons dit de la création de 1 homme, d'après Moyse, nous fait mieux connaître sa nature que ne peuvent le faire tous les livres et tous les discours des philosophes. La Geuèse distingue, dans l'iiomme, le corps et l'àme: le corps, ou substance matérielle que le Créateur a formée du limon de la terre ; et l'âme, ou substance spirituelle qu'il a tirée , non de la matière , mais de lui-même, par un souffle de vie; qui distingue l'homme de la brute, et en fait une image vivante de Dieu même , en lui donnant l'intelligence : Spiritus est in hominibus , et inspiraiio omnipotent is dut intellirjentiam (l). En effet, le domaine qu'exerce notre âme sur la portion de matière qui lui est unie nous peint, en quelque manière, l'action toute-puissante du moteur de l'univers. La variété de ses pensées, ses souvenirs du passé, ses pressentiments de l'avenir, la rapidité avec laquelle elle passe d'une chose ou d'un endroit à un autre, semblent la rapprocher de l'intelligence infinie qui embrasse d'un coup d'œil tous les temps, tous les lieux, toutes les révolutions du monde. La force qu'elle a de régler ses volontés, de réprimer ses désirs, de calmer le mouvement des passions, imite encore, quoique imparfaitement, l'empire que Dieu exerce sur ses créatures. Les regards qu'elle jette continuellement sur l'avenir, l'étendue de ses espérances, le désir de l'immortalité, dont elle ne peut se dépouiller, sont autant de signes par lesquels Dieu l'avertit qu'elle doit participer, par grâce, à l'éternité qui lui appartient à lui seul par nature. Ainsi donc l'Écriture ne nous trompe point, lorsqu'elle nous dit que Dieu a créé l'homme à son image : Et creavit Deus hominem ad imaginem suam (2).
94. Nous lisons aussi dans l'Ecclésiastique : <- Dieu a créé '■ l'homme de terre, et l'a formé à son image... Il l'a fait craindre « de toute chair , et lui a donné l'empire sur les animaux de la '< terre et sur les oiseaux du ciel. Il lui a créé de sa substance une ' aide semblable à lui. Il leur a donné le discernement, une langue, ■ des yeux, des oreilles, un esprit pour penser, et il les a remplis » de la lumière de l'intelligence. Il a créé en eux la science de l'es- « prit, il a rempli leur cœur de sens , et il leur a fait voir les biens
(IjJob, c. XXXII, V. 8. — (2) Voyez le Traité de la religion, par Bergier, km. III, c. \i,édit. de 1780.
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■ et les maux. I a fait luire son œil sur leurs cœurs, pour leur « faire voir la grandeur de ses œuvres, afin qu'ils révélassent par o leurs louanges la sainteté de son nom, qu'ils le glorifiassent de « ses merveilles, et qu'ils publiassent la magnificence de ses ou- « vrages. Il leur a encore donné des règles de conduite, et les a « rendus dépositaires de la loi de vie. Il a fait avec eux une alliance « éternelle, et leur a appris les ordonnances de sa justice. Ils ont « vu de leurs yeux les merveilles de sa gloire , et il les a honorés « jusqu'à leur faire entendre sa voix. Ayez soin, leur a-t-il dit, de « fuir toute iniquité (1). »
95. On voit encore ici la distinction entre le corps et l'âme dans l'homme, à qui Dieu donne l'empire sur les animaux, et avec qui il traite comme avec un semblable, en faisant avec lui une alliance éternelle. L'auteur sacré nous représente l'homme comme étant fait à la ressemblance du Créateur, comme un être intelligent, capable de discerner entre le bien et le mal , d'admirer les merveilles du Tout-Puissant , de glorifier son saint nom , d'observer ou de violer les lois de la justice : ce qui , évidemment , ne peut convenir qu'à une créature intelligente et libre, qui, étant composée, pour ainsi dire, de l'élément terrestre et de l'élément divin, doit rendre son corps à la terre d'où il a été tiré , et son esprit à celui qui le lui a donné : lievertatur pulvis in terram suam unde erat , et spiritus redeat ad Deum qui dédit illum (2). Ainsi , comme l'enseigne le quatrième concile général de Latran, la créature humaine, tenant tout à la fois de la créature spirituelle et de la créature corporelle, se compose d'un esprit et d'un corps : ex spiritu et corpore constitutam (3), qui sont deux substances essentiellement distinctes : l'esprit, ou l'àme, n'est point le corps, et le corps n'est point l'esprit ou l'âme de l'homme. On peut donc
(1) Deus creavit de terra hominem, et secundum imaginem siiam fecit illum... Posuit timorem illius super omnem carneiu, et dominatus est bestiarum et volatilium. Creavit ex ipso adjutorium simile sibi; consilium, et linguam, etocU' los, et aures, et cor dédit illis excogitandi ; et disciplina intellectus replevit illos. Creavit illis scientiarn spiritus, sensu implevit cor illorum, et niala et bona ostendit illis. Posuit oc\ilum suiim super corda illorum, ostendere illis magnalia operum suorura, ut nomen snnctiticationis collaudent; et gloriari in niirabilibus illius, ut magnalia enarient operum ejus. Addidit illis discipliiiani , et legcm vitœ liaereditavit illos. Tesfamenlum setcrnum constituit cuui illis, et justitiam et judicia sua ostendit illis. El niagnalia honoris ejus vidit oculus iilorum , et boaorem vocis audierunt aures illorum, et dixil illis : Atteudile ah omni iuiquo. Ecclésiastique, c. xvii, v. 1, etc. — (2) ficclésiaste,» c. xii, v. 17.— (3) Capit. i, de fide calbolica.
dire que l'homme est une intelligence si étroitement unie à un corps, qu'elle forme, conjointement avec ce corps qui lui sert d'instrument, une seule et même personne.
96. On voit, par ce qui vient d'être dit , que notre àme est distincte de la matière, et qu'elle est immortelle. Si elle était corporelle, et qu'elle dût finir avec le corps, elle serait plutôt faite à L'image de la brute qu'à IHmage de Dieu. Cependant « l'homme, « comme le dit Buffon , est d'une nature si supérieure a celle des " bêtes, qu'il faudrait être aussi peu éclairé qu'elles le sont pour « pouvoir les confondi'e. »
ARTICLE III
De la spiritualité de l'âme.
97. Le dogme de la spiritualité de l'âme n'est pas seulement fondé sur rÉ(»iture et sur l'enseignement de l'Église , mais encore sur la doctrine des Pères , sur la croyance de tous les peuples , et sur la raison , qui démontre, jusqu'à l'évidence, que la faculté de penser, de vouloir et d'agir, dans l'homme, est incompatible avec les propriétés de la matière.
D'abord, indépendamment des passages des livres saints et de la décision du quatrième concile général de Latran, que nous avons rapportés dans les articles précédents, tout, dans l'Écriture et dans les enseignements de l'Église, prouve la spiritualité de l'âme. Les auteurs sacrés, il est vrai , ni les conciles, ni les papes, n'ont point disserté , comme le font les philosophes , sur la nature de notre âme; mais ils enseignent ou supposent tous, comme un dogme constamment reçu dans la religion chrétienne avant comme après la venue de Jésus-Christ, que, dans l'homme, l'âme est essentiellement distincte du corps; qu'elle est, de sa nature, spirituelle et non matérielle, simple, et non composée de parties comme la matière.
98. Secondement, les saints Pères, sur la doctrine desquels la philosophie du dix-huitième siècle a cherché à faire prendre le change, proclament d'une voix unanime la distinction du corps et de l'âme, avec la spiritualité de notre intelligence. Nous pourrions citer saint Irénée, Origène, Arnobe, Lactance, Eusèbe de Césarée, l'auteur des constitutions apostoliques, saint Hilaire de Poitiers, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, salut Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Augustin, Némésius, Théodoret, Claudien Mammert, saint Grégoire le Grand, et généralement
tous les docteurs de l'Église, qui ont parlé delà nature de l'homme (l). On trouve bien dans quelques Pères, dans Tertullien par exemple, et même dans saint Irénée, saint Hilaire et saint Ambroise, quelques expressions qui ne répondent pas parfaitement a l'idée que nous avons de la spiritualité de l'àme; mais, pour les concilier avec eux-mêmes et avec l'enseignement catholique, auquel, si on excepte Tertullien, ils ont toujours tenu plus qu'à la vie même, on peut dire que, s'ils se sont servis quelquefois du mot corps, ou de toute autre expression contraire au langage de la psychologie, ils donnaient à ce terme plus d" étendue qu'il n'en a, le prenant comme synonyme de substance. D'ailleurs, que quelques anciens auteurs ecclésiastiques ne se soient pas exprimés avec toute la précision possible en parlant de la nature de l'homme ; que , faute d'avoir analysé les facultés de notre âme, ils ne l'aient pas conçue telle que nous la concevons, c'est-à-dire comme absolument simple ou spirituelle, on n'en peut rien conclure contre la croyance générale et constante de l'Église, soit parce que leur opinion n'était qu'une erreur particulière, soit parce qu'ils croyaient implicitement ce que croyaient les autres docteurs. Ils reconnaissaient tous, dune manière plus ou moins expresse, que notre àme vient immédiatement de Dieu, qu'elle a été créée à l'image de Dieu, qu'elle est d'une autre nature que le corps, et qu'elle survit au corps pour recevoir la récompense ou le châtiment qu'elle a mérité. Cette observation s'applique aux gentils, qui ont cru, dans tous les temps, à la spiritualité de l'àme, sans en avoir une connaissance aussi parfaite que le chrétien.
99. Troisièmement : « La spiritualité de l'âme, dit Bergier, aussi « bien que l'existence de Dieu, est une croyance universelle, un té- « moignage constant que l'humanité se rend a elle-même; c'est la » foi du genre humain. Qu'elle soit venue de la tradition primitive, « du sentiment intérieur, ou de la réflexion de nos opérations, cela « est égal: pourquoi ne serait-elle pas venue de ces trois sources? ' Avant qu'il y eût des philosophes , aucun peuple , aucun être ' raisonnable ne s'était persuadé que la matière put penser; aucun, même, n'avait imaginé qu'elle pût se mouvoir. Malgré les sophismes d'Épicure, la spiritualité de l'être pensant est un dogme ■• aussi généralement répandu que dans les premiers âges du " monde. S'il y a une vérité que la nature et la conscience dictent 0 à tous les hommes, c'est la différence entre l'esprit et la matière.
0) Vovcz la Dissertation sur la spiritualilé de l'âme, parde la Luzerne.
» Aucun peuple qui n'ait des termes divers pour les désigner; " tous entendent, sous le nom d'esprit, un être qui connaît, qui se « sent exister, qui a la conscience du moi individuel, qui a le pou- • voir d'agir et de mouvoir la matière. Il s'est trouvé des nations « assez aveugles pour rendre un culte aux animaux; mais il n'y en '< eut jamais d'assez stupides pour croire que l'homme n'est qu'un « animal. La superstition de ces peuples était fondée sur un prin- « cipe directement contraire au matérialisme, sur la supposition « d'un génie logé dans le corps des animaux. Aucune opinion vraie « ou fausse, universellement répandue, n'eut jamais le matéria- « lisme pour base (1). » Aussi la plupart des anciens philosophes, entre autres Pythagore , Platon , Aristote, Xénocrate, Philolaiis, Architas de Tarente, Varron, Cicéron, Plutarque, Plotin, Longin, Porphyre, ont-ils professé de la manière la plus expresse le dogme de la spiritualité de l'àme (2).
100. Quatrièmement enfin, la raison se trouve d'accord avec la foi; elle démontre clairement que notre âme est une substance spirituelle, simple, indivisible, essentiellement distincte de la matière. Pour peu que l'homme se replie sur lui-même, il découvre dans le fond de son être, dans le tnoi, la faculté de sentir, de penser, de comparer, de juger, de raisonner, de vouloir et d'agir à volonté. Or la faculté de sentir, la faculté de penser, la faculté de comparer, de juger, de raisonner, de vouloir et d'agir, sont évidemment incompatibles avec les propriétés essentielles de la matière. Un corps , quelque subtil qu'on le suppose , sera toujours étendu, composé de parties, divisible par conséquent ; les matérialistes en conviennent. Or, les facultés intellectuelles de l'homme, la pensée, le jugement, les opérations de notre âme, quel qu'en soit l'objet, sont nécessairement des actes simples, indivisibles. Qui oserait dire : La moitié, le tiers, le quart, le cinquième de ma pensée, de mon jugement, de mon raisonnement; un morceau ou fragment de ma volonté, de mon choix? Non : penser, comparer, juger, vouloir et agir, ne sont point des actes susceptibles d'étendue, de parties ; ils ne peuvent donc avoir pour principe qu'un agent absolument simple ou spirituel, qu'une substance faite à Vimage de Dieu, que ce iioufjle divin qui fait de l'homme une âme vivante^ qui l'établit le maître de la terre, en lui donnant l'empire sur les animaiLx, l'empire sur lui-même.
(l) Traité de la religion, tome m, édit. de 1780, page 37. — (2) Voyez la Dissertation sur la spiritualité de l'âme, par de la Luzerne,
ARTICLE IV
De la liberté de l'honime.
101 . L'homme est libre. La faculté de choisir entre agir et n'agir pas, de prendre un parti de préférence au parti contraire, sans y être déterminé par aucune nécessité, soit absolue, soit relative, est la plus belle prérogative de l'homme, celle par laquelle il approche le plus près de la Divinité. Une brute, asservie à l'appétit ou à l'instinct qui lui est propre, une portion de matière, qui ne se meut que par suite de l'impulsion qu'elle reçoit d'une cause étrangère , ne sont point des êtres créés à l'image de Dieu. « Le Créateur, en faisant « l'homme libre, lui a donné un merveilleux trait de ressemblance « avec la Divinité, dont il est l'image. C'est une merveilleuse puis- « sance dans l'être dépendant et créé, que sa dépendance n'em- « pêche point sa liberté, et qu'il puisse se modifier comme il lui « plaît. Il se fait bon ou mauvais, à son choix ; il tourne sa volonté « vers le bien ou vers le mal ; et il est, comme Dieu, maître de son « opération intime ; il a même, comme Dieu, un mélange de liberté « pour certains biens, et de nécessité pour d'autres. Comme Dieu « est nécessité de s'aimer, et de n'aimer jamais que le bien, l'homme « ne peut aimer que ce qui a quelque degré de bien ; et il aime « Dieu nécessairement, dès qu'il le connaît en pleine évidence. D'un n autre côté , Dieu , infiniment supérieur à tout bien distingué de « lui, se trouve, par cette supériorité infinie , pleinement libre de « choisir tout ce qui lui plaît entre tous les biens subalternes, les- « quels, quoique inégaux entre eux, ont une espèce d'égalité en ce « qu'ils sont infiniment inférieurs à l'Être suprême. Ainsi aucun « d'eux n'est assez parfait pour déterminer Dieu, et chacun d'eux le « laisse à sa propre détermination. L'homme a quelque chose de cette « liberté. Aucun des biens qu'il connait ici-bas ne surmonte sa vo- « lonté, aucun ne le détermine invinciMement ; tous le laissent à sa « propre détermination. Il est à lui , il délibère , il décide, et il a " un empire suprême sur son propre vouloir. Il est certain qu'il « y a, dans cet empire sur soi, un caractère de ressemblance avec « la Divinité, qui étonne. Ce trait de ressemblance est digne de ce- « lui qui se doit à soi-même de faire tout pour soi (l). »
1 02. 11 est vrai que par le péché d'Adam, qui a entraîné le genrt
(I) Fénelon. Lettre ii sur la i-eligion, c. m, n* xi.
humain dans sa chute, le libre arbitre de l'homme a été affaibli , viribus attenuatum (1 ) ; mais c'est un dogme catholique qu'il n'est point éteint : Si quis liberum hominis arbUrium post Adœ peccatum amissum etextinctum esse dixerit... anathemasit (2). Ainsi, notre premier père est demeuré libre après comme avant «on péché, quoiqu'il n'ait pu se réconcilier avec Dieu que par le secours de la grâce; de même ses descendants sont libres dans l'ordre moral : l'homme, que Dieu n'abandonne jamais ici-bas, peut, à volonté, choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort éternelle. La croyance de l'Église sur la liberté de l'homme, même déchu, est fondée sur l'Écriture, sur la tradition, sur le sentiment intérieur, et le témoignage universel des hommes.
103. Premièrement : si nous ouvrons les livres saints, nous lisons qu'après la chute d'Adam le Seigneur dit à Caïn, qui méditait le crime : « Pourquoi es-tu en colère? et pourquoi ton « visage est-il abattu? Si tu fais le bien, n'en seras-tu pas récom- « pensé ? Si, au contraire, tu fais le mal, ton péché [ou le châtiai ment de ton péché ) ne sera-t-il pas aussitôt à ta porte ? Mais « le désir du mal est en ton pouvoir, et tu peux le dominer (3). » Il n'est donc pas vrai que l'homme ait perdu la liberté par le péché d'Adam. Après le déluge , Dieu défendit le meurtre sous peine de mort , parce que l'homme a été créé à l'image de Dieu : « Quiconque aura répandu le sang de l'homme , sera puni par « l'effusion de son propre sang ; car Dieu a fait l'homme à son « image (4). » Cette image n'a donc pas été entièrement effacée par le pêche.
104. Écoutez ce que dit le Seigneur par la bouche de Moyse, en parlant de la loi qu'il donnait aux Hébreux : « Ce commande- « ment que je vous prescris aujourd'hui n'est ni au-dessus de « vous, ni loin de vous. Il n'est point dans le ciel, pour vous don- « ner lieu de dire : Qui de nous peut monter au ciel pour nous ap- « porter ce commandement - afin que, l'ayant entendu, nous l'ac- « complissions par nos œuvreb t II n'est point au delà de la mer,
(1) Concile deTreqte, session ti, c. 1. — (2) Si quis liberum hominis arbitrium post Ad.-»' peccatiim amissnm et extiuctum esse dixerit; aut rem esse de solo titulo, imo titiiliim sine re; figmentum deniqiie a Satana invectura in Ecclesiam ; anathema sit. Ibidem, can. v. — (3) Quare iratus es? et cur concidit faciès tua? Nonne si bene egeris , recipies : sin antem maie, statim in foribus peccatiira aderit ; sed sub te erit appetitus ejus, et tu dominaberis illins. Genèse, c. 4, V. 6, 7. — (4) Quicumque effiiderit humanum sanguinem , fundetur sanr guis illius; ad imaginera quippe Dei factus est homo. Ibid-, c. ix, v. 6.
« pour VOUS donner lieu de vous excuser en disant : Qui de nous « pourra passer la mer pour l'apporter jusqu'à nous , afin que , « l'ayant entendu , nous puissions faire ce qu'on nous ordonne ? « Mais cette loi est toute proche de vous ; elle n'exige que votre « bouche et votre cœur pour l'accomplir. Considérez que je vous ai « propose aujourd'hui, d'un côté, la vie et le bien, et, de l'autre, « la mort et le mal , afin que vous aimiez le Seigneur votre Dieu « et que vous marchiez dans ses voies , et que vous observiez ses « préceptes , ses cérémonies et ses ordoimances , et que vous vi- « viez, et qu'il vous multiplie, et qu'il vous bénisse , dans la terre « où je vous introduirai. Mais si votre cœur se détourne de lui , si « vous ne voulez pas l'écouter, et que , vous laissant séduire par « l'erreur, vous adoriez et vous serviez des dieux étrangers, je vous « prédis aujourd'hui que vous périrez, et que vous ne demeurerez « pas longtemps dans la terre dont vous entrerez en possession. '< Je prends aujourd'hui à témoin le ciel et la terre que je vous ai « proposé la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choi- « sissez donc la vie, afin que vous viviez, vous et votre postérité : « elige ergo vitam, ut et tuvivas, et semen tuum (l). » Si l'homme n'était pas libre de faire le bien et le mal, s'il était esclave de la nécessité, pourrait-on dire que la loi de Dieu n'est point au-dessus de ses forces? qu'il peut choisir entre la bénédiction et la malédiction, entre la vie et la mort? Non, Dieu ne se joue point des hommes. 105. Josué, près de mourir, leur tient le même langage : « Maintenant donc craignez le Seigneur , et servez-le avec un « cœur parfait et sincère. Otez du milieu de vous les dieux que « vos pères ont adorés dans la Mésopotamie et en Egypte, et servez « le Seigneur Si vous croyez que ce soit un malheur pour vous « de servir le Seigneur, l'option vous est donnée ; choisissez au- «jourd'hui ce qu'il vous plaira, ou de servir le Seigneur, ou de « servir les dieux qu'ont servis vos pères dans la Mésopotamie, ou « ceux des Amorrhéens au pays desquels vous habitez : pour moi « et ma maison, nous servirons le Seigneur : Optio vobis datur ; « eligite hodie quod placet (2). » Pouvait-on s'exprimer d'une ma- »>'ère plus formelle en faveur de la liberté de l'homme ?
(1) .... Testes invoco liodie cœliim et teriam, (inod proposnerim vobis vitam et morlem, benedictioncin et maledictionem. Elige ergo vitani, iit et tu vivas, et semen tiiiini. Deuféronome, c. xxx, v. 19. — (2) Nnnc er{;o timete Dominiim, et servite ci perfecto corde ntqne verissiino ;et atifeite deos, qnibiis servieiiint patres vestri in Mesopotamia et in .F-gypto, ac servite Domino. Si» autem malnm volis videtur iit Domino serviaiis, optio vobis datnr : eligite lio-
106. Nous pourrions nous en tenir là : voyons cependant ce que dit l'Ecclésiastique. Nous lisons dans ce livre sacré : « Ne dites « point : Dieu est cause que je me suis éloigné de lui , car il dé- • pend de vous de ne pas faire ce qu'il déteste. Ne dites point , ' C'est lui qui m'a jeté dans l'égarement; caries méchants ne lui « sont point nécessaires.... Dès le commencement Dieu a créé « l'homme , et l'a laissé dans la main de son propre conseil. Il lui « a donné, de plus, ses ordonnances et ses préceptes. Si vous vou- « lez observer les commandements du Seigneur, et garder toujours 0 avec fidélité ce qui est agréable à Dieu , ils vous conserveront. « Il a mis devant vous l'eau et le feu, afin que vous portiez la main « du côté que vous voudrez. La vie et la mort , le bien et le mal , « sont devant l'homme : ce qu'il aura choisi lui sera donné: quod <^ placuerit ei dabitur illi [\) . » Ce qui est conforme à ce que dit Jésus-Christ : « Si vous voulez avoir la vie, gardez les comman- « déments : Si autem vis ad vitam ingredi, serva mandata (2). » Enfin tout , dans l'Écriture sainte , suppose un ordre moral ; or il ne peut y avoir d'ordre moral où il n'y a pas de liberté : donc l'homme est véritablement libre.
Secondement : les auteurs ecclésiastiques ne sont pas moins exprès que les auteurs sacrés. Cette assertion n'est point gratuite ; on peut citer à l'appui saint Justin, saint Théophile d'Antioche, Athénagore, Tatien, saint Irénée, Tertullien, Origène, saint Grégoire Thaumaturge, Eusèbe de Césarée, Julius-Firmicus Maternus, saint Sérapion, saint Hilaire de Poitiers, saint Basile, Dydime d'Alexandrie, saint Cyrille de Jérusalem, Némésius, saint Macaire d'Egypte, saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret, saint Isidore de Péluse, et généralement tous les docteurs de l'Église, sans en excepter saint Augustin . surnommé le docteur de la grâce. Ils reconnaissent tous que l'homme est libre pour l'accomplissement de ses devoirs , et qu'il dépend de lui de choisir entre le bien et le mal ; de sorte que
die quod placet, cui servire potissimum debeatis, utriini diis quibus servierunt patres veslri in Mesopotamia, an diis Amorrliœorum, in quorum terra habitatis; ego autem et domus mea, serviemus Domino. Josué, c. xxiv, v. 14 et 16. — (1) Non dixeris, per Deum abest; quœ enim odit ne feceris. Non dicas : Ille me
implanavit; non enim necessarii sunt ei homines impii Deus ab initio con-
stituit hominem, et reliquit illum in manu consilii sui. Adjecit mandata et pni;cepta sua; si volueri* mandata servare, conservabunt te.... Apposuit tibi aquam et ignem : ad quod voiueris porrige manum tuam. Ante hominem vita et mors, bonum et malum; quod placuerit ei dabitur illi. Ecclésiastique, c. %v, V. 11, etc. — (2) Saint Matthieu, c. xix, v. 17,
s'il ne fait pas son salut , il ne doit se l'imputer qu'à lui-même , qu'à l'abus qu'il aura fait de la grâce et de sa liberté. Ils se fondent sur la double considération que l'homme est fait à l'image de Dieu , et que, sans liberté, il ne peut y avoir ni vertu, ni vie.', ni récompense, ni châtiment: Ubi nécessitas, nec corona est (l). 107. Troisièmement : le sentiment que nous avons de la liberté, sentiment général , s'accorde parfaitement avec l'Écriture et la tradition. « L'action de la liberté , dit un philosophe du dix- « huitième siècle, ne peut être qu'une vérité de conscience. Des « êtres véritablement libres n'auraient pas un sentiment plus vif « de leur liberté que celui que nous avons. Nous devons donc « croire que nous sommes libres : sur cela, il suffit d'en appeler « au témoignage universel de tous les hommes (2). Dès que « l'homme est capable de réfléchir, il sent sa liberté. Le fataliste « a beau nous crier , Vous n'êtes point libres; le genre humain ré- « pond d'une voix : Tu mens à toi-même, et tu prouves la liberté « en la contestant. Notre libre arbitre est une de ces vérités dont « tout homme qui n' extravague pas a un sentiment si vif, qu'il lui « est impossible de la révoquer en doute (3). On peut bien dispu- « ter du bout des lèvres , et par passion , contre cette vérité , dans « une école , comme les pyrrhoniens ont disputé ridiculement sur « la vérité de leur propre existence, pour douter de tout sans ex- « ception ; mais on peut dire, de ceux qui contestent le libre ar- « bitre, ce qui a été dit des pyrrhoniens : C'est une secte, non de « philosophes, mais de menteurs. Ils se vantent de douter, quoique « le doute ne soit nullement en leur pouvoir. Tout homme sensé « qui se consulte et qui s'écoute, porte au dedans de soi une déci- » sion invincible en faveur de sa liberté. Cette idée nous représente « qu'un homme n'est coupable que quand il fait ce qu'il peut s'em- « pêcher de faire, c'est-à-dire, ce qu'il fait par le choix de sa vof lonté, sans y être déterminé inévitablement et invinciblement « par quelque autre cause distinguée de sa volonté. Voilà , dit saint « Augustin, une vérité pour l'éclaircissement de laquelle on n'a « aucun besoin d'approfondir les raisonnements des livres. C'est » ce que la nature crie ; c'est ce qui est empreint au fond de nos « cœurs par la libéralité de la nature; c'est ce qui est plus clair « que le jour ; c'est ce que tous les hommes connaissent depuis
(l) Saint Jérôme, contre Jovinien, n" v. —(2) D'Alemberl, Mélanges, tom. IV, c vu. — (3) Bergier, Traité de la religion , iom. m , pag. 94 , édit. Ole 1790.
« l'école où les enfants apprennent à lire, jusqu'au trône du sage « Salomon ; c'est ce que les bergers chantent sur les montagnes , « ce que les évoques enseignent dans les lieux sacrés , et ce que le « genre humain annonce dans tout l'univers (l). »
108. En effet, tous les peuples admettent la distinction entre le bien et le mal moral , entre le juste et l'injuste , entre la reconnaissance et l'ingratitude, entre la louange et le blâme; ils ont tous des lois, avec la sanction des peines et des récompenses. On a toujours distingué les actions de l'homme des mouvements de la brute; les actes de la volonté, des impressions ou effets de la nécessité. Il n'est venu à l'esprit de personne de faire le procès à l'animal qui a causé du dégât, ni à l'enfant qui n'a pas l'âge du discernement , quelque délit qu'il ait commis , ni à l'aliéné qui, dans un moment de fureur , a tué son semblable. On tue l'animal qui est dangereux ; on veille sur l'enfant qui n'a pas l'usage de raison ; on enferme les aliénés, mais on ne les punit point.
La croyance générale, touchant la liberté de l'homme, se rapporte aux dogmes, également admis de tous les peuples, et de la providence de Dieu et de l'immortalité de l'âme.
ARTICLE V
De l'immortalité de l'âme.
109. L'homme a été créé à l'image de Dieu; donc notre âme est immortelle. L'âme étant essentiellement spirituelle, simple, indivisible, est par là même incorruptible; elle ne peut, en aucune manière , être sujette à la dissolution des corps. Telle est , d'ailleurs, la volonté de Dieu : il nous a créés pour être avec nous, en nous donnant les moyens nécessaires pour mériter d'être avec lui dans les siècles des siècles. Il s'est imposé pour loi de récompenser le juste et de punir le pécheur, principalement après cette vie, qui n'est qu'un passage, qu'un lieu de pèlerinage pour l'homme. Aussi, l'existence d'une autre vie où chacun reçoit selon ses œuvres, et l'immortalité de l'âme, sont deux dogmes , ou plutôt, dans l'esprit des peuples, un seul et même dogme, commun à toutes les nations. C'était la croyance des patriarches (2) ; c'a toujours été la croyance des Israélites (3) ; c'est la croyance des catho-
(1) Fénelon, lettre ii, sxir la religion, c. irr. — (2) Voyez ce que nous avons dit, au tome I, n° 662, etc. — (3) Ibidem.
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lîqiies et de tons les chrétiens, sans distinction de communions. C'a été même, de tout temps, la croyance des gentils et des idolàties (t); c'est la croyance du genre humain; croyance aussi universelle et aussi constante que le dogme de l'existence d'un Être suprême, vengeur du crime et rémunérateur delà vertu.