‹ Théologie dogmatiqueChapitre 2 sur 135 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la notion de Dieu.

4, Quoique la nature divine soit incompréhensible, nous comprenons cependant que Dieu est, et qu'il ne peut n'être pas. Nous comprenons qu'il est celui gui est, egosum qui sum. {!]; c'est-àdire celui qui est l'Être par excellence, VÉtre des êtres ; qui est par sa nature, existant de lui-même, sans s'être donné l'existence, ni l'avoir reçue d'aucun autre; celui qui est aujourd'hui, qui a toujours été et qui sera toujours, heri et hodie, ipse et in sœcula (2). Nous comprenons qu'il est nécessairement • que son existence est nécessaire d'une nécessité absolue, de sorte qu'on ne peut ni le supposer ni le concevoir non existant; qu'il est absolument indépendant quant à VÉtre et quant à la manière d'être; qu'il est essentiellement tout ce qu'il est et toiu ce qu'il peut être; qu'il est par conséquent infini. Nous comprenons enfin qu'il est Yalpha et

quid dicimus, Deus meus, vita mea, diilcedo mea sancta? Aiit quid dicit aliquis. ciim de tedicit? Et vae taceutibus de le, qnoniam loquaces, niiiti &\mi. Ibidem. — (i; txod., c. ni, V. 14. — (1) ÉpîUfP aux Hébieux, c. xiii, v. 8.

4 DE DTEU.

Vomega, le principe et la fin de toutes choses, pnncipium et finis (l).

5. Ainsi , quoiqu'on ne puisse donner une définition proprement dite de Dieu, nous disons que bien est l'Etre infiniment parfait , créateur et souverain Seigneur de toutes choses. D'abord , Dieu est infiniment parfait : «Le Seigneur est grand, dit le prophète- « roi; il est au-dessus de toute louange, et sa grandeur est infinie: • Magnus Dominus et laudabilis nimis , et magnitudinis ejus « non est finis (2). » Comme il existe de lui-même et qu'il est absolument indépendant, il est nécessairement tout ce qu'il est et tout ce qu'il peut être en tout genre de perfections; il est donc nécessairement infini et infiniment parfait. Il est éternel, étant sans commencement et sans fin ; et il l'est tout entier, parce qu'il existe nécessairement tout entier et dans toute la plénitude de son être. Il est immense ; et il l'est tout entier, parce qu'il ne peut, pour ainsi dire, être ni plus ni moins étendu qu'il l'est, étant nécessairement tout ce qu'il est. Il est immuable; et il l'est dans tout son être, parce qu'il ne peut être autre qu'il n'est nécessairement; il ne peut rien perdre de ce qu'il a, ni rien acquérir de ce qu'il n'a pas. Toujours pour la même raison, il est intelligent, et il l'est infiniment; il sait tout, il voit tout, il conçoit et comprend tout; il est puissant, et il l'est infiniment; il peut tout; il est bon, et il l'est infiniment; il est sage, et il l'est infiniment; il est juste, et il l'est infiniment; il est miséricordieux, et il l'est infiniment. En un mot, étant l'Être nécessaire et quant à sou existence et quant à sa nature ou à ses attributs. Dieu réunit nécessairement au plus haut degré possible toutes les perfections possibles , c'est-à-dire toutes les perfections qui sont compatibles, soit entre elles, soit avec le plus haut degré possible. La nature divine n'exclut que ce qui est contraire à la souveraine perfection ; elle exclut les propriétés de la matière. Dieu est un être incorporel, immatériel; il est esprit, spiritus est Deus (3). La matière n'existe point nécessairement, elle est de sa nature contingente , pouvant indifféremment exister ou ne pas exister; elle ne peut par conséquent se concilier avec les attributs de l'Être nécessaire.

6. Mais la distinction que nous frisons des perfections divines, qu'on nomme attributs de Dieu, n'est-elle pas contraire à la nature de l'Être nécessaire, qui est essentiellement un, essentiellement simple et absolument indivisible ? Il est bien vrai que les

<1) Apocalypse, c. i, v. 8. — (2) Psaume cxliv. — (3) Saint Jean, c, iv, v. 24.

perfections de Dieu ne sont ni distinctes entre elles, ni distinctes de l'essence divine. Mais comment, faibles mortels que nous sommes, pourrions-nous, d'une seule vue, embrasser et comprendre l'infini ? Comment pourrions-nous en parler sans emprunter le langage de Dieu même, qui, pour se mettre à la portée de l'homme, a bien voulu s'abaisser jusqu'à parler de ses attributs comme nous en parlons nous-mêmes? Comment concevoir celui qui est parfaitement un, sans le diviser, pour ainsi dire, en autant de parties qu'il a de rapports avec les créatures? En exprimant par divers noms les différentes perfections de Dieu, nous ne prétendons poinr exprimer une distinction réelle entre les attributs de l'infini. Nous le reconnaissons, en Dieu l'intelligence, la volonté, la puissance, la sagesse, la bonté, la justice, ne sont qu'une même chose. Ce qui pense en lui est la même chose qui veut; ce qui agit et qui fait tout, est la même chose qui pense et qui veut; ce qui prépare, qui arrange et qui conserve tout, est la même chose qui détruit; ce qui punit est la même chose qui pardonne : Neque enwi in Deo aliud potestus et aliud prudentia, aliud fortitudoet aliudjustitia, aut aliud castitas (l). Si donc nous distinguons les perfections divines en parlant de Dieu , ce n'est qu'à raison de la nécessité où nous sommes de contempler l'infini à diverses reprises, en le considérant sous les différents rapports qu'il a avec ses ouvrages, et particulièrement avec l'homme.

7. Nous avons dit que Dieu est Y Être créateur et souverain Seigneur de toutes choses. C'est Dieu , comme nous le verrons plus bas, qui a créé, c'est-à-dire qui a fait de rien, le ciel et la terre, les anges et les hommes; en un mot, tout ce qui est hors de lui; comme c'est lui qui dirige tout, qui gouvei-ne tout, qui dispose de tout dans sa sagesse.

Page 1