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175. C'est aussi la doctrine du concile de Trente: «Le Père « céleste, dit ce concile, le Père des miséricordes et le Dieu de « toute consolation... a envoyé Jésus-Christ son Fils aux hommes, « et pour racheter les Juifs qui étaient sous la loi, et pour que les « gentils, qui ne recherchaient point la justice, parvinssent à la « justice , et qu'ainsi tous reçussent l'adoption des enfants de Dieu. » Il l'a proposé pour être la propitiation, par la foi que nous au- .. rions en son sang, pour nos péchés, et non-seulement pour nos « péchés, mais encore pour les péchés du monde entier (i). »
Ce n'est donc pas sans fondement que les papes Innocent X et Alexandre Vil ont condamné comme fausse , téméraire et scandaleuse , la proposition de Jauséuius , qui avait osé avancer que c'est être semi-pélagien, de dire que Jésus-Christ est mort ou a versé son sang pour tous les hommes sans exception, pro omnibus omnino hominibus (2).
176. Dieu veut le salut de tous les hommes; il le veut, non d'une volonté de signe , d'une volonté apparente, mais d'une volonté de bon plaisir^ d'une volonté proprement dite, réelle, sincère, toujours suivie de la grâce, qu'il ne refuse à personne. Un effet de cette volonté est d'accorder à tous, en vertu des mérites de Jésus-Christ, les moyens ou les secours nécessaires pour arriver au salut. Mais ces moyens, quoique vraiment suffisants pour tous, ne sont pas les mêmes pour tous : ils sont plus abondants pour les uns que pour les autres, plus efficaces dans les prédestinés que dans ceux qui ne le sont pas. Le Seigneur est maître de ses dons; il les distribue à chacun comme il lui plaît, sans que l'on ait droit de se plaindre de recevoir moins qu'un autre, vu que tous reçoivent plus qu'il ne leur est dû, la grâce étant essentiellement gratuite.
177. Pour ce qui regarde les enfants, il n'en est pas de leur
nipotecs oniiies homines sine exceptione vult salvos fieri , licet non onines salvemur. Quod autem quidam salvantur, salvantis est donutn : quod autem quidam pr'reunt , perenntium est meritum. Christns Dominus noster, sicut nuUus hominum est, fuit, vel erit, cujus nalura in illo assumpta non fuerit; ita nullus est, fuit, vel erit liomo pro quo passus non fuerit, licet non oranes passionisejus mysterio redimantur. Labbe, Concil-, tom. tiii, col. 57. — (i) Ccelestis Pater, Pater misericordiarum , el Deus totius consolationis, Cliristum Jesum, Filium suum.... ad liomines misit, ut et Judœos qui sub lege erant, redimeret; el gentcïi, quar; non sectabantur justiliam, justitiam apprelienderent, atque omues adoptionem filiorum reciperent. Hune pioposnit Deus propitiatorem per fidein in sanguine ipsius pro peccatis nostris ; non solum autem pro nostris, sed etiana pro totius mundi.Ses.î. \i,ch. ii, —(2) Voyez, ci-dessus, le n° 161.
salut comme du salut des adultes. Après comme avant la venue du Messie, les adultes doivent personnellement répondre à la grâce qui !es prévient, et qui ne manque à personne : soit qu'ils se sauvent, soit qu'ils se perdent, ils ne se sauveront point et ne se perdront point sans leur propre volonté. Non-seulement Dieu leur a préparé des moyens de salut, mais il les leur offre directement, en les prévenant par sa grâce toutes les fois qu'ils ont à observer quelque précepte. Les choses sont différentes pour les petits enfants : comme ils n'ont pas l'usage de raison , ni par conséquent l'usage du libre arbitre, ils ne peuvent s'appliquer eux-mêmes le moyen de salut qui doit leur ouvrir le royaume de Dieu ; dans tous les temps, l'application en a dépendu, et il dépend encore principalement des parents. Cependant, parce que ce moyen, ce remède vient de Dieu, il est très-vrai de dire que Dieu veut, d'une volonté sincère et non stérile, le salut des enfants comme des adultes, quoique , soit par la faute ou la négligence des parents , soit par suite de quelque accident que Dieu n'est pas plus tenu d'empêcher que de faire un miracle, il arrive que plusieurs enfants soient privés de la régénération spirituelle. Mais aussi, à la différence des adultes, qui sont punis pour avoir résisté à la grâce, les enfants ne le sont point pour avoir été privés du baptême ; cette privation n'étant point le résultat d'un acte qui leur soit personnel , ils sont simplement, comme descendants d'Adam, exclus du royaume céleste, que Dieu ne devait point à l'homme (1).