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CHAPITRE V

De la résurrection des corps.

Tous les hommes ressusciteront , mais ils ne ressusciteront pas tous dans le même état.

ARTICLE I

Il est de Toi que tous les hommes ressusciteront un jour.

235. Suivant le iv^ concile général de Latran, de 1215, tous les hommes, les réprouvés comme les élus, ressusciteront avec leurs propres corps (l). C'est la croyance de tous les temps. Le symbole de saint Athanase , qui est reçu dans toute l'Église, porte: Tous les hommes doivent ressusciter avec leurs corps (2). Nous trouvons la même profession de foi dans le symbole du premier ïoncile œcuménique de Constantinople, de 38 1 ; on lit dans ce sym- Dole , qui se chante dans l'Église grecque comme dans l'Église latine : ISous attendons la résurrection des morts (3) ; ce qui est conforme au symbole des apôtres : Je crois la résurrection de la chair (4).

236. Aussi les Pères de l'Église, s'appvyant tout à la fois sur la tradition apostolique et sur les oracles de l'Ancien et du Noin veau Testament , ont constamment professé et défendu le dogme de la résurrection des corps. Tertullien, Origène, saint Justin, Athénagore, saint Théophile d'Antioche, saint Irénée, saint Atlianase, saint Hilaire de Poitiers, saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire ûe Nysse, saint Arabroise, saint Jean Chrysostonie, «aint Épiphane, saint Jérôme, Ruffin d'Aquilée, saint Augustin, Théodoret, saint Grégoire le Grand, et généralement tous les docteurs de l'Église, proclament, d'une voix unanime, le dogme de la résurrection des morts. Obligés de nous restreindre, nous nous bornerons à faire parler Tertullien , qui touche aux temps apostoliques.

(t) Omnes (tam reprobi qiiamelecti) cum suis propriis corporibus résurgent, quœ nunc gestanl, iit recipiant secundiim mérita sua , sive bona fnerint, sive mala, iili cum diabolo pœnam perpetuam, et isti cum Christo gloriam sempiteroam. Capit. i. — (2) Ad cujus (Cliristi) adventum resurgere habent cnm corporibus suis — (3) Expectamus resurrectioncm niortuorum, —(4) Credo.... carnis resurrectionem.

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237. Ce célèbre docteur commence ainsi son livre de la Résur^ rection de la chair : « La résurrection des morts est la confiance « des chrétiens. Nous y croyons , parce que la vérité nous force « d'y croire. C'est Dieu lui-même qui nous a révélé cette vérité : « Fiducia christianorum, resurrectio mortuorum. Illa, credentes «■ sumus, hoccredere veritas cogit . Veritatem Deus aperit. «Puis il prouve, contre les païens et quelques hérétiques, la résurrection future des corps par la dignité de la chair, par son union avec l'àme, par la part qu'elle prend à ses actes, et par la promesse de Dieu. « Qu'on se représente Dieu toL't occupé à former le premier « homme. A chaque linéament qu'il imprime au limon, il pensait « au Christ, qui un jour devait être homme , au Verbe, qui devait « se faire chair et limon , autrement terre. Le Père dit au Fils ; « Faisons l'homme à notre image et ressemblance. Et Dieu fit « l'homme, savoir, cela même qu'il formait ; et il le fit à l'image de « Dieu, c'est-à-dire, du Christ (l). Ainsi ce limon, qui recevait dès « lors l'image du Christ à venir dans la chair, était non-seulement « l'ouvrage de Dieu, mais son gage (2).

2 38. « Voilà pour l'àme de l'homme. Voyons maintenant i'àme du " chrétien. Aucune âme ne peut être sauvée, si elle ne croit pen- ' daut qu'elle est dans la chair. La chair est le pivot du salut. K Lorsque l'âme est consacrée à Dieu , c'est par la chair qu'elle « peut l'être. Ou lave la chair pour purifier l'àme; on oint la chair « pour consacrer l'âme ; on fait sur la chair le signe de la croix « pour que l'âme soit confirmée; la chair est couverte comK*'' « d'une ombre par l'imposition de la main, afin que l'âme soit « éclairée par le Saint-Esprit; la cliair mange le corps et le sang " de Jésus-Christ, afin que l'âme soit engraissée de Dieu même: « unies dans l'opération, elles ne peuvent être séparées dans la « récompense. Les sacrifices agréables à Dieu, je veux dire les «laborieux exercices de l'àme, tels que les jeûnes, les dures « abstinences et tout ce qu'amène la raorlification des sens, c'est « la chair qui les exécute à ses propres dépens. La p-.reté de la " vierge, la chasteté de la veuve, la continence observée secrète- « ment dans le mariage, c'est encore la chair qui offre à Dieu ces « parfums. Enfin, dis-moi toi-même, que penses-tu de la chair, « lorsqu'étant exposée, pour la confession du nom de chrétien, aux « regards et à la haine publique, elle soutient le généreux combat? ' lorsque, dans la sombre horreur des prisons, privée de la lu-

(1) De la résurrection de la chair, c. vi. — (2) Ibidem.

« mière du jour, condamnée à toutes les privations, en proie à l'in- « fection qui pénètre tous les sens, abreuvée d'iiumiliations, ne •' pouvant même compter sur la liberté du sommeil , enchaî- « née , tourmentée qu'elle est sur sa couche même , elle a déjà « épuisé toutes les tortures, jusqu'au moment où, appelée au « grand jour, elle subit tout ce que la rage des bourreaux peut in- « venter de plus barbare ; déchirée , mise en pièces , dévorée par '< une mort lente; heureuse de donner sa vie pour le Dieu qui lui a « donné la sienne, de périr quelquefois de la même mort que lui, « si elle n'a pas à en subir une plus cruelle encore? 0 chair for- " tunée et glorieuse, de pouvoir satisfaire à Jésus-Christ parle « payement d'une si grande dette (1)!

239. « Hé quoi ! cette chair serait sans espérance de ressusciter, '< elle que Dieu a formée de ses mains à l'image de Dieu ; elle qu'il « anima du souffle de sa propre vie ; elle qu'il n'établit dans cet n univers que pour lui en donner l'empire; elle qu'il a revêtue de " ses sacrements ; elle dont il aime la pureté, dont il approuve la " mortification , dont il apprécie les souffrances ! Comment cette .< chair ne ressusciterait point, elle qui tant de fois esta Dieu (2) ! « L'univers entier nous crie qu'elle ressuscitera. Oui, ces révolu- '< tions continuelles de la nature , où rien ne meurt que pour re- « naître, sont un témoignage universel de la résurrection des morts. « Dieu l'a écrite par ses œuvres avant de l'écrire par des lettres; il « l'aprêchée par sa puissance avant delà prêcher par sa parole (3).»

240. TertuUien prouve même que la résurrection de la chair est nécessaire, ajoutant que Dieu doit récompenser ou punir l'homme tout entier; que le corps servant d'instrument à l'âme pour le vice comme pour la vertu, le châtiment, comme la récompense , doit être commun au corps et à l'âme. Ensuite, comme il s'agit d'un dogme qui est fondé sur la révélation, le même docteur invoque à l'appui les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament.

241. En effet, les oracles sacrés nous annoncent, de la manière la plus expresse , la résurrection des morts. Le saint homme Joh se trouvant plongé dans les afflictions, s'écriait, avec l'accent d'une voix divine: «Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'à la fin « des temps il me ressuscitera de la poussière; et je serai revêtu ■ de nouveau de ma peau , et je verrai mon Dieu dans ma chair ; je « le verrai moi-même, je le verrai de mes propres yeux, et non un ^ autre. Cette espérance repose en mon sein (4). » Job n'avait pas

(1) Ibidem, c. vni. — (2) Ibidem, c. ix. — (3) Ibidem, c. xii. — (4) Scioqiiod Eedcraptor meus vivit, et in novissimo die de terra surrecturus siim; et rurf um

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une autre croyance que celle des patriarches : on peut donc dire que le dogme de la résurrection générale remonte à la révélation primitive ; aussi en trouve-t-on quelques vestiges chez les anciens peuples de l'Orient. Quoi qu'il en soit , c'était bien certainement la eroyauce du peuple juif, qui a toujours regardé le livre de Job comme un livre sacré.

242. D'ailleurs , nous trouvons le même dogme dans les prophètes. « Ceux de votre peuple qui sont morts, dit Isaïe, vivront de nouveau ; ceux qui ont été tués ressusciteront. Réveillez-vous de votre sommeil, et louez le Seigneur, vous qui habitez dans la poussière du tombeau (1). « Voici ce que dit Ézéchiel : « La main du Seigneur fut sur moi, et le Seigneur m'emporta en esprit, et me déposa au milieu d'un champ ; et ce champ était plein d'ossements. Et il me conduisit autour de ces os, et ils étaient en grand nombre sur la face du champ, et très-secs ; et il me dit : Fils de l'homme, ces os vivront-ils? Et je dis : Seigneur Dieu, vous le savez. Et il me dit : Prophétise sur ces os, et dis-leur : Os arides, écoutez la parole du Seigneur. Voici ce que dit le Seigneur à ces os : J'enverrai en vous l'esprit, et vous vivrez; et je mettrai sur vous des nerfs, et je ferai croître des chairs sur vous, et j'étendrai la peau sur vous ; et je vous donnerai l'esprit, et vous saurez que moi je suis le Seigneur. Et je prophétisai comme il me l'avait ordonné. Pendant que je prophétisais, un bruit se fit entendre, et voilà que tout est ébranlé ; et les os s'approchèrent des os , chacun a sa jointure, et je vis, et voilà les nerfs et les chairs qui les recouvraient, et la peau qui s'étendait sur eux; mais l'esprit n'était point en eux. Et le Seigneur me dit : Prophétise à l'esprit, prophétise , fils de l'homme, et tu diras à l'esprit : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Esprit, viens des quatre vents, et souffle sur ces morts, et qu'ils revivent. Et je prophétisai comme il me l'avait ordonné ; et l'esprit entra en eux, et ils furent vivants, et une armée innombrable se leva sur ses pieds (2). » Les Pères fout

circumdabor pelle mea, et in carne niea videbo Deum meuni. Queni visurus sum ego ipse, el oculi inei coiispecliui sunt, et non alius; reposita est liaec spes raea in siiiu meo. Job, c. xix, v. 25, 26 e^ 27. — (1) Vivent murtui lui, interlecti mei résurgent : expergisciniini, et laudate, qui habitatis in pulvere. Isaïe, c. XXVI, V. 19. — (2) Facta est super me nianus Doniini, et eduxit me in spiritu Domini; et dimisit me in niedio canipi qui erat plenus ossibus; et circumduxil me per ea in gyro ; erant autem multa valde super facieni canipi, siccaque vebementer. Et dixit ad me : Fili bominis, pulasue vivent ossa isla? Et dixi : Domine Deus, tu nosti. Et dixit ad me : Vaticinare de ossibus istis ; et dices eis : Ossaarida, audite verbum Domini. Ha;c dicit Dominus Deus ossibus bis : p;cc«

remarquer que le prophète fondait l'espérance du retour de la captivité sur l'exemple même de la résurrection certaine de la chair ; et que les os dont il parle n'auraient pu être le symbole de cette délivrance , si ce symbole lui-même n'avait dû se réaliser par la résurrection.

243. Daniel est encore plus précis : <; La multitude de ceux qui « dorment dans la poussière de la terre s'éveilleront, les uns pour « la vie éternelle, et les autres pour une ignominie qui ne finira « jamais (l).» Nous lisons aussi que les sept frères qui souffrirent le martyre sous Antiochus , espéraient qu'ils ressusciteraient un jour : '< Le roi du monde, disaient-ils, ressuscitera pour la vie éter- « nelle ceux qui seront morts pour la défense de ses lois (2). »

244. Le dogme de la résurrection est clairement exprimé dans l'Evangile et dans les autres livres du Nouveau-Testament. Les sadducéens, qui formaient une secte parmi les juifs, parlant d'une femme qui aurait eu successivement sept maris , demandèrent à Jésus auquel des sept sera cette femme après la résurrection. Jésus leur répondit : « Vous vous ti'ompez , ne comprenant ni les « Écritures ni la vertu de Dieu. Après la résurrection, les hommes « n'auront point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils se- « ront comme les anges de Dieu dans le ciel. Et pour ce qui est de « la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce que Dieu vous en « a dit : Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de « Jacob ? Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants (3). »

eiio iiilroniittam in vosspiritum, et vivelis. Et dabo super vos nervos, etsuccrescere faciam super vos carnes, et superextendam in vobis cutem ; et dabo vobis spiritum, et vivetis, et scietis quia ego Dominus. Et propheîavi sicut praeceperat rnilii. Factus est autem sonitus, prophetante me, el ecce commotio; et accesseruut ossa ad ossa, unumquodque ad juncturam suam. Et vidi, et ecce super ta nervi et cames ascenderunt ; et extensa est in eis cutis desuper, et spiritum i;on habebant. Et dixit ad me : Vaticiuare ad spiritum, vaticinare, fili hominis, et dices ad spiritum : Hsec dicit Doniiniis Deus : A quatuor ventis veni, spiriius, et insuffla super interfectos islos, et reviviscant. Et proplietavi sicut praeceperat mihi; et ingressus est in ea spiritus, et vixerunt steteruntque super pedes siios exercitus grandis nimis vaide. Ézéchiel, c. xxrx, v. 1 et suiv. —

(1) Et muUi de his qui dormiunt in terrae puivere, evigilahunt; alii in vitaru cclernam, et alii in ojiprobrium ut videant semper. Daniel, c xji, v. 2. —

(2) Rex mundi defiinctos nos pro suis legibus in aeternae vilae n .surrectione suscitabit. Liv. n des Machabées , c. vu, v. 9. — Voyez aussi les versets 11 et î4 «lu liiênie cbapitre. - (3) Kespoudens aiitem Jésus, ait illis : Erratis nescientes Scripturas, neque virlutem Dei. In resurreclioneenim neqne uubenl, neqne nubentur; sed erunt sicut angeli Dei in cœlo. De resurrectione autem morluorura non iegistis quod dictum est a Deo dicente vobis : Ego sum Deus Abraham, et

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« Le temps viendra, dit le Sauveur du monde, où ceux qui sont « dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu. Et ceux « qui auront fait de bonnes œuvres sortiront des tombeaux pour « ressusciter à la vie; mais ceux qui auront fait le mal en sorti- « rout pour ressusciter à leur condamnation (i ). » Ailleurs : « La « volonté du Père qui m'a envoyé, dit Jésus-Christ , est que je ne « perde aucun de tous ceux qu'il m'a donnés , mais que je les res~ « suscite tous au dernier jour. Sa volonté est que quiconque voit « le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle; et je le ressusciterai « au dernier jour (2). Celui qui mange ma chair et boit mon sang « a la vie éternelle ; et je le ressusciterai ait dernier jour (3). »

245. Saint Paul prouve aux Corinthiens la résurrection générale parla résurrection de Jésus-Christ. «Puisqu'on vous a prêché, « leur dit-il , que Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts , « comment s'en trouve-t-il encore parmi vous qui disent que les « morts ne ressuscitent point ? Car si la résurrection des morts « n'a pas lieu , Jésus-Christ n'est point ressuscité (4). Mais Jésus- « Christ est ressuscité d'entre les morts; il est devenu les prémices « de ceux qui dorment du sommeil de la mort. Car comme la mort <- est venue par un homme , la résurrection des morts doit venir « aussi par un homme. Et comme tous meurent en Adam, tous « revivront aussi en Jésus-Christ (5). Mais, dira quelqu'un , com- « ment les morts ressuscitent-ils? avec quels corps reviendront-ils? « Insensé ! ce que vous semez ne reprend point de vie, s'il ne meurt « auparavant. Et ce que vous semez n'est pas le corps de la plante « qui doit naître, mais un simple grain de blé, par exemple, ou

Deiis Isaac, et Deiis Jacol)? Nca est Deus morluorum, sed viventinm. Saint Matthieu, c. xxii, v. 29, 30 et SI. — {l)Venit liora in qna omncsqni in monnnicntis siint andient vocem Filii Dci. F.t procèdent qui boiia feceriinl, in rcsnrrectionem vitœ : qui vero mala egerunf, in resnrrectionem jndicii. Saint Jean, c. V, V. 28 et 29. — (2) Hacc est antem voluntas ejiis qui niisit nie Pati is : nt omne qnod dédit niilii non pcrdam ex eo, sed re.«susciteni illud in novissimo die. H.Tc est autem voluntas Patris mei qui misit me : ut omnis qui videt Filium, et crédit ineum, liabeat vitam aeternam, etego ressuscitabo eum in novissiniodie. Ibidem, c vi, v. 39 et 40. — (3) Qui manducat meam carnem, et bibil nieum sanguinem, babet vitam jeternain : et ego ressu.<;citabo eum in novissinio die.

Ibidem, v. 55 (4) Si Cbristus prœdicatur quod resnrrexit a nioiluis, quo-

modo quidam dicunt in vobis, quoniain rcsurrectio mortnorum non est? Si aiitem resurrectio mortuorum non est, neque Cbristus resnrrexit. /" <'pit. aux Corinthiens, c. xv, v. M et 13. — (5) Nunc autem Cbristus rcsurrexit a mortuis, primitiœdormientium; quoniam quidem per bomineni ukhs, et per bominem resurrectio mortunrum. Etsicul in Adam omnesmoriunlur, ita el in Christo onnies vivificabuntur. Ibidem, v. 20, 21 et 22.

« de quelque autre chose. Mais Dieu donne à ce grain un corps tel « qu'il lui plaît, et à chaque semence le corps qui lui est propre. « Toute chair n'est pas la même chair ; autre est la chair des « hommes , autre est la chair des bêtes , autre celle des oiseaux, « autre celle des poissons. Et il y a des corps célestes et des corps « terrestres. Mais les corps célestes ont un autre éclat que les corps « terrestres. Et autre est la clarté du soleil , autre la clarté de la « lune, autre la clarté des étoiles ; et même, entre les étoiles, lune « diffère de l'autre en clarté. Ainsi sera la résurrection des morts. « Ce qui se met en terre comme une semence est plein de corrup- " tion, et il ressuscitera incorruptible. Ce que l'on met en terre « est ignoble , et il ressuscitera dans la gloire. Ce que l'on met en " terre est sans force , et il ressuscitera plein de vigueur. Ce que « l'on met en terre est comme un corps animal , et il ressuscitera « comme un corps spirituel (I). Nous ressusciterons tous, mais nous « ne serons pas tous changés (en cet état glorieux). En un mo- « ment, dans un clin d'oeil , au son de la dernière trompette ; car «< la trompette sonnera , et les morts ressusciteront dans un état « incorruptible, et nous serons changés, nous {que Dieu a choisis « pour nous faire miséricorde) ; car il faut que ce corps corruptible « soit revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit re- « vêtu de l'immortalité (2). »

246. On ne pouvait enseigner plus clairement la résurrection des corps. Ainsi voilà Jésus- Christ et les apôtres, les patriarches et les prophètes, les Pères et les conciles, la croyance générale et constante de l'Église catholique , les symboles ou professions de foi de tous les chrétiens, qui nous annoncent que tous les hommes

(l) Sed dicet aliquis : Quomodo resurgunt niortui ? Qualive corpore venient ? Insipiens! tu quod seminas nou vivificatur, iiisi moriatur. Et quod seminas, iioii corpus quod futurura est seminas, sed nudum graiium, ut puta tritici, aut alicujus caeterorum. Deus autem dat illi corpus sicut vult, et unicuique seminuni proprium corpus. Non omnis caro eadem caro; sed alla quidem liominum, alla vero pecorum , alia volucrum, alia autem piscium; et corpora cœleslia, et corpora terrestria ; :.ed alia quidem cœlestium gloria , alia autem terrestriuiu, alia claritas solis, alla claritas lunae, et alia claritas stellarum. Stella enim a Stella differt in claritate. Sic et resurrectio mortuorum. Seminalur in torruptione, surget in incorniptione. Seminatur in ignobilitate, surget in gloria ; seminatur in iutirmitate, surget in virtute; seminatur corpus animale , siirge* corpus spiritale. Ibidem, v. 35, etc. — (2) Omnes quidem resurgemus, sed non omnes immutabimur. In momento, in ictu oculi, in novissima tuba ; cauet enim tuba, et mortui résurgent incorrupti; et nos immutabimur. Oportet enim corruptibile hoc induere incorruptionem ; et mortale hoc induere immortalitat«m Ibidem, V 51, etc.

ressusciteront un jour, afin de recevoir, après la résurrection , le complément de leur bonheur ou de leur malheur éternel. Vouloir que ce dogme ne soit qu'un mythe qui remonte aux temps primitifs, qu'une opinion mythologique, ne serait-ce pas méconnaître l'autorité des oracles sacrés , l'autorité de Dieu même? ^'e serait-ce pas ébranler les fondements de toute la religion, de toute certitude traditionnelle ? L'incrédule a dit que la résurrection des corps est impossible ; il l'a dit, mais il ne l'a pas prouvé, et on ne le prouvera jamais. Comment en effet prouver que celui qui a pu tirer les corps du néant ne peut les faire revivre , ou leur rendrj la même forme qu'ils avaient auparavant? Nier la possibilité de la résurrection , c'est évidemment nier la création , nier la puissance de Dieu , nier Dieu lui-même.

ARTICLE IL Tous les hommes ue ressusciteront pas dans le même état.

247. Nous ressusciterons tous, dit l'Apôtre, mais nous ne serons pas tous changés : Omnes quidem resurgemus, sed non onines immutabimur (1). Les uns ressusciteront avec des corps glorieux, pour la vie éternelle ; les autres ressusciteront avec des corps couverts d'ignominie , pour être livrés au supplice de l'enfer, qui ne finira jamais. A la vérité, tous les hommes ressusciteront avec le même corps, quant à la substance qu'ils avaient sur la terre , et ce corps aura tout ce qui tient à l'intégrité de sa nature. « Alors, « dit saint Augustin, il ne restera rien de défectueux dans le corps. « Ceux qui auront plus de corps et d'embonpoint ne reprendront « point cette masse de chair ; tout ce qui est au delà d'une juste «proportion sera réputé superflu. Au contraire, tout ce que la « maladie ou la vieillesse aura détruit dans le corps sera réparé par « la vertu de Jésus-Christ. Il en sera de même des corps uaturel- « lemeut maigres et décharnés : non-seulement le Sau> eur les res- « suscitera, mais il leur rendra encore tout ce que les maux de cette « vie leur auront ôté (2). » Ainsi, les enfants comme les vieillards, les faibles comme les forts , ceux qui sont infirmes ou privés de quelques membres comme ceux qui ont conservé leur corps entier, tous ressusciteront dans un état parfait ; il en sera de l'œuvre de la résurrection comme de l'œuvre de la création, elle sera dif'ne de

(1) Ibidem, v. 51 — (2) Voyez la Cité de Dieu, liv. xxii, c. xix, xx et xxi; l'Enciiiridion, c. lxxxvi, elc

Dieu. Les méchants eux-mêmes ressusciteront avec tous leurs membres 5 mais, à la difféi-ence des bons, qui seront rétablis dans leur premier état pour recevoir une récompense plus complète, les méchants ne recevront leur corps que pour l'augmentation de leur supnlice. Le corps de ceux-ci sera certainement immortel comme le corps des justes ; mais il ne le sera que pour souffrir éternellement. Les réprouvés chercheront la mort, et ils ae la trouveront point; ils la désireront, et ils ne l'obtiendront point : Quœrent tnortem^ et non invenient eam; et desiderabunt mon, et fugiet mors ah eis (1). L'immortalité sera donc commune aux bons et aux méchants ; mais elle sera pour les uns un poids éternel de gloire, œternum g loriœ pondus (2), et pour les autres un poids éternel d'opprobre et d'ignominie.

248. De plus, les corps des saints auront des qualités surnaturelles que n'auront point les corps des réprouvés, savoir : l'impassibilité, la clarté, l'agilité et la subtilité. La première est l'impassibilité, qui rendra le corps des bienheureux exempt de la douleur et des souffrances. Le corps est semé dans la corruption, dit saint Paul, et il ressuscitera incorruptible (3). Les théologiens ont employé le mot impassibilité plutôt que celui d'incorruptibilité , afin de n'exprimer par là que ce qui convient aux corps des bons, car eux seuls seront impassibles. Les corps des méchants, tout incorruptibles qu'ils seront réellement, seront soumis à la souffrance. La seconde est la clarté, qui rendra les corps des saints aussi brillants que le soleil. « Les justes, dit Notre-Seigneur , brilleront « comme le soleil dans le royaume du Père céleste (4). » Et, pour confirmer cette promesse, il opéra devant ses apôtres le miracle de sa transfiguration. Saint Paul exprime cette qualité lorsqu'il dit : Le corps est semé dans l'ignominie^ et il ressuscitera dans la gloire (5). Cette clarté sera un état de lumière qui rejaillira de la souveraine félicité de l'âme sur tout le corps ; et le corps sera heureux du bonheur même de l'âme, comme l'âme est heureuse par une participation de la félicité infinie de Dieu. La troisième qualité des corps glorieux sera V agilité. Elle délivrera le corps du poids qui l'accable maintenant, et l'âme pourra le porter où il lui plaira avec autant de facilité que de vitesse. Le corps, dit l'Apôtre, est setné dans l'injirrnité ; il ressuscitera dans la force (6). Enfin, la

(1) Apocalypse, c. rx,v. vi. — (2) II» épître aux CorintliieDS, c. iv, v. 17. — (3) I" épître aux Coiintliieus c. xv, t. 49. — (4) Tune justi fulgebunt sicut sol in r^no Palris eorum. Saint Matthieu, c. xiir, v 43. — (5) I" épître aux CO' rinthiens, c. xv, v. 43. — (6) Ibidem,

suoiiïité sera accordée à nos corps après la résurrection. Elle rendra \e corps entièrement soumis à l'àme, qui le trouvera toujours prêt à exécuter ses volontés. C'est ce que saint Paul nous apprend par ces paroles : Ce gui est tnis en (erre est comme un corps animal, et il ressuscitera comme un corps spirituel (l). Tel est, d'ailleurs, l'enseignement des saints Pères (2).

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