CHAPITRE VI
Du jugement dernier.
249. Il est arrêté que les hommes meurent une fois, et que la mort est immédiatement suivie du jugement de Dieu , qui rend à chacun selon ses œuvres : Statutum est hominibus semel mori, post hoc auiem judicium (3). Outre ce premier jugement, qu'on appelle \e jwgemeïit particulier, il y aura un second jugement, qui est appelé le jugement général ou jugement dernier. Ce jugement doit avoir lieu au second avènement de Jésus-Christ , qui viendra visiblement juger les vivants et les morts, c'est-à-dire, tous ceux qui auront vécu depuis le commencement jusqu'à la fin de ce monde. C'est la croyance de l'Église catholique, la croyance de tous les chrétiens. C'est un article de notre foi, qu'au dernier jour Notre Seigneur descendra sur la terre pour juger tous les hommes. Cette vérité est fondée tout à la fois sur l'enseignement des conciles et des symboles, des saints Pères et des oracles sacrés.
250. D'abord le quatrième concile œcuménique de Latran, qui eut lieu eu 1 2 1 5, porte, dans son article de la foi catholique : « Jé- « sus-Christ viendra, à la fin des siècles, juger les vivants et les t morts, et rendra à chacun selon ses œuvres , tant aux réprouvés « qu'aux élus (4). » Nous trouvons la même définition dans le second concile général de Lyon de l'an 1274, où étaient réunis les Grecs et les Latins (5). Le symbole de saint Athanase, qui est reçu dans toute l'Égiise, celui qui porto le nom des apôlres, ainsi que les symboles de Kicée et de Constaniinople, qui sont du quatrième
(<) ILidcm, V. 44. — (2) Voyez le Catéchisme du concile de Trente, I" partie, art, XI. — (3) Épître aux Uébreux, c. ix, v. 27. — A) Chiistus vcnturus (est) in fine sœculi judicare vivos et mortuos, et redtliturus singiilis secundum opéra sua, tam reprobis, quam electis. CapU. i. — (5) Labbe, Coiicil., tome xi, ;ol. 9tj3.
siècle , nous apprennent que le Fils de Dieu fait homme viendra de nouveau sur la terre, mais avec sa gloire, pour juger les vivants et les morts : Et iterum veniurus est cum gloriajudicare vivos et mortuos. C'est aussi l'enseignement des saints Pères. Comme ils admettenttous le dogme de la résurrection générale (l), ils admettent en même temps le jugement dernier. D'ailleurs, cette croyance n'a jamais été contestée, ni dans l'Église grecque, ni dans l'Eglise latine. Il serait donc superflu de rapporter ici ce qu'en ont dit tous les anciens docteurs. Qu'il nous suffise de citer les oracles sacrés qu'ils ont cités eux-mêmes pour établir le dogme catholique dont il s'agit.
251. Nous lisons dans l'Évangile que le Sauveur, reprochant à quelques villes qui avaient été témoins de ses miracles de n'avoir pas fait pénitence, leur dit : « Je vous déclare qu'au Jowr dujuge- ■■<■ ment Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que « vous (2). » S'adressantà une autre ville : «Je t'assure, dit-il, qu'aw «jour du jugement Sodome sera traitée moins rigoureusement « que toi (3). » Dans un autre endroit : « Les Ninivites s'élèveront « contre ce peuple, et le condamneront, parce qu'ils ont fait péni- « tence à la prédication de Jonas, et que celui qui est ici est plus « grand que Jonas. La reine du Midi s'élèvera au jour du jugement '( contre cette race et la condamnera , parce qu'elle vint des ex- '■ trémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et que « celui qui est ici est plus grand que Salomon (4). » Nous apprenons deux choses de ce discours, ajoute saint Augustin, savoir : que le jugement doit venir, et que les morts ressusciteront pour y comparaître, attendu que les Ninivites et la reine du Midi étaient morts quand Notre-Seigneur disait ces choses ; aussi annouce-t-il qu'ils Fessusciteront au jour du jugement. Quant à ce qu'il dit, qu'ils condamneront les Juifs, ce n'est pas qu'ils les jugeront ; mais c'est que les Juifs, en comparaison des Ninivites, mériteront d'être condamnés plus sévèrement (5),
252. Ailleurs, à propos du mélange qui se fait en ce monde des bons et des méchants, et de la séparation qui en sera faite au jour du jugement , il se sert de la parabole d'un champ semé de bon
(1) Voyez, ci-dessus, le n° 236. — (2) Tyro et Sidoni remissius erit in die judicii, quam tibi. Saint Matthieu, c. xi, v. 21. — (3) Teirae Sodomorum remissius ei it ia die judicii, quam tibi. Ibidem, v. 24. — (4) Viri Ninivitae suigeut in judicio cura generalione ista, et coridemnabunt eam... Regina Austri surget lu judicio cum geneiatione rsta, et coudemiiabit eam. Ibidem, c. xii, v. 41 et 42. — (6) Liv. XX, de la Cité de Dieu, c. v.
grain, où l'on a répandu de l'ivraie ; et l'expliquant à ses disciples: « Celui qui sème le bon grain , dit-il , est le Fils de l'homme ; le « champ est le monde; le bon grain, ce sont les enfants du royaume, « et l'ivraie, les enfants du démon ; l'ennemi qui l'a semée, c'est > le démon; la moisson, c'est la fm du monde; et les moissonneurs, ' ce sont les anges. Comme donc on amasse l'ivraie et qu'on la < brûle dans le feu, il en sera de même à la fin des siècles. Le Fils " de l'homme enverra ses anges, qui enlèveront hors de son « royaume ceux qui scandalisent les autres et qui commettent l'i- « niquité; et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il n'y " aura que pleurs et grincements de dents. Alors les justes brille- « ront comme le soleil dans le royaume du Père céleste (i). » Il est vrai que Notre-Seigneur ne nomme point ici le jour du jugement; mais il l'exprime assez clairement par la chose même, et il prédit qu'il arrivera à la fin du monde.
253. On lit encore dans saint Matthieu : « Quand le Fils de « l'homme viendra dans sa majesté, accompagné de tous ses anges, •< alors il s'asseoira sur le trône de sa gloire ; et tous les peuples de « la terre seront assemblés devant lui, et il séparera les uns d'avec « les autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs ; '< et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors ■ le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes '< les bénis de mon Père ; possédez le royaume qui vous a été pré- " paré dès le commencement du monde ; car j'ai eu ft\im , et '■■ vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez " donné à boire; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé ; «j'ai été nu, et vous m'avez vêtu; j'ai été malade, et vous m'a- « vez visité ; j'ai été prisonnier, et vous êtes venus me voir. Je « vous le dis en vérité : autant de fois que vous avez fait ces « choses à l'un des moindres de mes frères que voilà, c'est à moi- « même que vous les avez faites. Il dira ensuite à ceux qui seront « à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel, « qui a été préparé à Satan et à ses anges ; car j'ai eu faim, et vous
(1) Qui seminat bonuîti semen, esl Filins liominis. Ager aiitem, est miindiis. Bonnm vero semen, hi sunl (llii regni. Zizania antem, filii snnt ncqnam. liiimicus antem qui seminavit ea, est diabolus. Messis vero, consnmmatio saecnli est. Messores autem,angeli snnt. Sicnt ergo colliniintiir zizania, et iiini comburuntur ; sic erit in consummatioiie saccnii. Mittet Filins bominis aiigelos snos, et colligent de regno ejus omnia scandala, et cos qui facinnt iniqnitatem : et mittent eos in caminum ignis. Ibi eril flctus, et stiidor dentiiim. Tune just fulgebunt sicut sol in regno Patris eornm. Saint Matthieu, c. xiii, v. 37 etc..
* ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avea « pas donné à boire ; j'ai eu besoin de logement, et vous ne m'a- « \ez pas logé ; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas revêtu ; j'ai été « malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. » Puis il conclut iinsi : « Alors ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes dans t la vie éternelle : Et ibunt hi in supplicium œternum , justi aut tem in vitam œternam (l). »
254. Vous remarquerez que le Sauveur ne fait point ici l'énumération de toutes les œuvres qui seront récompensées, ni de toutes les mauvaises actions qui seront punies de Dieu. «Je m'approchera' « de vous, dit le Seigneur dans le prophète Malachie, et je serai « un prompt témoin contre les enchanteurs, les adultères et les « parjures, contre ceux qui retiennent le salaire de l'ouvrier, qui « oppriment les veuves , outragent les orphelins, se rendent cou- « pables d'injustice à l'égard de l'étranger, et ne craignent point « mon nom; car je suis le Seigneur votre Dieu, et je ne change " point (2). Ne savez-vous pas , écrivait saint Paul aux Corinthiens, « que les injustes ne seront point héritiers du royaume de Dieu?
• Ne vous trompez pas : ni les fornicateurs , ni ceux qui rendent « un culte aux idoles , ni les adultères , ni ceux qui commettent les « crimes de Sodome , ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes , « ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d' autrui , ne posséde- « ront le royaume de Dieu (3). »
255. Aux oracles de Jésus-Christ sur son futur avènement et le jugement dernier, nous pourrions ajouter le témoignage des apôtres, de ceux-là mêmes qu'il s'est choisis pour enseigner toutes les nations et prêcher son Évangile à toute créature. Soit qu'ils parlent aux Juifs, soit qu'ils parlent aux gentils, ils insistent sur ces deux points comme sur deux des principales vérités du christianisme (4). Nous ne citerons qu'un passage de saint Paul et un de saint Jean. « Nous devons tous, dit le premier, comparaître devant le tribunal
(1) Voyez le texte dans saint Matthieu, c. xxv, v. 31 et suivants. — (2) Accedam ad vos in jiidicio, et ero teslis velox inaleficis , et adnlteris, et perjuris et qui caîiirnuiantur mercedem mcrcenarii, viduas et piipillos, et opprimant peregrinum, nec tiniuerunt me, dicit Dominus e\ercituiiiij. Ego enim Dominus, et non mutor. Malachie, c. ni, v. à et 6. — (3) An nescitis quia iniqui regnum Dei non possidebunt? Colite errare; neque fornicarii, neqiie idolis servientes, neque adulteri, neque milles, neque masculorum concnbitores, neque fures, neaue avari, neque rapaces regnum Dei possidebunt. 1'* épitre aux Corinthiens, c. vi, v. 9 et 10. — (4) Voyez les Actes des apôtres, c. x, v. 42 ; c. xvii V. 31 ; c. XXIV, V. 25; l'épîlre V aux Tliessalonicieus , c. iv, v. 14, 15 et 16; l'épltre II* de saint Pierre, c. m, v. 7, etc.
« de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce ([ui est dû aux « bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il « était revêtu de son corps (1). » Écoutez saint Jean : « Je vis un « grand trône éclatant, et celui qui était assis : et à sa vue la terre « et le ciel s'enfuirent , et il n'en resta pas même la place. Je vis « ensuite /es morts , grands et petits , qui comparurent devant le « trône; et des livres furent ouverts, et puis on en ouvrit en- « core un autre , qui est le livre de vie ; et les morts furent jugés « sur ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. Et la « mer rendit les morts qu'elle renfermait dans son sein; la mort « et l'enfer rendirent les morts qu'ils avaient, et chacun fut jugé « selon ses œuvres. Et l'enfer et la mort furent jetés dans l'étang « de feu. C'est la seconde mort. Et celui qui ne fut pas trouvé écrit n dans le livre de vie, fut jeté dans l'étang de feu. Et je vis un ciel « nouveau et une terre nouvelle ; car le premier ciel et la première « terre avaient disparu, et la mer n'était plus. Et moi, Jean, je « vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui venant de Dieu « descendait du ciel, étant parée comme une épouse qui se pare «■ pour son époux. Et j'entendis une grande voix qui venait du '■ trône, et qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avr^ les hom- « mes, et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple , et Dieu i sera leur Dieu. Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux; « et la mort ne sera plus ; et il n'y aura plus ni pleurs, ni cris, i ' « afflictions, parce que le premier état sera passé. Et celui qui « était assis sur le trône dit : Voilà que je fais toutes choses nou- , « velles. Et il me dit : Écris, parce que ces paroles sont très- « fidèles ; elles sont la vérité. Et il me dit : Tout est accompli. Je « suis V alpha et Votnéga, le commencement et la fin (2). »
Il est donc constant par l'Écriture et la tradition, par l'enseignement des conciles et la croyance de l'Église universelle, qu'a la fin du monde Jésus-Christ viendra de nouveau sur la terre pour juger tous les hommes.
2-56. Nous disons, à la fin du monde, au dernier jour, à la consommation des siècles , in novissimo die , in consummatione sœculi, suivant les expressions de l'Écriture. Ainsi ce monde finira comme nous l'enseignent d'ailleurs les livres saints. Indépendamment du passage de l'Apocalypse que nous venons de rapporter,
(1) Omnes nos n.^nifestari oportet ante trilMinal Cliristi, ut referai unusqiiisque propria corporis, prout gessit , sive boiium , sive maicm. \i' épître aux Corinthiens , c. v,v. 10. — (2) Voyez le Irxte dans l'Apocalypse, c. x», V. 1, etc. , et c. XXI, v. 1, etc.
17fi DE DIEU.
et dans lequel il est dit que le ciel et la terre doivent disparaître, saint Pierre, le prince des apôtres , s'exprime en ces termes : « Les « cieux et la terre d'à présent sont réservés pour être brûlés par le « feu, au jour du jugement et de la ruine des impies (l). Le jour « du Seigneur viendra comme fait un voleur ; et alors , dans le bruit '< d'une effroyable tempête, les cieux passeront, les éléments em- « brasés se dissoudront, et la terre, avec tout ce qu'elle contient, " sera consumée par le feu. Puis donc que toutes ces choses doi- " vent périr, que ne devez-vous pas être par la sainteté de votre « vie et par votre piété, attendant et hâtant par vos désirs l'avé- '• nement du jour du Seigneur, où l'ardeur du feu dissoudra les « cieux et fera fondre tous les éléments? Car nous attendons, selon '■ sa promesse , de nouveaux cieux et une nouvelle terre , où k '■ justice habitera (2). Les cieux se dissiperont comme la fumée, •^ dit Isaïe; et la terre s'en ira en poussière comme un vêtement " usé (3). » Et le roi prophète : « Seigneur, vous avez fondé la terre '< dès le commencement, et les cieux sont l'ouvrage de vos mains. « Ils périront ; mais , pour vous , vous demeurerez ; ils vieilliront t comme des vêtements; ils changeront comme un manteau , et ils '< seront changés (4). »0n voit que cette croyance est fort ancienne ; et c'est sans doute parce qu'elle est si ancienne, que nous en trouvons quelques vestiges parmi les gentils. Ovide parle de la tradition des peuples qui croyaient que la terre et les régions supérieures seraient embrasées, et que ce monde retournerait dans le chaos (5).
257. Cet embrasement général précédera-t-il ou suivra-t-il immédiatement le jugement dernier? Les interprètes sont partagés: les uns pensent que l'embrasement précédera le jugement; d'autres
(1) Cœli qui nunc sunt, et terra, eodem verbo repositi sunt, îgni reservati in diem judicii, et perditionis impiorum hominum. II* épîire, c. m, v. 7. — (2) Adveniet dies Domini ut fur ; in quo cœli magno impetu transient, elementa vero calore solventur, terra autem, et quae in ipsa sunt opéra, exnrentur. Ciim igitur haec omnia dissolvenda sint, quales oportet vos esse in sanctis conversationibus et pietatibus, expectantes et properantes in adventum diei Domini, per quem cœli ardentes solventur, et elementa ignis ardore tabescent ? Wovos yero cœlos et novam terram secundum promissa ipsius expectamus, in quibus justitia habitat. Ibidem, v. 10, etc. — (3) Cœli sicut fumus liquescent, et terra sicut vestimentum atteretur Isaïe, c. i, v. 26. — (4) Initio tu, Domine, terram fundasti : et opéra mannum tuarum sunt cœli. Ipsi peribunt, tu autem permanés : et omnes sicut vestimentum veterascent. Et sicut opertorium routabis eos, et mutabuntur. Psaume ci, v. 20 et 27. — (5) Voyez, dans la Bible de Vence, une dissertation sur la fin du mo»^ie, tom. xvi, in-4°.
DE DIEU. ITt
qu'il le suivra; d'autres croient qu'il commencera avant le jugement , et qu'il continuera pendant et après le jugement. Mais cette question n'intéresse point les fidèles; elle ne nous intéresse pas plus que d'autres questions du même genre, au sujet desquelles i' n'a pas plu au Seigneur de nous faire connaître ses desseins. Oi; demande encore si, ce monde ayant fini par la dissolution des éléments qui le composent, Dieu se servira de ces mêmes éléments pour former un nouveau monde? Bien certainement, après la fin de ce monde, le Créateur pourrait former d'autres mondes, comme i! a pu en former d'autres dans l'intervalle qui s'est écoulé , suivant le système de la plupart des géologues modernes , depuis la création de la matière jusqu'à l'organisation du monde actuel; mais, encore une fois, ces sortes de questions ne font rien à l'édification.
258. On fait aussi une autre question : Quand le monde finirat-il? Cette question a été résolue par Jésus-Christ lui-même, mais non pas de manière à satisfaire la curiosité de l'homme. Un jour, ses disciples lui ayant demandé quand arriverait la fin du monde, il leur répondit : « Personne n'en sait ni le jour ni l'heure, pas « même les anges du ciel , si ce n'est le Père seul. Ce qui est arrivé « au temps de Noé arrivera à l'avéneraent du Fils de l'homme. « Comme avant le déluge les hommes mangeaient et buvaient, se « mariaient et mariaient leurs enfant? , jusqu'au jour où Noé entra « dans l'arche , et qu'ils ne pensèrent au déluge que lorsqu'il sur- « vint et les fit tous périr, il en sera de même à l' avènement du « Fils de l'homme (l). Tenez-vous toujours prêts, parce que le « Fils de l'homme viendra à l'heure que ^ous n'y penserez pas (2). » Ce serait donc en vain qu'on voudrait fixer le temps de la fin du monde: Dieu seul connaît l'avenir, et celui à qui Dieu l'a révélé; mais l'incertitude même où nous sommes sur le jour et l'heure du second avènement de Notre-Seigneur, ainsi que sur le jour et l'hsure de notre mort, est un bien puissant motif pour nous tous de veiller, et de nous tenir toujours prêts à paraître devant Dieu;
(1) Cœlum et terra transibnnt, verba autem mea non prœteribunt. De die vaiitem illa et hora neiiio scit : neqne aiigeli cœlorum, nisi soius Pater. Sicut autem in diebus Noe , ita erit et advciitus Filii lioininis. Siciit cnim eraiit in diei)us ante dilnvinm comedentes et bibentes, nubentes et niiptui tradent**, usque ad eum diem, qiio intravit Noe in arcam, et non cognoverunt doncc venit dibivium et tubt onuies; ita erit et adventus Filii bominis. Saint Matthieu, c. xxiv V. 35, etc. — (2) Ideo et vos estote parati; quia qua uescitis bora Filius iiominis venturus est. Ibidem, v. 44.
j 7S DE DIEU.
car la mort est immédiatement suivie du jugement particulier, oti le sort de chacun sera fixé pour toute l'éternité. Veillons donc, nous tous, qui que nous soyons, quoique nous n'ayons pas à craindre, tandis que nous sommes en cette vie , d'être surpris par la fin du monde. Veillons, car nous ne savons pas quand 'e maître de la maison viendra; si ce sera le soir ou à minuit, au chaut du coq, ou au matin (1). Notre divin Sauveur nous le recommande, et nous le recommande à tous : Quod autem vobis dico , omnibus dico : Vigilate (2).
Nous avons parlé, dans ce traité, des attributs de Dieu, des œuvres de la création, des anges et de l'homme, et de la providence qui pourvoit à tout , tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce. Nous avons encore à parler de la nature divine , et c'est ce que nous allons faire en exposant le dogme catholique sur le mystère ineffable de la sainte Trinité.
(1) vigilate ergo (nescitis enim quaiido dominus domus veniat : sero, an média nocte, an galli cantu, an mane). Saint Marc, e. xiii, v. 35. — (2) Ibidem, T. 57.
TRAITE
fin MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ.
259. Le premier, le plus incompréhensible des mystères de la religion, est, sans contredit, le mystère trois fois saint de la Trinité. Pour eu parler dignement , nous empruntons le langage de Dieu même, tel qu'il nous a été transmis par l'enseignement de l'Eglise et de ses docteurs , eu nous rappelant que nous devons , comme le dit l'Apôtre , réduire notre entendement en servitude, et le soumettre, par l'obéissance, à la parole de Jésus-Christ: In captivitatem redigentes omnem intetlectuni in obsequiujp Christi (i).