‹ Théologie dogmatiqueChapitre 29 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De l'existence du mystère de la très-sainte Trinité.

262. Parmi les anciens hérétiques qui se sont écartés du dogme catholique touchant le mystère ds la Trinité, on remarque, au second et au troisième siècle, Praxéas de Phrygie, Noët d'Éphèse ou de Smyrne, Sabellius, né à Ptolémaide en Libye , et Paul de Sa-

(1) Pides catholica liaec est : ut unum Deum in Trinitale et Trinitatera in unitate veneremur : neque confuntlentes personas , neqiie substantiam séparantes. Alla estenim persona Patris, alla Filii,alia Spiritus Sancti. Sed Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, una est divinitas, aequalis gloria, coaeterna niajestas. Qualis Pater, talis Filius, talis Spiritus Sanctus. Increatus Pater , increatus Filius, increatns Spiritus Sanctus. Immensns Pater, immeiisus Filius, immensus Spiritus Sanctus. jEteinus Pater , aeternus Filins , eeternus S])iritus Sanctus. Et tamen non très œterni, sed unus teternus. Sicut non très increati, nec très inimensi, sed unus increatus et unus immensus. Similiter omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus Sanctus. Et tamen non très omnipotentes, sed unus omnipotens. Ita Ueus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus Sanctus. itt tamen non très Dii, sed unus est Deus. ita Dominus Pater , Dominus Filius, Dominus Spiritus Sanctus. Et tamen non très Doniini, sed unus est Dominus. Quia sicut sigillatim unamquamque personam Deum ac Dominum contiteri i hristiana veritate compellimur,ita très Deos aut Dominos dicere catholi'a religione protiibemur. Pater a nullo est factus, nec crealus, nec genitus. Filius a Pâtre solo est, non factus, nec crealus, sed genitus. Spiritus Sanctus a Paire et Filio, non factus, nec creatus, nec genitus , sed procedens. Unus ergo Pater , non très patres; unus Filius, non très tilii; unus Spiritus Sanctus, non très spiritus sancti. Et in liac Trinitate nihil prius aut postcrius, niliil majus aut minus; sed toffle 1res personae coijeternae sibi sont et coanpiales. Ita ut i)eromnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate et Trinitas in unitate veneranda sit. Qui vull ergo salvus esse, ita de Trinitate sential. Symbole de saint Athani'^.

mosate, évéque d'Antiochc; ils rejetaient la distiii>^^on des trois personnes divines. Le quatrième siècle vit paraître, successivement , Arius , prêtre d'Alexandrie , qui attaqua le dogme de la Trinité , en attaquant la divinité du Fils ; et Macédonius , évéque de Constintinople, qui, en niant la divinité du Saint-Esprit, niait également le dogme de la Trinité. Ces erreurs ont été renouvelées, au seizième siècle, par les sociniens, ainsi appelés de Lélie et de Fauste Socin, oncle et neveu, originaires de Sienne ; et, dans ces derniers temps, parles déistes et les rationalistes, qui, ne prenant que la raison pour guide en matière de religion, rejettent absolument tous les mystères du christianisme.

Pour établir le dogme catholique, il suffira d'exposer la croyance de l'Église : ce que nous ferons dans ce chapitre d'abord , où nous rapporterons les preuves en faveur de la distinction des trois personnes divines ; puis dans les deux chapitres suivants , où nous prouverons plus directement la divinité du Fils et du Saint- Esprit.

ARTICLE I

On doit admettre le mystère de la sainte Trinité.

263. Il est de foi qu'il y a trois personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; que ces trois personnes sont réellement distinctes entre elles , et qu'elles ne sont qu'un seul Dieu, n'ayant qu'une seule et même nature. Il est de foi, par conséquent, que le mystère de la sainte Trinité existe, puisque ce mystère consiste dans l'unité de nature ou de substance, et dans la trinité des personnes en Dieu, t Nous croyons fermement et nous confessons « simplement, avec les Pères du quatrième concile général de La- « tran, qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu, éternel, immense, tout- « puissant , immuable , incompréhensible et ineffable ; qu'il y a « trois personnes en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, mais < une seule essence, substance ou nature absolument simple ; que « le Père n'est d'aucun autre , que le Fils est du Père seul , et que « le Saint-Esprit est du Père et du Fils , sans commencement et « sans fin ; que le Père est engendrant, le Fils engendré, et le Saint- " Esprit procédant ; que ces trois personnes sont c'^nsubstantielies

et coégales, également toutes-puissantes et coéternelles, l'unique « principe et créateur de toutes choses invisibles et visibles , spi- « rituelles et corporelles (l). » Ainsi , la foi catholique veut que

0) Firmiter credimus, et simpliciter confitemur, quod nous solus est vera»

DK LA SAINTE TEINITE. 183

nous adorions un seul Dieu en trois personnes , et trois personnes en un seul Dieu , sans confondre les personnes et sans diviser la substance : « Fides catholica hœc est : ut unum Deum in Trinitate - et Trinitatem in ucitate veneremur ; neque confundentes perso- « nas, neque substantiam séparantes (i). » Elle veut que nous croyions , avec les apôtres , en Dieu le Père tout-puissant , créateur du ciel et de la terre , et en Jésus-Christ , son Fils unique , ]Notre-Seigneur,et au Saint-Esprit (2). Elle veut que nous croyions, avec les Pères du concile de Nicée de l'an 325, et du concile de Constantinople de l'an 381, les deux premiers conciles œcuméniques, en un seul Dieu, le Père tout-puissant, qui a créé le ciel et la terre, les choses visibles et invisibles ; que nous croyions en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui est né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, qui n'a pas été fait, mais engendré, consubstantiel au Père, et par qui tout a été fait ; que nous croyions en même temps au Saint-Esprit, qui est aussi Seigneur et vivifiant, qui procède du Père (et du Fils), qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils , qui a parlé par les prophètes (3). Elle veut que, d'après les oracles sacrés, nous admettions , comme fondement de la doctrine chrétienne , cet adorable mystère , que l'Église a toujours admis , depuis le premier jusqu'au quatrième siècle, et depuis le quatrième siècle jusqu'à nous, sans interruption. En effet, le dogme de la Trinité est fondé tout à la fois sur l'Écriture sainte , sur l'enseignemw.^ des saints Pères, et sur la croyance générale, universelle et constante de l'Église.

§ T. Preuve du mystère de la Trinité , tirée de V Écriture sainte.

264. Jésus dit à ses apôtres : « Allez , enseignez les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit : Bap-

Dens, aeterniis ci immensns, omnipotens, incommiitabilis, incomprehensibil» et inoffabilis, Pater, et Filins, et Spiritus Sanctus; très qiiidem personae, sed una essentia, substantia, seii natiua simplex omnino. Pater a niillo, Filins autem a solo Paire, ac Spiritus Sanctus ab ntroque pariter, absqne initie semper et fine, Pater generans. Filins iiascens, et Spiritus Sanctus procedens ; consnbstantiale* et coaefiuales, coomnipotenteset coaeterni, nnnni universorum principium, Creator omnium invisibilium et visibilinm, spiritualium et corp(>ralium. Capit. i.

— (1) Symbole «le saint Athanase (2) Symbole des apôtres. — (3) Symbole de

Nicée et de Constantinople.

« tizanies eos in nomine Palris , et Filii, et Spiritus Sancti (i). » Le dessein de Notre-Seigneur ne fut certainement pas de faire baptiser en un autre nom que celui de Dieu. Cependant il prescrit iux apôtres de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, qu'il désigne comme trois personnes distinctes : il faut donc reconnaître que chacune de ces trois personnes est véritablement Dieu, quoiqu'il n'y ait réellement qu'un seul Dieu. Aussi Notre-Seigneur, en disant au nom, in nomine, se sert-il du singulier, afin de montrer qu'il n'y a qu'une nature ou substance divine, et que cette substance est commune au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. C'est la remarque de saint Athanase, de saint Hilaire de Poitiers, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze , de Didyme d'Alexandrie, de saint Ambroise , deThéodoret, de saint Fulgence, et généralement de tous les interprètes anciens et modernes qui ont expliqué le passage dont il s'agit.

265. Nous avons encore un autre texte de saint Matthieu, où l'on trouve la distinction de trois personnes en Dieu. Le voici : « Dès que Jésus fut baptisé, il sortit hors de l'eau, et les deux « s'ouvrirent à lui, et il vit l'Esprit de Dieu descendre en forme de « colombe et venir sur lui ; et au même instant une voix se fit en- « tendre du ciel , en disant : Celui-ci est mon fils bien-aimé , en « qui j'ai mis mes complaisances (2). « On distingue ici trois personnes : la personne du Père, qui fit entendre sa voix du haut du ciel ; la personne du Fils , en qui le Père se complaît ; et la personne du Saint-Esprit , qui est appelé V Esprit de Dieu.

266. Jésus dit à ses disciples : « Je prierai mon Père, et il vous « donnera un autre paraclet (consolateur), afin qu'il demeure avec K vous pour toujours (3). » Ailleurs : « Quand viendra le paraclet « que^e vous enverrai de la part de mon Père , l'Esprit de vérité « qui procède du Père , c'est lui qui rendra témoignage de moi (4). » Nous remarquons encore ici trois personnes , le Père, son Fils , et le paraclet ou le Saint-Esprit , qui est appelé V Esprit de vérité. Les apôtres s'expriment dans le même sens. Saint Paul ,

(1) Saint Matthieu, c. xxviii, v. 19. — (2) Baptizatus autein Jésus , confestiiu ascendit de aqua, et ecce aperti siint ei cœli ; et vidit Spiritum Dei descendentem sicut columbam et veiiieiitem super se. Et ecce vos de cœlis dicens : IIic est Filius meus dilectus, io quo railii conaplacui. Saint Matthieu, c. m, v. 10

et 17. (3) Et ego rogabo Patreiu, et alium paraclitum dabit vobis, ut maneat

vobiscum in œternum. Saint Jean, c. xiv, v. 16. — (4) Cum autem venerit paracletus, quem ego mittam vobis a Pâtre, Spiritum \eritatis, qui a Pâtre pro »edit, ille teslimonium perhibebit de me. Ibidem, c. xv, v. 26.

s'adressant aux fidèles de Corinthe , leur dit : « Que la grâce de « Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu, et la communi- « cation du Saint-Esprit, soient avec vous tous (1). «Saint Pierre disait aux premiers fidèles qu'ils sont élus « selon la prescience de « Dieu le Père, pour être sanctifiés par V Esprit, et pour être lavés « par le sang de Jésus- Christ (2). » Ces différents passages établissent bien clairement la distinction de trois personnes en Dieu^ Et qu'on ne dise pas que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont que de simples dénominations, que trois manières de parler d'une même personne : car le Sauveur du monde et ses apôtres en parlent comme de trois personnes qu'ils distinguent, comme de trois hypostases ou subsistances qui ont elles-mêmes une action qui est propre à chacune d'elles. Aussi les Pères et les docteurs de l'Église, principalement ceux qui ont combattu les erreurs de Praxéas, de Sabellius, d'Arius et de Macédonius, ont constamment invoqué, en faveur du mystère de la Trinité, les textes que nous venons de citer.

267. Enfin saint Jean fait mention, de la manière la plus expresse , des trois personnes en une seule et même substance divine : « 11 y en a trois, dit-il, qui rendent témoignage dans le ciel, le « Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois personnes ne sont « qu'un seul être (3). » Le Père, le Fils ou le Verbe, et le Saint- Esprit, qui rendent témoignage à la vérité, sont bien trois personnes distinctes, et hi très; or ces trois personnes ne sont qu'un seul être, qu'une seule nature , qu'une seule substance, et hi ires UNDMsww?. L'Apôtre ne dit pas, Ces trois personnes ne sont qu'une seule personne; ces trois êtres ne .sont qu'un seul être; ces trois principes ne sont qu'un seul principe,' ces trois Dieux ne sont qu'un seul Dieu ; mais il dit : Ces trois qui rendent témoignage ne sont qu'un seul être, une seule substance, une seule chose, et hi ires UNUM sunt : tjnum, et non unus, comme l'observe Tertullien (4)0

268. II est vrai que l'authenticité de ce texte a été contestée, qu'il ne se trouve pas dans tous les anciens manuscrits de la Bible ;

(1) Giatia Domini uostri Jesu Christi, et charitas Dei, etcommunicalio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis. II* épitre aux Corinthiens, c. xiii, t>. 13. — (2) Petrus apostolus Jesu Cliristi, electis.... secuiidnni praescientiana D^ Patris, iu sanctificatioiiem Spiritus , in obedientlani, et aspersionem sanguinis Jesu Christi. i" épitre, c. 1, v. l et i. — (3) Très suut, qui tf stiniouium dant m coelo : Pater, Verbum, et Spiritus Sanclus ; et lii très ununi sunt. I" épitre, c. v, v. 7. — (4) Connexus Patris iuFilio, et Filii in Paiaclelo, très eflicit cohaerentes, alt£rum ex allero qui très unuin sunt, ucn unus. Liv. contre Praxéas, n° xxv.

jgg DE LA SAINTE TEINITÉ.

mais, pour avoir été contestée, l'authenticité de ce passage n'en est pas moins certaine. L'Église, à qui Notre-Seigneur a confié le dépôt des livres sacrés , veille constamment à leur intégrité , et ne permet pas qu'ils soient jamais altérés, même en faveur du dogme catholique. Le mensonge ne lui est point nécessaire; elle n"a4)as besoin de recourir à l'imposture pour justifier sa croyance. Si donc elle reçoit comme authentique le verset de saint Jean , Très suni gui dant testimonium^ c'est qu'elle en a reconnu l'authenticité d'après les anciens manuscrits de la Bible et les ouvrages des anciens Pères, qui ont cité le même verset pour établir la distinction des personnes en Dieu. Eu effet, outre Tertullien que nous citions à l'instant, saint Cyprien dit formellement que les trois personnes ne sont qu'un être , parce qu'il est écrit du Père , du Fils et du Saint-Esprit, qu'ils ne sont qu'une seule substance : De Pâtre et Filio^ et Spiritu Sancto scriptum est : Et hi très unumsww^ (1). Saint Éphrem fait aussi clairement allusion au texte de saint Jean, lorsqu'en parlant du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, il dit que ces trois personnes ne sont qu'un : très unum sunt (2). Saint Fulgence est plus exprès : « Nous admettons, dit-il, l'unité de « substance dans le Père , et le Fils , et le Saint- Esprit , et nous « n'avons pas la témérité de confondre les personnes. Le bienheu- « reux Jean l'atteste en disant : Il y en a trois qui rendent témoi- « gnage dans le ciel, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit; et ces « trois personnes ne sont qu'ww (3). » De plus, en 484, quatre cents évéques catholiques présentèrent à Hunéric , roi des Vandales, une profession de foi qui renferme le passage suivant : « Il est plus « clair que le jour que le Saint-Esprit est, avec le Père et le « Fils, un seul Dieu. Cela est prouvé par l'autorité de Jean l'Évan- « géliste ; car il dit : Il y en a trois qui rendent témoignage dans « le ciel, le Père , le Verbe, et le Saint-Esprit ; et ces trois per- « sonnes ne sont çm'un (4). » Ce texte était donc regardé comme uathentique par tous les évêques qui souscrivirent à cette profes-

(1) De l'unité de l'Église. — (2) Hymne lxxiii, snr la foi. — (3) In Pâtre, et Filio, et Spiritu Sancto unitaterei snbstantiae accipimus; personas confïindere non audemus. Beatus enim Joannes apostoliis tesfatur, dicens : Très sunt, qui testimonium perhibeni in cœlo, Pater, Verbum, et Spiritus ; et tresunum sunt. Réponse contre les ariens. — Voyez aussi le livre de la Trinité, ç. if. — (4) Ut adluic luce claiius unius divinitatis esse cum Pâtre et Filio Spiritum Sanctum doceaniiis, Joannis evangelistae teslimoiiio coraprobatur. Ait namque : Très sunt qui testimonium perliibent in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus Sanctus; et hi très unum sunt. Liv. ni, De la persécution des Vandales, par Victor de Vite, édit. de Chifflet.

sion de foi. Les ariens eux-mêmes, sujets d'Hunéric, devaient le trouver dans leurs exemplaires des livres saints : autrement, les évéques orthodoxes ne s'en seraient point servis ; car à quoi ne se seraient-ils pas exposés sous un prince arien , et obsédés par les évéques hérétiques , si on avait pu les soupçonner ou d'avoir falsifié l'Écriture , ou de s'être servis d'un exemplaire falsifié par les catholiques (1)?

§ IL Preuve du mystère de la Trinité , tirée de renseignement des anciens Pères de V Église.

269. Nous ne produirons que les témoignages des Pères qui appartiennent aux trois premiers siècles de l'Église : les sociniens et ceux qui ont adopté leurs erreurs conviennent que, depuis le concile de Nicée de 325 et celui de Constantinople de 381 , tous les Pères grecs et latins professent lunité de nature et la trinité des personnes en Dieu. Mais il est important de faire remarquer que la plupart, parmi les plus anciens, s'expriment, à cet égard, d'une manière moins explicite que ceux qui ont eu à réfuter les erreurs dePraxéas, d'Arius et de Macédonius. Retenus par la discipline du secret, qui remonte au berceau du christianisme, ils ne parlaient ordinairement qu'avec réserve des mystères de la religion en présence des infidèles et même des catéchumènes. Ils dérobaient autant que possible , à la connaissance du public , le mystère de la régénération qui s'opère au nom du Père , et du Fils , et du Saint- Esprit, le culte qu'ils rendaient au Dieu trois fois saint, les doxologies où ils glorifiaient le Père , conjointement avec le Fils et le Saint-Esprit. En effet, voici ce que dit saint Cyrille de Jérusalem, d'après Archélaiis , évèque de Cascar au troisième siècle : « Le « Seigneur parlait en paraboles à ceux qui étaient à portée de l'é- « coûter; mais à ses disciples il expliquait en particulier les para- « boles et les comparaisons dont il s'était servi. L'éclat de la gloire « est pour ceux qui sont déjà éclairés; l'obscurité est le partage des « infidèles. L'Église ne découvre ses mystères qu'à ceux qui sortent « du rang des catéchumènes. Car nous ne déclarons point aux « gentils les mystères cachés du Père^ et du Fils, et du Saint- « Espriti et nous n'en parlons point ouvertement aux catechu- « mènes; mais nous usons souvent d'expressions obscures, de sorte

(1) Voyez le P. Perrone, Tract, de Trinitate, c. ii ; Toiirnely, Tract, de Tri tkitate, qua'st. iv, etc.

•< qu'elles puissent être entendues de ceux qui sont déjà instruits, .' et que ceux qui ne le sont pas ne puissent en être blessés (l). »• TertuUien , qui appartient au second et au troisième siècle, dit que, pour ne pas scandaliser les gentils, il imitera l' Apôtre -, aX que quand il devra nommer ensemble le Père et le Fils , il appellera le Père Dieu et le Fils Seigneur; mais que lorsqu'il ne pariera que de Jésus-Christ seul, il pourra le nommer Z;?eM (2). C'est sans doute pour cela qu'au rapport de saint Jérôme (3; et de saint Augustin (4), le symbole des apôtres, qui contient le dogme de la Trinité , ne s'écrivait point dans les premiers siècles ; les chrétiens le tenaient de leurs pères, l'apprenaient de mémoire, et le faisaient apprendre à leurs enfants (5j. Aussi le symbole des apôtres, ainsi appelé non-seulement parce qu'il contient la doctrine des apôtres , mais encore parce qu'il passe généralement pour avoir été rédigé par les apôtres, tout en mettant sur le même rang le Père, le Fils et le Saint-Esprit, est moins exprès sur la divinité du Fils que le symbole de Nicée, et le symbole de Nicée moins exprès sur la divinité du Saint-Esprit que le symbole de Constantinople. Ce n'est qu'avec le temps et comme par gradation que la foi chrétienne , quoique invariable et toujours bien connue des pasteurs et des fidèles , s'est manifestée au dehors d'une manière plus particulière et plus solennelle, selon que l'Église elle-même le jugeait utile ou nécessaire pour confondre l'erreur. Cependant , malgré la loi du secret concernant les mystères , dont les premiers chrétiens ne s'écartaient que lorsqu'ils étaient obligés de défendre ou de professer leur foi , les anciens auteurs ecclésiastiques se sont suffisamment expliqués au sujet de la Trinité , pour nous convaincre ^ue ce mystère était reçu dans l'Église primitive comme un des principaux articles de la foi chrétienne.

(l) Domlniis loquebalur in parabolis iis qnidem qui poterant audire : discipulis vero privatim parabolas et similitudiiies expllcabat. Gloriae fulgor eorura est qui jam illustrati sunt; excaecatio, infidelinm. Haec mysteria uunc patefacit Ecclesia ei qui ex catecliumenis excedit; nec moris est gentilibns exponere. Kon eniiii gentili cuiquam de Pâtre et Fiiio etSpiritu Sancto arcana mysteria deciararaus : neque palam apud catecluuuenos de mysteriis verba facimus, sed nniita saepe loi^uimur occulte, ut fidèles, qui rem tenent, inteliigant ; et qui nou telient, ne itedantur. Catéchèse vi* de saint Cyrille de Jérusalem. — (2) Apostolnm sequar, ut si pariter nominandi fuprint Pater et Filius , Deum Palrem appellem, et Jesum Ciiristum Dominutn iioniinem.'Solum autern Ciiristum potero Deum dicere, sicut idem apostolus. Liv. contre Praxéas, n" xiii. — (3) Lettre xxxYiii, à Pamaciiius. — (4) Discours sur le Symbole aux catiichumèiies.— (6) Voyez ce que nous avons dit du secret des mystères, dans le tomel, »" 388. etc

DB 14 SAINTE TRINlTlS. 189

270. Nous lisons d'abord dans les lettres de saint Ignace, évêque d'Antioche, qui a souffert le martyre en 1 07 : « Ayez soin de vous « affermir de plus en plus dans la doctrine du Seigneur et des apô- « très, afin que vous réussissiez heureusement eu tout ce que vous ft entreprenez, soit pour le corps , soit pour l'âme, par la foi et par « la charité , dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit... Obéissez « à l'évêque, et soyez soumis les uns aux autres, comme Jésus- « Christ l'a été à son Père dans le cours de la vie mortelle, et n comme les apôtres l'ont été à Jésus- Christ , au Père et au Saint- « Esprit (1). « Les disciples de ce saint évêque, qui firent avec lui le voyage d'Antioche à Rome , nous ont laissé les actes de son martyre, dans lesquels ils glorifient Jesus-Christ , par lequel et avec lequel , disent-ils , la gloire et la puissance est au Père avec le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles: In Christo Jesu Domino nostrOj per quem et cum quo Patri gloria et potentia cum Sancto Spiriiu in sœcula (2).

271. Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui a versé son sang pour la foi en i Ç6 , étant sur le point de consommer son sacrifice, prononça ces paroles : « Je vous loue, ô mon Dieu , je vous bénis , « je vous glorifie par le pontife éternel, votre Fils unique, par qui « la gloire est à vous conjointement avec lui dans le Saint-Esprit, « pendant les siècles des siècles (3). » Nous trouvons la même profession de foi dans la lettre de l'Église de Smyrne , ou est rapporté le martyre de saint Polycarpe : « Unis aux apôtres et à tous les « justes, bénissons avec joie Dieu, le Père Tout-Puissant ; et Notre- « Seigneur Jésus-Christ, le sauveur de nos âmes, le maître des « corps et le pasteur de toute l'Église catholique; et le Saint-Esprit, « par qui nous connaissons toutes choses (4). A Jésus-Christ soit la

(1) Stiulete ut confirmemini in dograatibiis Domini et apostoloruni, ut omnia quae facitis prospère vobis succédant, carne et spiritu, fide et charitate, in Filio et Pâtre etSpiiiUi Sancto.... Subjecti estote episcopo et vobis niutuo, ut JesuS Christus Patri, secundum carnem, et apostoli Cbristo et Patri et Spirilui Sancto. Lettre aux Magnésiens^ n° xui. — (2) Voyez la relation du martyre de saini Ignace, dans la collection des Pérès apostoliques de Cotelier, tom. ii, pag. 181, édit. de 1724; et dans les Actes des martyrs de dom Ruinart, pag. 13, édit. de 1731. — (3) De omnibus te laiido, te benedico, te glorifico per sempiternum pontificem Jesum Cbristum, unigenitum Fiiium tuiim, per qnem tibi una cum ipso in Spiritu Sancto gloria nnnc et in saecula saeculorum. Eusèbe. Hist. eccl., liv. IV, c. XV. — (4) Cum apostolis et omnibus jnstis alacriter uenedicamus Deum etPatrem oninipolentem, et Dominum nostrum Jesuin Cbristum, salvatorem anima; nostra-, gubernatorem corporum et pastorem catboiicae totius Ecclesiœ, et Spiritum Sanctiim, per quem cuncta cognoscimus. Lettre de l'Église

190 DE LA. SAINTB TBINIXÉ.

« gloire , avec le Père et le Saint-Esprit , dans les siècles des siè- « des: cutn Pâtre., et Ftlio , et Spiritu Sancto , in sœcula sœcu- « lorum (1). « A peu près dans le même temps , Épipodius, martyr de Lyon, confessait, au milieu des tourments, que Jésus-Christ est un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, ajoutant qu'il était juste qu'il donnât sa vie pour celui qui l'a créé et racheté: Chrisium cum Pâtre et Spiritu Sancto Deum esse conjiteor, dignumgue est ut illi animam meam re/undam , qui mihi et creator et redemptor (2).

272. Saint Justin, mort martyr en 167, dit : « Dans toutes les « oblations que nous faisons a Dieu, nous louons le Créateur de « toutes choses par son Fils Jésus-Christ et par le Saint-Esprit (3). » Athénagore, parlant aux empereurs Marc-Aurèle et Commode, s'exprime en ces termes : « Nous reconnaissons un Dieu qui existe « par lui-même , un pur esprit , éternel , invisible , impassible, im- « mense, tout-puissant, qui a créé et qui conserve toutes choses « par son Verbe : car nous reconnaissons le Fils de Dieu... Le Fils « de Dieu est le Verbe du Père, il en est la pensée et la vertu ; car « c'est par lui que toutes choses ont été faites , le Père et le Fils « n'étant qu'une seule substance : comme le Père est dans le Fils « et le Fils dans le Père, en union de puissance avec l'Esprit, la « pensée et le Verbe du Père est le Fils de Dieu... Qui donc ne s'é- « tonnera pas qu'on appelle athées ceux qui confessent Dieu le « Père, et Dieu le Fils, et le Saint-Esprit, unis entre eus par la « puissance et distingués en ordre (4)? Nous faisons peu de cas de « cette vie, nous qui espérons la vie future, si nous connaissons « Dieu et son Verbe , l'union du Fils avec le Père, l'union du Père « avec le Fils, l'union du Saint-Esprit, du Fils et du Père, avec la

de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe. Voyez les Pères apostoliques deCotelier, et les Actes des martyrs , par D. Ruinart.— (1) Ibidem — (2) Actes des martyrs, pag. 65, édit. in-folio. — (3) In omnibus oblationibus laudamus Creatorem omnium per Filium ejus Jesum Christnm et per Spiritum Sanctum. Apol. I, n° LXTii. — (4) Unum ingenitum et œternnm tenemus Deum, invisibilem et impassibilem , qui nec capi aut comprend! potest, qui sola menîe et ratione cognoscitur, ac luce et pulcliritudine, et Spiritu ac potentia non enarrabili circumdatits est, a quo denique omnia per ipsius Verbum et creata et ornata sunt, et conservantur. Agnoscimus enim et Dei Filium.... Sed est Filius Dei Verbum Patris in idt-d et operatione; ab eo enim et per eum facta omnia , cum Pater et Filius unum sint. Cum autem Pater sit in Filio et Filius in Paire, unitate et virtute Spiritns, mens et verbum Patris est Filius Dei.... Quis igitur non miretur, cum atheos rocari audiat eos, qui Deum Patrem, et Filium Deum et Spirilum Sanctum asserunt, ac eoruni et in nnione potentiam et in ordine disfinctioneiB demoostrant? Legatio pro christianis, n° x.

«distinction de ces trois personnes dans l'unité: trium unio et in i^unitate distinctio, Spiritm, Filii, Patris{\). Nous, nous adj< mettons Dieu le Père , et le Fils , et le Saint-Esprit , qui sont trois » personnes distinctes , mais unies entre elles , n'ayant qu'une seule K et même puissance : Deum dicimus et Filium ipsius , et Spiri- X tum Sanctum j nnitos secundiim potentiam, Patrem, et Filium^ « et Spiritum Sanctum (2). » Saint Théophile, évêque d'Antioche en 168 , nous a laissé trois livres adressés à Autolyque, où il établit la divinité du Verbe , et admet trois personnes divines , qu'il appelle Trinité (3). Il est le premier qui se soit servi de ce terme pour marquer la distinction du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en un seul Dieu : ce mot était nouveau , mais le dogme qu'il exprime ne l'était point.

273. Saint Irénée, disciple de saint Poly carpe, et évêque de Lyon sur la fin du second siècle, enseigne «n plusieurs endroits l'unité de Dieu en trois personnes , le Père , le Fils et le Saint-Esprit, qu'il appelle aussi Sagesse; et il s'appuie sur la croyance de l'Église universelle et la tradition des apôtres, pour établir le dogme catholique : « L'Église, répandue dans tout l'univers jusqu'aux extrémi- « tés de la terre, a reçu, dit-il, des apôtres et de leurs disciples « la foi en un seul Dieu , Père tout-puissant , qui a créé le ciel et la « terre, et un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui s'est incarné « pour notre salut; et au Saint-Esprit, qui a prédit par les pro- « phètes ce qui regarde l'avènement de Jésus-Christ (4). » Ailleurs : « Il n'y a qu'un seul Dieu créateur, qui est au-dessus de toute puis- « sance; c'est lui qui a fait le ciel et la terre par lui-même, c'est- « à-dire, par le Verbe et par sa Sagesse (5). » On remarque que saint Irénée, comme saint Théophile d'Antioche, désigne ici,

(1) Nosautem qui hanc vitam instar minimi ponderis habemus, qui hac una re ad futuram perducimur, si Deum ejusque Verbum cognoscamus ; tum quae Filii cum Pâtre anio, quae Patris cum Filio communicatio, quid Spiritus, quae trium unio et in unitate dislinctio, Spiritus, Filii, Patris. Ibidem, n° \n, édit. des Bénédictins. — (2) Ibidem, n" xxiv. — (3) Très ilii dies, qui ante luminaria fuerunt, imago sunt Trinitatis, Dei , ejus Verbi, ejusque Sapieiitiae. Liv. ii , à Autolyque, n° xv. — (4) Ecciesia par universtim oibem usque ad fines terrse seminata, et ab aposlolis et a discipulis eorum accepit eam fidem, quae est in unum Deum, Patrem omnipotentem , qui fecit cœlum et terram, et nrare, et omnia quae in eis sunt ; et in unum Jesum Cliristum Filium Dei, incaruafum pro Dostra salute ; et in Spiritum Sanctum, qui per proplietas praedicavit dispositiones Dei et adventum. Liv. i, contre les hérésies, c. x. — (5) Soius unus Deug, Uic Pater, hic Deus, hic conditor, fecit per semetipsum, hoc est per Verbum et per Sapientiam suam, ccelum, et terram, et maria, et omnia qune in eis sunt. Ibidem, liv. u, c. xxx.

f9î DE JjK SATNÎB TBINITé.

SOUS îe nom de Sagesse , la troisième personne de la Trinité , oi qu'en disant que le Verbe et la Sagesse ou le Saint-Esprit sont, relativement au Créateur, d'autres lui-même, il exprime bien clairement l'unité de substance avec la distinction des trois personnes.

274. Clément d'Alexandrie distingue aussi trois personnes en Dieu, sous le nom de Trinité (i) ; et, dans ses livres du Pédagogue, écrits vers l'an 194, il s'écrie : « 0 prodige, ô mystère! 11 n'y a qu'un « seul Père de toutes choses , et un seul Verbe de toutes choses, et «. un seul Saint-Esprit qui est partout (2). Louons le Père et le « Fils, le Fils et le Père, le Fils notre maître, avec le Saint-Esprit, « qui est tout, en qui et par qui sont toutes choses, à qui appartient « la gloire maintenant et dans les siècles des siècles (3). »

275. Tertullien, contemporain de Clément, reconnaît comme lui la Trinité des personnes et l'unité de substance en Dieu. Voici ce que nous lisons dans son livre contre Praxéas : « Nous croyons un « seul Dieu, reconnaissant en même temps le Fils de Dieu, son Verbe « qui est sorti de lui, par lequel toutes choses ont été faites, et sans « lequel rien n'a été fait. Nous croyons que le Verbe a été envoyé « par le Père dans le sein de la Vierge; qu'il est né d'elle homme « et Dieu tout ensemble , Fils de l'homme et Fils de Dieu , et sur- « nommé Jésus-Christ ; qu'il a souffert, qu'il est mort et a été ense- « veli, selon les Écritures ; qu'il a été ressuscité par le Père, qu'il « est monté au ciel pour être assis à la droite du Père, d'où il vien- « dra juger les vivants et les morts; que, selon sa promesse, il « a envoyé du Père le Saint-Esprit consolateur et sanctificateur « de la foi de ceux qui croient au Père, et au Fils, et au Saint-Es- « prit (4). » Il ajoute que cette règle de la foi est aussi ancienne que l'Évangile ; qu'elle est antérieure à toutes les hérésies, et particulièrement à celle de Praxéas, qui ne faisait que de paraître; qu'on doit par conséquent la suivre, parce que ce qui a été enseigné le premier est vrai, et que ce qui est venu après est faux et étranger : Id « esse verum quodcumque primum, id esse adulterum quodcum-

(1) Liv. v, des Stromates. — (2) O miraculum mysticum ! Unus qiiidem est universorutn Pater : unum est etiam Verbiim universorum, et Spirilus Sanctiis umis, et ipse est ubique. Lïv. i, du Pédagogue, c. vi — (3) Laudemus ununr- Patiem et Filiiim ; Filium, inquam, paedagogiim et magistrum, una cura Sancto Spiritu, qui unus est omnia, in quo oninia, per quem omnia unum.... cui gloiia mine et in sa'cula saecuioruin. Ibidem, liv. m, c. xii. — (4) ïlnicum quidem Deum credimus; sub liac tamcn dispeusatione quatn œconoiuium diciiuus, ut uaici Dei sit et Filius sermo ejus, qui e\ ipso proce<«serit, per quem onania facta

DE LA SAINTE rilINITÉ. 105

« que posterius (l). » Puis, définissant le dogme contre cet liérésiarque, il le fait consister dans l'unité de substance et la ïiinifé des personnes, qu'il distingue sous les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit, disant qu'elles ne sont qu'un seul Dieu, Deus iinus, parce qu'elles n'ont toutes trois qu'une seule substance et une seule puissance, unius substantiœ et unius potestatis (2). Le même doctour dit encore : « Nous admettons deux personnes, le Père et le '< Fils, et même trois avec le Saint-Esprit, selon la raison de l'écor. noraie divine qui les distingue entre elles. Cependant le nom de « deux Dieux et de deux Seigneurs ne sortira jamais de notre bou- <« elle, non que le Père ne soit Dieu, que le Fils ne soit Dieu, que '• le Saint-Esprit ne soit Dieu ; chaque personne est Dieu , Deus « nnusquisque (3). Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont la Tri- « uité d'une seule divinité, Trinitas unius divinitatis (4). »

276. Saint Hippolyte, évêque de Porto, et martyr au commencement du troisième siècle, défendant le dogme de la Trinité contre l'hérétique Noët, n'est pas moins précis que Tertullien ; « Il est « nécessaire, dit-il , qu'il confesse Dieu, le Père tout-puissant, et '- Jésus-Christ, Fils de Dieu, Dieu fait homme, à qui le Père a sou- « mis toutes choses, et le Saint-Esprit; reconnaissant qu'ils sont « vraimenttrois, et hos essevsre très. Que s'il veut savoir comment « il n'y a qu'un seul Dieu, qu'il sache qu'il n'y a qu'une vertu ou « puissance divine; car quant à cette vertu ou puissance, il n'y a « qu'un seul Dieu (5). Nous ne connaissons Dieu que par ce que les « Écritures nous eu disent... Sachons donc ce qu'elles disent et con- « naissons ce qu'elles enseignent; et comme le Père veut qu'on croie, « croyons; et comme il veut que le Saint-Esprit nous soit donné,

sunt, et sine quo factum est iiiliil. — Hune mfssum a Patie in \irginem, et ex eanatiim lioininein et Deiini, Filiiiin hoininis et Filium Dei, et cognominatufli Jesum Cliiistiim. Hune passum, hune niortuuni et sepullnm secuudum Scriptiilas, et I esuscitatuni a Pâtre, et in cœlos resumptuni, sedei -■ ad dexleraiu Patris, ventorum judicare vives et mortuos. Qui exinde luiserit, secunduni promi&sionem suam, a Pâtre Spiritum Sauctum. Liv. contre Praxéas, n° ii. — (1) Ibiiiem. — (2) Ibidem. — (3) Duos quidem definimus, PaUeni et Filium, et jam trescum Spiritu Sancto, secundum rationem œconomiœ quœ facit numerum... Duos tamen deos et duos Dominos nunquam ex ore nostro proferimus; non quasi non et Pater Deus, et Filius Deus, et Spiritus Sanctus Deus, et Deus nnusquisque. Ibidem, c. \m. — (4) Liv. de la Puieur, e. xxi. — (5) Necesse est ut, quamvis nolit, confiteatur Patrem Deum omnipotentem et Christum Jesum Filium Dei, Deum factum liominem, cui omnia Pater subjecit prieter se, et Spiritnm Sanctum, et hos esse vere très. Quod si vult scire quomodo uniis Deus demonstratur, sciât unam esse virtuleni sive potenliam hiijus; et quantum ad virtutem perlinet, unus est Deus. Liv. contre Noët , u" viii.

I94 DE LA SAKNTE TBINITÉ.

« recevons-îe... Wieu étant seul, voulut faire le monde ; et aussitôt « le monde a été fait, comme il l'a voulu. Il nous suffit donc de sat voir qu'avant la création du monde il n'y avait rien au dehors « qui fût coéternel à Dieu ; il n'y avait rien que lui-même , et luio même étant seul, était avec d'autres lui-même : Nihil eratprœs ter ipsum; ipse solus multus erat{l). » Suivant ce docteur , Dieu était seul quant à l'essence, ou, comme il le dit lui-même , quant à la vertu, à la puissance; mais il n'était pas seul quant aux personnes , ij^se solus multus erai ; et ces personnes étaient vraiment trois, vere très, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.

277. Aussi continue-t-il, en parlant de la première et de la seconde personne : «■ Dieu n'était pas sans celui qui est sa raison, sa « sagesse, sa puissance, son conseil... Il avait un autre en lui, ad- « stitit ei alius. Quand je dis un autre, je ne dis pas deux Dieux ; ■' mais cet autre vient de Dieu comme la lumière vient du soleil , « n'ayant qu'une seule et même vertu (2). » Puis, ayant cité ce texte de saint Jean : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu, il ajoute : « Si le Verbe était en Dieu, et s'il était Dieu, « ne dira-t-on pas que Jean admet deux Dieux? Je ne dirai point ■< qu'il y a deux Dieux, mais qu'il n'y a qu'un seul Dieu et deux « personnes. Le Père et le Fils sont deux personnes, et le Saint- « Esprit est une troisième personne... Il n'y a qu'un seul Dieu, le « Père qui envoie, le Fils qui obéit, et le Saint-Esprit qui nous en- « seigne toute vérité ; le Père qui est au-dessus de toutes choses, « le Fils par qui sont toutes choses , et le Saint-Esprit qui est en « toutes choses. Nous ne pouvons concevoir un seul Dieu qu'en « croyant au Père, et au Fils , et au Saint-Esprit (3). » Ainsi parlait un évêque, environ cent ans avant le concile de Nicée.

(1) Unus est Deus, quein non aliiinde agnoscimus quam ex Sanctis Sciipluris.... Quaeciimque ergo Sanctœ Scripturae prsfidicant, sciamus; et quœcumque docent , cognoscamus; et sicut vult Pater credi, sic credamus; et sicut vult Filium glorificari, sic glorificemns ; et sicut vult donari Spiritum Sanctum, sic ccipiamiis.... Deus soins cuni esset, niliilque sibi coaîvum habeiet, Toluit muntlum effîcere, et mundura cogitaus ac volens et dicens effecit; continuoque extilit ei factus, sicut voluit perfecit. Salis igitur nobis est scire solum, nihiJ esse Deo coa-vum. Kiliil erat praeter ipsum; ipse solus multus erat. Ibidem^ n"' IX et X. — (2) Atque ita adstitit ei alius. Cum alium dico , non duos Deos dico, sed tanquam lumen ex lumine, et aquam ex fente, aiit radium a sole ; una eiiim virtus ex toto. Ibidem , n° ii. — (3) Si ergo Verbum erat apud Deum, et Deus erat, quid ergo? Dicetne aliquis dicere Joaaneui duos Deos ? Duos quidem non dicara, sed unum ; personas vero duas, œcoi.omiara tertiam , gratiam dico SanctiSpiritus. Pater quidem unus, personaî vero duae, quia Fiiius ; tertia auUid

27S. Quelque temps après, Origène enseignait qu'il y a trois personnes en Dieu, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, avec une seule substance commune à ces trois personnes : Est hœc trium distinctio personarum in Paire, et Filio^ et Spiritu Sancte. Una est substantia et natura Trmitatis (l); que la distinction des personnes de la Trinité n'est point contraire à l'unité de la nature divine, unitas deitatis in Trinitate (2); et que les trois personnes îont égales en toutes choses , in Trinitate nihil majus minusve, étant toutes les trois une seule et raènae puissance, una eademque virtus (3).

Saint Cyprien, évêquede Carthage et martyr en 258, prouve le mystère de la sainte Trinité par ces paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (4); et n'admet, d'après l'apôtre saint Jean, qu'une seule nature divine en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'étant qu'une substance, cinn très unum sint (5).

279. Saint Denys, évêque d'Alexandrie, mort en 264 , établit contre Sabellius la distinction des trois personnes divines en une seule nature. Il dit qu'il n'y a qu'un Christ, qui est dans le Père, qui est le Verbe coéternel au Père, coœternum Verbum; qu'il est égal au Père, sans aucune différence de substance, mdla dissimilitudine substantiœ; qu'il est aussi coéternel au Saint-Esprit, coœternum Domino Spiritui; et que le Saint-Esprit est Dieu, Spintîis atitcm est Deiis (6). Il enseigne que le Père est inséparable du Fils, le Fils inséparable du Père, et le Saint-Esprit inséparable du Père et du Fils ; que l'indivisible unité de substance comprend la Trinité des personnes, etque la Trinité des personnes comprend l'unité de substance, indivisibilem unitalem in Trinitaiem, et Trinitaiem iterum inunitatem contrahimus (7).

280. Saint Grégoire Thaumaturge, évêque de Néocésarëe, qui vivait du temps de saint Denys d'Alexandrie, nous a laissé un sym-

Spiritiis Sanctus. Pater mandat, Verbiim peificit, Filins autem ostcmliftir, pcr qii(;m Pater creditur. OKconomia coiisensioiiis redigitur ad iinum neiim ; iiiius eniai est Deiis, qui mandat, Pater; qui obedit, Filius; qui docet scientiaai, Spiritiifi SancHis; Pater qui est super omuia, Filins pcr orania , Spiritus Sanctus ic omnibus. Aliter Deuin uiiiini inteiligere non possumus, ui vere. Patri et Filio et

Spiritui Sancto credamus. Ibidem, n° xiv (1) Sur saint Matthieu. — (2) Ho-

m<Mie I, sur Isaie. — (3) Liv. i, des Principes, c. 111. — (4) Lettre lxxiii — (û) Liv. de l'unité de l'Église.— Voyez, ci-dessus, le n" 268. — (6) Lettre contre P.uil de Samosate ; Labbe, Coucil., tom. i, col. 860. — (7) Dans saint Alhanase, Ce la doctrine de sanif Demja. ■

i;ole ainsi conçu : « 1! n'y a qu'un seul Dieu, Père du Vcibe vi-

■ vaut, de la Sagesse subsistante, de la puissance et de la figure

■ éternelle, Père parfait d'un Fils parfait, Père d'un Fils unique. Il •■■ n'y a qu'un seul Seigneur, seul d'un seul, Dieu de Dieu, figure et « image de la Divinité, Verbe efficace, Sagesse qui comprend l'en-

■ semble de toutes choses, puissance qui a fait toutes les créatures, n vrai Fils d'un vrai Père, Fils invisible d'un Père invisible, Fils ■■< incorruptible d'un Père incorruptible, Fils immortel d'un Père ' immortel, Fils éternel d'un Père éternel. Il n'y a qu'un seul Saint- -< Esprit, qui a son origine et son existence de Dieu, et qui a paru " aux hommes, image parfaite du Fils parfait, cause et vie des vi- « vauts, source sainte, principe de sainteté, par qui s'est manifesté « Dieu le Père, qui est sur toutes choses et en toutes choses, et Dieu « le Fils, qui est par toutes choses : Trinité parfaite, sans divi- 1 sion ni changement, en sa gloire, en son éternité, en sa puissance. '< Il n'y a donc rien de créé, rien d'inférieur dans la Trinité, rien ■< d'ajouté, rien d'étranger, rien qui n'ait pas toujours été et qui ' ait commencé d'être. Le Père n'a jamais été sans le Fils, ni le « Fils sans le Saint-Esprit ; mais la Trinité est toujours la même, « immuable et inaltérable (i)... » On ne peut exprimer plus clairement le dogme catholique.

Saint Denys de Rome, qui monta sur la chaire de saint Pierre en 259, écri\1t une lettre à saint Denys d'Alexandrie, dans laquelle il combat tout à la fois et ceux qui confondaient les trois personnes divines, et ceux qui en faisaient trois puissances ou trois hypostases séparées, trois divinités. Il dit que le Christ est le Verbe, la Sagesse^ la vertu de Dieu le Père ; que le Fils est engendré et non

(I) Unus Deus, Pater Vurbi viventis , Sapientiae subsistentis , et potentiae ac caracteris sempiterni : perfectns perfecli geriitor, Pater Filii unigeniti. Unus Doininus, solus ex solo, Deiis ex Deo, caracter et imago deitalis, Verbum efficax , Sapientia , coustitutionis leruni uiiiveisaïuni coni|"rebensiva ; et virtus atque potentia universBR cix-aturae effectiva. Filius verus veri Patris, invisibibs, ejiis qui est invisibilis; et iucorruplibilis, corruptioni non obnoxii; ac immortalic. , raortis prorsus nescii; et sempiternus, sempiterni, uuusque Spiritus Sanctiis, ex Deo existentiam habens; et qui per Filium apparuit, scilicet bominibus; imago Filii, perlecti perfecta vita, viventium causa; fons sanctus, sanctitîis, sanctificationis suppedilator. In que manifestatur Deus Pat^r, qui super oiriîiia est, et in omnibus : et Deus Filius qui per omnia est. Trinilas perfecta, qiiie gloria et œfernitate, ac reguo atque iniperi© non dividitur, neque ababenatnr. Non igitur crcatum qiiid, aut servum in Trinitate, neque superinductil'uni aliquid etadventitiuni, quasi prius non e\istens, i)osterius vero adveniens. Non crpo defuit iiuquani Filius Patri, neiine Filio Spiritus; sed iramutabilis et iuvariabili- i^'.lein senjper manet Trinitas. Exposition de la foi

fait^ et qu'il a (ovjovrs été; qu'il est «m à Dieu le Père; que le Saint-Esprit demeure et habile en Dieu; et que cette divine Trinité est un seul Dieu tout-puissant : divinam Trinitatem in unum quasi in quemdam. verticeni Deum, omnipotentem r^chtci (l). Il ajoute que l'admirable unité ne doit point se diviseï- en trois divinités; mais qu'il faut croire en Dieu le Père tout-puissant, et en Jésus- Christ son Fils, et au Saint-Esprit ; et que le Père et le Verbe ne sont qu'un seul Dieu, Jésus -Christ ayant dit : Mon Père et moi , nous ne sommes qu'une substance ; Ego et Pater unum, sumtis (2).

281. "Telle était la croyance de l'Église, sur la fin du troisième et au commencement du quatrième siècle; telle était la foi que les chrétiens professaient en présence des tyrans qui voulaient les forcer de sacrifier aux idoles. « Nous sommes chrétiens, disait à ses • bourreaux saint Vincent de Saragosse, en 303 ; nous n'adorons <■ qu'un seul et vrai Dieu ; nous confessons Jésus-Christ Notre- " Seigneur, Fils unique du Très-Haut, seul vrai Dieu, avec 1« « Père et le Saint-Esprit (3). « En 304, saint Euplius de Catane, diacre et martyr, faisait la même profession de foi : '< J'adore le « Père,'le Fils, et le Saint-Esprit ; j'adore la sainte Trinité ; il n'y a « pas d'autre Dieu (4). » Saint Fauste, saint Janvier et saint Martial, martyrs de Cordoue, pressés d'adorer les faux dieux, répondirent : « Nous sommes chrétiens ; nous confessons Jésus-Christ, « qui est le seul Seigneur, par qui toutes choses ont été faites (.'S). ■' Ma consolation, dit Martial, est Jésus-Christ, que mes frères con- -' fessent si hautement et avec tant de joie. C'est pourquoi nous « devons confesser et louer Dieu le Père, le Fils, et le Saint-Es- " prit (6).).

282. Arrivés au quatrième siècle, nous touchons au concile de Nicée de l'an 325, et à celui de Constantinople de l'an 381, oia l'Eglise universelle s'est prononcée solennellement pour la divinité du Fils et du Saint-Esprit, contre les erreurs d' Arius et de Macédonius. Nous sommes donc dispensés de citer les Athanase, les Hi-

(1) Lettre de saint Denys de Borne, dans saint Atlianase, Les décrets du conelle de Nicée. — (2) Ibidem. — (.3) Dominiim Cliristum confifeor, Filimii altissimi Patris, miici unicum, ipsmn cum Pâtre et Spiritn Sancto, uniim soliim Dciim esse profiteor. Act. des martyrs , par D. Ruinart, pag. 325, édit. in-fol. — (4) Patrem, et Filiiim, et Spirilnm Sanctum adoro. Sanctain Trinitatem adoro, prœterqnani non est Deus. Ibidem, pag. 362. — {'.)) Nos Cliristiani siinnis, Cliristum fatentes, qui Dominiis est, per qiiem omiiia, et nos per ipsnm facli surnns. Ibidem, pag. 470. — (G) Consolatio mea cliristus e.**!.... ideoqiie conû tendus et laudandiis est Deus Pater, et Filins, et Si>iritns Sanctus. Ibidem.

198 ût. LA SAINTE TBIMTE,

laire, les Basile, les Grégoire de jNazianze, les Grégoire de Nysse, les Cyrille de Jérusalem, les Ambroise, les Chrysostome, les Jérôme, les Cyrille d'Alexandrie, et les autres docteurs qui ont professé et défendu le mystère de la sainte Trinité. Concluons donc, en disant avec saint Augustin : « Tous les auteurs catholicfues, anciens « et modernes, que j'ai pu lire, et qui avant moi ont écrit sur la '< Trinité, qui est Dieu, ont entendu, d'après les Écritures, ensei- « gner que le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit, d'une seule et « même substance , forment l'unité divine par leur inséparable « égalité ; et que pour cela il n'y a pas trois Dieux, mais un seul « Dieu, quoique le Père, qui a engendré le Fils, soit autre que le <■■ Fils , et que le Fils, qui est engendré du Père , soit autre que le " Père; et que le Saint-Esprit ne soit ni le Père ni le Fils, mais « seulement l'Esprit du Père et du Fils, étant lui-même coégal au « Père et au Fils, et appartenant à l'unité delà Trinité.... C'est là « ma foi , parce que c'est la foi catholique : Hœc mea fides est , « quando hœc est catholica fides (l). »

§ III. Preuve du mystère de la Trinité, tirée de la croyance générale et constante de r Église.

283. On doit admettre le mystère de la Trinité tel que l'admettent les catholiques, si la connaissance de ce mystère nous vient de Dieu. Or, la connaissance du mystère de la Trinité, ou d'un seul Dieu en trois personnes, ne peut venir que de Dieu ; car, premièrement, l'Église universelle reconnaît et professe la saintf Trinité; en Orient comme en Occident, chez les Grecs comme che; les Latins, tous les chrétiens croient en un seul Dieu en trois per sonnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; partout on chante leî symboles de Nicée et de Constantinople. Secondement , ce que l'Eglise universelle croit aujourd'hui. touchant la Trinité, elle le croyait au quatrième siècle ; les décisions des différents conciles

(1) Omnes quos légère polui, qui anf e me scripserunt de Trinitate, qiise Dens est, divinorum librorum veterum et novorura catholici tractatores, lioc inteiidenmt secundum Scripturas doceie, quod Pater et Filiiis et Spiritus Sanctus, unius ejiisdemque substaufiœ inseparabili seqnalitate divinani insinuent divini' tatem; ideoque non sunt très Dii, sed unus Deus : quamvis Pater Filium gemierit, et ideo Fiiius non sit qui Pater est ; Filiusque a Pâtre sit genitns, et ideo Pater nou sit qui Fiiius est ; Spiritusque Sanctus nec Pater sit nec Fiiius, sed tantum Patris et Filii Spiritus, Patri et Filio etiani ipse coa;qualis, et ad Trinitatis pertinens «initatem.... Haec et mea fides est, quando haec est catholica fldes. Liv. I, de la Trinité, c. iv.

DE LA SAÎNTK TBTNITE. 199

généraux et particuliers, les symboles rédigés par les évêques et les écrits des Pères contre les erreurs d'Arius et de Macédonius, en font foi. Troisièmement, ce que l'Église catholique croyait au quatrième siècle, elle l'avait cru pendant les trois premiers siècles. Comment, en effet, expliquer l'accord entre toutes les Églises dispersées dans l'univers, entre les Pères des deux premiers conciles œcuméniques, entre les évêques et les docteurs, à frapper d'anathème les ennemis de la divinité du Verbe et du Saint-Esprit, si alors le dogme de la Trinité n'eût été reçu dans le monde chrétien? Si vous prétendez que ce dogme ne s'est établi qu'insensiblement, dites-nous donc quel en est l'inventeur? car on connaît tous ceux qui ont tenté d'innover sur la religion. Dites-nous quel est le premier qui ait eu de lui-même l'idée de ce mystère, qui est inaccessible à l'intelligence humainel Qu'on nous dise quel est l'homme, queî est îe philosophe ou le docteur qui a inventé un seul Dieu en trois personnes, ou trois personnes en un seul Dieu! quel est celui qui, ayant inventé ce système, ait osé le proposer à la croyance des hommes, sans avoir d'autres lettres de créance que celles qu'il se serait données à lui-même 1 Si jamais il eût été possible d'être chrétien sans professer la divinité de Jésus-Christ, ou d'être régénéré sans reconnaître un seul Dieu en trois personnes , le Père , le Fils et le Saint-Esprit, ce mystère, bien certainement, ne serait point entré dans nos symboles. Une semblable innovation n'était point possible; elle serait plus incompréhensible encore que le mystère même qui en est l'objet. Il est donc vrai de dire que l'É glise a toujours cru, touchant la Trinité, ce qu'elle croyait au q-aatrième siècle. Mais ce qu'elle a toujours cru nous vient des apôtres; ce qui vient des apôt^res , en matière de dogme , vient de Jésus- Christ; ce qui vient de Jésus- Christ vient de Dieu. Donc la connaissance du mystère de laTrinité nous vient de Dieu même; donc on doit admettre ce mystère, sous peine de damnation : si on veut être sauvé, il faut, avant tout, tenir à la foi catholique, qui consiste à adorer un seul Dieu en trois personnes, et trois personnes en un seul Dieu : Fides autem. catholica hœc est, ut unum Deum in Trinitate et Trinitatem in unitate veneremur (l).

(1) Symbole rie saint Atlianase.

200 DE LA SAI^TE Tnl^'ITE.

ARTICLE II

Le mystère de la sainte Trinité était-il connu dans l'ancienne loi ?

284. Les patriarches , les prophètes et les docteurs de l'ancienne bi avaient quelque connaissance du mystère de la sainte Trinité. Nous lisons, dans les premiers chapitres de la Genèse : Faisons l'homme à notre image et ressemblance (1); et un peu plus bas : Voici qu'Adam est devenu comme un de nous (2). Ces paroles, faisons, un de nous, indiquent assez clairement la pluralité des personnes. « Si le nombre des personnes en Dieu te scandalise, '• disait TertuUien à Praxéas , je te demande comment celui qui est •< un et au singulier parle au pluriel, faisons l'homme à notre " image et ressemblance ; tandis qu'il aurait dû dire, que je fasse '■■ Ihomme à mon image et ressemblance, s'il n'était qu'une seule ' personne. Et après : Voici qu'Adam, est devenu comme un de ■■< 710US. Il trompe ou il se joue, si n'étant cju'une personne il parle •< au nom de plusieurs. Était-ce aux anges qu'il adressait la parole, ' comme le prétendent les Juifs, qui ne reconnaissent pas le Fils?

ou plutôt n'est-ce pas parce qu'il est lui-même le Père, le Fils et « le Saint-Esprit? Il était uni au Fils, la seconde personne, son " Verbe; et, dans le Verbe, au Saint-Esprit-, la troisième personne: « c'est pourquoi il s'est servi du pluriel, /a2.?ow.s, notre, nous. Car « avec qui faisait-il l'homme, et à qui le faisait- il semblable? Dans '■ l'unité de la Trinité, il parlait avec Je Fils qui devait revêtir ■■< l'homme, et avec le Saint-Esprit qui devait sanctifier l'homme (3).»

(1) Faciamiis liomiiiem ad imaginem et similitudinem nostram. Genèse, c. i, V. 20. — (2) Ecce Adam quasi uniis ex nobis factus est, sciens boniim et maliim. Tbidem, c. m, v. 22. — (3) Si te adliuc numerus scandalizat Trinitatis, quasi non connexae in unilate simplici, interroge quomodo nnicus etsingiiiaris piuraliterloqnitiir? Faciamus homrnem ad iniaginem et similitudinem nostram, cum debuerit dixisse : Faciam hominem ad imaginem et similitudinem meam ; utpote iinicus et singnlaris. Sed et in seqiientibiis : Ecce Adam factus est tanquam unus ex nobis. Fallit aiit ludit; ut cnm unus et totus elsingularis esset, numerate loqueretur. Aut numquid angelis loquebatur, ut Judaei interpretantnr, quia nec ipsi Filium agnoscunt ; an quia ipse erat Pater, Fiiius, Spiritus; ideo pluraiem se praestans pluraliter sibi loquebatur? Immo qni^ jam adhaerebat iili Filins, secu'.ida persona, Sermo ipsius, et tertia Spiritus in Sermone, ideo ji'iiralitfrpronnntiavit, /'rtdffl??m5, cinostram, et nobis. Cum qiiibus enim faciebat honiinoiii, et quibus faciebat similem? Cum Filio quidoni, qui «'rat indu turus lioniinem; Spiritu vero, qui erat sanctificaturus hominem, quasi cum mi- Distris et arbil! is, ex unifale Trinitatis loauebatur. Livre contre Praxéas, 51*yaj-

»B LA SAINTK TlUNITÉ. 201

Saint Théophile d'Antioche, Clément d'Alexandrie, saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin, Théodoret, parmi les anciens, entendent, comme Tertullien, le texte, faisons V homme , de la pluralité des personnes en Dieu. En effet, quand Dieu dit, « Faisons Vhovimr, il parle en lui-même, il parle a quelqu'un qui fait comme lui, à quelqu'un dont l'homme est la créature et l'image: il parle à un autre lui-même; il parle à celui par qui toutes choses ont été faites, à celui qui dit dans son Évangile : Tout ce que le Père fait, le Fils le ftit semblablement. Eti parlant à son Fils ou avec son Fils , il parle en même tempiî avec ' l'Esprit tout-puissant, égal et coéternel à l'un et à l'autre (t). » 285. II est encore plusieurs autres passages de l'Ancien Testament, où l'on voit la distinction des personnes en Dieu , et qui se rapportent plus spécialement à la divinité du Verbe, du Messie, du libérateur promis à nos premiers pères. Néanmoins il ne paraît pas que le commun des Juifs ait eu une connaissance distincte du mystère de la sainte Trinité. Ils connaissaient tous, il est vrai, la promesse d'un rédempteur, qui était leur attente et l'attente des nations; mais ils pouvaient connaître quelques caractères de celui qu'ils attendaient, tout en ignorant qu'il fût le Fils de Dieu, égal et consubstantiel au Père. Ils connaissaient aussi l'Esprit de Dieu; mais on ne voit pas qu'ils l'aient connu au point d'en faire une troisième personne, et de la distinguer des deux autres personnes divines. « C'était au Fils unique, qui était dans le sein de son « Père, et qui sans en sortir venait à nous; c'était à lui à nous « découvrir pleinement ces admirables secrets de la nature divine, « que Moyse et les prophètes n'avaient qu'effleurés (2). » Aussi, sous la loi évangélique, tous les fidèles apprennent que le vrai Dieu, ce Dieu un et indivisible, auquel ils sont consacrés par le mystère de la régénération, est tout ensemble Père, Fils et Saint-Esprit. « Là donc nous sont proposées les profondeurs in- « compréhensibles de l'Être divin, et la grandeur ineffable de son « unité, et les richesses infinies de cette nature plus féconde en- « core au dedans qu'au dehors, capable de se communiquer {qui « se communique], sans division, à trois personnes égales. Là !• sont expliqués les mystères qui étaient enveloppés et comme « scellés dans les anciennes Écritures. Nous entendons le secret de «cette parole , /«i.sons V homme a notre image; et la Trinité,

(1) Bossuet, Discours sur l'hht. unio., part, ii, w 1.— (2) Bossuet, ibidem, n" VI.

• marquée dans la création de l'homme, est expressément déclarée « dans la régénération. Nous apprenons ce que c'est que cette Sa-

< gesse conçue , selon Salomon , devant tous les temps dans le <■ sein de Dieu(i); Sagesse qui fait toutes ses délices, et t}&t qui « sont ordonnés tous les ouvrages. Nous savons que c'est lui que ^ David a vu engendré devant F aurore (2). Et le N'yuveau Testa-

< meut nous enseigne que c'est le Verbe, la parole intérieure de

- Dieu, et sa pensée éternelle, q.ui est toujours dans son sein, et

- par qui toutes c'ooses ont été faites. Par la nous répondons à la

• mystérieuse question qui est proposée dans les proverbes : Dites- ■' moi le nom de Dieu et le nom de son Fils, si vous le savez (3).

• Car nous savons que ce nom de Dieu, si mystérieux et si caché,

• est le nom de Père , entendu en ce sens profond qui le fait con- '■ cevoir dans l'éternité, Père duri Fils égal à lui; et que le nom « de son Fils est le nom de Verbe, Verbe qu'il engendre éternelle- '■ ment en se contemplant lui-même, qui est l'expression parfaite >> de sa vérité, son image, son Fils unique, l'éclat de sa clarté et « l'empreinte de sa substance (4).

286. «Avec le Père et le Fiîs nous connaissons aussi le Saint- « Esprit, l'amour de l'un et de l'autre, et leur éternelle union. « C'est cet esprit qui fait les prophètes, et qui est en eux pour leur " découvrir les conseils de Dieu et les secrets de l'avenir; Esprit « dont 11 est écrit : Le Seigneur m'a envoyé, et son Esprit (5) ; qui '< est distingué du Seigneur, et qui est aussi le Seigneur même, " puisqu'il envoie les prophètes, et qu'il leur découvre les choses " futures. Cet Esprit, qui parle par les prophètes , est uni au Père >■■ et au Fils, et intervient avec eux dans la consécration du nouvel '■ homme. Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit, un seul Dieu « en trois personnes, montré plus obscurément à nos pères, est « clairement révélé dans la nouvelle alliance. Instruits d'un si haut « mystère, et étonnés de sa profondeur incompréhensible, nous « couvrons notre face devant Dieu avec les chérubins que dit Isaïe, « et nous adorons avec eux celui qui est trois fois saint (6). »

(1) Proverbes, e. vin, v. 22. — (2) Psaume cix. — (3) Proverbes, c xxx, T. 4. — (4; Ëpîlre aux Hébreux , c. i, v. 3. — (5) Isaïe, c. xiTin, T 16 — (6) Bossuet; ibidem

ARTICLE III

Les geiiti)' el les anciens philosophes ont-ils connu le mystère de la Trinité ?

287. On trouve chez les anciens peuples quelques vestiges de la tradition primitive touchant la chute de Tbomme et la promesse d'un rédempteur ; mais il y a loin de là à la connaissance de la Trinité. La théologie ou plutôt la mythologie des Égyptiens, des Perses, des Grecs et des Romains, ne nous offre rien, dans ses mystères, qui ait trait à la distinction de trois personnes en un seul Dieu. Aussi, comme nous l'avons fait remarquer plus haut(l), les premiers chrétiens ne parlaient qu'avec réserve de la divinité du Fils et du Saint-Esprit, de crainte de scandaliser les païens; ce qui prouve hien évidemment qu'on était alors persuadé, dans l'Église, que le mystère de la Trinité n'était point connu des gentils. Quant aux philosophes de la Grèce, s'il est vrai qu'ils aient eu quelque notion de ce mystère, ils l'avaient puisée dans la lecture des livres de Moyse, ou dans les relations avec les docteurs juifs. C'est la remarque de saint Justin, de Clément d'Alexandrie, dEusèbe de Gésarée, de saint Basile et de saint Augustin.

ARTICLE IV

Peul-on prouver le mystère de la Trinité par la laison?

288. On ne peut prouver le mystère de la Trinité par la raison. « Personne ne connaît le Fils que le Père, et personne ne connait « le Père que le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler (2). « « Ce mystère ineffable, dit saint Augustin, est incompréhensible. « La langue des anges ne saurait l'expliquer; comment la langue «des hommes le pourrait-elle (3)? » Mais par cela même que ce mystère dépasse la portée de notre intelligence, on ne peut l'attaquer comme contraire à la raison; vouloir le faire, ce serait vouloir attaquer Dieu lui-même, parce qu'il est infini; ce serait

(1) Voyez, ci-dessus, le n" 209. — (2) Nemo novit Filium, nisi Pater : netiiie Patreni quis novit, iiisi Filius, et oui voluerit Filins revelarc. Saint Matthieu, c. XI, V. 27. — (3) Ca'lenun ilhid (mysteriuiii Triuilatis) quod c-st iiii'(ï;ibilf, liiconipreliensibilc est, iiec verbis augelicis oxplicari potest, quanto magis hiimauis. Sermon sur le symbole axix catéchumènes, c. ix.

lui reprocher, ou de n'avoir pas fait l'homme son égal, ou de. ne s'être pas fait l'égal de l'homme. Si on ne peut prouver philosophiquement la possibilité d'un mystère, on ne peut non plus, pour cela même, prouver qu'il soit impossible. Comment, en effet, démontrer qu'il y ait impossibilité ou contradiction dans une chose qui est incompréhensible? On ne le peut évidemment : autrement, cette chose ne serait plus incompréhensible; car rien n'est plus compréhensible que ce dont on peut démontrer l'impossibilité.

289. Ne dites pas que l'unité ne peut se concilier dans un même si'*'' avec la Trinité; que celui qui dit un exclut le nombre trois , et qtie celui qui dit trois exclut Vunité; qu'il y a par conséquent contradiction à admettre trois personnes en un seul Dieu. Non , il n'y a pas de contradiction dans le mystère de la Trinité; et vous le reconnaîtrez facilement, pour peu que vous y fassiez attention. Il n'y a contradiction que là où il y a le oui et le non, V affirmation et la négation d'une mêtne idée dans un même sujet et sous le même rapport : la diversité des rapports, comme la diversité des sujets ou des idées, détruit toute contradiction. Or, le mystère de la Trinité, tel que nous le professons, tel qu'il a toujours été professé dans l'Église, ne renferme point le oui et le non, V affirmation et la négation d'une même idée dans le même sujet et sous le même rapport. Nous ne disons pas , Trois Dieux sont un seul Dieu ; il y a une et trois substances en Dieu; mais, ce qui est bien différent, nous disons : Il y a trois personnes et une seule essewce , substance ou nature en Dieu; les trois ^^er- .«;oy?we5 n'ont qu'une seule et même nature. L'unité, comme on le voit, ne tombe que sur la nature divine, et la Trinité ne tombe que sur les personnes. Il n'y a donc pas de contradiction : dfversitas respectuum tollit contradictionem. Ne dites pas non plus que l'idée de personne et l'idée de substance ne sont qu'une même idée : cela n'est pas vrai, ni p(;ur les choses divines, ni pour les choses humaines. La foi catholique, en nous enseignant qu'il y a trois personnes et une seule nature en Dieu, nous enseigne en même temps qu'il y a deux natures et une seule personne en Jésus-Christ ; ce qui prouve que l'Église n'attache pas la même idée au mot substance ou nature qu'au mot personne . Et pour ce qui regarde les choses humaines , la philosophie ne nous apprend-elle pas qu'il y a en nous deux substances, l'une intellectuelle ou spirituelle, et l'autre corporelle, quoiqu'il n'y ait véritablement qu'une seule personne dans l'homme? Cessez

i)E LA SAl^•rK IKlMlE. SO.s

^onc , philosophes, de blasphémer ce que vous ignorez, et adorez ce que vous ne comprenez pas.

290. Quoiqu'on ne puisse prouver le mystère de la Trinité paî la raison, les Pères de l'Église, entre autres TertuUien-, saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin, ont cru eu trouver une image en nous-mêmes. En effet, le Créateur , en disant, Faisons Vhomme à notre imcKje et ressemblance ^ nous fait assez clairement entendre qu'il nous a faits à l'image du Père , et du Fils, et du Saint-Esprit. Mais laissons parler Bossuet, qui parle lui-même d'après les Pères. « Si nous imposons silence à nos sens, et que nous « nous renfermions pour un peu de temps au fond de notre âme, « c'est-à-dire dans cette partie où la vérité se fait entendre, nous y .< verrons quelque image de la Trinité que nous adorons. Sa pensée, « que nous sentons naitre comme le germe de notre esprit, comme « le fils de notre intelligence, nous donne quelque idée du Fils de «Dieu, conçu éternellement dans l'intelligence du Père céleste. « C'est pourquoi ce Fils de Dieu prend le nom de Verbe, afin que « nous entendions qu'il naît dans le sein du Père, non comme nais- « sent les corps, mais comme naît dans notre âme cette parole in- « térleure que nous y sentons quand nous contemplons la vérité.

291 . « Mais la fécondité de notre esprit ne se termine pas à cette « parole intérieure, à cette pensée intellectuelle, à cette image de « la vérité qui se forme en nous. Nous aimons et cette parole inté- « rieure, et l'esprit où elle naît ; et, en l'aimant, nous sentons en «' nous quelque chose qui n'est pas moins précieux que notre esprit « et notre pensée, qui est le fruit de l'un et de l'autre, qui les unit, « qui s'unit à eux, et ne fait avec eux qu'une même vie. Ainsi, « autant qu'il peut se trouver de rapport entre Dieu et l'homme , « ainsi, dis-je, se produit en Dieu l'amour éternel qui sort du Pèie « qui pense, et du Fils qui est sa pensée , pour faire, avec lui et sa « pensée, une même nature également heureuse et parfaite.

292. « En un mot, Dieu est parfait ; et sou Verbe, image vivante « d'une vérité infinie, n'est pas moins parfait que lui; et son amoui', « qui, sortant de la source inépuisable du bien, en a toute la plé- '< nitude, ne peut manquer d'avoir une perfection infinie. Et puise que nous n'avons point d'autre idée de Dieu que celle de la pern fection, chacune de ces choses, considérée en elle-même, mérite ■^ d'être appelée Dieu ; mais parce que ces trois choses conviennent '- nécessairement à une même nature, ces trois choses ne sont qu'un « seul Dieu. Il ne faut donc rien concevoir d'inégai ni de séparé K dans cette Trinité adorable ; et, quelque incompréhensible que

206 DE LA SAliNTE TRINITÉ.

« soit cette é«çalité , notre âme , si nous l' écoutons , nous en dira « quelque chose.

293. « Elle est : et quand elle sait parfaitement ce qu'elle est, son « intelligence répond à la vérité de son être; et quand elle aime •<■ son être «tvcc son intelligence autant qu'ils méritent d'être aimés, « son amour égale la perfection de i'un et de l'autre. Ces trois « choses ne se séparent jamais, et s'enferment l'une l'autre; nous • entendons que nous sommes, et que nous aimons, et que nous ai- " mons à être et à entendre. Qui le peut nier, s'il s'entend lui- " même? Et non-seulement une chose n'est pas meilleure que « l'autre, mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu'une r d'elles en particulier, puisque chacune renferme le tout, et que « dans les trois consiste la félicité et la dignité de la nature raison- ' nable. Ainsi , et infiniment au-dessus, est parfaite, inséparable, « u«e en son essence , et enfin égale en tout sens, la Trinité que » nous servons , et à laquelle nous sommes consacrés par le bap- .. tême (1). »

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