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CHAPITRE ni

De la divinité du Fils de Dieu.

294. La foi nous apprend qu'il y a trois personnes en Dieu : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit ; que le Père est Dieu, le Fils Dieu, le Saint-Esprit Dieu; que ces trois personnes sont réellement distinctes entre elles, et ne sont cependant qu'un seul Dieu ; qu'elles sont éternelles, égales en toutes choses ; en un mot, con substantielles, n'aj'aut toutes trois qu'une seule et même substance, commune au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Ce dogme catholique a été prouvé, dans le chapitre précédent, p^r les livres sacrés, par l'enseignement des saints Pères, par les décisions des conciles, parles symboles qui sont reçus dans le monde chrétier.. par la croyance générale et constante de l'Eglise. Nous devons croire, non- seulement en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, mais encore « en Jésus-Christ Notre-Seigneur, Fils unique « de Dieu, qui est né du Père avant tous les siècles; Dieu de Dieu, ' lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, qui n'a pas été fait, « mais engendré, consubstantiel au Père, et par qui tout a été

(1) DJS(:oii:s sur l'iiisfoire nuivorsi'lic, par}, ii, ii" vi.

1 fait (l). » Nous pourrions nous en tenir là ; cependant, comme ce qui a été dit jusqu'ici ne se rapporte directement qu'au mystère de la Trinrté, qu'à la distinction des trois personnes divines, il ne sera pas hors de propos de parler encore , dans ce chapitre, de la di\ inité du Fils de Dieu; et, dans le chapitre suivant, de la divinité du Saint-Esprit.

2 O.S. La seconde personne de la sainte Trinité est appelée, dans l'Ecriture, Fils de Dieu^ Fils unique de Dieu, le Verbe, \a. parole de Dieu, la Sagesse, Vimage de sa substance; image parfaite, substance elle-même comme principe d'action; la splendeur de la gloire du Père, la lumière, la vraie lumière, qui éclaire tout homme venant au monde ; la twe, Isivie, la vérité; Seigneur, vrai Seigneur, Dieu, vrai Dieu , par qui lotîtes choses ont été faites. Forcés de nous restreindre, nous ne citerons que quelques passages du Nouveau Testament, où se trouve clairement exprimées la divinité du Fils de Dieu, la consubstantialité du Verbe.

296. D'abord on lit, dans le premier chapitre de l'évangile selon saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était '< en Dieu, et le Verbe était Dieu. Dès le commencement il était en « Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été « fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lu- « mière des hommes (2). » Suivant l'Évangile, le Verbe était au oommenceraent des choses, il était avant la création ; il n'est donc point une créature. Toutes choses ont été faites par le Verbe ; le Verbe n'a donc pas été fait, il est donc éternel. Le Verbe était en Dieu, il était uni à Dieu ; il ne faisait donc qu'un avec Dieu; il était donc Dieu lui-même, et Deus erat Verbum.

297. Ecoutez saint Augustin : « Eu disant que le Verbe était " Dieu, que dès le principe il était en Dieu, que toutes choses ont >< été faites par lui, et que rien n'a été fait sans lui , saint Jean « déclare que non-seulement le Verbe est Dieu, mais qu'il est de « la même substance que le Père. Car quand il dit que toutes choses

(1) Credimns lu iinum Deum, Patrem omnipotentem, factoiem (o-li et terra?, visibiliiini et invisibiiiiini. Et in liiiiim Doniiniim Jesiini Cliiistiini, Fiiiiim Dei imigfiiiitiiin, ex Paire natiim ante otmiia sff'cula, Denm de De:, lumen de lumine, Deiini veruin de Deo vero; natum, non factiim, consiil)>;(airtialem (ho raoïision) Patri, hoc est, ejiisdem curn Paire sul)slanti,ie; per qnem omnia fada SUD*. Symboles des conciles de Nicée et de Constant'mople. — (2) ni principio erat Verbtim,et Verliimi eiat apiid Deum, et Deus erat Verhiim. Hoc erat in principio apnd Deum. Omnia per ipsiini (acfa snnt; et sine ipso fac.fnm est niiiil, ipiod factnm est. In ipso vita erat, et vifa erat lux hominnm. Saint Jean , c. i, V. \,2,Z et 4.

208 DE LA SAliSTE TKINITK.

« ont été faites, il entend toutes les créatures; d'où il suit que le « Verbe n'a pas été fait, puisque c'est par lui que toutes choses ont « été faites. Et s'il n'a pas été fait, 11 n'est pas une créature; s'il " n'est pas une créature, il n'a qu'une même substance avec le « Père ; car toute substance qui n'est pas Dieu est une créature, et ■< la substance qui n'est pas une créature est Dieu. Et si le Fils '< n'est de même substance que le Père, il est donc une substance « faite ; et s'il est une substance faite, on ne pourra pas dire que n toutes choses ont été faites par lui. Mais la vérité nous apprend « que toutes choses ont été faites par le Fils; il faut donc recon- « naître que le Fils n'a qu'une même substance avec le Père , et « qu'il est par conséquent Dieu et vrai Dieu (t). »

298. Avant saint Augustin, saint Alexandre, évêque d'Alexandrie, avait fait le même raisonnement. « Jean nous montre que le « Verbe, leFils de Dieu, ne peut être mis au rang des choses tirées du « néant, lorsqu'il dit que toutes choses ont été faites par le Verbe. « Car si toutes ont été faites par lui, comment peut-il se faire que « celui qui a donné l'existence aux choses créées n'ait pas toujours '■ (ixisté? La raison s'oppose à croire que celui qui n'est point créé * soit de même nature que les choses créées (2). » Suivant Clément d'Alexandrie, nous sommes les créatures du Verbe divin ; car il était au comniencemejit, il était avant que les fondements de ce monde ne fussent jetés, il a été et il est \q principe divin de toutes choses^ il est l'être dans l'être, ensin ente; il était en Dieu, et toutes

(1) In principio erat Verbum, etc. In eo autem déclarât, non tantutn Deum esse, sed etiani ejusdeni cuni l'atre substantiae ; (juia, cuni dixisset, et Deus erat Verbum, hoc erat, inquit, iti principio apud Deum, omnia per ipsum fada sunt, et sine ipso factum est nihil. Neque enini dicit omnia, nlsi quae factasunt, id est omneni creaturani. Umie liquide appaiet Ipsum factum non esse per quem facta sunt omnia. Et si factus non est, creatura non est : si autem creatura non est, ejusdem cum Pâtre substantiae est. Omnis enim subslantia qnœ Deus non est, creatura est ; et quae creatura non est, Deus est. Et si non est Filius ejusdem substantiae cujus Pater , ergo iacta subslantia est : si facta substantia, non omnia per ip?um facta sunt : at omnia per ipsum facta sunt : unius igitur ejusdemque cum Pâtre substantiae est. Et ideo non tantum Deus, jed et verus Deus. Liv. i, de la Trinité, c. vi. — (2) Quod Filins Dei non sil rébus ex nlbilo creatis annumerandus, idem Joannes oslendit, cum dicat omnia per ipsum facta esse. Kam pro[>rium ejus subsistenti;e modum declaravit liis \erhis: In prmcipio erat Verbum, etc. Quod si omnia per ipsum facta .sunt, qui fieri potest, ut is qui rébus creatis essentiam induisent, quodam tempore non fuerit? isullo enim ratio vult, ut quod créât, ejusdem sit cum creatis natnra». Lettre desaint àJ/ixandre, collect. des concil., par le P. Labbe, tom. u, col. u.

choses ont été faites par lui (l). Le Verbe divin est manijestement vrai Dieu, égal au Seigneur de toutes choses, parce que le Verbe était en Dieu (2). Dieu et le Verbe sont l'un et l'autre un seul Dieu: utrumque unum est, nempe Deus ; car il est dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu^ et k Verbe était Dieu (:i). Tertullien, contemporain de Clément d'Alexandrie, n'es pas moip«i exprés : « Nous croyons, dit-il, qu'il n'y a qu'un seul « Dieu, tout en reconnaissant que Dieu a un Fils, qui est le Verbe « sorti de lui, par lequel toutes cnoses ont été faites, et sans lequel « rien n'a été fait (4). Avant la création, Dieu était seul, étant pour « lui-même l'univers, l'espace, et toutes choses. Il était seul, en ce « sens qu'il n'y avait rien hors de lui ; mais il n'était pas absolu- « ment seul, car il avait avec lui et en lui-même sa Raison... que « les Grecs appellent Aoyoç , et que nous appelons Verbe (5). Le « Verbe a toujours été dans le Père, comme il le dit lui-même : Je « suis dans le Père ; et il a toujours été en Dieu , comme il est « écrit : et le Verbe était en Dieu. Et il n'a jamais été séparé du « Père, il n'a jamais été une autre substance que le Père; car le « Seigneur a dit : Mon Père et moi nous ne sommes qu'une niéme « substance {6.» Saint Théophile d'Antioche, plus ancien que Tertullien, prouve, par ces paroles de saint Jean : In principio erat Verbum, qu'au commencement Dieu était seul, et que le Verbe est Dieu, et qu'il est engendré de Dieu : Verlmm Deus, et exDeo genitum. Il ajoute que le Verbe est le Fils de Dieu, la vertu et la sagesse de Dieu , existant de toute éternité dans le sein de Dieu , Verbum semper existens, et in corde Dei insitum (7). Ainsi donc, au jugement des saints Pères, il est constant, par le premier chapitre de saint Jean , que le Verbe est véritablement Dieu.

299. Continuons : « Personne n'a jamais vu Dieu ; c'est le Fils « unique, qui est dans le sem du Père, qui l'a fait connaître (8). »

(l) Exhortation aux Grecs. — (2) Verbum divimim, qui est manifestissime verus Deus, qui est universorurn Domino exaequatus, quoniam erat ejus tilius, et Verbum erat in Deo. Ibidem. — (3} Liv. i, du Pédagogue, c. viii. — (4) Liv, contre Praxéas, n" ii. — Voyez, ci-desMis, le n" 2/6. — (5) Ante omnia Deus eratsolus, ipsesibi etmnndus et locus et omnia : solus autem, quia nibil aliud octrinsecus pnrter iiliim, ca-terum, ne tune quidem solus; habebat ei.im setuni, (ju:>m babebat in -semetipso, rationem suam scllicet.... Hanc firneci ).ÔYovdi(unf, quo vocabulo sermoni^m n\>\w\\i\m\if.. Ibiclem, n" \. — (6).Sernio ergo et in Paire semper, sicnt dicit : Ego ni Paire ; el apud Di-um semper, sicut s( riptum est : Et Sanio erat apud Denni. Et nunquam separatus a Pâtre, aut aiius a Pain-, quia-. 1 goe( Pater unum sumus. Ibidem, n'^wn — (7) l.iv. u, à Autolyque, n° xm . — (8) Ofum nemo vidit unquam; iniii^enitus Fiiius, qui est in sinu Patris, ip&f

JIO DE LA SAINTE TRIMTÉ.

Jésus-Christ dit aux Juifs : « Mon Père et moi nous sommes une « même chose (l). Croyez à mes œuvres, afin que vous connaissiez « et que vous croyiez que le Père est en moi, et que je suis dans le .( Père (2). iSe croyez-vous pas que le Père est en moi, et que je suis « dans le Père? Ce que je vous dis, je ne vous le dis pas de moi- '< même ; mais le Père , qui demeure en moi , fait ;ui-même les « œuvres que je fais. Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, '< et que le Père est en moi (3)? Tout ce qu'a le Père est a moi (-i). » ^'adressant au Père: « Maintenant donc, mon Père, glorifiez-moi « en vous-même de cette gloire que j'ai eue en vous avant que « le monde fût (5). Tout ce qui est à moi est à vous; et tout ce « qui est à vous est à moi (6). » Ailleurs : « Tout ce que le Père « fait, le Fils le fait pareillement (7). Comme le Père a la vie en « lui-même, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en lui-même (8). » Ces différents passages expriment la divinité de Jésus-Christ , l'union du Père et du Fils dans une même substance, la cousubstantialité de ces deux personnes, qui ne sont qu'un seul et même être : Ego et Pater unum sumus. Les Juifs l'avaient compris : aussi accusaient-ils Notre-Seigneur d'avoir blasphémé, parce qu'il avait dit que Dieu étaii son Père , et qu'il se faisait égal à Dieu : Quia Patrem suum dicebat Deurn, œqualem sefaciens Deo (9). Reconnaissons donc que le Verbe est Fils de Dieu , le vrai Fils de Dieu, Dieu et vrai Dieu. « Nous savons, dit saint Jean, que le Fils « de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence, afin que ' nous connaissions le vrai Dieu , et que nous soyons en son vrai « Fils. Celui-ci est (comme son Père) le vrai Dieu et la yie éter- « nelle : Hic est verus Deus et vita œterna (10). »

enarravit. Saint Jean, c. i, v. 18. — (1) Eao et Pater unum sumus. Ibidem, c. X, V. 30. — C'i Operibus crédite, utcognoscatis et credatis, quia Pater in me est, et eço in Pâtre. Ibidem, v. 38. — (3) Non creditis, quia ego in Paire, et Pater in Jie est? Verba, quae ego loquor vobis, a me ipso non loquor, Pater autem in me manens, ipse facit opéra. Non creditis, quia ego in Paire, et Pater in me est? Ibidem, c. xnr, r. 10 et 11. — (4) Oninia quiécumque habet Pîter, mea sunt. Ibidem, c. xvi, v. 15. — (5) Et uunc cJaritica me tu, Pater, apud temetipsiim, claritate, qiiain babui prius qnam mundus esset , apud te. Ibidem, c. XVII, V. 5. — (6) Et mea omnia tua sunt, et tua mea sunt. Ibidem, v. 10

(7) Pater meus usque modo operatur, et ego operor. Ibidem, c. v, v. 17. —

(8) Sicut enim Pater babet vilam in semetipso : sic dédit et Filio liabere vitam in semetipso. Ibidem, v. 26. — (9) Ibidem, v. 18. — (10) Et scimus quoniam Filius Dei venit, et dédit uobis seusum ut cogiio^caïuus venini Deum, et simus ia veto Filio ejus. Hic est verus Deus et vita utterna. I'" épiùre de saijii JeÀin, e. 7. V. 30,

DE LA SAlMfi TBINITE. fil I

300. Voici ce que dit l'apôtre saint Paul : « Jésus-Christ ayaiit t la forme de Dieu, n'a pas cru que ce fût urie usurpation d'être « égal à Dieu; mais il s'est abaissé jusqu'à preudre la forme de ser- <: viteur, en se rendant semblable aux hommes , et étant reconnu « pour homme par tout ce qui a paru de lui au dehors... C'est pour- 0 quoi Dieu l'a. élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de « tout nom ; afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le « ciel , sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse « que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père (l). » D'après ce texte, Jésus-Christ, le Verbe fait chair, a tout à la fois la /orme de Dieu et Xa forme de l'homme, c'est-à-dire, la nature divine et la nature humaine. Le mot forme a le même sens dans la première que dans la seconde partie du texte ; or, dans la seconde partie, ce mot signifie la nature de l'homme, de l'aveu de tous ; il signifie donc aussi , dans la première, la nature de Dieu. « C'est « Dieu lui-même, dit Clément d'Alexandrie, qui, dans sa miséri- « corde, s'est comme anéanti pour le salut des hommes (2). » Et c'est parce que Jésus- Christ a vraiment la nature divine, qu'il s'est cru, sans usurpation , l'égal de Dieu; et qu'à son nom tout genou fléchit dons le ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que nous confessons qu'il est dans la gloire de Dieu le Père. Ce qui s'accorde parfaitement avec ce que dit le même apôtre, que tonte plénitude de la Divinité habite corporellement , c'est-à-dire vraiment et substantiellement, en Jésus-Christ, le chef de toute principauté et de tonte puissance (3).

301 . C'est ainsi qu'on a toujours entendu les Écritures touchant le Verbe de Dieu. Les Pères grecs et latins , ceux qui ont paru avant comme ceux qui ont paru depuis le premier concile de Nicée, enseignent tous, (d'après les livres saints, que Jésus-Christ est Fils de Dieu, Fils unique de Dieu; qu'il est né de Dieu de toute éternité, égal au Père, ayant une seule et même substance avec le

(1) Qui ciim in forma Dei essct, non rapinam arbitratus est esse se «eqiialeiu ûeo : sed seujeti|)suin exiiianivit formaiii servi accipiens, in similitiidinpiu iiominuni faf.tus, el liabitii invcntiis ut lionio.... Deus exaltavit ilhmi, et donavit illi nomen, quod est sui)er omne nomen ; ut in nomine JesM omne genu tlectatur (xjL'lesliuni , terre»trinn) , et infernorurn ; et onniis lingua confifeatur , quia D*; minus Jésus Chiistus in gloria est Dei Patris. Épltre aux Philippiens, c. ii V. 6, c^c. — (2) Senieti|)sum exinanivit niiseiicors Deus , ut humauuni genu servarct. Exfiorlalion aux Grecs, lom. i, pag. S, Mit. de Venise, \lbl. — (3) In ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis ( oipoialiter. Et estis in illo repleti, qui est capnt oinnis uriucipatus et potestalis. Épitre aux Colossir.ns , t. Il, i'. 9 e/ 10.

Père; qu'il est Dieu, vrai Dieu; qu'il est adoré conjointement avec le Père, et que toute gloire lui appartient avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles (1). Aussi, dès le troisième siècle, les Pères du concile d'Antioche écrivaient à Paul de Samosate : « Nous avons résolu de rédiger et d'exposer par écrit « notre foi, telle que nous l'avons reçue dès le commencement,

* telle qu'elle nous a été conservée dans la sainte Église catholique

• jusqu'à ce jour, par les bienheureux apôtres qui ont vu les choses <i et ont été les ministres du Verbe ; cette foi prédite pa,: la loi et les « prophètes, et fondée sur le Nouveau Testament : savoir, qu'il y « a un seul Dieu, non engendré, sans principe, indivisible, im- « muable, qu'aucun homme n'a vu et ne peut voir ; dont la na- « ture humaine ne peut comprendre ou expliquer la gloire , la « grandeur, la dignité; dont la connaissance, encore imparfaite, « nous vient de son Fils, qui a dit : Personne ne connaît le Père , « si ce n'est le Fils , et celui à gui le Fils l'a révélé. Nous con- « fessons et nous enseignons que le Fils est engendré de Dieu ; quil « est le Fils unique de Dieu , né avant toute créature , l'image de « Dieu invisible, la Sagesse, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même en »- personne et de toute éternité, ainsi que nous l'avons appris par « les livres sacrés. Celui, au contraire, qui dit que le Fils de Dieu « n'existait pas avant la création du monde ; que croire et confesser « qu'il est Dieu , ce n'est pas autre chose que reconnaître deux « Dieux, celui-ls. s'éloigne de la règle ecclésiastique, et toutes les « Églises catholiques sont d'accord avec nous sur ce point (2;. »

(1) Voyez, ci-dessus, le n» 269, etc. — (2) Decrevimiisfiderascripto edereetexponere, quam a principio accepimus, et habemus traditain et servatani in catholica et sancta Ecclesia usque in liodiernum diem, a beatis aposlolis, qzii viderunt ipsi et ministri fuerunt Verbi (Luc. i), prœdicatam ex lege et prophetis ac NoYO Testanaento : esse unnm Deum ingenitiim, sine principio, invisibilem, inamutabilem, quem nullus hominum vidit neque videre potest, cnjus gloriam vel amplitudinem inteiligere ant enarrare pro dignitate, ut in re et veritate est, liumana uatura non potest ; notionem vero ejiis, ntcunique niediocreni, si habemus, révélante Filio ejus, sicut ait : Nemo novit Patrem, nisi Filins, et eut Filius revelavei-it , contenti essedebemus. Hune autem Fiiium genituin, unigenitum, iraaginem Dei invisibilis, primogenitum omnis creaturae, sapieîitiana, et Verbum, ac virtutem Dei ante saecula, non prœcognilioue , sed snbstautia et hypostasi Deum, Dei Fiiium, cum in Veteri et Novo Teslamento cognoverimus, conlitemur et praedicamus. Qui autem contradicit Fiiium Dm non esse ant(; constitutionem mundi, dicitque credere et condteri esse Deum, non esse aliud quam duos Deos praedicare, qui Fiiium Dei non esse Deum piœdirat; Hune alienum esse ab ecciesiastica régula arbitramur , et onines Ecclesiac callioiicai Dobiscum couscntiunt Labbe. Concil., tom. i. col. 843.

302. Nous trouvons la même profession et la même règle de foi dans une lettre de saint Denys d'Alexandrie, mort en 264. « Le

• Christ , dit-il, est la forme de Dieu, le Verbe de Dieu; la Sagesse,

• le Fils de Dieu , et Dieu lui-même, Dens ipse; le Verbe du Père « et Dieu avec le Père, subsistant par lui-même, quod per se est. « Et c'est ainsi que l'ont confessé les saints Pères ; c'est ce qu'Us « nous ont transmis, afin que nous confessions et que nous croyions « comme eux (1), » On peut en effet citer, parmi les Pères antérieurs au quatrième siècle, saint Denys, pape, saint Grégoire Thaumaturge , Minutius Félix , Origène , saint Hippolyte de Porto, Tertullien, Clément d'Alexandrie, saint Irénée, saint Théophile d'Antioche , Athénagore , saint Justin , saint Polycarpe , saint Ignace martyr, saint Hermas, saint Barnabe, ou l'auteur de la lettre qui porte son nom. Telle était d'ailleurs la foi que professaient les premiers chrétiens, lorsqu'on voulait les forcer de sacrifier aux idoles (2) ; telle est enfin la croyance que nous trouvons dans nos symboles, dans les hymnes que chante l'Église universelle , dans la liturgie sacrée, qui est aussi ancienne que le christianisme.

303. On objecte, il est vrai, certains passages de l'Écriture, où le Fils de Dieu est représenté comme inférieur au Père, comme soumis au Père et faisant la volonté du Père. Mais il suffit de faire remarquer que dans ces passages il ne s'agit pas du Verbe considéré simplement comme Verbe , du Fils de Dieu considéré comme Dieu ; mais du Verbe fait chair, du Fils de Dieu fait homme , de Jésus-Christ, qui a deux natures, la nature divine, qui lui est commune avec le Père et le Saint-Esprit, et la nature humaine, qui lui est commune avec nous. Or, quoique inférieur au Père selon l'humanité , Jésus-Christ lui est égal selon la Divinité : ^qualis Patri secundum Divinitatem , minor Pâtre secundum humanitatem (3). Comme Fils de Dieu, il n'est qu'un et même Dieu avec le Père : Ego et Pater unum sumus (4).

304. Quant aux objections tirées de la philosopliie, elles ne sont point nouvelles , elles ont été faites par les anciens hérétiques ; mais la foi des Pères de Nicée, la foi catholique qui a triomphé des

(1) Forma Dei, Verbiim ejus; et Sapientia Filius Dei, et Deus ip.se, semper existens una persona, et iinahyposfasispeisonae.... Forma autem Deiet Verbum cum ipso Deus, et Kiliiis Dei Verbiini Patris est , qtiod per se est. Ft sic confesài sunt euni saiicti Patres, et ut contiteremur ac crederemiis, nobis tradidenint. Ibidem, col. 854. —(2) Voyez, ci-dessus, les n<" 271 et 281 (3) Symbole de .-iaint Atlianase. — (4) Saint Jean, c. x, v. 30.

sophismes, de l'astuce, de la perfidie et de la violence des ariens , saura toujours confondre toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu. La philosophie peut faire des difficultés ; mais elle ne prouvera jamais que Dieu n'est pas en lui-raérae tel qu'il est réellement. Toutes les fois qu'elle a entrepris , en dehors de la religion , de sonder les secrets de la Divinité , ses efforts n'ont point eu d'autre résultat que de constater son impuissance , et la nécessité, pour l'homme, de reconnaître quil est une raison au-dessus de la sienne, et qu'il n'a pas droit de l'assujettir à ses exigences. Il nous conviendrait bien, en effet, de vouloir comprendre la nature divine, à nous qui ne pouvons comprendre ce qui tient à la nature humaine , et d'entreprendre d'expliquer la génération du Verbe de Dieu , tandis que nous ne pouvons ni expliquer la génération de l'homme, ni la génération de notre intelligence : Generationem ejus quis enarrabit (1) ?

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