CHAPITRE II
De l'existence du mystère de l'Incarnation.
dn v!;..^'"'^, '^^'^^^^■^^««^ consiste dans l'union hypostatique du Ve be ou Fils de Dieu avec la nature humaine, et que, par suite de cette union . il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule personne a pe, sonne divine, quoiqu'il y ait vraiment en lui deux natures enleres et distinctes, sans mélange et sans confusion, nous établirons le dogme catholique contre Nestorius , qui niait l'unité de personne et contre Eutychès, qui, en défendant l'unité de personne, rejetait la distinction des deux natures.
§ I. Preuve du mystère de incarnation par V Écriture.
347. On lit, dans le premier chapitre de saint Jean : « Au com-
« mencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe
« etai Dieu... Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce gui
« a ete fait n'a été fait sans lui... Et le Vel s'estait ./.«t, et!
habite parmi nous , plein de grâce et de vérité , et nous avons vu
sa gloire, la gloire du Fils unique du Père (2). . Nous l'avonr
(1) Bossuet, Discozirs sur l'histoire universelle, n' partie n" vi -li\ m
umnia per ipsum facta snnt : et sine ipso factum est nil.il, quod factu/u est. . . "* 16
24ir DE l'incarnation.
déjà fait observer (l), le mot chair se prend ici pour V homme, pour la nature de l'homme, entière, en tant qu'elle se compose d'un PX)rps terrestre et d'une âme raisonnable , ex anima rationah et huynana carne subsislens (2). Or le Verbe de Dieu, le Verbe éternel, par qui toutes choses ont été faites, le Verbe qui est luimême Dieu comme le Père, s'est fait chair, et Verbum caro factum est. Mais il n'a pu se faire homme qu'en s'unissanl hypostatiquement à la nature humaine, qu'en s'associant cette même nature dans sa propre personne , qui est la seconde personne de la Trinité. S'il ne s'agissait que d'une union morale entre le Verbe et l'homme, on ne pourrait dire que le Verbe s'est incarné, s'est fait chair, s'est fait homme. Il y avait certainement union morale entre Dieu et les patriarches, entre Dieu etMoyse, entre Dieu et les prophètes : a-t-on jamais dit cependant que Dieu se soit fait homme dans Moyse , dans tel ou tel patriarche , dans tel ou tel prophète? On ne peut dire non plus qu'en vertu de l'union du Verbe avec la chair, la nature divine et la nature humaine ne forment plus qu'une seule nature, la première étant essentiellement immuable. Le Verbe, en demeurant ce qu'il était, une seule et même substance avec le Père et le Saint-Esprit , a pris notre humanité et se l'est appropriée personnellement, sans que la Divinité en souffrit la moindre altération. D'un autre côté, on ne peut admettre, en Jésus-Christ; l'union réelle, hypostatique ou personnelle du Verbe avec la nature humaine , sans admettre l'unité de personne en deux natures, sans reconnaître un seul et même Christ , Dieu et homme tout ensemble. Il est donc \Tai que l'apôtre saint Jean a voulu exprimer le mystère de l'Incarnation lorsqu'il a dit que le Verbe est Dieu , et qu'il s'est fait chair, et qu'il a habité parmi nous : Et Deus erat Verbum... et Verbum caro factum est, et habitavit iti nobis.
348. Voici èe que dit l'apôtre saint Paul : « Soyez dans la même « disposition où a été Jésus-Christ, qui , ayant la forme de Dieu, « n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à « Dieu ; mais il s'est anéanti lui-même en prenant la forme (Tes- « clave , en se rendant semblable aux hommes , et étant reconnu « pour homme par tout ce qui a paru de lui au dehors. Il s'est abaissé « lui-même en se rendant obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la
Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam, gloriAU) quasi unigeniti a Pâtre, plénum gratiœ et veritatis. Saint Jean,e. i, v. 1, 1 et 14. — (1) Voyez, ci-dessus, le n" 336. — (1) Symbole de saint Athanase.
DE l'incarnation. 243
• njortde la croix {{).■» On voit ici bien clairement qu'un seul et même Christ, qu'une seule et même personne a tout à la fois et la fonue ou la nature de Dieu, car il est égal à Dieu ; etla/onne ou la nature de l'homme, car il s'est montré comme homme, il a obéi ;omme homme , il est mort comme homme. Il y a donc une seule personne et deux natures en Jésus-Christ. Encore : « Lorsque les « temps out été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né de la femme, « né sous la loi , afin de racheter ceux qui étaient sous la loi (2). » Voilà donc l'envoyé de Dieu , le même qui est le Fils de Dieu, qui est aussi le fils de la femme, qui est né de la femme, qui a été formé dans le sein de la femme : factum ex muliere. Le même Christ est donc en même temps Fils de Dieu et Fils de l'homme, vrai Dieu et vrai homme. Enfin, tous les textes par lesquels on prouve la divinité du Fils de Dieu (3) prouvent également le mystère de l'Incarnation, puisqu'ils s'appliquent à un seul et même Christ, dont l'humanité, d'ailleurs, n'a jamais été contestée, ni par les nestorieus, ni par les euty chiens, ni par les sociniens. Aussi les Pères et les conciles se sont-ils toujours appuyés , non-seulement sur la tradition des apôtres, mais encore sur l'Écriture sainte, pour défendre l'Incarnation contre les hérétiques qui niaient l'unité de personne ou la distinction des deux natures en Jésus- Christ.
§ II. Preuve du mystère de V Incarnation par renseignement des sai7its Pères.
349. On convient que , depuis la tenue des conciles d'Ephèse et de Chalcédoine , par lesquels ont été condamnées îes erreurs de Nestorius et d'Eutychès, en 431 et 451, tous les Pères ont constamment enseigné le mystère de l'Incarnation tel qu'il est reçu aujourd'hui dans l'Église catholique. Nous nous contenterons donc de citer, parmi ceux qui sont plus anciens, saint Augustin, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Cyrille de Jérusalem,
(1) Hoc senlite in vobis, quod et in Christo Jesu : qui cura in forma Dei esset, non rapiaam arbitratus est esse se aequalem Dec ; seii scmetipsuni exiuanivit formaiii servi accipiens, iii similitndinem honiiiiuni factus, et liabilii inveiitiis ut liomo. Huiniliavit seinetipsiim factus obediens usque ad morteni , niortem aiifem crucis. Épîlre aux Philippiens, c. ii, v. à, etc. — (2) At iibi venit pienitiido tcmporis, misit Ueuis Filiuni snnni, factura ex muliere, factura sub lege, ut eos, qui sub lege eranl, rediiueret. Épîlre aux Galates, c iv, r. 4 e/ i. ^• (3) Voyez, ci-dessus, le >»" 2<jâ, eti-
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saint Basile, saint Optât, saint Athanase, saint Cyprien, saint Hippolyte, Teftullieu, saint Irénée, saint Justin et saint Ignace, disciple des apôtres.
350. Saint Augustin : « Jésus-Christ est Fils de Dieu, Dieu et « homme : Dieu avant tous les siècles, homme né dans le temps ; « Dieu , parce qu'il est le Verbe de Dieu , et homme , parce que le « Verbe a pris une âme raisonnable et un corps réel avec l'unité de « personne (1). 11 est en même temps Fils de Dieu et Fils de « l'homme, Dieu et homme. Cependant il n'y a pas deux Fils, mais « un seul Fils de Dieu (2). De même que chaque homme, composé « d'un corps et d'une àme raisonnable, est une personne, ainsi le « Christ, Verbe et homme, est une seule personne (3). » Il serait impossible d'exprimer plus clairement le dogme catholique touchant l'Incarnation du Fils de Dieu.
351. Saint Jérôme : « Que les hérétiques reconnaissent que Jé- « sus- Christ est Dieu et homme ; non que celui qui est Dieu soit « autre que celui qui est homme; mais celui qui est Dieu de toute " éternité n'a pas dédaigné de se faire homme pour notre salut (4). " Il est Fils de Dieu par nature, au lieu que nous ne le sommes que " par adoption (5). Ce n'est pas que nous croyions qu'il y ait deux « Christs, l'un qui soit Dieu et l'autre qui soit homme ; ou que nous :< reconnaissions deux personnes en celui qui est le Fils unique de « Dieu ; mais il n'y a qu'un seul et même Christ, qui est tout à la 't fois Fils de Dieu et Fils de l'homme. Dans tout ce qui est dit, il y > a des choses qui ne se rapportent qu'à la gloire de sa divinité, et « il y en a d'autres qui ne regardent que notre salut. C'est pour K nous qu'il s'est anéanti en prenant la Jorme d'esclave^ et en se " rendant obéissant jusqu'à la mort de la croix. C'est pour nous « que le Verbe s'est fait chair, et qiïil a habité parmi les hom-
(1) Chnstus lesus, Dei Filius, est Deus et homo : Deiis ante omnia ssecula, homo in nostro saeculo; Deus, quia Dei Verbum, Deus enim erat Verbum; homo auteni, quia in unitatem personae accessit Verbo anima rationalis et caro. Enchiridion, c. xxxv. — (2) UnusDei Filius idemquehominis Filius; unus honiiiiis Filius, idemque DeiFiaus; non duoFilii Del. Deus et homo, sed unus Dei Filius Ibidem. — (3) Quemadmodum est una persona quilibet homo, anima scilicet rationalis et caro, ita fit Cliristus una persona. Ibidem, c xxxvi. — Voyez aussi le Traité lxxviii, sur saint Jean, et le Uvie de la Correction et de la Grâce, c. xi. — (4) Audiant Christum et Deum esse et hominem. Non quod alius Deus sit et alins iiomu, sed qui Deus semper erat, homo ob noslram salutem esse dignatus est. Comment, sur le chapitre i de l'épître aux Gâtâtes. — (5) 111e (Jésus Chiistus^ quidem natiira Filius est ; nos vero adoptione. Liv. I, sur le chapitre i de lépiitre aux Éphesiens
DE L lNCAR^ATIOl\. 24S
« mes{l). » On voit encore ici, dans Notre-Seigneur, l'unité de personnes avec la iiaoïre divine et la nature humaine.
352. Saint Jean Chrysostome : « Il est tout à fait étonnant d'en- ■ tendre que le Fiis de Dieu, Dieu ineffable, incompréhensible, « égal à son Père, soit venu à nous par le sein d'une Vierge, et qu'il « ait daigné naitre d'une femme, et avoir David et Abraham pour • ses ancêtres (2). Le Verbe s'est fait chair, et le Seigneur a pris " la forme d'esclav^. Etant Fils de Dieu, il est devenu Fils de « l'homme, afin de rendre les hommes enfants de Dieu. Mais ne « vous troublez point lorsque vous entendez : le Verbe s'est fait « ehair; car en se faisant homme fl n'a pas été changé en chair, ce '< serait une impieté de le penser; mais il a pris \a forme d'esclave, » en demeurant ce qu'il était (3). Union mystérieuse, par laquelle « Dieu, le Verbe et la chair, ou l'homme, ne sont qu'une personne , ■• sans aucune confusion ni altération des substances. iNe me de- « mandez point comment cela s'est fait : cela s'est fait en la ma- « flière que Dieu sait (4). »
353. Saint Épiphane : « Jésus-Christ n'est pas un pur homme, mais « il est Dieu, Dieu et homme en même temps; il est né de la Vierge « Marie (5). Il n'est personne qui ne sache que le Verbe de Dieu s'est « fait homme, et qu'il est homme parfait. Et quand nous disons par- « fait, nous ne disons pas pour cela qu'il y ait deux Christs ou deux « Fils de Dieu, mais qu'un seul et même Christ est Dieu et homme;
(1) Non quod aliiim Deuna, alium iiomineni esse credamns, et diias personas faciamus in uno Filio Dei ; sed iiniis atque idem Filius Dei et Filius lioniinis est : et quidquid loquitur, aliud referimus ad diviiiam ejtis tjloriam, aliiid ad salutern nostram. Pro quibus non arbitiatus est se esse a?qtialem Deo; sed seiiietipsnm oxinanivit, formam servi accipiens, factus obedieiis Patri usqne au mortein, mortem aulein crucis. Et Verbiim caro (actum est, et habitavit in nobis. Lettre ù Hédihia. — (2) Admodum sUipendum est aiidire Deiim r.<effabileni, inenarrabilem, inconjprebensibilera, Pati i a?qiialem, per virgineani venisse vu' vani, et ex miiliere nasci dignatum esse , avosque babere Davideio et Abrabamuin. Homélie ii, sur saint Matthieu. — (3j Verbuni caro factum osi, et Dominas servi t'ormam accepit. Filius enim liominis effectim est, cum ven.s Dei Filius esse*, ut homines Dei Filios efficeret.... Itaque ciim aiidieris, Verbum caro factum esc, ne lurberis, ne concidas. Neque eniin substantia decidit in carnem; impium enim esset id vel cogitare, sed manens quoà erat, sic formam servi accepit. Homélie xi, sur saint Jean. — (4) Unitate et conjnnctione Deiis Verbum et caro unum sunt, sine ulla coiifusione vel stibslanfiarum ablatione; sed per unionem ineffabilem inexplicabllemqne. Qnomodo antem id (iat ne quœras ; factum est ut ipse novit. Ibidem. — (h) Christus non nudus est boiiio, sed Deus.... E Maria Virgine Dc-us paril : aque bomo natus est. Hérésie xxx,