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CHAPITRE III

De la simplicité de Dieu.

13. Dieu est simple, parce qu'il est un; il est simple, parce qu'il n'est point composé ; il est simple, parce qu'il est indivisible , il est simple , parce qu'il est immuable-, en un mot, il est absolument simple dans son essence : Essentia Dei simplex omnino (3).

(I) Oclavius, n" xviii. — (2) De l'Existence de Dieu, part, u*, cU. v, art. » — (3) Concile général de Latran,de l'an 1215; cap'U. i.

La simplicité de Dieu exclut toute pluralité , toute composition , toute division , tout changement. Dieu est celui qui est ; il a de lui-même la plénitude de l'être ; il existe nécessairement, il est souverainement parfait ; il est donc nécessairement et souverainement un , nécessairement et souverainement simple et non composé, nécessairement et souverainement indivisible ^ nécessairement et souverainement immuable. Tout ce qui est en Dieu est nécessaire ; son existence comme sa nature ou son essence , sa manière d'être comme l'être lui-même. Les attributs divins , la puissance, la sagesse, la bonté, la justice, ne sont qu'une seule et même chose, qu'une seule et même substance, qu'un seul et même être, éternel, immense, infini, qu'on ne peut pas plus concevoir comme divisible que comme non existant. Aussi, ne distinguons nous les attributs ou perfections de Dieu que par l'impossibilité où nous sommes, comme êtres essentiellement bornés, de comprendre celui qui n'a point de bornes. « 0 Dieu ! il n'y a que vous ; moi- « même, je ne suis point. Je puis me trouver dans cette multitude « de pensées successives, qui sont tout ce que je puis trouver de « moi. L'unité, qui est la vérité même, se trouve si peu en moi, que « je ne puis concevoir l'unité suprême qu'en la divisant et la mul- « tipliant, comme je suis moi-même multiplié. A force d'être plu- " sieurs pensées , dont l'une n'est point l'autre , je ne suis plus « rien , et je ne puis pas même voir d'une seule vue celui qui esl « un, parce qu'il est un , et que je ne le suis pas. Ohî qui me tirera « des nombres, des compositions et des successions, qui sentent si « fort le néant! Plus on multiplie les nombres, plus on s'éloigne de « l'être précis et réel qui n'est que dans l'unité (Ij. »

14. Dieu, étant simple de sa nature, est par là même nécessairement incorporel , immatériel ; c'est un pur esprit qui n'a point de corps et qui ne fait partie d'aucun corps : Spiritus est Deus (2); Dominus spiritus est (3). Quand l'Écriture nous parle des yeux de Dieu^ du bras de Dieu, de la main de Dieu, cela ne doit point se prendre à la lettre, mais au figuré; par ces expressions et autres du même genre, qui ne s'appliquent littéralement qu'à l'homme , les auteurs sacrés ont voulu exprimer que Dieu sait tout , qu'il peut tout et qu'il fait tout. Dieu est la raison substantielle de toutes choses ; l'intelligence suprême, éternelle, incréée, infinie , qui comprend non-seulement tout ce qui est , mais encore tout ce

(1) Fénelon, Démonst. de l'existence de Dieu, part. n,c. v, art. 11. — (2) Saint Jean, c. iv, t. 24. — (3) Êpltre ii« aiiji ^Corinthiens, c. m, v. 17.

qui est possible ; qui se comprend elle-même infiniment. C'est une Substance qui remplit tout, qui pénètre tout, qui est tout entière dans toutes et dans chaque partie du monde et de l'espace, sans être circonscrite en aucune manière, sans éprouver ni confusion, ni mélange, ni division, ni modification, ni changement quelconque; n'ayant pas d'autres relations naturelles avec la matière et les intelligences créées, que celles qui sont naturellement de la cause à l'effet, du Créateur à la créature.

15. On doit donc rejeter comme absurde le système de Spinosa et des panthéistes modernes, qui prétendent qu'il n'y a pas d'autre Dieu que l'univers , que la collection ou l'universalité des êtres. Comment, en effet, concilier le monde, dont toutes les parties sont contingentes, avec la nature de l'Être nécessaire, qui est nécessairement tout ce qu'il est? Comment concilier les différentes parties de l'univers, qui est essentiellement divisible et borné, avec la nature de l'Être qui est essentiellement un, essentiellement simple qX, indivisible, nécessairement infini? Comment concilier les variations et les changements que nous offre ce qu'on appelle le grand tout, avec la nature de l'Être qui, étant nécessaire, est nécessairement immuable? Comment, enfin, concilier dans une même substance les facultés intellectuelles de l'homme et l'inertie de la matière, la pensée et l'étendue, les opérations de l'âme et le mouvement des corps? Comment, dis-je, concevoir dans une seule et même substance des attributs ou propriétés qui se contredisent, se combattent, s'excluent et se détruisent mutuellement? Évidemment le panthéisme n'est qu'un athéisme déguisé, hypocrite. Il n'y a qu'un insensé qui ait pu dire dans son cœur : // n'y a point de Dieu (1) ; il n'y a qu'un philosophe égaré qui ait pu dire dans son délire : Tout est Dieu.

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