CHAPITRE III
De V unité de personne en Jésus-Christ.
369. Il est de foi , 1** qu'il n'y a qu'une seule personne en Jésus- Christ; "2? que l'union du Verbe avec la nature humaine en Jésus- Christ n'est pas seulement une union morale, mais une union hypostatique ou perêonnelle, pliysique ou réelle; 3" que la sainte Vierge Marie, de laquelle est né Jésus-Christ, est véritablement mère de Dieu ; 4° que Jésus-Christ est Fils de Dieu , non par adoption, mais par nature.
ARTICLE I
Il est de foi qu'il n'y a qu'une seule personne en Jésus-Christ
370. Cette proposition n'a pas besoin d'être prouvée; nous avons vu dans le chapitre précédent qu'il n'y a qu'une seule personne en Jésus-Christ, quoiqu'il y ait en lui deux natures, la nature divine et la nature humaine. Nous avons montré qu'il n'y a qu'un seul et même Christ, qui est tout ensemble Fils de Dieu et Fils de l'homme, vrai Dieu et vrai horame, non par la confusion des natures , mais par l'unité de personne : Vnus omnino , non confusione subsiantiœ^ sed unitate personœ (l). Et la personne de Jésus-Christ est la personne du Fils de Dieu , la seconde personne de la sainte Trinité ; c'est le Verbe qui s'est fait chair , et non le Père ni le Saint- Ksprit : Et Verbum caro factum est. Les trois personnes divines étant distinctes, l'incarnation de la seconde n'entraîne point l'incarnation des deux autres.
371. Quant à la personne humaine, elle ne peut subsister en Jésus-Christ; l'union du Verbe avec notre nature la fait disparaître. D est de l'essence de la personne, qui est une substance raisonnable, de se régir elle-mêrae. Or, .a nature humaine, une fois unie réellement au Verbe , ne se régit plus elle-même ; sans rien perdre dé ce qui lui appartient, elle tombe par le îoiX. sous le
(1) Symbole de «int Atlianase.
DE L INCÀBNATION. 259
domaine de la personne divine, qui la régit et la gouverne. Eu Jésus-Christ le Verbe préside à tout , le Verbe tient tout sous sa main, et, loin de s'altérer, la nature humaine est éleî,ée, elle est ennoblie, sans que Je Verbe se rabaisse par aucun enaroit; il domine, en tout et partout, la nature qui lui est unie, et il en est le complément le plus parfait. « L'humanité de Jésus-Christ est « privée de la qualité de personne, non par la perte de quelque « partie de son être , mais par la communication ineffable que le « Verbe lui fait de lui-même et de ses divines propriétés. Ainsi , « c'est par un accroissement de dignité et de grandeur qu'elle n'est « point une personne; c'est-à-dire qu'elle ne subsiste point sépa- « rément, qu'elle n'est point à soi, et qu'elle ne se gouverne pas : « c'est parce que le Verbe, en s'insinuant en elle, et la remplissant « pleinement et intimement, se la rend propre, la gouverne, la « régit, se l'assujettit, et agit par elle comme par une chose qui lui « appartient , et comme 1 ame agit par son corps (^l). »
372. On ne peut pas dire non plus que la personne, en Notre- Seigneur, soit un composé de la nature divine et de la nature humaine, à peu près comme l'homme est composé du corps et de l'âme, ni qu'elle soit le résultat da mélange de la nature divine avec la nature humaine ; le Verbe fait chair demeure ce qu'il était : l'Incarnation n'a pu faire éprouver à la nature divine le moindre changement, la moindre altération.
ARTICLE IL
Il est de foi que l'iinion du Verbe avec la nature humaine n'est pas seulement une union morale, mais une union liypostatique ou personnelle.
373. Cette proposition est encore une conséquence de ce que nous avons dit pour prouver le mystère de l'Incarnation ; car ce mystère n'existe qu'autant que le Verbe s'est uni hypostatiiiuement ou personnellement à la nature humaine; ce n'est que par cette union réelle, physique, naturelle, qu'il s'est véritablement fait homme : Verbum caro factum est. Si l'union des deux natures en Jésus-Christ n'était qu'une union morale, telle que celle qui existait entre D:eu et ses prophètes, il y aurait alors deux Christs, et non un seul Christ, deux personnes, et non une seule personne. Or, c'est là précisément l'hérésie de Nestorius. L'union du Verbe avec notre nature est dans le geme de l'union qui fait de notât)
(1) Nicoie, Ml* Inr.' uct. sur le symbole, c. xvi.
260 DE l'incarnation.
âme et de notre corps une seule personne, la personne de l'homme : « Sicut anima rationalis et caro unus est homo, ita « Deus et homo unus est Christus (l). »
374. L'union hypostatique est propreau Verbe; elle n'a eu lieu qu'entre le Verbe et la nature humaine; l'Incarnation ne s'est faite que dans le Verbe et par le Verbe, dont la personne est réellement aistincte de la personne du Père et de la personne du Saint-Esprit : Verbum carofactum; néanmoins, l'acte par lequel s'est opéré ce mystère est commun aux trois personnes di\ines, ainsi que toute œuvre de Dieu qu'on appelle extérieure : Unigenilus Dei Filius Jésus Christus a tota Trinitate communiter incarnatus (2). Aussi nous voyous dans l'Écriture que le Vere envoie son Fils , et que le Fils en venant en ce monde fait la volonté de son Père , et que le corps qu'il prend avec notre âme est conçu de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit.
375. L'union du Verbe avec notre nature est entière ; elle comprend la nature humaine, telle qu'elle se trouve en nous, le péché excepté; elle comprend par conséquent notre corps avec toutes ses propriétés, et notre àme avec toutes ses facultés. Cette union est perpétuelle; les deux natures, la nature divine et la nature humaine, sont indivisiblement et inséparablement unies eu Jésus- Christ (3). Aussi est-Il écrit que Notre-Seigneur est prêti-e pour toujours (4) ; que son sacerdoce est éternel (5); que son règne n'aura pas de fin (6) ; qu'il est aujourd'hui , qu'il était hier, et qu'il sera dans les siècles des siècles : Jésus -Christus heri, et hodie, ipse et in sœcula (7).
376. L'union hypostatique n'a pas été Interrompue à la mort de iSotre-Seigneur : le Verbe est demeuré uni à l'âme de Jésus- Christ , tandis que son corps était au tombeau. Il est demeuré uni même au corps , comme l'enseigne le catéchisme du concile de Trente (8), d'après saint Jean Damascène (9), saint Léon (1 Oj, saint Augustin (11) et saint Grégoire de Nysse (12 j ; ce qui est conforme à l'Écriture et aux symboles des apôtres, de Nicée et de Cons-
(1) Symbole de saint Athanase. — (2) Concile général de Latran, de l'an 1215 capit. I. — (3) Voyez, ci-dessus, le n° 363. — (4) Psaume cix. — (S) Épître au Hébreux, c. vu, v. 24. — (6) Saint Luc, c. i, v. 33. — (7) Épître aux Hébreux c. XIII, V. 8. — (8) Quamvis anima (Christi) a corpore discesserit, lumquam ta men divinitas, vel ab anima, vel a corpore, separata est. Catéch. du concile de Trente, sur le symbole des apôtres. — (9) Liv. m , de la foi orthodoxe, c. XXVII. — (10) Sermon xTUSur la Passion. — (11) LettrecLxxxvii. — (12) Discours I, sur la résurrection.
DE L'IJ\CAn^AT10K. 261
tantinople, où nous lisons que Jésus-Christ, après sa mort, a été enseveli, et qu'il est descendu aux enfers. On ne dit pas seulement que son corps ait été mis dans le sépulcre, mais qne Je sus-Christ, le Verbe fait chair, a été enseveli : ce qui se rapporte à la personne du Verbe , et suppose par là même que le Verbe était uni au corps de Jésus-Christ dans le tombeau, comme il était uni à l'âme lorsqu'elle est descendue dans les limbes, pour annoncer la délivrance aux anciens justes qui y étaient détenus, en attendant la venue du Messie.
ARTICLE m.
li est de foi que la Vierge Marie, de laquelle est né Jésus-Christ, est véritable ment mère de Dieu.
377. Cette troisième proposition, comme les deux premières, découle naturellement du mystère de l'Incarnation. Comme il y a , en Jésus-Christ, une seule personne, la personne du Verbe, et deux natures, la nature divine et la nature humaine, il s'ensuit que la sainte Vierge Marie, étant véritablement mère de Jésus-Christ, ett par là même véritablement mère de Dieu. Ce qui toutefois ne veut pas dire que Marie ait engendré la nature divine ; jamais l'Église n'eût toléré une erreur aussi grossière. Marie est mère de Dieu , parce qu'elle a conçu et enfanté , selon l'humanité , le Verbe fait chair, qui est Dieu et homme tout ensemble. Elle est mère de Dieu, parce que c'est dans son sein et de sa propre substance que, par l'opération du Saint-Esprit, s'est formé le corps de Jésus- Christ, auquel le Verbe , Fils de Dieu et Dieu comme le Père, s'est uni hypostatiquement au moment de la conception , en prenant avec notre corps une âme raisonnable, c'est-à-dire tout ce qui constitue la nature humaine.
378. JNestorius, en niant l'unité de personne en Jésus- Christ, niait en même temps la maternité divine. Aussi le concile d'Éphèse, en se prononçant pour l'unité de personne, s'est-il prononcé pour la maternité divine de la Vierge Marie : il dit anathème à celui qui ne confesse pas que la sainte Vierge est mère de Dieu , Deipara , vu qu'elle a engendré, selon la chair, le Verbe de Dieu fait chair (l). Avant le concile d'Éphèse, on croyait dans l'Église,
(i) si quis non confitetur, Eiiimaniielem verum Deiim esse, et ob fd sanctam Viiginem Deiparam (genuit enim illa incarnatum Dei Verbiim secuiidiim carnem); anatliema sit. Anathème i, de saint Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius, approuvé par le concile d'Éphèse.
262 DE l'i.\CA.BNAT10N.
avec les Pères du concile de Nicée et de celui de Coiistantinople, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, Dieu de Dieu, vrai Dieu de vrai Dieu, etconsubstantiel au Père, s'est incarné dans le sein de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit: Incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine ( i ) . On croyait avec les apôtres, comme on l'a cru dans tous les temps , que Jésus- Clirist, Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur, a été conçu du Saint-Esprit, et qu'il est né de la Vierge Marie : Natus ex Maria Virgine (2).
379. Ce n'était pas seulement la croyance des simples fidèles, mais des pontifes , des Pères et des docteurs de l'Église. C'est en effet, parmi les anciens , la doctrine de saint Augustin (3), de saint Jérôme 14) , de saint Gaudence (5) , de saint Jean Chrysostome (6), de saint Epipliane (7) , de saint Ambroise (8) , de saint Grégoire de Nysse (9 ? de saint Grégoire de Nazianze (10), desaintBasiie (11), de saint Cyrille de Jérusalem (i2) , de saint Éphrem (13), de saint Optât (14), de saint Athanase (15), des Pères du concile d'Alexandrie de l'an 362 (16), de saintHilaire(i7),deLactance(i8), desaint Denys d'Alexandrie (19), de saint Cyprien (20), d'Origène (21), de saint Hippolyte de Porto (22), de Tertullien (23), de saint Irénée (24), desaint Justin (25), dé saint Ignace d'Antioche, disciple des apôtres (26) , et généralement de tous les docteurs qui ont parlé du mystère de l'Incarnation. Ils enseignent tous que le Verbe de Dieu s'est fait chair dans le sein de la Vierge Marie ; que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme , est né de la Vierge Marie ; qu'un seul et même Christ est tout ensemble Fils de Dieu et Fils de la Vierge Marie; que la Vierge Marie a engendré, selon l'humanité, le Verbe fait chair, le Fils de Dieu fait homme ; qu'elle est la mère de Dieu, Deipara^ comme l'appellent saint Grégoire de Nazianze , saint Basile , saint Athanase et saint Denys d'Alexan-
(1) Symboles de Mcée et de Conslairtinople. — (2) Symbole des apôtres.
(3) Enchiiidion , c. xxxvi, et ailleurs. — (4) Livre contre Helvidius. — (5) Sermon XIX. — (6) Homélie 11 , sur saint Matthieu. — (7) Hérésie xxx, c. xxvn et XXIX. — (8) Liv. du mystère de l'Incarnation. — (9) Antirrétique, ou livre contre Apollinaire (10) Discours li. — (11) De la vraie foi. — (li) Catéchèses IV et X. — (13) Discours sur la perle précieuse. — (14) Liv. i, ilu schisme des donatiste.s, c. I. — (15) Discours lu, contre les ariens. — (16) Labbe, tom. 11, col. 816. — (17) Liv. X, de la Trinité. — (18) Liv. ly, dei Institutions. — (19) Lettre à Paul de Samosale. — (20) De la vanité des idoles. — (21) Liv. i, contre Celse. — (22) Livre contre Noët. — (23) Des Prescriptions, n° xii/, c\ ailleurs. — (24) Liv. m, contre les hérésies, c. xxi, et ailleurs. — (25) Apoîo{ei« i'*,et dialogue avec Tryphoii. — (26) Lettre aux Éphésiens.
DE l'incarnation. 2Go
drie. Aussi saint Cyrille, patriarche de cette ville, au commencement du cinquième siècle, opposant l'autorité des Pères à l'impie Nestorins , ne craint pas d'avancer que tous- ceux qui ont paru jusqu'alors donnent à la sainte Vierge le titre de mère de Dieu : Optimi ac sapientissimi quique Patres , quotquot ante nos extite-^unt^ omnes sacram Viryinem Deiparam appellani (i).
380. Outre que le dogme de la maternité divine se rattache au dogme de l'Incarnation qui ne peut en être séparé, nous \e trouvons encore clairement exprimé dans l'Écriture. On lit dans le prophète Isaïe : « Écoute , maison de David : n'est-ce pas assez pour toi de « lasser la patience des hommes, sans lasser celle de mon Dieu? « C'est pourquoi le Seigneur te donnera lui-même un prodige. Voici 0 qu'une vierge concevra et enfantera un fils; et le nom de ce fils « sera Emmanuel (2) , c'est-à-dire Dieu avec nous (3). » Il s'agit, dans cette prophétie, du Messie, du libérateur, d'Emmanuel, du Fils de Dieu qui doit habiter parmi nous, du Verbe fait chair. Or, suivant le prophète, la Vierge a conçu et enfanté l'Emmanuel, le Fils de Dieu fait homme, le Verbe incarné. On doit donc reconnaître que la sainte Vierge est véritablement mère de Dieu.
381 . L'ange Gabriel, annonçant à Marie le mystère qui doit s'opérer en elle, lui dit: «Ne craignez point, Marie; carvous avez trouvé <• grâce devant Dieu. Vous concevrez dans votre sein, etvousenfan- « terez un fils, et vous le nommerez Jésus. Il sera grand, et il sera « appelé le Fils du Très-Haut; et le Seigneur Dieu lui donnera le « trône de David, son père, et il régnera pour toujours sur la mai- « son de Jacob ; et son règne n'aura point de fin.... Le Saint-Esprit « descendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de « son ombre. C'est pourquoi ce qui naîtra de vous est saint, et sera « appelé le Fils de Dieu (4). Marie ayant visité Elisabeth, celle-ci « lui dit : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de voti e « sein est béni. Et d'où me vient le bonheur que la mère de mon
(1) Liv. de la vraie foi. — - (2) Audite ergo, Bomus David : miinqiiid paruin vobis est molestos esse liominibus, quia molesti estis et Deo meo? Propter hoc dabitDominus ipse vobis sigiium. Ecce Virgo concipiet, et pariet Filinm, et vocabitiir «omen ejiis Eiunianuei. Isaie, c. vu, v. 13. — (3) Vociibsint nomen ejiis Emmanuel : qnod est interpretatum nobiscum Deus. Saint Matthieu, c. i, V. 23. — (4) Ne tiineas, Maria; iu-veuisti enim gratiam apud Deuui : ecce concipies in utero, et paries Filinm, et \ocabis nomen ejns Jesum. Hic erif magnus, et Filins Altissimi vocabitiir, et dabit iili Dominus Deus sedem David patris ejus, et regnaliit in domo Jacob in aeternuin ; et regiii ejus non erit linis.... Spirituh Sanctus superveiiiet in te, et virtus Altissimi obnmbrabit tibi. Ideoque etquod nascetur ex le suncluni, vocabitur Filius Dei. Saint Luc, c. i, v. 3t, etc.
2Ô4 DE l'iNCAB. ATION.
«Seigneur vienne à moi (i)? » On voit ici que Marie a conçu par l'opération du Saint-Esprit , et a enfanté celui qui est appelé JésuSj le Fils du Très-Haut, le Fils de Dieu, l'héritier de David, celui dont le règne est éternel. Elle est donc la mère du Fils de Dieu, la mère du Seigneur, comme l'appelle sainte Elisabeth, en la regardant comme ayant été bénie entre toutes les femmes.
382. Enfin saint Paul écrivait aux Galates : <^ Lorsque les temps « ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, fait de la femme, fait « sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi (2). » Voilà le Fils de Dieu fait de la femme, formé de la femme, né de la femme, factum ex muliere. Or, quelle est cette femme? C'est la Vierge Marie, celle qui a enfanté Jésus, le Sauveur du monde. Donc, encore une fois, Marie est véritablement mère de Dieu.
383. On ne peut attaquer la maternité divine qu'en attaquant la divinité de Jésus-Christ, ou l'unité de personne en Jésus- Christ. Nous le répétons : la sainte Vierge Marie est mère de Dieu ; non qu'elle ait enfanté la divinité, ce qui est trop absurde pour s'être jamais présenté dans l'esprit d'aucun chrétien ; mais bien parce que le Verbe s'est fait chair dans le sein de Marie , que le Fils de Dieu fait homme est né de Marie. Elle est véritablement mère de Dieu , parce qu'elle a enfanté, selon l'humanité, Notre-Seigneur, Fils unique de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, qui n'est qu'un seul et même Christ, réunissant dans la personne du Verbe la nature divine et la nature humaine. Elle est mère de Dieu, parce que, quoique le Fils de Dieu n'ait pris que l'humanité dans son sein, il est vrai de dire qu'elle est la mère de Jésus-Christ tel qu'il est. Dieu et homme, vu qu'en Jésus-Christ il n'y a qu'une seule personne, la personne divine, et que la femme ne peut être mère que d'une personne. Pour la même raison, le Fils de Dieu fait homme est vraiment le Fils de Marie: le titre detils étant un titre personnel, un titre qui ne peut tomber que sur la personne, Jésus-Christ ne peut être Fils de Marie que comme Fils de Dieu , puisqu'en vertu de l'union du Verbe avec la matière humaine, Jésus-Christ n'a qu'une seule personne, qui est la personne du Verbe, du Fils de Dieu.
384. Nous reconnaissons donc que la sainte Vierge Marie est mère de Dieu. Oui, nous le reconnaissons, et nous le reconnaîtrons
(1) Benedicta tu inter mulieres, et benedictiis fructus ventris tiii. El iiiide hoc mihi ut veniat mater Domini njei ad me? Ibidem, v. 42 et 43. — (2) Ubi venit plenitudo temporis, inisit Deus Filium suura , factum ex muliere, factum snb lege, \\i eos qui sub lege erant, redimeret. Épitre aux Gulates , c. iv, v. 4 etit.
DE L IISCAKNATION. 365
toujours ; nj>us le reconnaîtrons avec joie. « Nous vous saluons, ô • Marie, ô mère de Dieu ! trésor auguste de l'univers, lampe qui ne « saurait s'étçindre, couronne de la virginité, sceptre de l'ortho- « doxie, temple indissoluble, mère et vierge, par qui est béni dans « les saints Evangiles celui qui vient au nom du Seigneur. Nous " vous saluons, ô vous qui dans votre sein virginal avez renfermé « celui qui est immense et incompréhensible; vous par qui la sainte « Trinité est glorifiée et adorée, la croix célébrée et adorée dans « tout l'univers ; vous par qui le ciel triomphe, les anges et les ar- « changes se réjouissent, les démons sont mis en fuite, le tentateur « est tombé du ciel ; vous par qui la créature déchue est élevée au « ciel; vous par qui le monde, asservi aux idoles, parvient à la con- « naissance de la vérité ; vous par qui le baptême sacré et l'onc- « tion de l'allégresse sont accordés aux fidèles; vous par qui les « Eglises ont été fondées dans tout l'univers, et par qui les nations « sont amenées à la pénitence; en un mot, vous par qui s'est levé « le Fils unique de Dieu, la lumière de ceux qui étaient assis dans « les ténèbres et à l'ombre de la mort ; vous par qui les prophètes « ont prédit et les apôtres annoncé le salut aux nations ; vous par « qui les morts ressuscitent , et par qui les rois régnent de par la « Trinité sainte. Et quel homme pourrait louer dignement l'incom- «' parable Marie (l)? »
(i) Salve a nobis, Deipara Maria, venerandus totius orbis thésaurus, lampas inextinguibilis, corona virginitatis , sceptrum rectae doctiinae, templum indissolul)ile, lociis ejus qui loco capi non potest ; mater et virgo, per quam is benedictiis in sanctis Evangeliis riominatur, qui venit in noniineDomini. Salve, quae iniinensiim incompieliensnmque in sancto virgineo uteio conipreliendisli ; per quain sancta Trinitas gloi ificatur et adoratiir ; per quam pretiosa crux celebratur et in universo orbe adoralur ; per quam cu-lum exsiiltat ; per quam angeli et arcliangeli ketantur; per quam daemones lugantur ; per quam tentator diabolus cœlo decidit; per quam prolapsa creatura in cœhim assumitur; per quam universa creatura , idolorum vesania detenta, ad veritatis agnitioiiem pervenit; per quam sanctum haptisma obtingit credentibus; per quam exultationis oleum; per quam toto terrarum orbe fundatae sunt Ecclesia; ; per quam gentes addu cuntur ad puMiiteutiam. Et quid plura dicam ? per quam unigeuilus Dei Filius ils qui in lenebris et in umbra mortis sedebant, lux resplenduit ; pei quam proplietae piaenuntiarunt ; per quam apostoli salutem gentibus praedicarunt; per quam mortui exsuscitantur; per quam reges régnant, per sanctam Trinitatem. Ecquis bominum laudabilissimam Mariam celebrare queat? Discours de saint Cyrille d'Alexandrie , prononcé à l'église de Sainte-Marie pendauc la tenue du concile d^Éphèse. Labbe, lom m, col. 583.
266 DB l'incarnation.
ARTICLE IV
II est de foi que Jésus4]lirist est Fils de Dieu, non par adoption, maiî pai
nature.
385: Comme il n'y a qu'une seule personne en Jésus-Christ , et que le titre de Fils est un titre personnel, une propriété, un attribut qui ne convient qu'à la personne, il s'ensuit qu'il n'y a qu'un seul et même Fils, qui est tout à la fois vrai Fils de Dieu et vrai Fils de l'homme : Fils de Dieu , étant né de Dieu le Père avant tous les siècles; Fils de l'homme, étant né, dans le temps, de la glorieuse Vierge Marie. Or, Jésus-Christ ne peut être le vrai Fils de Dieu qu'autant qu'il l'est par nature, et non par adoption. Il est même Fils et vrai Fils de Dieu le Père, et comme Dieu, et comme homme; ce qui ne signifie pas que la nature humaine, en Jésus-Christ, soit engendrée de Dieu, mais bien que la personne de Jésus-Christ, à laquelle se trouve unie la nature de l'homme, est la personne même du Fils de Dieu.
386. Ce serait donc une erreur contraire à la foi, de dire que Jésus-Chi-ist, comme homme, n'est Fils de Dieu que par adoption; soit qu'on admette, avec îNestorius, deux Christs et deux Fils en Jésus-Christ, dont l'un serait le Fils de Dieu proprement dit , et l'autre, Fils adoptif ; soit qu'on dise avec Élipand, évêque de Tolède, et Félix d'Urgel, hérétiques du huitième siècle, que Jésus, comme homme, est Fils de Dieu par adoption. Plusieurs conciles, et le pape Adrien F"", ont condamné cette hérésie , professant , d'après les livres saints et les anciens Pères de l'Église, qu'il n'y a, dans Notre- Seigneur, qu'un seul et même Fils de Dieu , qui est aussi Fils de l'homme; vrai Fils de Dieu, Fils unique de Dieu; que Jésus-Christ, non-seulement comme Dieu , mais comme homrae , est ATaiment Fils de Dieu; que c'est une contradiction et une impiété d'appeler Fils adoptif de Dieu celui qui est le Fils propre de Dieu , le Fils de Dieu par nature (ij.
(1) Factus verus homo , juxta id quod scriptnin est : Et Verbum caro/aclum est, et habitavit in nobis; permansit verus et oinnipotens Deus in utraque natura, unus Dei Filius, idenique liominis Filius... Non duo Filii, Deus et homo, sed unus Filius Deus et homo ; non alius Filius hoiniuis et alius Dei, sed unus idemque Dei hominisque Filius. Unde et eos valde execramiir, qui enm adoptivuni impio grunniuut ore ; quia aooptivus dici non potest, nisi is qui priug alieiius est ab eo a quo adowiari desiderat. Dei ergo Filius qua ratione credi po-
8S7. En effet, les auteurs sacrés, les docteurs de tous les temps, les conciles, les symboles, s'accordent à nous donner pour Fils wnique de Dieu le vrai Fils, le Fils propre de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, celui-là même qui s'est incarné dans le sein de la Vierge Marie, qui s'est fait homme pour nous, qui a souffert et qui est mort sur la croix. Nulle part on ne l'appelle Fils adoptifde Dieu, soit qu'on le considère comme Fils de Dieu, soit qu'on le considèr»j comme Fils de l'homme. D'ailleurs, on ne peut recevoir le titre de fils adoptif qu'autant qu'on est étranger par sa naissance à celui qui adopte. Qui a jamais adopté celui qui est son fils propre? Or, le Fils de Dieu, en s'unissant à l'humanité, en se faisant homme, n'est point devenu étranger à son Père , il n'a pas cessé d'être le vrai Fils de Dieu. Donc il ne peut être, même comme homme, Fils de Dieu par adoption. C'est le raisonnement des Pères du concile de Francfort,, de l'an 794.