CHAPITRE V
Des mérites et de la satisfaction de Jésus-Christ.
408. Satisfaire à la justice divine, c'est réparer l'injure que nous avons faite à Dieu par le péché, et rentrer en grâce avec lui. Or c'e«^t an dogme catholique que Notre-Seigneur Jésus-Christ a satisfait pour nos péchés et qu'il nous a rachetés, en payant luimême le prix de notre rançon. Suivant le pi-ophète Isaïe, le Sauveur du monde s'est véritablement chargé de nos langueurs, et il a porté nos douleurs ; c'est pour nos iniquités qu'il a été couvert de plaies; il a été brisé pour nos crimes; le châtiment qui devait nous procurer la paix est tombé sur lui , et nous avons été guéris par ses blessures. Le Seigneur a rois sur lui l'iniquité de nous tous: Dominu!^ posuit in eo iniquitntem omnium nos/mm. [d). Jésus-Christ lui-même dit que « le Fils de l'homme n'est pas venu
(1) Saint Jean, c. i, v. 14. — (2) Ibidem, c. viii, v. 29 - (3) Voyez le texte il'Isaie, ci-dessus, n' 390.
280 DE l'incarnation.
« pour être servi , mais pour servir, et donner sa vie pour la ré- « demption de plusieurs (l); » jjro mullis, c'est-à-dire pour la multitude des hommes, pour ^universalité du genre humain. « Ceci est « mon sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plu- « sieurs en rémission des péchés (2). »
409. Écoutez aussi ce que dit saint Paul du mystère de notre rédemption : « Dieu a fait éclater son amour pour nous, en ce que, « lorsque nous étions encore pécheurs, .Jésus-Christ est mort pour « nous dans le temps. Etant maintenant justifiés par son sang, nous '< serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. Car « si lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés « avec lui par la mort de sonFils , a plus forte raison, étant mainte- ■■ nant réconciliés avec lui, nous serons sauvés par la vie de ce « même Fils. Et non-seulement nous sommes réconciliés, mais nous " nous glorifions même en Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, » par qui nous avons obtenu maintenant cette réconciliation (3). ' Jésus- Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne « Ai vent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour « eux {4). Dieu nous a réconciliés avec lui-même par Jésus-Christ, " et nous a confié le ministère de cette réconciliation (5). C'est par « amour pour nous qu'il a rendu victime pour le péché celui qui « ne connaissait point le péché , afin qu'en lui nous devinssions < justes de la justice de Dieu (6). Jésus-Christ nous a airnés et s'est « livré lui-même pour nous , en s' offrant à Dieu comme une obla- « tion et une victime d'agréable odeur (7). Il n'y a qu'un Dieu, et
(1) Filius hominis non venit ministrari, sed ministrare, eî dare animam suam, ledemptioaem pro nrultis. Saint Matthieu, c. xx, v. 28. — (2) Hic est enin> sanguis meus Novi Testamenti, qui pro muitis effundetur in remissionem peccatornm. Ibidem, c. xxvi, v. 28. — (3) Commendat autem charitatem suam Deus in nobis : quoniam cum adhuc peccatores essemus, secundum tempus , Christus pro nobis mortuus est : multo igitur magis nunc juslificati in sanguin'; ipsius, salvi erimus ab ira per ipsuin. Si eniin cum inimici essemus, réconciliât; sumus Deo per mortem Filii ejus : multo magis réconciliât! salvi erimus in vit;; ipsius. Non solum autem : sed et gloriamur in Deo per Dominum nostrum Jesnm Christum, perquem nunc reconciliationem accepimus. Épit. aux Romaim, c. V, V. 8, etc. — (4) Et pro omnibus mortuus est Christus; ut et qui vivuni jani non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est. //* épître aux Corinthiens, c. v, V. 15. — (5) Qui (Deus) nos reconciliavit sibi per Christum : et dédit nobis ministerium reconciliationis. Ibidem, v. 18. — (6) Eum, qui non lioverat peccatum, pro nobis peccatum fecit , ut nos efficeremur justitia Dei in ipso. Ibidem, v. 21 — (7) Christus dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis obiationem et hostiam Deo in odorem ?uavitatis. Épitre aux Éphésiens , c. V, V. 2.
DR I. IKCARNATION. 28!
• il n'y a qu'un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ « homme (et Dieu^ . qui s'est livré lui-même pour la rédemption « de tous(i); il s'est offert pour nous, afin de nous racheter de « toute iniquité (2). «
4 1 0. Suivant saint P'^rre , ce n'est point par des choses corruptibles comme de l'or et de l'argent que nous avons été rachetés , mais par le précieux sang de Jésus-Christ, comme de l'agneau sans tache (3). « C'est lui qui a porté nos péchés en son corps sur « la croix, afin qu'étant morts au péché, nous vivions pour la jus- •< tice; c'est par ses meurtrissures que vous avez été guéris (4). « Dieu, dit saint Jean , a envoyé son Fils comme une victime de « propitiation pour nos péchés (5); et non-seulement pour nos « péchés, mais encore pour les péchés du monde entier (6). Vous «êtes digne. Seigneur, de prendre le livre et d'en ouvrir les « sceaux , parce que vous avez été mis à mort , et que par votre « sang vous nous avez rachetés, pour Dieu, de toute tribu, de « toute langue, de tout peuple et de toute nation (7).
411. On voit par ces difïérents passages que Notre-Seigneur s'est chargé de nos iniquités , qu'il s'est rendu notre caution auprès de Dieu ; qu'il s'est offert en sacrifice, comme une victime de propitiation pour les péchés du monde ; qu'il est mort pour tous ; que , médiateur entre Dieu et les hommes , il nous a rapproches de Dieu et réconciliés avec Dieu ; qu'il nous a rachetés en offrant son sang pour prix de notre rançon , et que la justice divine a été satisfaite. Aussi les Pères, les conciles et les symboles proclament le dogme de la rédemption , en la faisant consister, non dans la doctrine et les exemples de Jésus-Christ, comme le prétendent les sociniens, mais dans la satisfaction réelle qu'il a offerte à Dieu le
(1) nous enim Deus, unus et inediator Dei et huminum homo Ciiristus Jésus : qui dédit redemptionena semetipsum pro omnibus. I^' épître à Timothée, c. ii, V. 5 — (2) Qui (Jésus Cliristus) dédit semetipsum pro nobis , ut nos redimeret ab omni iniquitate. Épître à Tite, c ii, v. 14, — (3) Non coiruptibilibus auro vel argento redempti estis.... sed pretioso sanguine quasi agni immaculati Christi et incontaminati. /" épître, c. i, v. 18 et 19. — (4) Qui (Christus) peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum ; ut peccatis mortui , justitiae vivamus : cuius livore sanati estis. Ibidem, c ii, v. 24. — (5) Misit (Deuf) Filium propitiationem pro peccalis nostris. /" épilre, c. iv, v. 10. — (6) El ipse est propitiatio pro peccatis nostris; non pro nostris autem tantuin,sed etianipro totius inundi. Ibidem, c. u, v. 2. — (7) Dignus es, Domiiicj acciperfl libruiu, et aperire signaculu ejus : quoniam occisus es, et redeiiiisti nos Dec ia sanguine tuo ex omni tribu, et lingua, et oopuk , et natione Àxocalypse, c. t, V.9.
a82 DE l'incarnation.
Père, en mourant sur la croix en expiation des péchés du monde. 412. Nous reconnaissons donc avec toute l'Eglise que Jésus- Christ a satisfait pour nos péchés : Pro peccatis nostris satisfecit, dit le concile de Trente (1); et que cette satisfaction est une vraie satisfaction, une satisfaction proportionnée à l'injure du péché. Elle est même surabondante, comme l'enseigne l'Apôtre : Ubi abundavit delictum^ superabundavit gratta {'2) ; elle est d'un prix infini. En effet, la valeur d'une satisfaction se tire de la dignité de la personne qui satisfait ; plus la personne est digne, plus la satisfaction qu'elle offre est méritoire, plus elle a de prix. Or, c'est Jésus-Christ lui-même qui a satisfait, non comme Dieu seulement ni comme homme seulement, mais comme homme- Dieu , comme étant le Verbe fait chair, le Fils de Dieu fait homme, dont les actes deviennent propres à la personne divine. Sa satisfaction est donc au-dessus de toute satisfaction , la satisfaction la plus parfaite qu'il soit possible : Integra atque omnibus mimeris perfecta satisfactio (3). Néanmoins , quoique la satisfaction de Notre-Seigneur soit d'une valeur infinie , nous ne sommes pas dispensés pour cela de satisfaire nous-mêmes pour nos propres péchés; nous ne serons glorifiés avec Jésus-Christ qu'autant que nous aurons pris part à ses souffrances : Si compatimur ut et conglorificemur (4). Mais notre satisfaction ne peut être agréée de Dieu qu'autant qu'elle se fait au nom et par les mérites de Jésus- Christ, dont elle tire toute sa valeur (5).