CHAPITRE XI
Du culte des images.
4SI. Il s'agit des images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints, et des images cpii représentent certains mystères de la religion. Or le culte des images est permis ; il n'a rien de commun avec l'idolâtrie, rien qiri ne soit conforme à l'esprit de la religion. Ce culte est un culte relatif et non absolu, il se rapporte aux originaux -. honorer les images en peinture ou en sculpture , c'est honorer les saints ou les mystères qui en sont l'objet. Voici sur ce point le dogme catholique : suivant le concile de Trente , « on doit avoir et conserver , principalement dans les églises , les « images de Jésus-Christ, de la Vierge mère de Dieu, et des autres »< saints , et leur rendre l'honneur et la vénération qui leur sont « dus : non que l'on croie qu'il y ait en elles quelque divinité ou « quelque vertu pour laquelle on doive les honorer , ni qu'on « puisse arrêter sa confiance en elles, comme faisaient autrefois les « gentils, qui mettaient leur espérance dans les idoles; mais parce « que l'honneur qu'on leur rend se rapporte aux originaux qu'elles « représentent ; de sorte qu'en baisant les images , en nous dé- « couvrant et nous prosternant devant elles , nous adorons Jésus- « Christ et nous honorons les saints , dont elles portent la ressem- « blance. C'est ce qui a été défini par les décrets des conciles, et « particulièrement du second concile de Nicée , contre ceux qui « attaquaient le culte des images (2). »
(1) Et ascendit fumus mcensorum de oralionibus sanctorum de ssâuu angeli coram Deo. AwcaL, c. viu, v. 4. — (2) Imagines Christi, Deipar» Yirginis , et aliorura sanctoium, in templis praeserlim liabendas et retinendas. eisquedebitum honorera et venerationem impertiendam : iion qiiod credatur inesse aiiqua in iis divinitas, vel virtus, propter quam sint colendae ; vel quod ab eis sit aliquid petendiim j vel quod fiducia in imaainibus sit figenda, veliiti olirr! fiebat a geu»
DE l'incarnation. SIS
452. En effet, le concile œcuménique de Nicée, de l'an 787, a endu le décret suivant : « Ayant employé tout le soin et toute l'exactitude possibles, nous décidons que les saintes images, soit de couleur, soit de pièces de rapport ou de quelque autre ma- « tière convenable, seront exposées, comme la figure dt la croix, «< tant dans les églises, sur les vases et les habits sacrés, sur les mu- « railles et les planches, que dans les maisons et les chemins ; c'est «à savoir: l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la sainte « Vierge, des anges et de tous les saints ; car plus on le voit sou- « vent dans les images, plus ceux qui les regardent sont excités au « souvenir et à l'affection des originaux. On doit rendre à ces « images le salut et la yénération d'honneur, non la véritable la- " trie ou le culte suprême que demande notre foi, et qui ne convient « qu'à la nature divine ; mais on approchera de ces images l'encens « et le luminaire, comme on en use à l'égard de la croix , des « Évangiles et des autres choses sacrées ; le tout suivant la pieuse « coutume des ancêtres. Car l'honneur de l'image passe à l'origi- « nal ; celui qui révère l'image, révère le sujet qu'elle représente. « Telle est la doctrine des saints Pères et la tradition de l'Église « catholique, qui s'étend d'une extrémité de la terre à l'autre. Nous « suivons ainsi le précepte de saint Paul, en retenant les traditions « que nous avons reçues. Ceux donc qui osent penser ou enseigner « autrement; qui abolissent, comme les hérétiques, les traditions « de l'Eglise ; qui introduisent des nouveautés ; qui ôtent quelque « chose de ce qu'on conserve dans l'Église, l'Évangile, la croix, les « images ou les reliques des saints martyrs ; qui profanent les vases « sacrés ou les vénérables monastères, nous ordonnons qu'ils soient « déposés , s'ils sont évêques ou clercs, et excommuniés, s'ils sont « moines ou laïques (l). »
ttbus, quse in idolis spem suam collocabant ; sed quoniam lionos, qui eis exihe* tur, refertur ad prototypa, quae illae repraesentant : ita ut per imagines, quas osculamur et coram quibus caput aperimus et procumbimus, Christum adoremus; et sanctos, quorum illae similitudinem gerunt, veneiemiir. Sess. xxv, De rinvocation des saints, etc. — (1) Defînimusin omni certitudine ac diligentia, sicut figuram pretiosae ac vivificae cruels, ita venerabiles ac sanctas imagines proponendaSytamquae de coloribus et tessellis, quae ex alla materia congruenter in sanctis Dei ecclesiis , et sacris vasis, et vestibus, et in parietibiis ac tabulis, domibus et -vils; tam videlicet iraaginem Domini Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi, quara intemeiatae Dominae nobtrœ sanctae Dei genitricis, honor abiliumpue angelorum, et ôuinium sanctornm simul et almorum viroruni. Quanto enim frequentius per imaginalera formationem videntur, tanto qui bas contemplantur, dacrius eriguntur ad primitivorum earum memoriam et deeiderium, et ad oê-
414 DE L'iNCAnNÀTiON.
45S. On remarque, dans ce décret, la distinction entre l'adoration proprement dite, qui ne s'adresse qu'à Dieu, et le culte inférieur et relatif qu'on rend aux images. A la vérité , le concile se sert du mot grec proskt/nein, en latin adorare : mais il l'explique lui-même dans la lettre à l'empereur Constantin, où il montre, par son étj'mologie et par des exemples tirés de l'Écriture , que ce mot est synonyme de saluer, de baiser, de révérer, et qu'ainsi il peut s'appliquer même aux hommes ; tandis que les mots latrevein, latreia, emportent l'idée du culte suprême, et ne s'appliquent qu'à Dieu seul. « Il y a, disent les Pères de Nicée, une adoration mêlée ■' d'honneur, d'amour et de crainte , comme quand nous adorons votre majesté. 11 y en a une de crainte seule , comme quand Ja- « cob adora Ésaii. Il y en a une d'action de grâces , com.me quand « Abraham adora les enfants de Heth, à l'occasion de la sépulture « de Sara. C'est pourquoi l'Écriture, voulant nous instruire, dit ; « Tu adoreras le Seigneur ion Dieu , et tu ne servirai que lui « seul. Elle emploie le terme adorer indéfiniment , comme un « terme qui a différentes significations, parce qu'elle ne dit pas, « Tu adoreras Dieu seul; mais elle restreint cette adoration au « culte de latrie, en ajoutant : Tu ne serviras que lui seul{i). » C'est donc ignorance ou mauvaise foi de la part des protestants, de reprocher aux catholiques de rendre aux images le même culte qu'à Dieu. A prendre les mots adorer, adoration, dans le sens qu'on leur donne généralement aujourd'hui, ou en tant qu'ils ex-
ciilum, et ad honorariam bis adorationem tt ibuendam : non tamen ad veram latriam, quœ seciindiim fidem est, qnaeqne solam divinam natiiram decet, imperlieiidara ; ita ut istis, .siciit figurae pretios<T ac vivificae criicis et sanctis Evangelils, et reliqiiis sacris niomimentis, incensorum et luminum oblatioad liarura lionorem efficiendiim exliibeatiir, quemadmodiim et antiquis piœ consuetiidinis rrat. Imaginis enim honor ad primitivum transit : et qui adorât imaginnm, adorât in ea depicti subsistentiam. Sic enim robur obtinet s inctonmi Patrum nostrorum doctrina, id est traditio sanctae catbolicae Ecclesiae, quœ a finibiis usque ad fmes terrae snscepit Evangelium. Act. vii°. Labbe, iom. vu, col. 555. — (1) Cum vox (adoratio) multa significet, iina tamen significatioiie.... manifestât adorationem qu* est secundiim latriam. Adhuc autem adoratio est, et ea quae per honorem et per amorem ac timorem fit ; sicut nos adoramus et gloriosissimum et mansiietissimnm imperiiim vestrura. Est et alia per timorem tantura, sicut Jacob adoravit E^aii. Et est per gratiam, sicut Abrabam a<ioravit fiiio- Heth pro agro qiiem accepit ab eis in sepiilturam Sarae uxoris suaf.., trinc enim divina Scriptura aocens nos, Dominum Deum tuum adorabis, et illi soli iervies, adorationem sine probibitione dixif, tanquain di versas qnitîem signitiîationes, sed iioœonymam vocem babentem, et non soli addidit. Porro servies ..i soli disit : elUinim soli Deo servitutem nostram ret'erimus. Ibidem, col. 58ï.
DE L IISCABINÂ.TION. 316
priment le culte de latrie, l'Église /l'a jamais Adoré hi }es}mages des saints, ni les saints eux-mêmes.
^54. Le second concile de Nicée s'appuie sur la croyance de l'Église universelle. En effet, toutes les Églises d'Orient applaudirent à ses décisions, et les Églises d'Occident les conlirmèrent par leur adhésion. Il est vrai que plusieurs Églises des Gaules et d'Allemagne, ayant été trompées par une version infidèle, crurent que les Pères de Nicée accordaient aux images l'adoration proprement dite, qui ne convient qu'à Dieu, et refusèrent d'abord de souscrire à la condamnation des iconoclastes ; mais, la méprise une fois découverte, elles reconnurent avec joie que la véritable doctrine de ce concile était celle de l'antiquité. Aussi le quatrième concile œcuménique de Constantinople , de l'an 8G9, déclara qu'on devait honorer et vénérer les images de la mère de Dieu, des saints anges et des autres saints , ajoutant que ceux qui pensent autrement sont anathèmes (l).
455. Le second concile de Nicée invoque aussi, en faveur du dogme catholique, l'enseignement des saints Pères. Il cite, entre autres, saint Germain, patriarche de Constantinople; saint Grégoire lî, pape; Léonce, évêque de Napoli; Théodoret, saint Astérius, évéque d'Amasée; saint Nil, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Ghrysostome, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, et saint Basile. A ces autorités on peut ajouter les témoignages de saint Jean Damascène, du vénérable Bède, de saint Grégoire le Grand, de saint Grégoire de Tours, de saint Augustin, de saint Paulin, de saint Jérôme, de saintAmbroise, de saint Athanase, de Lactance et d'Eusèbe de Césarée, qui atteste avoir vu des images de Jésus-Christ, de saint Pierre et de saint Paul, que l'on croyait avoir été faites de leur temps (2). ïertullien lui-même, qui touche de si près aux temps apostoliques , nous apprend que Jésus-Christ était représenté sur les vases sacrés sous l'image du bon pasteur (3).
456. D'ailleurs, au rapport d'Origène (4), de Minutius Félix (5) ei de saint Cyrille d'Alexandrie (G), les païens reprochaient aux premiers chrétiens d'adorer la croix; ce qui suppose évidemment
(1) Qnirnmque Clirisfi Salvatoris imagiuem non adorât, is in secundo Christi adventii non videat ipsiiis faciem. Eadem rafione intemerata; genitricis illiuî effit^icm, sanrtoiiimqiie aiigelomm, qnemadmodnm illos sacraniœ litterarum paginae descrihunt, acsanctonim omnium veneraniiir et colinnis. Qiiialiler senliunt, anatiicma snnto. Labbe, Concil. vin, col. 1370. — (2)Hist. eccl., iiv. vu, c. XVIII — (3) De la Pudicité, c. vu. — (4) Contre Celse. — (51 Octavius de Minulius Félix. — (6) Dans ses livres contre Julien.
S16 DE l'incabivation.
que dans la primitive Eglise on honorait les images de la croîx^ et qu'en les honorant on adorait Jésus-Christ crucifié, sans adorer le bois devant lequel on se prosternait. « Quand Hélène découyit « la croix du Sauveur, dit saint Ambroise, elle adora Jésus-Christ « et non pas le bois , ce qui eût été l'erreur des gentils ; elle adora « celui qui avait été suspendu à ce bois(i). » Saint Jérôme dit aussi de sainte Paule que , prosternée devant la croix , comme si elle y voyait attaché Notre-Seigneur, elle adorait (2). Ainsi donc l'Église a constamment vénéré la croix, les images de Jésus-Christ et des saints. Donc le culte des images n'a rien qui ne soit conforme à l'esprit de la religion, vu que le culte que nous leur rendons n'e^ qu'un culte relatif qui se rapporte aux prototypes, c'est-à-dire, aux saints qu'elles représentent; et que le culte des saints, qui n'est qu'un culte inférieur et subordonné ^ se rapporte lui-même à Dieu, comme à la fin dernière de toutes choses : Honoramus servos, ut honor servorum redundet ad Dominiim (s).
457. Mais le culte des images n'est-il pas contraire au premier précepte du Décalogue? IN'est-il pas écrit : « Je suis le Seigneur « votre Dieu, qui vous ai tirés du pays des Égyptiens, de la maison -< de sei'vitude. Vous n'aurez point d'autre Dieu devant moi. Vous i ne vous ferez point d'images taillées , ni toute autre figure de ce « qui est en haut dans le ciel , ou en bas sur la terre, ou dans les « eaux sur la terre (4)? » Non, le culte des images, tel qu'il a lieu dans l'Église catholique, n'est point contraire à la loi. Que prescrit en effet la loi? Elle prescrit d'adorer et de servir Dieu seul. Or l'Église n'a jamais adoré ni servi que le seul vrai Dieu. Que défend la loi? Elle défend aux Israélites d'adorer les dieux étrangers, c'est-à-dire , les fausses divinités qui étaient adorées chez leurs voisins; elle leur défend de faire des images ou figures des choses qui sont au ciel, ou sur la terre, ou dans les eaux, afin de les prémunir contre le culte des astres qu'adoraient les Chananéens, des bœufs et des autres animaux qu'adoraient les Égyptiens, des serpents et des poissons qu'adoraient les mêmes Égyptiens et les Philistins. En un mot, elle défend le culte des idoles, devant lesquelles
(1) Invenit ergotitulum (crucis), Regem adora vit, non lignum utique; quia hicgentilis est error, et Tanitas impiorum : sed adoravit illum qui pependit in ligno, scriptus iii titulo. Discours sur la mort de Théodose. — (2) Prostrata ante crucem, quasi pendentem Dominum cerneret, adoiabat. Lettre à Eustochius sur la mort de sainte Paule. — (3) Lettre a Riparius. — (4) Won faciès tibisculptile, nequeomnem siniilit\idineui qnaeest iii cœio desuper, et quœ in terra deorsimi, neceorura quœ &unt in aquis sub terra. Exode, c \x, v. 4»
se prosternaient les gentils, en leur prostituant le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Ybilà pourquoi, après avoir dit, Tu ne te feras point d'images iaiUées, le Seigneur ajoute aussitôt : Tu ne les adoreras voint, tu ne les serviras point : je suis le Dieu fort, le Dieujatoux (l). Or, nous le répétons, quoique l'Église honore les images les saints, elle ne les adore point ; elle n'adore pas même les saints auxquels se rapporte Iç culte des images ; elle ne les met point à la place du Créateur , à qui seul elle rend le culte suprême que les païens rendaient à la créature. Le culte des images n'est donc point contre le premier précepte du Décalogue.
458. Direz-vous que la défense de faire des images, ayant pour objet ce qui tient à la religion, était une défense générale, absolue? Ce serait évidemment une erreur : car nous lisons, dans les livres sacrés, que Dieu lui-même ordonna de faire des figures. Le Seigneur dit à Moyse : « Vous mettrez aux deux extrémités du propitiatoire K deux chérubins d'or battu ; un chérubin d'un côté, et un chérubin « de l'autre. Ils tiendront leurs ailes étendues des deux côtés du « propitiatoire, en couvrant l'oracle; et ils se regarderont l'un « l'autre, ayant le visage tourné vers le propitiatoire, qui couvrira « l'arche (2). » Les Israélites ayant été punis de leurs murmures par la morsure des serpents que Dieu avait envoyés contre eux , revinrent au Seigneur, et le prièrent de les délivrer de ce fléau. Alors le Seigneur dit à Moyse : « Faites un serpent d'airain, et K élevez-le, afin qu'il serve de signe : quiconque, ayant été blessé, « le regardera, sera guéri. Moyse fit donc un serpent d'airain, et il « réleva pour servir de signe. Et ceux qui, ayant été blessés, le re- « gardaient, étaient guéris (3). » Il faut donc, de toute nécessité, restreindre la défense de faire des figures aux images faites pour être adorées. Il en est de cette défense comme de celle d'élever des colonnes ou des pierres monumentales, ainsi qu'on le voit par ce texte du Lévitique : « Je suis le Seigneur votre Dieu : vous ne ' vous ferez point d'idole ni d'image taillée; vous ne dresserez » point de colonnes, et vous n'érigerez point dans votre terre de « pierre monumentale pour l'adorer (4). » Ce précepte est contre
(1) Non adorabis ea, neque coles : ego siim Dominus Deus tuus fortis, zelotes. Ibidem, v. 5. — (2) Duos quoqiie clierubim anreos et pioductiles faciès ex atraque parte oraciili , chembim unus sit in latere iino, et alter in altero. ibidem, c. XXV, V. 18 et 19. — (3) Fac serpentcm œnenm , et pone eum pro signa: qui perci'ssns aspexerit enin.vivet. Fecit erco Moyses serpentem .Tneum, et po suit eum pro signo : qnein cum percussi aspicerent, sanabanlur. Nombres, c. x\i, V Hef 9. — (4) Ego Uominus vester : non facielis vobis idolum et sculp
318 DE L I^CAENATION.
les images et les monu, nents ; or il ne défend que les muunments qui doivent être adorés. En effet, Josué n'a-t-il pas élevé douze grandes pierres, en mémoire du passage miraculeux du Jourdain (i j? N'en a-t-il pas encore élevé une, sur la fin de sa vie, pour perpétuer le souvenir de l'alliance contractée par son ministère entre Dieu et le peuple d'Israël (2)? Et Samuel n'a-t-il pas dressé une pierre de choix , comme monument d'une victoire remportée sur les Philistins (3)? Il est visible par ces faits que, quoiqu'il fût défendu d'ériger des colonnes et des pierres pour les adorer, il était néanmoins permis d'en élever dans des vues différentes. H est donc vrai aussi que, quoiqu'il fût défendu de faire des images pour les adorer, il était permis d'en faire dans une autre intention.
459. Enfin, en supposant qu'il ait été défendu aux Juifs de rendre tout autre culte que celui qui s'adresse directement a Dieu, ou de se prosterner, soit devant les chérubins qui étaient placés sur l'arche, soit devant le serpent d'airain que Moyse avait élevé dans le désert comme une figure du Sauveur du monde qui devait être élevé sur la croix, on n'en pourrait rien conclure contre le culte que l'Eglise i end aux images des saintb. Ou peut dire que cette défense n'étail que pour un temps ; c'était une loi céiémonielle nécessaire au peuple juif, vu son penchant pour l'idolâtrie, et l'exemple des peuples dont il était environné. « Lorsque Israël, comme le «dit Leibniz, eut été eonîrdint par la cherté des vivres de se « rendre en Egypte, et que les Israélites se furent multipliés dans « ce pays , de peur que leur constance ne fût ebranltJe par la conta- K gion d'une nation très-superstitieuse, Dieu jugea à propos de dé « ployer la force de son bras pour retirer de la servitude le peuple " qu'il s'était choisi, et de lui donner, par le ministère de Moyse, « de nouvelles lois, parmi lesquelles il lui interdisait tout usage « des statues, au moins dans la religion, afin de l'éloigner du culte ' des idoles, qui était alors si général (4). La loi de Dieu, s'il en a existe contre les images et leur culte, en ce qu'elle n'a rien de « contraire à l'honneur dû à la Divinité, ne doit être regardée que '■• comme une loi cérémonielle établie pour un temps , et retenue = quelque temps par les premiers chrétiens, peut-être pour de « graves raisons; comme celle du jour du sabbat, et encore la dé- ' fense du sang et des chairs suffoquées, marquée bien plus expres-
;ii8; nec tituios erigetis, nec iiisigiiem lapidera ponetis in teira vesha, ut ado« ;eUs eiiiii. Lévitiqiie , c. xxvi, v. i. — (1) Josué, c. iv, v. 20. — (2) Ibidem, c. XXIV, V. 26. — (3) I" liv. des Rois, c. vit, v. 12. — (4) Système de tliéologie, publié par M. Ëtuciy, pag. 126
« sèment dans le Nouveau Testament, et cependant abolie pour la » plus grande partie des chrétiens, lorsqu'il n'y a plus eu de raison
> de la conserver (i). Lorsque le culte des démons eut été détruit dans la plus grande partie du monde connu et civilisé, et qu'on
' ne j;arlait plus des dieux que pour eu plaisanter, les horumes ! graves eux-mêmes ne trouvèrent plus de raison pour exclure du « culte divin les images, qui sont l'alpliabet des geus simples, et " un puissant moyen d'exciter à la piété le peuple ignorant (2). »
460. Les auteurs de la Réforme ont prétendu que le culte des images était une idolâtrie. Mais , comme le dit encore Leibniz . qui ne peut être suspect puisqu'il était protestant, « après avoir « établi que l'on ne reconnaît d'autre vénération des images que « celle de l'original en présence de l'image, il n'y a pas plus d'ido- « latrie dans ce culte que dans celui qu'on rend à Dieu et au Christ « en prononçant son saint nom. Car les noms sont des si mies , ei « même de beaucoup inférieurs aux images , puisqu'ils représen- « tent bien moins la chose. Ainsi, loisqu'on dit que l'on honore une « image, on ne doit pas l'entendre autrement que lorsqu'on dit « qu'au nom de Jésus tout genou fléchit, que le nom du Seigneur « soit béni, qu'on rend gloire à son nom ; et adorer en présence ■< d'une image extérieure, n'est pas plus repréhensible qu'adorer " l'image intérieure représentée dans notre imagination; car l'i- «■ mage extérieure ne sert qu'à rendre plus vive celle qui se « forme intérieurement (3). On a coutume d'objecter, continue-t- « il, ce que disaient les païens, qu'ils n'adoraient ni le marbre ni « le bois, mais les dieux. Mais, outre qu'ils admettaient une certaine '< vertu dans leurs images et qu'ils y plaçaient leur confiance, le « culte des images, comme nous l'avons dit plus haut, n'avait pa* « été interdit autrefois parce qu'il était mauvais en soi, mais parce '■■ qu'il inclinait au culte des faux dieux j car l'idolâtrie, en prenant « ce mot dans son acception ordinaire, est ce qui porte à un autre « objet riionneur dû a Dieu. Mais aujourd'hui, dans l'Église, tout t l'honneur rendu aux images ne se rapporte qu'aux originaux, " par lesquels nous rendons nos hommages au Dieu unique et éter-
> nel, qui seul mérite les honneurs divins, et dont nous couside- ' rons les bienfaits dans les autres, afin que cette vue nous anime
davantage à le regarder comme la lin dernière de notre culte (4). »
461. D'ailleurs 'idolâtrie, quel qu'en soit l'obje';, n'est pas seu-
(1) iNdem, pag. 130. — (2) Ibidem, pag. 132. — (3) Système de tbéiiuiji.'i, pag. 144. — (4) Ibidem, pag. ijO.
lement une imperfection, une tache, une superstition quelconque; c'est un crime, qui, aux termes des livres saints et de l'aveu f^e tous, exclut du royaume des cieux. « Ceux qui servent les idoles K dit saint Paul, ne posséderont point le royaume de Dieu (l). » Cependant les protestants, les luthériens, les calvinistes et les anglicans conviennent qu'on peut faire son salut dans l'Église romaine (2); ils doivent donc, pour être conséquents avec euxmêmes, convenir également que le culte des images, autorisé de tout temps dans l'Église romaine , n'a rien de commun avec le culte des idoles. De plus, comment concilier le reproche des protestants avec le zèle de l'Église catholique pour la destruction de l'idolâtrie? Comment le concilier avec les promesses que lui a faites Jpsus-Christ, en promettant d'être avec les apôtres et leurs successeurs, tous les jours et dans tous les siècles, jusqu'à la fin du monde? «On ne doit pas croire, dit Leibniz, que les portes de « l'enfer aient tellement prévalu contre l'Église et l'assistance que « Dieu lui a promise, qu'une idolâtrie aussi condamnable ait pré- « valu pendant tant de siècles dans tout l'univers chrétien (3). «