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CHAPITRE XII

Du culte des reliques.

462. Le mot reliques, en latin reliquiœ , signifie ce qui reste d'un saint après sa mort. Or, c'est un dogme catholique qu'on doit honorer les reliqi'es des saints. Suivant le concile de Trente, « les « fidèles doivent vénérer les corps des martyrs et des autres saints « qui vivent avec Jésus-Christ ; ces corps ayant été autrefois les « membres vivants de Jésus-Christ et le temple du Saint-Esprit, et « devant être un jour ressuscites pour la vie éternelle et revêtus « de la gloire , Dieu accordant par eux un grand nombre de bien- •' faits aux hommes. Ceux qui soutiennent qu'on ne doit ni véné- '■' ration ni honneur aux reliques des saints, ou que ces reliques et " les autres monuments sacrés sont inutilement honoré» par les - fidèles, et que c'est en vain que l'on fréquente les lieux consacrés

(1) Nequeidolissementes.... regnuip Dei possidebunt. /'• épilre aux Corinthiens, c. VI, V. 9 et 10. — (2) Voyez ce que nous avons dit au tome I, b" 860. —(3) Sy.stèineUe tliéologie, pag. 154.

nK L INCAKNATIorï. 30,

. à leur mémoire, pour en obtenir du secours, doivent être abso- « lument condamnés, comme l'Église les a déjà autrefois condam- • nés, et comme elle les condamne encore maintenant (i). » Ij en est du culte des reliques comme du culte des images : -c'est un culte relatif; en honorant les tombeaux des saints, nous honorons les saints eux-mêmes.

4G3. Ce culte n'est point nouveau, il est aussi ancien que It christianisme. Les papes et les conciles, les Pères et les docteurs de tous Ifs temps, les historiens ecclésiastiques, tout, dans l'antiquité chrétienne, dépose en faveur de la croyance générale et constante de l'Eglise touchant l'honneur et le respect qui sont dus aux corps des martyrs et des autres saints (2). Les protestants, ceux même qui ont attaqué ce culte avec le plus d'acharnement, confessent qu'il était reçu dans toute l'Église dès le quatrième siècle. Or, revient ici ce que nous avons dit du culte des saints en géné^ rai, et du culte des images. Ce que l'Église croyait, du temps des Augustin, des Paulin, des Jérôme, des Chrysostome, des Ambroise des Grégoire de Nysse et des Grégoire de Nazianze, des Basile et des Hilaire, elle l'avait cru dans les premiers siècles. Les promesses qu'elle a de son divin fondateur ne lui ont point permis d'innover en matière de dogme. Comment, d'ailleurs, supposer que tous les chrétiens dispersés dans l'Orient et l'Occident, toujours prêts à sacrifier leur vie plutôt que de sacrifier aux idoles ou de pratique! aucune des superstitions du paganisme, aient néanmoins tout à coup emprunté des païens l'usage d'honorer les reliques, comme le prétendent les protestants? Croira- t-on que tous les évêques du monde chrétien, également complaisants pour les peuples, ou plutôt également lâches et prévaricateurs, aient laissé introduire partout ce nouveau culte, sans qu'aucun ait réclamé contre un tel abus? Non; l'on ne peut admettre que la vénération pour les tom-

(1) Mandat sancta synod.is omnibus episcopis et cseteris docendi ni.uuis ciiramque sustinentibiis, ut, juxta cathoUcœ et apostolicae Ecclesiœ us.im a. - tima^vischnstianae religionis temporibus receptnm.... de reliqninr.im \mmo (..lelos d.hgenter inst...ant, docentes eos.... sanctorum martyr...,, et alioru.n <nm Chnsto viventi„m sancta co.pora. q.ia, viva membra fuen.nt Cl.risti et fniiplnm Sp.nt.is Sancti, ab ipso ad aetornam vitam s.iscitanda et glori<icanda a hde hbns yeneranda esse : per qu-ae mnlta bénéficia a Dec l.ominib..s pra^stanim . ita Ht affirmantes, sanctorum reliq.iiis venerationom alque ..()..o.em non 'i<'l.er. ; vel eas aliaque sacra monumenta a fidelibus iiiutiliter lio.ioraii; atq.i.' eo.un. opis impctrandaï ca..sa sancfoium memorias frustra fioqi.e.itari ; o.nn.i.o (lamnandos esse, prout eos d.u.i.avit. oX n.mc etiam damnât Ecclesia. Seyi. \\\,de l'Invocation des saints, etc. — (?.; Voyez, ci-dessus, 1.. n'' 43? etc

beaux et les corps des marUrs ait été reçue dans toute l'Église au quatrième siècle, sans être forcé d'admettre, par là même, que ce culte remonte aux temps apostoliques.

464. Et on peut le jjrouver même directement. Il est constant, par les actes authentiques des martj^rs, que, dans les premiers siècles, les fidèles recueillaient avec le plus grand soin les corps, les ossements ou les cendres de ceux qui versaient leur sang pour la foi, les déposaif.at dans un lieu convenable, et les honoraient avec les évêques et les prêtres qui célébraient les saints mystères sur leurs tombeaux. Nous lisons dans la relation de la mort de saint Ignace d'Antioche, arrivée l'an 107 : « Le saint martyr ayant été « livré à deux lions, fut à l'instant dévoré par ces cruels animaux. « Ils ne laissèrent de son corps que les plus gros ossements, qui « furent recueillis avec respect par les fidèles, pour être portés à « Antioche et déposés dans l'église, comme un trésor inestima- ■■' bie (l). Pour nous, qui avons été les tristes spectateurs de sa

• mort, nous avons résolu de vous en faire connaître le jour et le « temps, afin que, nous réunissant ensemble au jour de son mar- « tyre, nous communiquions avec ce généreux athlète de Jésus- ■ Christ (2). « On lit aussi dans la lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe, mort en 169 : « Le démon, cet ir-

• réconciiiable ennemi des justes, ayant été témoin de la gloire " qui avait accompagné le martjTC de ce saint évêque, et comme « une vie illustre par un grand nombre de vertus avait été couron- A née par une mort pleine de merveilles, fit tous ses efforts pour « empêcher les chrétiens d'enlever son corps, quoique plusieurs « eussent désiré de le faire et de communiquer à ses cendres. Poui a cet effet, il se servit des Juifs pour suggérer à Nicétas, père d'Hé- »; rode et frère d'Alée, d'aller trouver le proconsul, et de le prier « de refuser les restes de Polycarpe aux chrétiens, l'assurant qu'ils « abandonneraient le culte du crucifié pour mettre l' évêque de « Smyrne à sa place, s'ils ne pouvaient avoir ses reliques ; comme « si nous pouvions, nous qui sommes chrétiens, quitter Jésus-Christ « après ce qu'il a souffert pour nous, et adresser à un autre qu'à (' lui nos prières et nos vœux. Car, quoique nous honorions les « martyrs et les autres fidèles serviteurs de Jésus- Christ; quoique « nous ayons recours à eux, afin d'obtenir, par leur entremise, « départager un jour la gloire dont ils jouissent, néanmoins nous (, n'adorr'ns et nous ne servons que Jésus-Christ, Fils unique de

(1) Actesdesrnaityrs.par D. RtiinarL pag. 19, édit. de 1731. — (2) Ibidem.,

DE l'incarnation. 323

» Dieu. Vu ce différend qui s'était élevé entre nous et les Juifs, « touchant le corps de saint Polycarpe, le centurion le fit brûler. • Cependant, nous avons pu recueillir quelques ossements que le « feu avait épargnés, et nous les conservons comme de l'or et des " pierres précieuses. Notre Église s'est assemblée, conformément « à l'ordre du Seigneur, pour célébrer avec une sainte allégresse le « jour de son martyre, qui est pour lui comme le jour d'une nou- (( V elle naissance (l).'» Nous ne finirions pas, si nous voulions rapporter tous les faits du même genre que nous offre l'histoire des trois premiers siècles de l'Église (2). Il est donc vrai, encore une fois, que la croyance de l'Église concernant le culte des reliques, remonte au berceau du christianisme; qu'elle est fondée sur l'enseignement des apôtres, et qu'elle vient de Jésus-Christ, suivant cette maxime de saint Augustin , dont on ne peut s'é«arter sans ébranler les fondements de la foi : « C'est avec grande raison que « l'on croit que ce qui s'observe dans l'Église universelle et s'est « toujours observé, sans avoir été établi par aucun concile, ne peut " venir que de la tradition apostolique : Quod universa tenet Ec- " clesia, nec conciliis insiitutum, sed semper retentum est, non « tvr.i auctoritate apostolica traditum rectissime creditur (3).»

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