‹ Théologie dogmatiqueChapitre 53 sur 135 · C. XXXTI · texte numérisé non relu

C. XXXTI

330 DE l'incarnation.

mière (1) ; ce qui ne peut être vrai qu'autant que Marie a été préservée de tout péché, même originel. Saint Épiphane, mort en 403, ne pensait point autrement. « La brebis sans tache, dit-il, qui en- « fanta l'Agneau qui fut le Christ, était supérieure 4 tout, Dieu « seul excepté, plus belle en sa nature que les chérubins, les sé- « raphins, et que toute l'armée des anges (2). » Saint A*nbroise regarde la sainte Vierge comme ayant été, par V effet de la yrâce, pure de toute souillure du péché (3). Saint Amphiloque, évêque d'Icône en 344, dit qu'elle a été formée sans tache et sans péché (4).

478. Arrivés au troisième siècle, nous trouvons dans Origène un témoin de la croyance de son temps touchant l'immaculée conception. Voici comment il s'exprime : « Comme l'ange salue Marie «■ d'un terme nouveau que je n'ai pu trouver dans toute l'Ecriture, « il faut que j'en dise quelque chose. Cette parole qu'il lui a adrest sée, Je vous salue, pleine de grâce, en grec /.r/aptTcoyivY), je ne ^ me rappelle point l'avoir lue dans aucun endroit des Écritures. ' D'ailleurs, ces mots, Je vous salue, pleine de grâce, ne s'adres- - sent point a un homme ; c'est une salutation qui ne convient qu'à « Marie seule. Car si elle avait su que tout autre eût été salué •■ d'une parole semblable, elle qui avait la science de la loi avec le » don de la sainteté, et qui, par une méditation journalière, avait • pénétré les oracles des prophètes, elle ne s'en fût jamais effrayée " comme d'une salutation étrange (.5). » Le mot grec signifie nonseulement pleine de grâce, comme le traduit la Vulgate, mais il signifie encore formée en grâce, lit c'est précisément le sens qui lui est attribué par Origène, comme on le voit par un autre pas-

(1) Cei te niibem leyem deberaus sanctam Mariani accipere niillo semiiie liumano [jragravatam.... Kubes illa non fuit in tenebiis, sed semper in luce. Suf le psaume lxxvh, au verset : Et dediixit eos in niibe diei. — (2) Solo Deo excepto, cunr.tis superior extitit, uatiira formosior est ipsis cherubini, serapbim et omni exercitii angelorum.... ovis inimaciilala quse peperitagnum Chiistiim. Des louanges de Marie. — (3) Virgo per graliam ab omni intégra labe pcccati. Sur le psaume cxviii. — (4) Sine macula et sine peccato. Discours iv, sur la sainte Vierge mère de Dieu. — (5) Quia vero angélus uovo serinone Mariani salutavit, quem in omni Scriptura invenire non potui, et de boc pauca dicenda sunt. Id enim (juod ait, Ave, gratia plena, quod graece dicitur y.eyapnwu-evyi , ubi in Scripturis alibi legerim non recordor ; sed neqne ad virum istiusmodi sermoest, Sali-e, gratia plena. Soli Mariae baec saiutatio servatur. Si enim scivisset Maria et ad alium qtipuipiam siinilem factum esse sermoneni, liabebat quippe legis scientiam, et erat sancta, et propbetarum vaticinia quotidiana medilatione coguoverat ; nunquaiK qbasi peregrina eam salutaliu leiiuissol. JJo mélie vi, sur saint Lite.

sage où le même docteur, en parlant de Marie, à\t qu'elle n'a point été infectée par le souffle du serpent venimeux (1).

179. Nous avons une nouvelle preuve de l'immaculée conception dans la liturgie de l'Église grecque, liturgie qui est beaucoup plus ancienne que saint Jean Chrysostome, dont elle porte le nom. On y lit, en effet, que Marie est sans faute à tous égards, omni ex parte inculpata^ ce qui indique assez que cette Église la croyait conçue sans le péché originel. Aussi le jésuite Wanguereck, dans son ouvrage intitulé la Piété des Grecs envers Marie, a recueilli plusieurs passages de leurs anciens ménologues, où il est dit que la sainte Vierge est pure de toute tache, omni nœvo iniacta (2).

480. Enfin, depuis le douzième siècle, l'Église célèbre la fête de la Conception de la sainte Vierge. Or, il est constant que les fidèles célèbrent cette fête, non- seulement en mémoire de la conception de Marie, mais en mémoire et à l'honneur de son immaculée conception. C'est dans cet esprit que la fête s'est établie dans l'Église de Lyon , comme on le voit par la lettre de saint Bernard à cette même Église ; c'est dans cet esprit qu'elle s'est répandue dans toute la chrétienté, comme le dit le pape Alexandre VU (3). Le pape Sixte IV approuva o^ême, comme faisant partie de l'office, l'oraison suivante : « Seigneur , qui , par V immaculée con- « ception de la sainte Vierge, avez préparé a votre Fils une de- « meure digne de lui, accordez , nous vous en prions, que comme '< vous Vavez préservée de toute tache , en prévision de la mort " de son Fils, nous puissions aussi, étant purifiés nous-mêmes, '< parvem'r, par son intercession, jusqu'à vous (4). » Et le pape «aint Pie V permit à Tordre des franciscains de conserver et de f'éciter cette oraison , que nous trouvons aussi dans le Bréviaire de Besançon, publié par le cardinal de Ghoiseul en 1761 , et réim- [«rimé, en 1824, par l'ordre de M. de Villefrancon, archevêque de U même ville. Nous ajouterons que le saint-siége, qui a toujours l'ivorisé la dévotion pour la sainte Vierge pure et sans tache, a permis dans ces derniers temps, par l'organe de la congrégation lies rites, aux Églises d'Italie, d'Espagne, de France, d'Angleterre, D'Allemagne et de l'Amérique, qui en ont fait la demande, d'ajou-

(1) Nec serpentis venenosi aftlatibiis infecta est. Homélie i, sur le même evangéliste — (2) Pietas Mariana Graecoiuin, imprimé à Munich en 1647. (3) Voyez, ci-dessus, le n" 472. — (4) Dtiis , qui per immaculatam Virginis conceptionem dignum Filio tuo liabitaculuni prajpaiasti, concède, qiiaesuinus, ut. sicut ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eani ab omni labe praeservasti, ila nos «[ooque muudos, ejus intercessione, ad te pervenire concédas.

ter, dans la préface pour la l'été du 8 décembre, le mot immaculala au mot conceptione , comme cela se pratique dans l'ordre de Saint-François.

481. On voit, par ce qui vient d'èlre dit, que l'innnaculùG conception est la croyance générale de l'Église, et que celle pieuse croyance est fondée sur l'enseignement des saints Pères , qui s'appuient eux-mêmes , et sur ces paroles de l'ange à la sainte Vierge, Je vous salue ^ Marie, pleine de grâce, et sur la considération que celle qui était destinée à concevoir dans son sein le Verbe incarné , le Saint des saints , devait être ellemême éminemment sainte, et par conséquent préservée, non-seulement de tout péché actuel, mais encore du péché originel. Il ne convenait pas que celle qui, en devenant mère de Dieu, 'brisait la tête du serpent, eût été un seul instant infectée de son souffle, ou esclave du démon, dont elle venait détruire l'empire par son divin Fils. « Il ne faut pas croire, dit saint Bernardin de Sienne , que le « Fils de Dieu eût voulu naître de la Vierge , ni se revêtir de sa " chair, si elle eût étésouillée du péché originel (l). '

Aussi, par sa constitution apostolique du 8 décembre 1854, l'iinniortel Pie IX a défini et proclamé solennellement comme dogme de foi l'immaculée conception de la glorieuse Vierge Marie, mère de Dieu, de sorte qu'on ne peut plus révoquer ce dogme en doute sans faire naufrage dans la foi.

482. Une autre prérogative de Marie est son assomption corporelle dans le ciel. On croit encore généralement, dans l'Église, que la sainte Vierge est ressuscitée immédiatement après sa mort, et qu'elle est en corps et en àme dans le séjour de la gloire. Cette pieuse croyance est fondée sur la tradition (2), et sur les sentiments de piété que nous devons avoir pour la mère de Dieu. On conçoit difficilement que ce corps, qui n'a jamais participé à la contagion commune, et dont s'est formé, par l'opération du Saint-Esprit, le corps même du Fils de Dieu fait homme, ait éprouvé la corruption du tombeau. Aussi l'Église a-t-elle inséré dans l'ofûce de VAs-

(1/ r<on eiiim credendum estqiiodipse Filius Dei voluerit riasci ex Virgine, tl sum(!re ejus carnem quae esset niaculata aliquo origiiiali peccato. Sei'm. xlix. — (2) Voyez saint Germain , patriarche de Constantinopie , Discours i, sur la mort de la mère de Dieu; M-Aré de Crète, Discours n, sur les louanges de la Vierge, etc.; saint Jean Daraascène, Discours ii, sur la mort ùp. Marie; fiaiiil Iliiepliûuse, Serm vi, sur l'Assomption; saint Grégoire de Tours, liv. iv, de la Gloire des martyrs, c. iv. — Voyez aussi l'ancien Missel gallican ou golhiqîte, publié par Tonnasi et par Mabillon ; Benoît XIV, des Fêtes de Noire- Seigneur et de sa mère, part, u, c. cxii, etc

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somption ce que saint Jean Damascène et sa.nt Bernard ont dit do la mort, de la résurreclion et de .'aitrée triomphante de Marie dans le ciel (1).

Néanmoins, il n'existe aucune décision qui en fasse un article de foi. Après avoir parlé de l'incarnation du Verbe, du cul(e de Jésus- Christ, de ses Saints, et des prérogatives de celle qu'il a eue pour mère quant à l'humanité, il est nécessaire, suivant l'ordre des dogmes catholiques, de parler de la grâce qu'il nous a méritée en mourant pour notre salut et pour le salut du monde entier (2).

li) Yoycz le Bréviaire romain, fête de V Assomption.

(21 Ce chapitre a été rédigé en 1848. L'îcomaculée Conception de la glorieuse vierge Marie, Mère de Dieu, n'avait pas encore été proclamée parle Cliefae l'Église comme article de foi; ce n'est que le 8 décembre 1854 que l'immortei Pic IX a décrété et défini solennellement, comme dogme révélé de Dieu, que Marie a élé conçue sans péché ; que, par un privilège spécial et en vue des mérites de Jésus-Christ, elle a été exemptée de la tache originelle. Voyez la haWe Ine(fc/l>ili$ Detis; voyez aussi l'ouvrage que nous avons publié sous ce titre : Croyariee générale et constante de l'Église sur Vlmmaculée Conception de la (ilorieuts tlierge Marie. Paris, 1855. chez Lecoffre et i.!omp.

TRAITÉ

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