‹ Théologie dogmatiqueChapitre 57 sur 135 · II. \'b · texte numérisé non relu

II. \'b

«j38 de la gbace.

« ration du Saint-Esprit, qui ciiaiige notre volonté de l'infidélité à

• la foi, de l'impiété à la piété, il se montre contraire aux dogmes « apostoliques, le bienheureux Paul disant : Nous avons confiance

• que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre, Caperfec- « tionnera jusqu'au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ; il vous « a été ctomië, en vue de Jesus-Christ, non-seulement de croire « en lui, mais encore de souffrir pour lui; c'est la grâce qui vous « a sauvés par la foi, et cela ne vient pas de vous, car c'est un « don de Dieu (l).

493. « Si quelqu'un dit que la miséricorde est accordée à ceux « qui croient, qui veulent, qui désirent, qui s'efforcent, qui tra- < vaillent, qui demandent, qui cherchent, qui frappent , sans la « grâce, et ne reconnaît pas que c'est l'infusion et l'opération du « Saint-Esprit qui nous fait croire, vouloir et faire toutes ces '« choses comme il faut; ou s'il subordonne le secours de la grâce « à l'humilité et à l'obéissance de l'homme, au lieu de convenir « que c'est par le secours de la grâce que nous devenons humbles « et obéissants, il résiste à l'Apôtre, qui dit : Qu'avez-vous que « vous n'ayez point reçu? C'est par la grâce de Dieu que je suis « ce que je suis (2). ,

494. « Si quelqu'un dit que par les forces de la nature nous pou- • vons faire quelque bien concernant le salut de la vie éternelle, t penser, choisir comme il faut , et consentir à la prédication de « l'Évangile, sans les lumières et l'inspiration du Saint-Esprit, qui « donne à tous cette suavité qui nous fait embrasser la vérité et y

(1) si q'iis, sicut augmentum, ita etiam initium fidei, ipsiimque crediilitalis affectum, quo in eum credimiis qui justificat impium, et ad generatioiiein sacri baptismatis pervenimus, non per gratije donum, idest per inspirationem S|ii ritus Sancli corrigentem voluntatem nostram ab infidelitate ad fidem, ab impietate ad pietatem, sed naturaliler nobis inesse dicit, apostolicis dogmatibus adversarius approbatur, beatoPaulodicente(Piiilip. i) : Conjidimus, quia qui cwpit in nobis bonum opus, perficiet usque in diem Domini nostri Jesu Chrisli; et illnd (Epli. 2) : Vobis datum est pro Christo non soLum ut in eum credatis, scdelianiut proHlo patiamini; et, gratia salvifacli eslis per fidetn , el hoc non ex vobis; Dei enim donum est. Capit. v. — (2) S quis, sine gralia Dei credentibiis, volentibus , desiderantibus, conantibus, laborantibus, vigiiantibus, studentibus, petentibus, quaerentibus, pulsantibus, uobis, misericordiam dicit conferri divinitus ; non aiitem ut credamus, velimus, vel liaec oinnia, sicut oportet, agere valeamus , per infiisionem et inspirationem Sancti Spiritus in nobis (ieri confitetur; etaut liumilitati aut obedientiae liuinanae subjungit gratiae adjutorium, nec ut obedientes et humiles siniws ipsius gratiae donum esse consentit, «esislit apostolo (I Cor. 4 et 15) : Quid habes quod noncccepisti? et ; Gralta Diii utm id quod sum. Capit. vi.

DB LA. GBACE. 339

« ajouter foi, il est sédai* par l'esprit d'hérésie ; puisqu'il n'entend « pas la voix de Dieu, qui dit dans lÉvangile : Vous ne pouvez v^rien faire sans moi; ni celle de l'Apôtre, qui dit : Nous ne « sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune bonne n pensée comme venant de nous-mêmes; mais c'est Dieu qui « noïis e?i rend capables (t).

« Quand nous faisons le bien, c'est Dieu qui opère en nous et " avec nous , afin que nous le fassions (2). La récompense est due ■' aux bonnes œuvres qui se font; mais nous ne les faisons qu'avec « la grâce qui nous prévient [Z\ »

4i)5. Saint Césaire d'Arles, qui avait présidé au concile d'Orange, écrivit au pape pour le prier de confirmer les décisions de ce concile; ce que fit Boniface II par sa lettre de l'an 330, où nous lisons le passage qui suit : « Nous avons bien de la joie que, « dans 1-e concile que vous avez tenu avec quelques évêques des « Gaules, on ait suivi la foi catholique, en définissant, comme vous le marquez, d'un commun consentement, que la foi par laquelle nous croyons en Jésus- Christ nous est donnée par la grâce divine qui nous prévient ; et en ajoutant qu'il n'y a aucun bien selon Dieu qu'on puisse vouloir, commencer, faire ou achever sans la grâce de Dieu, suivant ces paroles du Sauveur : Vous ne pouvez rien faire sans moi. Car c'est un dogme certain et catholique , que dans toutes les bonnes œuvres , dont la foi est la principale, quand nous ne voulons pas encore, la miséricorde divine nous prévient , afin que nous voulions; qu'elle nous accompagne lorsque nous voulons , et qu'elle nous suit, afin que nous persévérions dans la foi, conformément à ce que dit le prophète David : La miséricorde de Dieu me préviendra ; et encore : Ma miséricorde est avec lui; et ailleurs : Sa miséricorde me suivra C'est pourquoi, recevant votre confession de foi

(1) si quis, per natiirae vigorem boniim aliquid, quod ad salutem pertinet TitiE aeternae, cogitare ut expedit, aiit eligere, sive saliitari , id est evangelic;e praHlicationi conseiUire posse confirmât, absque illiiiniiiatione et ins|)iratioiie Spiritiis Saiicti, qui dat omnii)iis siiavitatem in consentieiido et credendo veritali, hœrelir.o falljtur Spiritu, non inteiligens vocem Dei in Evangelio dicentis Joan. 15) : Sine me nihil potesiis faceie; et illiid Apostoli (2. Cor. 3) Non quod idoncl simtis cogitare alïqutd a nobix, quasi ex nobis, sed siifjicicntia nostra ex Deo est. Capit. va. — (2) oiioties bona agimns, Deus in nobis atqiie nobisciim, iit operenmr, oi)eratur. Capit. \\. — (3) Nullis meritis gratiain pra;venientibus, debetiir merces bonis operihus, si fiant; sed gratia, quai non de» biUir, pracccilil ni fiant "Vipit. xvin.

« avec une affection convenable, nous l'approuvons comme étant . conforme aux règles catholiques des Pères (1). »

496. Cette approbation a donné une telle autorité au concile d'O- Vanjre, que les décisions de ce concile ont été reçues comme règles de foi dans toute l'Eglise catholique. Ces décisions sont fondées, comme on a pu le remarquer, sur l'autorité même des Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament. Elles sont d'ailleurs conformes en tout à la tradition. Nous pourrions, en effet, citer non-seulemerit saint Augustin, qui a été le fléau de l'hérésie pélagienne, mais encore saint Prosper, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Cyprien, Origène, Clément d'Alexandrie, et saint Justin (2). De tout temps on a reconnu, dans l'Église, que l'homme déchu ne peut se récon ciller avec Dieu sans le secours de la grâce.

497. Il est de foi que la grâce est nécessaire pour tout ce qui a rapport au salut ; il est également de foi que la grâce est gratuite à tous égards. C'est gratuitement que Ihomme a été destiné à la gloire du ciel , à la vision intuitive qui dépasse l'exigence de notre nature; c'est gratuitement que nous avons été sauvés par Jésus- Christ; c'est ç'/-a^Mî7e»îcw^, dit saint Paul, que nous avons été jusiijiés par la grâce (3); c'est gratuitement qu'il est mort pour tous les hommes , et qu'il a obtenu pour tous les grâces nécessaires au salut. Depuis la chute d'Adam, l'homme n'a pu, par les seules forces de la nature, se rapprocher, ni de loin ni de près, de son Créateur, dont il se trouve séparé par le péché. Il ne peut plus, na-

(1) Qiiod eliam fraternitatem tuam, habita collatione cum quibusdam sacer- (lolibiisGalliariiii), jiixta fidemgaudemus sensisse catholicam : in bis scilicet, in quiliiis uno, siciit indicasti, consens» definierunt fidera, qna in Cbristo ciedimiis, gratia Divinitalis piseveniente conferri : adjicientes etiam,nibil esse prorsiis scciindiim Deiim boni, qiiod sine Dei quis gratia aut velle, aut incipere, aut operari, aut peificere possit, dicente ipso Salvatore nostro : Sine me nihilpoieslatis facere. Certum est enim atqne calbolicum , quia in omnibus bonis, quorum capnt est fides, noientes nos adbuc misericordia divina praeveniat, ut veiimns; insit iiobis, cum voiumus; sequatur etiam, ut in fide duremus, sicut David propbeta dicit (Ps. 58) : Deus meus, misericordia ejtis prœveniet me; et iternm (Ps. 88) : Misericordia mea cum ipso est; et alibi (Ps. 22) : Misericordia ej us aubsequetur me.... Quapropter affectu congruo salutantes, supra scriplani confcssionem vestram consentaneam catholicis Patrum regniis approbamus. Lettre, à Césaire d'Arles ; Labbe, tom. iv, col. 1688. — ^2) Voyez l'ouvrage du docteur Haliier, Theologia grœcorum Patrum vindicata circa tiniversam materiam gratiœ, c. vin. — (3) Justificati gratis per gratiam ipsius, per redemptionem, quœ in Cbristo Jesa. Lettre aux Romains, c. m, v. Zi .

DK LA CRACK. 341

turellement , parvenir à sa fin dernière , qui est d'un ordre surna turel, ni par conséquent mériter à aucun titre la grâce, qui esi le seul moyen qui nous y conduit. Nous dirons donc avec l'Apôtre que la grâce est essentiellement gratuite ; elle ne vient point de nos œuvres; autrement, la grâce ne serait plus une grâce : Si auteni gratia, jam non ex operibus; alioquiu gratia jam non est g?-atia (l).

498. Toutefois, quand on dit que la grâce est essentiellement gratuite, on ne prétend pas qu'une grâce ne soit jamais la récompense du bon usage que l'homme a fait d'une grâce précédente , car le juste peut, avec la grâce, mériter la vie éternelle, qui est elle-même une grâce, la plus grande de toutes les grâces : gratia autcm Dei, vita œterna (2). La grâce est gratuite, en ce sens que, d'après l'ordre établi de Dieu, elle ne peut être la récompense des dispositions naturelles de l'homme, ou des efforts qu'il a faits de lui-même pour la mériter, comme le prétendaient les pélagiens. Ainsi, cette maxime, que Dieu ne refuse poiyit la grâce à celui qui fait ce qu'il peut, ne signifie et ne peut signifier qu'une chose , savoir, que Dieu ne refuse point une seconde grâce à celui qui a fait ce qui dépendait de lui avec le secours d'une première grâce : Cum dicitur liomo facere quod in se est, dicitur hoc esse in potestate hominis^ secundum quod est motus a Deo (3)

ARTICLE n.

Peut-il y avoir des actions bonnes sans la grâce sanctitiante, ou sans la charité

parfaite ?

499. Il est de foi que toutes les actions qui précèdent la justification ne sont point mauvaises. « Si quelqu'un dit que toutes les » actions qui se font avant la justification , de quelque manière « qu'elles soient faites , sont de véritables péchés , ou qu'elles mér- ritent la haine de Dieu , ou que plus on fait d'efforts pour se K disposer à la grâce, plus on pèche grièvement, qu'il soit ana- « thème. « Ainsi s'exprime le concile de Trente (4).

Page 1