Quelque temps après la tenue de ce concile, saint Pie V
(1) Ëpitre aux Romains, c. xi, v. 6. — (2) ibidem, c. vi, v. 23. — (3) Saint Tlionaas, Su7n. part. 1, 2, quœst. 109 — (4) Si quis dixerit , oinnia opéra quae ante jusliticalionein fiunt, qiiacuaique ratione facta sint, vera esse j»eccata, vel odiiim Dei mereri ; aut, quanto veliementiiis quis nititur se disponere ad gratiani. tanto euni gcavius pectaie- analliciua sit. Scss. vi, can. VH.
et Grégoire XIII d'abord, puis Urbain VIII, ont condamné ces deux propositions de Baius : « Tout amour de la créature raison- " uable est, ou cette cupidité vicieuse par laquelle on aime le « monde, ou cette louable charité par laquelle on aime Dieu, et » que le Saint-Esprit répand dans nos cœurs (1). L'obéissance qu'on » rend à la loi sans la charité n'est point une vérit;ible obéis- * sance (2). Tout ce que fait le pécheur ou l'esclave du péché, est ■ péché (3). » Il y a donc dans l'homme des mouvements qui n'émanent ni de la cupidité qui en ferait autant de péchés, ni de la charité parfaite qui les rendrait méritoires : il y a donc des actes véritablement bons, sans la grâce sanctifiante; une véritable obéissance à la loi , sans la charité ; des actions non mauvaises en celui qui est en état de péché. Le pape Clément XI, par la constitution Vnigenitus , a également condamné avec toute l'Église ces autres propositions de Quesnel : « Quand l'amour de Dieu ne règne plus « dans le cœur du pécheur, il est nécessaire que la cupidité char- « nelle y règne, et corrompe toutes ses actions (4). La prière des « impies est un nouveau péché; et ce que Dieu leur accorde est un « nouveau jugement de Dieu sur eux (5). »
501. Non-seulement toutes les actions du pécheur ne sont pas criminelles aux yeux de Dieu ; non -seulement elles peuvent être bonnes d'une bonté naturelle, mais elles peuvent même être surnaturellement bonnes. Suivant le dernier concile général, « les " adultes se disposent à la justification, tandis que, excités et aidés « par la grâce divine, concevant la foi d'après ce qu'ils entendent, « ils se portent librement vers Dieu , croyant comme vraies les « choses qui ont été promises et révélées de Dieu, et, surtout, que « le pécheur est justifié de Dieu par sa grâce, en vue de la ré- « demptioc qui est en Jésus-Christ; ensuite, tandis que se recon- « naissant pécheurs, et passant de la crainte de la justice divine, « par laquelle ils sont utilement troublés , à la considération de la « miséricorde de Dieu, ils s'élèvent à l'espérance dans la confiance
(1) Omnis amor creaturse tationalîs , aut Titiosa est cupiditas, 41 a mnndùSi Jiligitur, quafi a Joanne prohibetur; aut lan'labilis illa cliarilas, qua per Spiritiim Sanctum in corde diffusa, Deiis amatur. Prop. xxxviii. — (2) Non est vera egis obedientia, quœ fit sine charitate. Prop. xvi. — (3) Omne quod agit pec- :ator, vel servus peccati, peccatum est. Prop. xxxv. — (4) Amoie Doi in corde peccatoruni non amplius régnante, necesse est ni in eo carnalis regnet cupiditas, omuesque actiones ejus corruinpat. Prop. xlv. — (5) Oratio impiorum est novum peccatum, et quod Deus iilis concedit, est novum in eos j'udiciuRi Prop. Lix.
" (lue Dieu leur sera propice à cause de Jésus-Christ, et com- •< mencent à l'aimer comme source de toute justice; et par cela ils « s'éloignent du péché par une certaine haine et détestation, c'est- '< à-dire par cette pénitence qui doit précéder le baptême ; enfin, < tandis qu'ils se proposent de recevoir le baptême, de commencer « une nouvelle vie , et d'observer les commandements de Dieu. ' Touchant cette préparation , il est écrit : Pour s'approcher de » DieM, il faut premièrement croire qu'il est, et. qu'il récom-
• peme ceux qui le cherchent. Et : Mon fils, ayez confiance, « vos péchés vous sont remis. Et : La crainte du Seigneur chasse " le péché. Et : Faites pénitence, et que chacun de vous soit " baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses pé-
• chés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Et encore ; Allez '■ donc , et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du " Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; et leur apprenant à ob- « server toutes les choses que je vous ai commandées. Et enfin : '■ Préparez vos cœurs au Seigneur (t). » Ces dispositions, savoir, la foi, la crainte de la justice divine, l'espérance en la miséricorde de Dieu , la détestation du péclié , le désir du baptême , sont certainement des dispositions bonnes d'une bonté surnaturelle , puisqu'elles sont l'effet de la grâce : Excitati divina gratta, et adjuti ; cependant elles précèdent la grâce sanctifiante, la charité parfaite; elles ne sont qu'une préparation à la justification : donc on peut faire des actes d'un ordre surnaturel sans la grâce sanctifiante, encore que ces actes ne soient point proprement méritoires pour le salut.
502. D'ailleurs , si les actes du pécheur sont autant de péchés, si la prière de l'impie qui revient au Seigneur est rejetée de Dieu comme un acte d'impiété ; si la crainte des jugements de Dieu , la confiance en sa bonté , ne sont qu'hypocrisie et ne servent qu'à rendre le pénitent plus coupable, pourquoi donc les prophètes, pourquoi Jésus-Christ, les apôtres, les Pères de l'Église et l'Eglise elle-même , exhortent-ils les pécheurs à se convertir et à faire pénitence, en les menaçant de la justice du souverain juge, de la riguevir des peines de l'enfer et des châtiments éternels? Non , Dieu ne se joue point des liommes ; il ne veut point la mort de l'impie; il n'imputera point à crime la crainte salutaire qa'ii veut bien , dans sa miséricorde , imprimer lui-même au pécheur.