On nous objecte que saint Augustin ne reconnaît pas â
(i) Voyez le texte du concile de Trente dans la vi* session cli. vi.
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milieu entre l'amour de Dieu et l'amour de la créature, entre la cupidité charnelle et la charité parfaite : Régnât carnalis cupiditas, ubi non est Dei charitas (1). Mais il en est de cette objection comme de celles que font tous les novateurs; elle tombe devant l'autoriie de l'Église : quand on connaît ses décisions, on est dispensé d'examiner si elles sont conformes ou non aux opinions de tel ou tel docteur en particulier. Quel que soit le mérite d'un docteur, il ne fera jamais autorité contre l'enseignement de l'Église. Aussi , le saiut-siége a-t-il condamné la proposition suivante : « Quand on trouve une doctrine clairement établie dans saint " Augustin , on peut absolument la soutenir et l'enseigner, sans « avoir égard à aucune bulle du pape (2). » Le saint évéque d'Hippone lui-même convient qu'on n'est pas toujours obligé de le suivre. « Ce n'est pas, dit-il, que je veuille qu'on adopte aveuglé- « meut tous mes sentiments; je souhaite, au contraire, qu'on ne « me suive que sur les points où l'on verra que je ne me suis pas « trompé. C'est pour cela même que je m'occupe actuellement à « faire une révision exacte de tout ce que j'ai écrit , afin de faire « voir que je ne me suis point fait une loi de me suivre moi-même « en tout. Je crois que Dieu m'a fait la grâce de croître en lumières, « à mesure que j'ai écrit ; je n'ai point commencé par la perfection. « Et si, à l'âge où je suis , je prétendais y être arrivé, au point de « croire que je ne me trompe en rien de ce que j'écris, il y aurait " en cela plus de présomption que de vérité (3). »
504. Mais il est possible de concilier les opinions de saint Augustin avec la croyance de l'Église. Pour ce qui regarde cette pensée , que la cupidité charnelle règne où la charité ne se trouve ■pas , on peut très-bien l'entendre en ce sens, qu'il n'y a pas de milieu pour nous entre l'état de grâce et l'état du péché mortel, entre la vie et la mort spirituelle ; que l'homme est nécessairement esclave du démon par le péché, eu enfant de Dieu par la charité ,
(1) Encliiridion, c. cxvu. — (2) Ubi quis iiivenerit doctrinam in Augustino claie fuudatam, illam absolute potest tenere et docere, non respiciendo ad ullain pontilicis Ijullam. Décret d'Alexandre VIII, du 7 décembre 1690; prop. XXX. — (3) Qiiainvis iieminem velim sic amplecti omnia mea, ut me sequatiir, nisi in iis in quibiis me non errasse perspexerit. Nam propterea nunc (acio libres, in quibus opuscula mea retractanda suscepi , ut nec meipsum in omnibus me secutum fuisse demonstrem ; sed proficienter me existimo Deo niiserante scripsisse, non tanien a perfectione cœpisse : quandoquidem arroganlius loquor quam verius , si vel nunc dico, me ad perfectionem sine ulio errore ocribendi jam in ista «étale venisse. Du Don de persévérance, c. x". — Voycs aussi la lettre <.xLvm« du même docteur, etc.
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et que ses actions sout méritoires ou ne le sont pas, selon qu'il est dans l'un ou l'autre de ces deux états. On peut dire encore que le docteur de la grâce ne reconnaît pas de milieu entre la cupidité qui nous fait commettre le péché, et la charité qui nous fait faire le bien, en prenant le mot de charité pour la bonne volonté, pour l'amour du juste ou du bien en général ; amour qu'il distingue de la charité parfaite, de cette vertu divine qui ne vient, dans l'ordre de la grâce, qu'après la foi et l'espérance, et (\mpeut être accordée aux prières de celui qui croit et espère , sans croire et espérei comme il faut pour la vraie félicité. C'est ce qu'il enseigne dans le chapitre même d'où est tirée l'objection (l). Enfin saint Augustin distingue, de la manière la plus expresse , la charité divine et la charité humaine; la charité humaine, qui est bonne ou licite, et la charité humaine, qui est mauvaise ou illicite; ajoutant que la charité par laquelle on aime une épouse, ses enfants, ses concitoyens, est licite, et qu'elle peut se trouver parmi les païens, les juifs et les hérétiques (2). Et, eu parlant de la charité divine, il distingue la charité commencée , la charité avancée, la charité grande, la charité parfaite, la charité très-grande, et la charité pleine {s). Saint Augustin reconnaît donc un milieu entre la charité qui nous justifie et la cupidité charnelle ; il admet donc, conformément à la doctrine de l'Église, des actes qui n'ont pour principe ni la charité parfaite qui nous fait aimer Dieu pour lui-même , ni la cupidité vicieuse qui nous attache à la créature ; des actes, en un mot, vraiment bons, quoique faits sans la grâce sanctifiante, ou par un autre motif que celui de la charité.
(l) Qui recteamat, procul dubio recte crédit et sperat; qui vero non amat, iuaciter crédit, inaniter sperat, nisi et lioc credal ac speret, quod sibi petenti donari possit ut amet. Euchirion, c. cxvn. — (2) Cliaritas alia est diviiia, alla humana : alia est humana licita, alia illicita. Sermon cccxlix, ci. — Licita est humana cliaritas, qua uxor diligitur ; illicita, qua meretrix vel uxor aliéna.,.. Liceat vobis humana charitate diligere conjuges, diligeie filios, diligere amicos vestros, diligere cives vestros. Oninia enim ista nomina habent necessitudinig vinculum, et gluten quodaca modo cbaritatis. Sed videtis istam charitalera esse posse et impiorum, id est paganoruui, Judaeoi um, hœreticorum. Ibidem, c. u. — (3) Charitas inchoata, inchoata justitia est; cliaritas provecta, provectajustitia est; charitas magna, magna juslitia est; charitas perfecta , perfecta justitia est; sed charitas de corde puro et conscientia bona et fide non ficta, quae tune maxima est in hac vita,quando pro illa ipsa contemiiitur vita.... Ubicumque autem et quandocnnuine ila |)lena sit, ut ei non sil quod adjiciatur. De la Nature et de la grâce, c. lxx.
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ARTICLE III
Toutes les actions de ceux qui n'ont pas la foi sont-elles des péchés?
505. Premièrement, il est certain que l'infidélité négative, c'està-dire l'infidélité de ceux qui nont jamais entendu parler de la révélation évangélique, n'est point criminelle. L'Église a condamné la proposition deBaïus, qui avait avancé le contraire (1). Dieu n'impute point cette infidélité, parce qu'elle est l'effet d'une ignorance involontaire. «Comment, dit l'Apôtre, invoqueront-ils le « Seigneur, s'ils ne croient en lui? Et comment croiront-ils en lui, « s'ils n'en ont pas entendu parler (2) ? »
506. Secondement, il est certain que toutes les actions des infidèles ne sont pas des péchés. L'Église a censuré solennellement les propositions suivantes : « Toutes les actions des infidèles sont des « péchés, et les vertus des philosophes sont des vices (3). — Que « peut-on être autre chose que ténèbres, qu'égarement et que « péché, sans la lumière de la foi, sans Jésus-Christ, sans la cha- « rite (4) ? » Alexandre VIII a également condamné cette proposition : « Il est nécessaire que l'infidèle pèche en toutes ses ac- « tions (5). » D'ailleurs, l'apôtre saint Paul nous apprend lui-même que les gentils qui n'ont pas la loi (écrite) font naturellement ce qui est de la loi : Génies, quœ legem non habent, naivraliter ea quœ legis sunt, faciunt (6). Ce texte s'entend manifestement des nations qui n'ont pas la foi en Jésus-Christ. Baïus, il est vrai, prétend qu'on ne peut l'entendre ainsi sans être pélagien ; mais sa
(1) La proposition condamnée est ainsi conçue : « Infidelitas pure negafiva, io « his, in quibus Christus nor, est praedicatus, peccatum est. » Constitutions de saint Pie V, de Grégoire XIII et d'Urbain VIII contre les erreurs de Baïus ; propos, lxviu. — (2) Oranis enim, quicumqiie invocaverit nomen Domini, salvus erit. Quomodo ergo invocabunt, in quem non crediderunt? Aut quon.odo credent ei, quem non audierunt ? Quomodo autem audient fine praedicante? Épitre aux Romains, c. x,v. 13 et 14. — (3) C'est la xxt' proposition de Bdïus, qui est ainsi conçue : « Omnia opéra infidelium sunt peccata, et pliilosopiiorum virtutes sunt vitia. Constitutions de Pie V, de Grégoire XIII et d' Urbain VIII. — (4) C'est la iLTiii* des cent et une propoi^itions extraites des Réflexions morales de Quesnel sur le Nouveau Testament, et condamnées par la bulle Unigenitus de Clément XI, en 1713 ; elle est conçue en ces termes : « Quid aliud esse possumus, nisi tenebrse, nisi aberratio, et nisi peccatum, sine « fidei lumine, sine Christo, et sine cliaritate? — (5) Kecesse est infidelemin omni opère peccare. Décret du 7 décembre 1690 : prop. \nii. — (6) Épitre aux Romains, c. ii, v. 14
ropositioii a été pour cela même condamnée par saint Pie V, régoire XIII et Urbain VIII (l). On ne tomberait dans l'hérésie e Pelage qu'autant qu'on soutiendrait que les païens observent la )i d'une manière surnaturelle et utile au salut, sans le secours e la grâce; ce qui est loin de la pensée des catholiques. Ils n'exuent point les gentils de la grâce, et saint Paul ne les en exclut oint non plus ; il ne se sert du mot nature lleynent que par oppotion à la loi écrite, qui n'était point connue des gentils. 507 . Troisièmement , l'homme pourrait encore, même sans la race actuelle, faire quelque bien dans l'ordre moral et naturel, pourrait, par ses propres forces, résister à certaines tentations oins violentes, aimer Dieu, comme auteur delà nature, d'un Tiour faible et imparfait. Pour nous en convaincre, il suffit de ter un coup d'œil sur les différentes propositions qui ont été con- «nnées par le saint-siége et l'Église universelle. Ces propositions, itre autres, sont : « Le libre arbitre, sans le secours de la grâce, ne peut servir qu'à pécher. — II faut rejeter la distinction par laquelle on dit qu'une action est bonne en deux façons : ou parce qu'elle est bonne moralement, c'est-à-dire par son objet et par toutes ses circonstances ; ou parce qu'elle est méritoire du royaume éternel et faite par un membre de Jésus-Christ, animé de l'esprit de charité. — Celui-là pense comme Pelage, qui reconnaît que, par les seules forces de la nature, on peut faire [juelque action naturellement bonne. — C'est une erreur pélagienne de dire que le libre arbitre ait la force de nous faire éviter quelque péché (2). — Sans la grâce du Libérateur, le pécheur n'est libre que pour le mal. — La volonté que la grâce ne prévient point n'a de lumière que pour s'égarer, d'ardeur que pour se précipiter, de force que pour se blesser, étant capable de tout mal, impuissante à tout bien. — Sans la grâce, nous ne pouvons rien aimer que pour notre condamnation (3). >>
(1) Cum Pelagio sentiiint, qui textnm apostoli ad Romanos, Gentes quœ le m non habent, naturaliter, quœ legis xunt,fac'mnt, inldligunt de gentilnis ei sratiam non liabcnlihus. Propos, xxii. — (2) Lil)pium ai bitiium, sine gra- R J)i'i ailjufono, non nisi ad peiTandiini valet. Conxdf. de Pie V, de GrcireXIlI et d'Urbain VllI ; prop. xxvii. — Ula distinctio, qiia opns diritnr faiiam bonnm, vcl qnia ex objecto, et omnibus circnnislantiis rcctiini est el mnm (qiiod moraliter lioniini appellare coiisncvenint), vel qnia e>t nipritoriiini gni imteini, eo quoi} sil a vivo cbiisli mcinbro per spiritnni ciiaritatis, rejienda est. Ibidem, prop. lxii. — Polagianiis e.«t eiror dicere, quod liljciiini bitiium valet ad ullum peccatun» vitaudum. Ibidem, prop. xxvii. — (3) Pecitor non est liber, nisi ad maliim, sine gratia Liberatoris. Constitution Unige-
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508. Nous ne nous arrêtons point sur cette question. Pourvu qu'on reconnaisse que notre intelligence, quoique obscurcie par le péché d'Adam, n'est point éteinte, et que notre libre arbitre a été affaibli par ce même péché, sans être perdu, anéanti, il nous importe peu de savoir ce que l'homme peut, de lui-même et par ses propres foices , dans l'ordre purement moral et naturel , puisque cet ordre n'existe pas, et qu'on ne le distingue que par la pensée de l'ordre ou de l'état surnaturel dans lequel l'homme a été primitivement placé par le Créateur, et depuis rétabli par Jésus-Christ, Aussi, comme nous le verrons plus bas, les gentils eux-mêmes ontils eu, en vertu des mérites du Rédempteur, les grâces nécessaires au salut.
ARTICLE IV
Le juste peiit-ii, avec les grâces ordinaires, éviter tous les péchés, même
véniels ?
609. Premièrement, il est certain que le juste peut, avec les grâces ordinaires, éviter tous les péchés mortels, quoique la persévérance finale soit vraiment un don particulier de la part de Dieu. Il n'est aucun précepte qu'il ne puisse observer, aucune tentation qu'il ne puisse surmonter, aucun péché qu'il ne puisse éviter, sans autre secours que la grâce ordinaire et relativement suffisante, qui ne manque jamais au juste. Et il ne s'agit pas seulement des péchés mortels pris isolément et eu particulier, mais de tous les péchés mortels pris collectivement. 11 n'en est pas des péchés mortels, dont loccasion se présente plus rarement, comme des péchés véniels qui se présentent chaque jour, et pour ainsi dire à chaque instant. Il est plus difficile pour le juste de passer un jour tout entier sans commettre aucune faute vénielle, que dépasser une semaine, un mois, une année peut-être, sans commettre aucun péché mortel.
510. Secondement, le juste peut encore, sans privilège, maiii avec une grâce plus ou moins spéciale, plus ou moins forte, se préserver de tout péché même véniel, pendant un certain temps plus ou moms considérable. Cela dépend du degré de fei veur et
N.TDS de Clément XI ; prop. xxxviii. — Voluntas, qiiam gratia non praevenil, uiliil liabet luimnis, nisi ad aberrandum ; ardoris, nisi ad se praecipilandum ; virium, nisi ad se vulnerumiiini. Est capax omni niali et iucapax ad oinue bouum. Ibidem, prop. \yi\]\. — Sine gratia nihil amare possumus , nisi ad nostram coudemnaÛLiiiCMi Ibidem, prop. xl.
de perfection auquel il est parvenu, en répondant aux desseins par ticuliers que Dieu a sur lui.
511. Troisièmement, sans un privilège spécial de Dieu, le juste ne peut, durant toute sa vie, éviter tous les péchés même véniels. Cette proposition est de foi, « Si quelqu'un dit que l'homme une « fois justifié.... peut, pendant toute sa vie, éviter tous les péchés : même véniels, si ce n'est pas par un privilège spécial de Dieu, > comme l'Église le croit de la bienheureuse Vierge, qu'il soit ana- ' thème (l). » Ainsi s'exprime le concile de Trente, dont la déciiion s'accorde parfaitement avec ce que les livres saints nous disent de la fragilité humaine et de la facilité avec laquelle le juste nême tombe dans le péché. « Il n'y a pas d'homme qui ne pè- : che (2). Qui peut dire : Mon cœur est pur, je suis net de tout
péché (3)? Le juste tombera sept fois, et il se relèvera ( i). Il n'y a pas d'homme juste sur la terre qui fasse le bien et qui ne pèche pas (5). Nous péchons tous en plusieurs choses (6). Si nous disons que nous n'avons point de péché, nous nous trompons nousmêmes, et la vérité n'est point en nous (7). » Sur quoi le Docteur le la grâce ajoute : « La sainte Vierge Marie exceptée, si nous pouvions rassembler ici tous les saints et toutes les saintes qui ont vécu en ce monde, et leur demander s'ils ont été sans péché, quelle réponse pensez-vous qu'ils donneraient? celle de Pelage, ou de l'apôtre saint Jean? Quelle qu'ait été ici-bas l'excellence de leur sainteté, tous s'écrieraient d'une voix unanime : Si nous disons que nous n'avons point de péché , nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous (8). »
512. Mais le juste qui, dans le principe, éviterait tout péché nême véniel en répondant au v grâces ordinaires, n'obtiendrait-il )as des grâces particulières? Et en répondant à ces grâces particuières par une fidélité parfaite à s'éloigner de tout péché, ne fini-
(I) Si quis liominem semel jnstificaliim dixeiit.... posse iii tola vita pcccau mnia, eliam venialia, vitare, nisi ex spécial! Dei privilegio, quemadmodiim rie eata Virgine tenet Ecclesia ; aiiatliema sit. Sess. vi*, can. xxiii. — ;5) JNeqne nim est liomo qui non peccet. Liv. ii , des Paralipomènes, c. vi, v. 36. — 3) Qnis piMfst dicere : Mimchim est cor menm, punis siim a pcccalo? Piderbcs, . xx, v 9. — (4) Septies enim cadet justus, et lesiirget ll/idoii, . XXIV, V. 16. -7- (5) Non est enim liomo justus in terra, qui facial boiiiirn, et on ppccat. Ecclésiaste, c. vu, v. 21. — (6) In miiltis enim olfcn'liniiis omncs. '.pilrc.de saint Jacques, c. m, v. 2. — (7) Si dixerimiis qnoni;un pcccatum on habemus, ipsi nos seducinuis, et verilas in nobis non est. /"" e/)itie de saint enn, c. i, v. 8. — (8) De la INaliire et de la grâce, contre Pelage, c. xxxvi, oyez le texte, ci-dessus, page 329, note 3
350 OH LA GBÂCE.
rait-il pas par obtenir le privilège qui a été accordé à Marie? Nous
ne le croyons pas ; Dieu ne l'a point promis , et cela ne nous paraît point entrer dans le cours ordinaire de sa providence. Mais il n'y a rien, dans les décisions de l'Eglise, qui soit contraire à l'opinion de quelques théologiens qui pensent qu'on peut absolument obtenir ce privilège, sans toutefois le mériter aucunement.
513. Nous ajouterons que la décision du concile de Trente ne s'applique ni aux enfants qui, ayant reçu le baptême, meurent presque aussitôt après avoir acquis l'usage de la raison, ni à ceux des adultes qui ne vivent que peu de temps après avoir été justifiés par la pénitence. A partir du moment de leur justification jusqu'à la mort, ils ont pu, les uns et les autres, se préserver de tout péché, sans le secours d'un privilège spécial de la part de Dieu.
ARTICLE V
Le juste peut-il, sans la grâce, persévérer jusqu'à la fin?
514. On appelle persévérance finale le bonheur de celui qui meurt en état de grâce. On envisage la persévérance de deux manières : l'une, en tant qu'elle est active; et l'autre, en tant qu'elle est passive. La persévérance active consiste dans la fidélité de celui qui est justifié à répondre à la grâce, et à s'abstenir de tout péché mortel jusqu'à la mort. La persévérance passive consiste dans la coïncidence de la mort avec l'état de grâce. Qu'un enfant, par exemple, ou qu'un adulte meure immédiatement après avoir reçu la grâce de la justification, c'est la persévérance passive.
515. Or, il est de foi que Ihomme ne peut, sans une grâce spéciale, persévérer jusqu'à la fin ; ou, ce qui revient au même, que la persévérance finale est un don particulier de Dieu. « Si quel- « qu'un dit que l'homme justifié peut persévérer dans la justice « qu'il a reçue sans un secours particulier de Dieu, ou qu'avec ce « secours même il ne peut persévérer , qu'il soit anathèrae (l). » Que l'homme persévère ou évite le péché mortel jusqu'au moment de la mort, ce n'est point précisément une grâce spéciale, car il peut observer la loi avec des grâces communes ou ordinaires; mais Hue Dieu le retire de ce monde au moment où il est en état de
ii; siquis dixerit, justificatum, vel sine speciali anxilio Dei, in accepta justitia perseverare posse, vel cum eo non posse; anathema sil. Ccncile de Trente, sens. VI, cnn.wn.
grâce, afin .e le soustraire aux dangers d'une rechute, comme cela dépend de Dieu seul, alors la persévérance devient non-seulement une grâce, mais une grâce spéciale, un grand don, magmim perseverantiœ donum, comme l'appelle le concile de Trente (1). C'est la persévérance finale en tant qu'elle est tout à la fois active et Massive, ou, en d'autres termes, c'est la mort du juste, mort préîieuse, qui est une grâce particulière. «Comme le juste a plu à ' Dieu, il en a été aimé , et Dieu l'a transféré d'entre les pécheurs < parmi lesquels il vivait. Il l'a enlevé, de peur que son esprit ne ' fût corrompu par la malice, et que les apparences trompeuses ne : séduisissent son âme (2). Il était agréable à Dieu : c'est pour- 1 quoi Dieu s'est hâté de le retirer du milieu des iniquités. Les peuples voient cela sans le comprendre, et il ne leur vient point dans la pensée que la miséricorde de Dieu est sur ses saints, et que ses regards sont sur ses élus (3). »