CHAPITRE PREMIER
De la notion et de l'institution des sacrements.
5fi5. Le mot sacrement chez les Latins, comme le mot mystère chez les Grecs, signifie une chose sacrée, symbolique et mystérieuse. Il exprime un signe, un symbole, un rit quelconque, faisant partie du culte divin, et se prend ici pour un signe sacré^ établi de Dieu comme moyen de salut pour les hommes.
ARTICLE L
Qu'est-ce qu'un sacrement ?
666. Le sacrement, en général, est un signe ou un rit religieux qui, en vertu d'une institution divine et permanente, concourt plus ou moins prochainement, plus ou moins eificacement, à notre salut. Cette définition convient aux sacrements de la loi primitive, aux sacrements de la loi mosaïque, et aux sacrements de la loi évangélique. Mais, à considérer le sacrement tel qu'il est d'après l'institution du Sauveur du monde, on le définit : un signe sensible et sacré, institué par ISotre- Seigneur Jésus-Christ pour la sanctification de nos âmes; ou, comme s'exprime le catéchisme du concile de Trente , un signe visible de la grâce invisible, établi de Dieu pour notre sanctification; ou bien encore, une chose sensible, qui, d'après l'institution divine, a la vertu de signifier et de produire, comme cause efficiente, la sainteté et la justice (1).
567. Expliquons cette définition. Premièrement, le sacrement est un signe : il signifie quelque chose de coche, la grâce invisible ({u'il contient sous l'enveloppe d'une chose matérielle et sensible. Ainsi, par exemple, lorscjue, dans le baptême, on verse leau sur le corps en prononçant ks paroles sacramentelles, ce rit signifie que, par la vertu du Saint-Esprit, le baptise est purifié intérieurement des souillures du péché.
i>r>8. Secondement, le sacrement est un signe sensible : \\ est
(1) Catéchisme (î\i concile de Trente, des Sacrements.
380 DES SACREMFNTS.
nécessaire qu'un sacrement soit un silène extérieur, soit parce que c'est un des liens qui attachent les fidèles à l'unité, et qu'il fait partie du culte divin ; soit parce que les secours spirituels que Dieu nous présente sous des formes matérielles sont plus à la portée de la faiblesse humaine. Le propre de la nature de l'homme, qui est composé d'un corps et d'une àme, est d'arriver plus facilement à la connaissance des choses divines, par l'intermédiaire des objets corporels et sensibles. Nous avons ajouté que le sacrement est un signe sacré; en effet, il a pour objet la grâce, et pour fm principale le salut de l'homme.
569. Troisièmement, c'est un signe institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Dieu seul a pu instituer les sacrements, lui seul pouvant attacher à un signe matériel la vertu de produire la grâce. A défaut de cette condition, les cérémonies introduites par l'Église, quelque utiles qu'elles soient, ne peuvent être regardées comme des sacrements proprement dits. Il en est des sacrements de la loi nouvelle comme des sacrements de l'aneieune loi, ce sont des institutions stables et permanentes. Ceux-ci ne sont tombés qu'avec la loi à laquelle ils appartenaient ; les premiers ne cesseront qu'à la fin des temps; ils sont nécessaires au salut, et le seront jusqu'à la consommation des siècles.
570. Enfin, le sacrement est institué j^our notre sanctification : mais, à la différence des sacrements qui étaient pour les patriarches et pour les juifs, les sacrements institués par Jésus-Christ contiennent la grâce qu'ils signifient, et la confèrent immédiatement, par la seule application du rit sacramentel, à ceux qui les reçoivent dignement, c'est-à-dire, à ceux qui n'y mettent aucun obstacle qui puisse en arrêter les effets. Les sacrements plus anciens, au contraire, ne figuraient que la grâce, sans la produire par eux-mêmes.
571. Les luthériens et les calvinistes n'admettent point la notion que nous donnons des sacrements, car ils nient l'efficacité que nous leur attribuons ; mais nous montrerons plus bas que cette notion s'accorde parfaitement avec l'Ecriture sainte, la doctrine des saints Pères et l'enseignement de l'Eglise.
ARTICLE II
Etait-il nécessaire que Dieu instituât des sacrements?
572. Il n'était pas nécessaire, à prendre ce mot à la rigueur, que Dieu instituât des sacrements : cette institution n'était commandéft
DES SACREMENTS. âSf
par aucune loi ; Dieu est le maître de ses dons, il peut en disposer comme il lui plait. D'ailleurs, les sacrements ne sont pas les seuls moyens de salut qu'il pouvait offrir aux hommes.
573. Cependant, quoiqu'il ne fût pas absolument nécessaire que Dieu établit des sacrements , cette institution paraît si rationnelle, si naturelle, si conforme à la sagesse divine, eu égard à la nature et à la faiblesse de l'homme, du moins après sa chute, qu'on peut dire qu'elle était en quelque sorte nécessaire. Il suffit de se replier sur soi-même, pour sentir que notre constitution native réclame le secours des symboles , des rites sacrés, des sacrements, comme moyen plus ou moins nécessaire pour pouvoir s'élever à la contemplation des choses de Dieu. « Naturse humanae proprium est, dit " saint Thomas , ut per coiporalia et sensibilia in spiritualia et iu- « telligibilia deducatur (l). » Et avant le docteur angelique, saint Jean Chrysostome s'exprimait en ces termes : « Si tu étais incor- « porel, Dieu ne t'aurait donné que des dons incorporels; mais « parce que ton âme est unie à un corps, il t'offre des choses spi- « rituelles dans des choses qui frappent nos sens ^2). » C'est aussi la pensée de saint Grégoire de Nysse (3) et de saint Grégoire de Nazianze (4). D'ailleurs, comme le dit saint Augustin, il est impossible que les hommes se réunissent dans la profession d'une religion, sans le secours des sacrements : « In nullum nomen religio- «nis, seuverum, seu falsum, coagulari homines possunt, nisi « aliquo signaculorum vel sacramentorum visibilium cousortio « eolligentur (5). »
ARTICLE m.
Y at-il eu des sacrements dans l'état d'innocence?
574. 11 ne parait pas qu'il y ait eu des sacrements proprement dits dans l'état d'innocence, c'est-à-dire avant la chute de l'homme. L'Écriture et la tradition gardent le silence sur cette question. Mais si on prend le mot de sacrement dans un sens plus étendu , on peut dire qu'il y avait quelque sacrement dans l'état primitif de l'homme. Saint Augustin appelle sacrement l'a/'bre de vie qui était placé dans
(1) Somme, part, ui, qu.TSt. 61, art. i. —(2) Si incorporeus esses niida, ipse doua incorporoa tradklisset tibi ; qiioniani vero corpori conjiincta est anima tua, in seiisibilibus inlelligeiida tibi Iraduntur. Homélie lxxxiu. — ^3) Discours catéciiélique. — (4) Discours sur le Baptême. —(5) Liv xix, contre Fauste,