‹ Théologie dogmatiqueChapitre 65 sur 135 · C. XI · texte numérisé non relu

C. XI

382 D£à SACREMENTS.

îe paradis terrestre : Erat in lignis cœteris alimentum, in isto sacramentum (l). Le mariage d'Adam avec Eve étant, comme le dit le pape limocent III (2 ) , la figure de l'union de l'âme fidèle avec Dieu, du Verbe avec la nature humaine, du Christ avec l'Église, yeut aussi être regardé comme une espèce de sacrement. Nous le trouvons en effet désigné sous ce nom dans les écrits de saint Augustin (3).

ARTICLE IV

Y a-t-il eu des sacrements depuis la chute de l'homme jusqu'à la loi oe Moyse ?

575. D'après ce que nous avons dit de la nécessité des sacrements, encore qu'ils ne soient point absolument nécessaires, il est moralement certain que Dieu en a institué pour le temps des patriarches, même avant la circoncision. « Il ne faut pas croire, dit « saint Augustin, qu'avant la circoncision les serviteurs de Dieu , •< qui avaient foi au médiateur futur, aient été privés de tout sacre- « ment pour leurs enfants , quoique , pour quelque raison à nous « inconnue , l'Écriture nous laisse Ignorer en quoi consistaien' « alors les sacrements ; car ils avaient des sacrifices par lesquels « était figuré ce sang qui seul efface les péchés du monde (4). Les « sacrements qu'avaient les anciens contre le péché originel étaient « pour tous, même pour les enfants. >

576 A la différence du baptême qui opère notre régénération , indépendamment des dispositions du ministre et du sujet, les sacrements des temps primitifs tiraient toute leur force de la foi de ceux qui y participaient, ou qui les appliquaient à ceux qui n'avaient pas encore l'usage de raison : ce qui a fait dire a saint Grégoire le Grand que la foi des parents faisait pour les enfants ce que l'eau du baptême fait parmi nous (5 i; et a saint Bernard, que, chez les gentils , la foi des parents profitait et même suffisait pour les

(1) Liv. de la Genèse ad Utteram, c. viu. — (2) Lettres d'Innocent III, liv. m,

lettre ccxrx (3) Liv. des Noces et de la Concupiscence, c xxi. — (4) Non ideo

credendum est, aiUe circumcisionem, famnlos Dei , qiiando quidem eis inerat niediatoris tides iu carne venturi, uullo sacramento ejus opitulatos fuisse parvulis suis; quamvis quid illud esset, aliijua necessaria causa Scriptnra sacra latere voluerit. Nam et sacrificia eorum legimus, quibus utiqiie sanguis iile (igurabatur qu* solus tollit percata mundi. Liv. v, contre Jidïen, c- xi. .^ (5) Quod vero apud nos valet aqna baptismatis, lioc egit apud veleres vel pro parvulis sola tîdes, vel pro majoribus virlus sacrificii, vel pro his qui ex Abraliae stirpe crodierant, mysteriuna circuoitisionis. Morales, liv. iv, c. lu.

usa SACHKMËNTS. 383

enfants (l). En s'exprimant ainsi, ces saints docteurs n'excluent point les rites, les symboles, les signes sacrés, par lesquels se manifestaient et se perpétuaient, dans le monde, le souvenir de la chute de l'homme, et la foi plus ou moins confuse au rédempteur promis à notre premier père et à ses descendants. Aussi saint Bernard ajoute- t-il que les anciens sacrements ont servi aux enfants et à ceux qui n'ont pas l'usage de raison , tant qu'il n'a pas été constant que ces sacrements ont été interdits : « Sane parvulis et necdum (( i-atione utentibus tamdiu credendum est antiqua valuisse sacra- «menta, quamdiu palam interdicta non fuisse constiterit (2). » Saint Thomas n'est pas moins exprès : « Avant la loi écrite, dit le « Docteur angélique , il y avait quelques sacrements de nécessité ; « comme le sacrement de la foi , qui était pour la rémission du pé- « ché originel (3). » 11 est constant d'ailleurs que les Romains, les Grecs, les Égyptiens, les Indiens, les Américains, et généralement tous les anciens peuples, avaient des rites expiatoires pour purifier l'enfant à son entrée dans cette vie (4) : ce qui prouve qu'il y a toujours eu des sacrements, et que ces sacrements n'ont pu venir que debieu, quoique Dieu n'eu ait point déterminé ni la matière ni la forme pour les temps primitifs, où les hommes n'étaient pas encore préparés à ne faire qu'un seul peuple.

ARTICLE V

Y a-t-U eu des sacrements dans la loi de Moyse?

577. Il est certain qu'il y lavait des sacrements sous la loi de Moyse; le décret d'Eugène IV et les décrets du concile de Trente ne permettent pas d'en douter : ils portent que les sacrements de la loi nouvelle surpassent de beaucoup, en dignité et en efficacité, les sacrements de l'ancienne loi (5). Telle est d'ailleurs la croyance des saints Pères, qui s'appuient sur lEcriture et les institutions de Moyse. «Les premiers sacrements, dit saint Augustin, ont été

(1) în nalionibiis, qnotqnotinveiiti sunt fidèles, adultos quidein fide et sacrifiais crediniusexpiatos, parvulis auteiii sohiiii profuisse iiiio et sulfecisse lidein parenUim. Lettre lxxvii, ou Traité du Baptême, c. i. — (2) Ibidem, c. ii. — (.'}) Dicendiiin est liiiod, aute lejiem scriplani, eraiit qiiaidani sacrauieiit^ uecessilutis, Mciil iliiid tidei sacraineiitum qoud ordinabatur, ad deletioiiein ori^inalis peccali. In iv Senf. disf. i, quœst. i, art. 2. — (4) Voyez ce que nous avons <lit de la (.royance des ancieui> peuples loucbanl la cluile de l'Iiumuie, tuiuB i, n" &ii2, etc. — (6) Concile de Trente, sess. vn, can. ii.

« abolis, parce qu'ils ont été accomplis a la venue de Jésus-Christ ; « et ils ont été remi)lacés par d'autres qui sont moins nombreux, « mais plus efficaces, plus utiles et plus faciles pour les fidèles : Prima sacramenta ahlata sunt, quia impleta; et alia sunt insti- « tutavirtute majora, utilitatemeliora^actu jaciiiora^ numéro npauciora (l). »

ARTICLE VI

Y a-t-il des sacrements dans la loi évangélique ?

578. Il y a sept sacrements, ni plus ni moins, dans la loi évangélique : savoir, le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction , l'ordre, et le mariage. Cette proposition est de foi. Le concile de Trente a frappé d'auathème quiconque dit que les sept sacrements que nous venous d'énumérer ne sont pas autant de vrais sacrements, ou qu'ils n'ont pas tous été institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). En parlant des sacrements en particulier, nous montrerons que cette décision est fondée sur l'Écriture et sur l'enseignement des saints Pères. Il nous suffira donc de prouver ici, par la croyance générale et constante de lÉglise, que le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordre, et le mariage, nous ont été transmis par les apôtres comme sept sacrements d'institution divine. Cette croyance est à elle seule une preuve irréfragable du dogme catholicpie, comme on peut en juger par le raisonnement suivant.

579. Au seizième siècle, à l'époque où Luther et Calvin commencèrent à dogmatiser, nos sept sacrements étaient reconnus et admis dans toute l'Église, Les Grecs s'accordaient sur ce point avec les Latins. Ceux même qui sont séparés depuis plusieurs siècles de la communion romaine, croyaient à l'institution des sept sacrements. En effet, les protestants ayant envoyé la confession d' Augsbourg à Constantinople, le patriarche de cette ville, nommé Jérémie , leur répondit qu'ils étaient dans l'erreur, et qu'il y a dans l'Église de Dieu sept sacrements, ni plus ni moins, savoir : le

(1) Liv. XIX, contre Fauste, c xiii. — (2) Si quis dixerit, sacramenta novae legis non fuisse omnia a Jesu Christo, Domino nostro, instituia ; atit esse plura vel pauciûia quaui septem, videlicet, baptismuin, confiri.'ialionem, eiicliaristiam, pœiiilentiair. , extiemam imctionem, oruiuem, et aiatrimonium; aul etiam aliqnod lioruni septem non esse vere et pioprie sacrameniuni ; auathem? sLL Scss. vu, des Sacrements en géné'-al, can. i.

baptême, l'onction du chrême (la confirmation), la divine communion, V ordination, le marixge, la pénitence, et Vhnile sainte (l'extrême-onction). Peu de temps après, CjTille Lucar, patriarche de la même ville, que les calvinistes avaient séduit, essaya de répandre les nouvelles erreurs; mais l'Église grecque lui résista, ei conîîrraa la foi catholique. Le concile de Constantinople, de 1638, où se trouvèrent trois patriarches et plus de vingt évêques, rendit le décret suivant : « Anathème à Cyrille, fabricateur de « nouveaux dogmes, qui croit que les sept sacrements de l'Église, •X savoiv, le baptêine, le chrême, la pénitence, l'eucharistie , le ■* sacerdoce j l' extrême-onction et le mariage^ n'ont pas été insti- •' tu es par Jésus-Christ, et qu'ils ne sont point parvenus par latra- '< ditiou des apôtres et par la pratique perpétuelle de l'Église. » Un autre concile de Constantinople, de 1642, et le concile de Jérusalem, de 1672, renouvelèrent la condamnation de Cyrille Lucar, et se déclarèrent en faveur du dogme qui admet sept sacrements. Aussi trouve-t-on le même dogme, les mêmes sacrements, toujours au nombre de sept, dans les rituels et les eucologes de toutes les Églises d'Orient; on les trouve même chez les nestoriens, les eutychiens, les cophtes, les syriens, et autres hérétiques antérieurs de plusieurs siècles au temps de Luther et de Calvin (l). .580. Or, cette croyance universelle ne peut venir que de l'enseignement des apôtres. Ce que l'Église catholique croyait il y a trois siècles, ce qu'elle croit aujourd'hui, elle l'a toujours cru ; sa croyance ne varie point, son enseignement est toujours le même; celui qui est la vérité immuable lui a promis d'être avec elle tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. D'ailleurs, si vous prétendez que la foi de nos pères ait été altéi-ée, que quatre ou cinq sacrements aient été introduits dans l'Église, dites-nous donc depuis quand, par qui et comment cette innovation s'est faite; quel est le pape, quel est l'évêque, quel est le docteur qui ait tenté d'aggraver le joug du Seigneur en augmentant le nombre des sacrements, en proposant à toute la chrétienté, au nom même des apôtres et de Jésus-Christ, tel ou tel dogme pratique, inconnu jusqu'alors. Dites-nous en quel temps, en quel endroit, en quelle partie du monde la croyance à sept sacrements a commencé, et de quelle manière elle s'est répandue dans tout l'univers. Dites-nous par quels mo\ens on a réussi à la faire passer des Grecs chez ies

(1) Voyf!z la Perpétiiil»; delà foi de rKglisc, lom. v, c m; et le savant traité de Re sacramentaria, par Uioiiiii, liv. i, qii*sf m, c. ii, § l.

586 DES SACRKMENTS.

Latins, ou des Latins chez les Grecs, des catholiques chez les scliismatiques et les hérétiques, ou des schismatiques et des hérétiques chez les catholiques. Expliquez-nous ce merveilleux accord qui règne entre toutes les Églises de l'Orient et de l'Occident, cette uniformité qu'on trouve, au seizième siècle, parmi toutes tss nations chrétiennes, autant séparées les unes des autres par les antipathies et les rivalités qui les divisent, que par la distance des lieux et la diversité des idiomes. Non, on ne peut rendre raison d'une croyance aussi générale sur le nombre des sacrements qu'en la faisant remonter aux temps apostoliques. Enfin , si , pour avoir voulu supprimer plusieurs sacrements, Luther et Calvin ont soulevé le monde chrétien, qui aurait pu, avant la Réforme, introduire ces mêmes sacrements sans éprouver de vives contradictions , sans occasionner un mouvement général? Il n'est aucune nouveauté en matière de religion qui n'ait rencontré plus ou moins d'opposition de la part des papes, et desévêques, et des prêtres, et des docteurs, et même des simples fidèles; il n'est aucune erreur contre laquelle on n'ait réclamé , aucune hérésie dont l'auteur n'ait été aussitôt frappé d'anathème par l'Église. Cependant l'histoire ne nous offre aucune trace , aucun vestige de semblables réclamations contre le dogme et la pratique concernant les sept sacrements. Il faut donc de toute nécessité reconnaître que cette croyance nous vient des ivpôtres ; ce que l'Église universelle croit et a toujours cru n'a pu nous avoir été transmis qu-e par une tradition apostolique : Quod universel tenet Ecclesia , nec conciliis institutum, sed semper retentum est, non nisi auctoriiaie apostolica traditum rectissime creditur(\). Mais ce que les apôtres nous ont transmis comme institution divine Aient de Jésus-Christ, de l'aveu de tous. On doit donc admettre les sept sacrements, savoir : le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l' extrême-onction, l'ordre et le mariage, comme ayant été institués par le Sauveur du monde.

ARTICLE VIL

Jésus-Clirist a-t-ii institué lui-même les sept sacremenls

581. Il est de foi que Notre-Seigneur a institué les sacrements qui sont reçus dans l'Église. Voici le décret du dernier concile œcuménique : « Si quelqu'un dit que les sacrements de la loi nou-

(1) Lî> . IV, du Baptême, contre les douatistes. c. xxjv

DES SACBBMENTS. 387

• velle n'ont pas été tous institués par Notre-Selgneur Jésus- " Christ, qu'il soit anathème (l). » Ce qui est conforme à ce que oit l'apôtre : « Que l'homme nous regarde comme les ministres du r- Christ et les dispensateurs des mystères (des sacrements) de « Dieu (2). » Le pouvoir qu'ont reçu les apôtres était d'administrer les sacrements, et non de les instituer. « Quel est l'auteur des « sacrements, dit saint Ambroise.;, site n'est le Seigneur Jésus (3)?» Suivant saint Augustin , c'est Jésus-Christ lui-même qui a uni la Société du nouveau peuple par les sacrements (4). En effet, Dieu seul a pu attacher à un élément ou à un rit matériel la vertu de produire la grâce.

582. Mais Notre-Seigneur a-t-il institué tous les sacrements par lui-même immédiatement? Il est certain qu'il les a tous institués par lui-même. On ne dit de quelqu'un qu'il a institué une chose que quand il l'a instituée immédiatement. Cependant on ne pourrait regarder comme hérétique celui qui aurait la témérité de soutenir le contraire, pourvu qu'il reconnût que Jésus -Christ, en chargeant ses apôtres d'établir quelques-uns des sept sacrements, ne leur a point accordé le droit de les supprimer, ni d'en changer la substance, après les avoir établis. Le concile de Trente n'a pas expressément défini que tous les sacrements ont été institués immédiatement par Jésus-Christ ; le mot immédiate ne se trouve point dans son décret.

ARTICLE VIII

Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il institué sept sacrements ?

583. Il est de foi que Notre-Seigneur a institué sept sacrements, ni plus ni moins. Si on demande la raison de ce nombre, nous répondrons que telle a été la volonté de Jésus-Christ, qui a bien voulu, en instituant sept sacrements, pourvoir abondamment à tous les besoins spirituels de son Église, et de chaque fidèle en particulier. Le baptême nous fait naître spirituellement; la confirmation nous for ,ifie dans la vie de la grâce ; l'eucharistie nourrit

(1) Concile de Trente, sess. vu, des Sacrements en général, can. i. — Voyez le tcxlè, ci-dossus, page 384, note 2. — (2) Sic nos existimot lionio nt ministros Cliristi, et dispeiisatorcs nixslLMiornin Dei. I'*épilre aux Corinthiens, c. iv, v.\. — (3) Auctor sacramciitonim qiiis est, nisi Domiiuis Jésus? Liv. iv, des Sacrements, c. iv. — (4) Dominus Cliristus socielateni novi popiili colligavil sacranienlis. Lettre à Janvier.

388 DES SACBEMENTS.

notre âme; ia pénitence nous guérit des blessures du péché; i'extrême-onction nous aide à mourir chrétiennement ; l'ordre donne des ministres h l'Église ; le mariage lui donne des sujets pour la perpétuer. Voici comment le catéchisme du concile de Trente 'explique, d'après saint Thomas (l) et le pape Eugène IV (2).

584. « Sept choses sont nécessaires à l'homme pour vivre , pour « conserver sa \ie et l'employer utilement, tant pour lui-même que '! pour la société. Il faut qu'il naisse, qu'il croisse , qu'il se nour- •' risse, qu'il emploie des remèdes pour se guérir s'il tombe dans « quelque maladie, qu'il repare ses forces quand elles ont été af- " faiblies, qu'il y ait des magistrats investis du pouvoir nécessaire <• pour gérer les affaires de l'État, et enfin qu'il perpétue le genre " humain par la génération légitime des enfants. Or, toutes ces " choses s'appliquent facilement à la vie spirituelle , qui consiste « dans l'union de l'âme avec Dieu, et nous fait concevoir en même « temps la raison du nombre des sept sacrements. En effet, le « baptême , qui est le premier et comme la porte des autres sacre- - ments, nous fait naître en Jésus-Christ. Vient ensuite la confir- « mation, qui augmente en nous la grâce de .Dieu et nous fortifie « par sa vertu. Après, se présente l'eucharistie, par laquelle notre « âme est soutenue et nourrie comme d'un aliment céleste. Suit , « en quatrième lieu, la pénitence, qui rend la santé à notre âme, " quand elle a été blessée par le péché. L'extrême-onction efface " le reste de nos péchés, et renouvelle les forces de notre âme» " L'ordre perpétue dans l'Église le ministère des sacrements , ev " donnant à ceux qui le reçoivent le pouvoir de les administrer « d'office, et d'exercer toutes les autres fonctions sacrées. En- " fin, le sacrement de mariage a été institué pour sanctifier f l'union de l'homme et de la femme, nécessaire à !a conservation •■ du genre humain , et pour que les enfants qui en naîtraient « fussent élevés dans la religion et la crainte de Dieu (3). «

ARTICLE IX

De la dignité et de la nécessité des sacrements.

585. Quoique tous les sacrements soient d'institution divine, et qu'ils concourent tous à notre salut, ils ne sont cependant pas

(1) Som., part, m, quaest. 65 , art. 1 . — (2) Décret pour les arméniens. — (3) Catéchisme du concile de Trente, des Sacrements.

tous également grands. Il est de foi qu'ils ne sont pas égaux en dignité : « Si quelqu'un dit que les sept sacrements sont tellement V égaux entre eux que, sous aucun rapport, l'un ne soit plus digne « que l'autre, qu'il soit anathème(i). >■ En effet, comme l'eucharistie contient réellement le corps et le sang de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, et auteur de toute sainteté, elle est évidemment au-dessus de tout autre sacrement ; cependant , si on considère les sacrements par rapport à l'état où ils élèvent l'homme, le sacrement de l'ordre est en quelque sorte plus digne, puisqu'il place celui qui le reçoit au rang le plus élevé.

586. Il est de foi que les sacrements sont nécessaires au salut, quoiqu'ils ne le soient pas tous à chacun. « Si quelqu'un dit que « les sacrements de la loi nouvelle ne sont pas nécessaires au sa- « lut, mais qu'ils sont superflus ; que sans eux, ou sans le désir de « les recevoir, les hommes peuvent , par la foi seule , obtenir de « Dieu la grâce de la justification , encore qu'ils ne soient pas tous « nécessaires à chaque fidèle . qu'il soit anathème (2). »

587. Le baptême est absolument nécessaire à tous; et la pénitence, à ceux qui sont tombés dans le péché mortel après avoir reçu le sacrement de la régénération : l'ordre est également nécessaire à l'Église , car ce n'est qu'en vertu de l'ordre qu'on peut administrer les autres sacrements, si on en excepte le baptême, et probablement le mariage. Nous reviendrons sur cette question.

CHAPITKE II.

De la matière et de la forme des .sucreme7its.

588, La matière et la forme d'un sacrement sont les parties qui entrent nécessairement dans sa composition; elles en sont les deux parties essentielles. On a donné le nom de matière aux choses ou aux actes extérieurs et sensibles dont on se sert pour faire un sacrement, et le nom defon/ie aux paroles que le ministre

(1) Si quis dixcrit, hsec septem sacramenta ita esse iuterse paria, ut uiilla ratione aliud sit alio digiiius; anathema sit. Sess. vu, can. m.— (2) Si quisdixe- ■rt, sacramenta novae legis non esse ad saliiteni necessai la, sed snperllua; et sine His aiil eorun» volo, per solaia lidein lioniines a Deo gratiam justiûcaliunis a(iipiôci , i\tet uninia singulio necessaria nuu suit ; anatliema sit. Ibidem, can. iv

390 DES SACBEMENTS.

prononce en appliquant la matière : « In sacramentis verba se « habent per modum formée, res autem per modum materiœ(i). » Ainsi , dans le baptême , l'eau est la matière du sacrement, et les paroles, Je te baptise au nom du Père^ et du Fils, et du Saint' Esprit, eu sont la forme. Les choses qui ne peuvent être aperçues par les sens ne deviennent matière sacramentelle que quand elles sont jointes à quelque signe extérieur qui les rend sensibles. C'est ainsi, par exemple, que la contrition ne peut concourir au sacrement de pénitence qu'autant qu'elle se manifeste extérieurement par la confession, ou par quelque signe qui frappe les sens.

589. Les mots de matière et déforme ne sont pas fort anciens, ils ne remontent qu'au treizième siècle ; les théologiens ne les ont introduits dans la scolastique que pour exprimer, d'une manière plus explicite, la nature des sacrements, qui se composent de choses et de paroles. Aussi l'usage en a-t-il été consacré par l'Église, qui cependant n'a jamais varié dans son enseignement.

590. Chaque sacrement a une matière et une forme qui lui sont oropres. Suivant le décret adressé par Eugène IV aux arméniens, « les sacrements de la loi évangélique se composent des choses « qui en sont comme la matière, des paroles qui en sont comme la <^ forme , et de la personne du ministre avec l'intention de faire ce « que fait l'Eglise. Si la matière ou la forme ou le ministre manque, B il ne se fait pas de sacrement (2). « Mais quoique la personne du ministre soit nécessaire pour la confection d'un sacrement , elle doit plutôt en être regardée comme la cause efficiente que comme faisant partie de son essence ; car l'essence d'un sacrement consiste dans la matière et dans la forme, qui en sont les seules parties constitutives : Materia et forma sacramenti essentia perficitur, dit le concile de Trente (3). De là cette maxime de saint Augustin : « La « parole se joiu' à l'élément , et il se fait un sacrement ; Accedit « verbum ad elementiim^ et fit sacramentum (4). »

591 . Tous les sacrements étant d'institution divine, il est certain que la matière et la forme qui en font la substance ont été déterminées par Jésus-Christ. On convient également (pi'il a déterminé, non-seulement en général, mais en particulier et dans l'eur espèce , la matière et la forme du baptême et de l'eucharistie.

(1} Saint Thomas, Som., part, ni, quaest. 60, art. 7. — (2) Omnia sacramenta tribus perficiuntiir, videlicet rébus tanquam materia, verbis tanqiiam forma, et |ieu-(>na ministri couferentis sacramentum cum inteiitione fafiencii quofi facil Ecciesja. Quorum si aliquod desit, non j'nrficitnr sacramentum. Décret pour les arméniens. — (3) Sess. xiv, c. ii. (4) Traité xxx, sur .saint Jean.

En est-il de même pour les autres sacrements? C'est une question controversée parmi les théologiens. Les uns pensent que Notre- Seigneur n'a déterminé qu'en général la matière et la forme de plusieurs sacrements, laissant à ses apôtres le soin de déterminer eux-mêmes d'une manière particulière les signes et ics formules qu'ils jugeraient plus propres à exprimer les effets de ces mêm.es sacrements. Les autres , en plus grand nombre, enseignent que Jésus-Christ a déterminé lui-même, sans recourir à ses disciples, la matière et la forme de tous les sacrements ; et que les apôtres nous ont transmis, de vive voix, les rites sacramentels, c'est-à-dire, les choses et les paroles nécessaires pour la confection des saints mystères. Nous adoptons ce second sentiment comme nous paraissant beaucoup plus probable que le premier, pour cela même qu'il est plus conforme à la dignité des sacrements et à l'unité du culte divin. On ne peut nous objecter la diversité des rites qu'on remarque chez les Grecs et les Latins : en parlant des sacrements en particulier, nous montrerons que cette différence n'est point essentielle. Quoi qu'il en soit , dans l'Église latine comme dans l'Église grecque, on observe exactement, pour la pratique, tout ce qui est prescrit pour l'administration des sacrements (l).

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