CHAPITRE V
Du sujet des sacrements.
610. Les sacrements sont pour les hommes, et ne sont que pour les hommes ; mais tous les hommes ne peuvent recevoir tous les sacrements. Une femme est incapable du sacrem.ent de l'ordre ; un enfant, avant l'âge de raison, est incapable du sacrement de pénitence; une personne en santé, de l'extréme-onction. De plus, à part l'eucharistie qu'un infidèle peut recevoir matériellement , il faut avoir reçu le baptême pour pouvoir participer aux autres sacrements. Mais les enfauts peuvent recevoir le baptême , et . après le baptême, la confirmation, et même l'eucharistie. On doit toutefois, sur ce point, se conformer à la discipline de l'Église, dont les usages varient suivant les temps et les lieux , quoique son esprit ne varie point.
611. Il est de foi que les sacrements institués par Notre- Seigneur Jésus-Christ sont nécessaires au salut , sans être cependant tous nécessaires à chacun (3). Il y a deux sacrements , le baptême et la pénitence, qui sont absolument nécessaires au salut, nécessaires, comme s'exprime l'école, d'une nécessité de moyen:
(1) Psaume iv. — (2) Catéchisme An concile de Trente, part, u, des Sacrements — Voyez, pour la pratique, ce que nous avons dit dans la Théologie wtorale, tom u, n' 22. — (3) Voyez, ci-dessus, le n° 586.
le baptême, pour >ous les hommes ; la pénitence, pour ceux qui , après avoir été baptisés, sont tombés dans quelque péché mortel. Il n'y a de salut pour le pécheur que par le sacrement de baptême et par le sacrement de pénitence. Il faut de toute nécessité, ou qu'il reçoive ces sacrements , ou qu'il ait la charité parfaite avec la volonté expresse ou implicite de les recevoir, ou qu'il soit purifié par le martyre. On dit qu'ils sont nécessaires de nécessité de moyen , parce qu'ils sont les moyens établis pour conférer la pré'mière grâce sanctifiante , qui est la grâce de la régénération ou de la réconciliation. Les cinq autres sacrements ne sont nécessaires que moralement, que d'une nécessité de précepte. Ils sont établis, non pour réconcilier l'homme avec Dieu, mais pour augmenter en nous la grâce de la justification, en nous donnant la grâce que les théologiens appellent la seconde grâce sanctifiante. On peut fak-e son salut sans recevoir ces sacrements , lorsqu'il y a impossibilité de les recevoir. Néanmoins, l'ordre est iudispeusablement nécessaire, non aux particuliers, mais à l'Église.
612. Pour recevoir validement un sacrement, il faut, dans les adultes, l'intention ou la volonté de le recevoir. Ce consentement exprès ou tacite est nécessaire pour la validité du sacrement : « Ille qui nunquam consentit , sed penitus contradicit , nec rem « nec characterem suscipit sacramenti (l).» Nous avons dit, dans les adultes; car, pour ce qui regarde les enfants, on les baptise sans attendre qu'ils soient en âge de pouvoir donner leur consentement. L'Égiise y supplée , d'après l'ordre établi par Jésus-Christ.
613. La foi n'est point nécessaire pour la validité des sacrements qu'on reçoit : « Fieri potest , dit saint Augustin , ut homo « integrum habeat sacramentum et perversamfidem (2). » L'Église ne réitère pas et ne permet point de réitérer ni le baptême, ni la confirmation , ni l'ordre , reçus par ceux qui ne sont pas dans sa communion , ou qui ne professent pas la foi catholique, à moins qu'on n'ait lieu de douter que le rit sacramentel ait été substai;tiellement altéré par le ministre de ces mêmes sacrements. Cependant, comme l'attrition tient à l'essence du sacrement de pénitence , suivant le sentiment assez généralement suivi , et que d'ailleurs il ne peut y avoir de vraie contrition, ni parfaite ni imparfaite, sans la foi, le défaut de cette vertu entraîne infailliblement la nullité de ce sacrement. Mais il est encore vrai de dire
(1) Innocent III, cli. Majores, de Bapiismo, — (2) Liv. lu, du Baplême. c, XIV. — Concile de Trente, session vi, cli. vt.
alors que le sacrement de pénitence ne devient nul que par^e qu'il manque d'une partie essentielle, ou que la matière sacramentelle n'est plus complète.
614. Un adulte ne peut recevoir un sacrement dignement el avec fruit, qu'autant qu'il le reçoit avec les dispositions requises. Ces dispositions varient suivant la nature des sacrements : pou? les sacrements des morts, elles consistent dans la foi , l'espérance et la douleur de ses péchés, avec un commencement d'amour de Dieu (1\ A défaut de ces sentiments , le baptême ne produit pas la grâce , et le sacrement de pénitence devient nul , invalide, ne pouvant subsister sans l'attrition, qui fait partie de la matière sacramentelle. Quant aux sacrements des vivants, on ne peut, généralement, les recevoir avec fruit que lorsqu'on est en état de grâce; ils sont institués, non pour conférer la grâce de la réconciliation , mais pour augmenter la grâce sanctifiante ; celui qui les recevrait, ayant la conscience chargée d'un péché mortel, se rendrait coupable de sacrilège. Nous avons dit, généralement ; car il est des cas où très-probablement les sacrements des vivants confèrent la première grâce sanctifiante, celle qui efface les péchés et réconcilie le pécheur avec Dieu (2).