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CHAPITRE PREiMIER

De la notion du sacrement de baptême et de son institution.

622. On définit le baptême : « Un sacrement de la loi nou- « velle, institué pour effacer le péché originel, et nous régénérer en « Jésus-Christ ; » ou simplement, comme dit le catéchisme du concile de Trente, le sacrement de la régénération dans Veau par la parole (l). En effaçant le péché originel que nous apportons en naissant, le baptême efface en même temps les péchés actuels que les adultes ont commis avant d'être baptisés , et, en nous régénérant, il nous fait enfants de uieu et de l'Eglise, d'enfants de colère que nous étions comme enfants d'Adam.

623. On distingue dans l'école trois baptêmes : le baptême d'eau, fluminis ; le baptême de feu, flaminis; et le baptême de sang, sanguinis. Le baptême d'eau est le premier des sept sacrements institués par rsotr^-^^eigneur Jésus-Christ; il est. suivant l'expression du pape Eugène IV, la porte de la vie spirituelle : vitœ spir^ tualis janua (2). Le baptême de feu n'est autre chose que le désir de

(1) Recte et apposite definitur baptismiini esse sacramentum regenerationi» per aquam in verbo. Part. ii,du Baptême. — (2) Décret pour les arméniens.

recevoir le sacrement de baptême , accompagné de la charité parfaite. Le baptême de sang est ainsi appelé, parce qu'il consiste dans le martyre, dans l'effusion du sang que l'on verse pour Jésus- Christ. Ni le baptême de feu, ni le baptême de sang, ne sont des sacrements; ce ne sont pas de vrais baptêmes ; on ne leur donne ce nom que parce qu'ils purifient l'àme de ses péchés, et qu'ils peuvent suppléer au sacrement dans ceux qui sont dans l'impossibilité de le recevoir.

624. II est de foi que le baptême d'eau est un sacrement , et qu'il a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ (i). L'Écriture sainte, l'enseignement des saints Pères, la pratique générale et constante de l'Église, les décisions des papes et des conciles, ne laissent aucun doute à cet égard. D'ailleurs , les hérétiques du seizième siècle sont, sur ce point, d'accord avec les catholiques. Mais on ne peut déterminer avec précision le temps où ce sacrement a été institué. Saint Thomas pense que cette institution eut lieu lorsque le Sauveur sanctifia l'eau par l'altouchcmcnt de sou corps, en entrant dans le Jourdain pour y être baptisé par saint Jean (2). Nous trouvons la même doctrine dans le catéchisme du concile de Trente, où nous lisons ce qui suit : « Il est clair que « le baptême fut institué lorsque Notre-Seigneur fut baptisé lui- « même par saint Jean. Saint Grégoire de Nazianze (3) et saint

Augustin (4) disent que, dans ce moment, l'eau reçut la vertu de •« régénérer en donnant la vie spirituelle. Au reste , une grande

preuve de cette vérité, c'est qu'au baptême de Notre-Seigneur, « la sainte Trinité tout entière, au nom de laquelle on confère le ■< baptême, manifesta sa présence. La voix du Père fut entendue, X la personne du Fils était présente, et le Saint-Esprit descendit en « forme de colombe. De plus, les cieux s'ouvrirent, comme ils s'ou- « vrent pour nous par le baptême (5). »

625. Le baptême de saint Jean n'était point un sacrement pro orement dit; ce n'était qu'une œuvre de pénitence, par laquelle le Précurseur préparait les voies du Seigneur, et disposait les Juifs à recevoir le baptême de la régénération. C'est pourquoi ceux qui avaient reçyi le baptême de Jean furent baptisés du baptême de Jésus-Christ (6). Aussi, le baptême de Jean n'avait pas la même vertu que le baptême institué par Notre-Seigneur. Les luthériens

(1) Voyez, ci-dessus, le n" 578. — (2) Soi». , part, m, quest. 06, ait. 2. — (3) Discours sur la ]N.itivité du Sauveur. — (4) Sermons xix, xxxvi, etc. — (5) Catéchisme du concile de Trente, part ti , du Baptême. — (6) Actes dee apôtres, c. xix.

et les cahinistes ont été condamnés par le concile de Trente poilf avoir soutenu le contraire : « Si quis dixerit baptismum Joan- « nis habuisse eamdem vim cum baptismo Cliristi , anatliema

a Sit fl). »

CUAPITRE II.

De la matière et de la forme du sacrement de baptême.

626. La matière et la forme sont les deux parties essentielles du sacrement : Accedit verbum ad elementum , et fit sacramen-

tum (2).

ARTICLE I

De la matière du sacrement de baptême.

627. La matière nécessaire du sacrement de baptême est l'eau naturelle. Cette proposition est de foi, contre Luther et Calvin, qui ne regardent pas l'eau comme absolument nécessaire à la validité de ce sacrement : « Si quelqu'un dit que l'eau vraie et naturelle « n'est pas de nécessite pour le baptême, et que, par conséquent, « ces paroles de iSotre-Seigneur Jésus-Christ , Si l'homine ne renaît « de L'eau et du Saint-Esprit, doivent être entendues dans un sens « métaphorique, qu'il soit anathème (3). » Ce décret se justifie nonseulement par lui-même, mais encore par l'Écriture sainte, l'enseignement des saints Pères et la pratique de l'Église. « Si quel- « qu'un, dit Notre-Seigneur, ne renaît de Veau et du Saint-Esprit, « il ne peut entrer dans le royaume de Dieu (4). » Nous lisons aussi, dans les Actes des Apôtres, que l'eunuque de la reine de Candace dit à Philippe : Voici de Veau; qu'est-ce qui empêche que je ne sois baptisé?... Et ils descendirent tous deux dans l'eaM, et Philippe baptisa l'eunuque (5). Est-ce qu'on peut, dit saint Pierre,

(1) Sess. Tii, du Baptême, can. 1. — (2) Traité lxxx, s^r jaint Jean. — (3) Si quis dixerit, aquam veram et naturalem nouesse de necessitate baptismi, atque îdeo verba illa Domini nostri Jesu Cliristi : Kisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, ad metaphorani aliqiiam detorserit; anatliema sit. Sess. vu, dtl Baptême, can. n. — (4) Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. Saint Jean , c. ui, v. 5. — (5) Dum ireut pef

nous empêcher d'avoir de Veau pour baptiser ces gens-là (1)? Les apôtres prenaient donc à la lettre les paroles de Notre-Seigneur ; ils regardaient donc l'eau comme matière nécessaire au baptême. Voilà pourquoi les saints Pères enseignent qu'il ne peut y avoir de baptême sans l'eau : Toile uquani, non est baptismiis^ dit saint Augustin (2). On pourrait encore citer saint Justin (3), TertUllien (4), saint Cyprien (5), saint Cyrille de Jérusalem (6), saint Basile (7), saint Grégoire de Nysse (8), saint Jean Chrysostome (9), saint Ambroise (lO), et généralement les Pères, les papes et les conciles qui ont traité du baptême. Mais il suffit de faire remarquer que, dans les différentes Églises d'Orient comme dans celles d'Occident, le baptême ne s'administre jamais qu'avec de l'eau, et qu'on ne peut assigner à cette pratique générale d'autre origine que ceKe du christianisme

628. D'ailleurs, « le baptême étant absolument nécessaire au « salut pour tous sans exception , rien n'était plus propre pour en n devenir la matière que l'eau naturelle , qui se trouve partout « sous la main de tout le monde. De plus, l'eau représente très-bien X l'effet du baptême ; elle lave les souillures du corps , et par là « même exprime sensiblement la vertu du baptême sur l'âme, « qu'elle purifie de ses péchés. Enfin , comme l'eau a la propriété <i de refroidir le corps, ainsi le baptême a celle de calmer l'ardeur «des passions (il). » C'est la pensée de saint Jérôme : Sicut aqua réfrigérât ardorem corporis^ ita baptismus ardorem concupiscentiœ (12).

629. Toute eau naturelle suffit pour la validité du baptême. On peut baptiser avec de l'eau de mer, de rivière, d'étang, de fontaine, de puits, de citerne, de pluie. En un mot, toute eau proprement dite, qui n'est point substantiellement altérée, quelle que soit sa qualité, peut servir de matière au baptême ; mais l'huile, le vin, le cidre, la bière, ni tout autre liquide qui n'est pas véi i-

viam, venenint ad qiianidam aquam ; et ait eunucbus: Ecce aqua ; quia proliilua me baplizari?... Et descenderunt uterqiie in aquam, Pliilippus et eunuclius, et baptizavit eum. Actes des apôtres, c. viii, v. 3G et 38. — (I) Tune respondit Petrus : Kuniquid aiiuani qnis (jroliibere potest, ut non baptizeutur lii, qui Spiritiim Sanctum acceperuiit sicut et nos? Ibidem, c. \, v. 47. — (2) Traité :iv, sur saint Jean. — (3) Apologie u. — (4) Livre du Baptême. — (5) Lettre i.xx.

— (6) Catéclièse m. — (7) Livre du Saint-Esprit. — (8) Discours sur le Baptême- — (9) Homélie xiii, sur saint Marc (10) Liv. des Sacrements, c. v.

— (11) Caléclii*^e du concile de Trente, part, ii, du Baptême. —(12) Lettre LXXXIU

tablement de l'eau natarelle , n'offre pas une matière compétente

à ce sacrement (1).

630. Pour qu'il y ait baptême, il faut qu'il y ait ablution. L'ablution peut se faire par infusion , ou par immersion , ou par aspersion. « L'Église admet trois façons de donner le baptême d'une « manière valide , savoir : en plongeant le baptisé dans l'eau , ou « en versant l'eau sur lui , ou en la répandant sur son corps par «■ aspersion. Il est certain que le baptême est v^alide avec l'une de « ces trois manières. L'eau n'est employée dans le baptême que « pour signifier la purification de l'âme, et c'est pour cette raison " que saint Paul dit que nous sommes lavés dans ce sacrement. '> Or, il y a également ablution, soit qu'on plonge dans l'eau, « comme l'Église l'a pratiqué pendant longtemps; soit qu'on verse "l'eau, comme c'est aujourd'hui l'usage universel; soit enfin «qu'on en fasse seulement une aspersion, comme on croit que « saint Pierre fut obligé de le faire lorsqu'il convertit et baptisa eu " un seul jour trois mille personnes (2). >-

ARTICLE IL

De la forme du sacrement de baptême.

631 . La forme du baptême, pour l'Église latine, est ainsi conçue: Ego te haptizo in nomine Patris j et Filii, et Spiritns Sancii; ou, en français : Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Elle exprime l'action du ministre qui baptise, la personne qui est baptisée, et l'invocation expresse et distincte des trois personnes de la sainte Trinité, au nom desquelles on doit baptiser, selon l'ordre de Jésus-Christ. Allez , enseignez toutes tes nations, en baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit (3). Cette forme est essentielle au sacrement; elle est absolument nécessaire: omnino nccessaria est (4). On lit aussi dans le décret d'Eugène IV aux arméniens : « La forme du baptême con- « siste en ces paroles : Je te baptise au nom du Père, et du Fils, K et du Saint-Esprit. Nous convenons cependant qu'on administre « un vrai baptême en disant : Un tel, serviteur du Christ, est '■<■ baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; ou,

(1) Voyez ce que nous avons dit duns la Théologie morale, tom. u, n"63, etc. — (2) Catéi liisme du concile de Trente, part, ii, du Baptême. — (3) Euntes ergo docete omnes génies, baptizantes eos in noniiue Pattis, et Filii, et Spiritus Sancti. Suint Matthieu, c. xxvni, v. 19 — (4) Rituel romain, du Baptême.

DU BAPTÉMB. 413

« Vn tel eit baptisé parnos mains au nom du Pèr^ et du Fils, e* « du Saint-Esprit (1). » Cette formule, usitée chez les Grecs, est la même, quant au fond, que celle des Latins.

632. La nécessité de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saini- Esprit, en prononçant distinctement le nom des trois personnes divines, résulte non-seulement des paroles de Jésus- Christ à ses apôtres, mais encore de la tradition et de la fatique de l'Église. « La loi du baptême nous a été imposée, dit Tertullien, « et la forme en a été prescrite par le Seigneur : Allez, instruisez « toutes les nations, les baptisant au nom du Père^ et du Fils, et « du Saint-Esprit {2). » Et ailleurs : -< Jésus-Christ a donné l'ordre " à ses disciples de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du « Saint-Esprit ; non pas au nom d'un seul , car nous ne sommes « pas plongés une seule, mais trois fois, à chacun des noms des trois « personnes (3). » Saint Cyprien (4), saint Basile (5), saint Ambroise (6), saint Jérôme (7), saint Augustin (8), et autres docteurs, s'expriment comme Tertullien. Aussi trouve-t-on la même formule dans les anciens sacramentaires ou rituels des Églises d'Occident, et dans les anciens eucologes des Grecs.

633. « Les pasteurs enseigneront donc, en termes clairs et à la « portée de tous, que la forme véritable et essentielle du baptême " est dans ces mots : Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et " du Saint-Esprit. C'est en ces termes qu'elle a été donnée par « Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il dit à ses apôtres d'aller, et « d'enseigner toutes les nations, en les baptisayit au nom du « Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Par ce mot, baptisant, « l'Eglise catholique, assistée de l'Esprit de Dieu, a toujours com- « pris que l'action du ministre devait être exprimée dans la forme » de ce sacrement; et c'est ce qui arrive lorsqu'on dit : Je te bap- « lise. Outre l'action du ministre, il était nécessaire encore d'ex-

(1) Forma autem (baptismi) est : Ego te baptizo in noniine Patris, et Filii, et Spirilus Sancti. Non tamen ncgamus, quiii et per llla verba, baptizetur (baptvidltti) talis servus Christi in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti; vel, baptizatur manibus meis talis in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, veriim perficiatiir baptisma. Décret pour les Arméniens. — (2) Lex lingendi imposita est, et forma priiescripta : lie, iiiquit, docete nationes, tiiigentes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Liv. du Buptémef n* XIII — (3) Mandavit ut lingereiit in Patrem, Filium, et Spiritiim Sanctum : non in unum, nam necsemel, sed ter, ad singula nomina in personas singulaa tinginiur. Liv. contre Praxéas, n° xxvi. — (4) Lettre lxxiii. — (ô) Liv. du Saint-Esprit, n° xii. — (G) Livre des My.^tères, c. iv. — (7) Liv. iv, sur saint Matthieu — (8) Liv. lU, du Baptême, c. xv; et liv vi, c. xxy.

414 DU BAPTSMB.

« primer la personne de celui qui reçoit le baptême, et la cause « principale qui le confère; et pour cela on a ajouté le mot te, et le n nom de chacune des trois personnes de la sainte Trinité ; d'où « est résultée la forme entière du baptême, conçue en ces termes : 0 Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. « Ce n'est pas, en effet, la personne seule du Fils qui opère le sae crement, quoique Jean dise : Cest lui qui baptise; mais ce sont « les trois personnes de la sainte Trinité ensemble. Quant à ce mot, « au nom, il est employé au singulier, afin d'expliquer clairement « que les trois personnes n'ont qu'une même nature et une même « divinité; il ne se rapporte pas directement aux personnes, mais « à la substance, à la vertu et à la puissance divine, qui est la « même dans les trois personnes (l). «

634. On lit dans les Actes des apôtres que plusieurs furei.l baptisés au nom de Jésus-Christ ; in nomine Jesu-Chrisii (2) : ce qui n'est point contraire à ce que nous avons dit de la nécessité de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Car « le < baptême que les apôtres donnaient au nom de Jésus- Christ n'est ' auti'e chose que le baptême institué par Jésus-Christ. Ils l'appe- " laient ainsi pour le distinguer du baptême de Jean, sans s'éloigner ' d'ailleurs, pour le conférer, de la forme ordinaire et commune, « qui exprime distinctement les noms des trois personnes de la n sainte Trinité. Saint Paul a employé la même manière de parler « dans son épitre aux Galates (.3) : Vous tous qui avez été baptisés « en Jésus-Christ , vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ. Ces « paroles signifient simplement qu'ils avaient été baptisés dans la « foi de Jésus- Christ, mais non avec une formule différente de « celle que le Sauveur avait prescrite (4). «

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