CHAPITRE III
Des ejfets du sacrement de baptême.
635, Les deux principaux effets du baptême sont la grâce qui
(1) Catéchisnu du concile de Trente, part, u, du Baptême. — (2) Actes des apôtres, c. II, V. 8. — (3; C m, v. 27. — (4) Catéchisme du concile de Trente, part, n, du Bapléuie. — Voyez, pour les questions pratiques, ce que nous avons dit dans la Théologie moralr, tom u, n° 66
nous régénère en Jésus-Cnrist, et le caractère que ce sacrement imprime dans notre àme.
ARTICLE I
De la grâce que confère le sacrement de baptême
636. Le sacrement de baptême confère, à tous ceux qui le reçoivent dignement, la grâce sanctifiante qui les rend agréables à Dieu et les purifie entièrement. Cette grâce détruit le péché originel que les enfants apportent en naissant; il efface eu outre, dans les adultes, les péchés actuels qu'ils ont commis avant le baptême, et remet toutes les peines spirituelles dues au péché, quel qu'il soit. Telle est la doctrine de l'Église : » Si quelqu'un dit que la •< grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est conférée par le « baptême, ne remet pas l'offense du péché; ou que tout ce qu'il '• y a proprement et véritablement de péché n'est pas enlevé et ■» effacé, mais que cette rémission consiste seulement dans la non " imputation ; qu'il soit anatbème. Car Dieu ne hait rien dans ceux " qui sont régénérés, et il n'y a pas de condamnation pour ceux qui " sont véritablement ensevelis dans la mort avec Jésus-Christ par <■ le baptême, cjui ne marchent point selon la chair, mais qui, dé- « pouillant le vieil homme et se revêtant du nouveau, qui est créé <• selon Dieu, sont devenus innocents, purs, sans tache, agréables « à Dieu, ses héritiers et les cohéritiers de Jésus-Christ, en sorte » qu'il ne reste rien du tout qui puisse les empèciier d'entrer im- « médiatement dans le ciel (i)- " Suivant le décret d'Eugène IV aux arméniens, « l'effet du sacrement de baptême est la rémission « de tout péché, soit originel, soit actuel ; aussi, de toute peine due « au péché. C'est pourquoi on n'impose aucune satisfaction aux " baptisés pour les péchés qu'ils ont commis avant le baptême; et
(1) si quis per Jesu Christi Domini nostri gratiam, qnœ in baptismale confertnr, reatum orisinalis peccati remitti negaf ; ant etiam asserit non tolli totum id quod veiani et piopriam peccati rationem liahet; sed illud dicil taiituni radi ant non in)[)utari ; anatliema sit. In renalis enini niliil odit Dens; quia niliii es damnatioiiis ils qui vere consepiilli sniit cuni Cliristo per baptituia in mortem qui non secunduin carnem anibuiaiit ;sed velnein honiiiiemexpiinteset novum qui secnnduni Deinn crealiis «sf, indiienles; iniiocenles, innn:iculati, puri, in noxii ac Deo dilecti eOecti sunt, iiteredes qnidem Dei, coîiivrcdes autem Cbristi ita ut nihil prorsus eos ab iiigressu cœli remoietur. ConcH^ de Trente, sess. y. can. V,
416 liU BAPTÊME.
« s'ils meurent avant de commettre quelque faut( , ils parviennent « aussitôt au royaume des cieux (l). »
637. Outre les épitres de saint Paul, citées dans le décret du concile de Trente que nous venons de rapporter, nous avons en faveur du dogme catholique l'enseignement des saints Pères, la tradition tout entière. «Le baptême, dit saint Augustin, efface « absolument tous les péchés ; le péché originel et les péchés ac- «tuels; les péchés dépensée, de parole et d'action; les péchés « dont on se souvient, et ceux dont on ne se souvient pas. Il « renouvelle l'homme, celui qui a fait l'homme; il pardonne les « péchés , celui qui ne demande pas de mérites. Si quelqu'un « quitte cette vie immédiatement après le baptême, il ne lui reste « rien à expier, tout lui ayant été remis (2). » Saint Jérôme (3), Saint Grégoire de Nysse (4}, saint Grégoire de Nazianze (.5), Clément d'Alexandrie (6), Tertullien (7), tous reconnaissent les effets que nous attribuons au baptême.
638. Cependant l'ignorance, la concupiscence, l'assujettissement aux misères de cette \ie et à la mort, nous restent après le baptême : en relevant l'homme, Dieu a voulu qu'il conservât l'empreinte de sa chute. « La concupiscence ou l'inclination au « péché subsiste dans les personnes baptisées : ayant été laissée « pour le combat, elle ne peut nuire à ceux qui ne consentent point « et lui résistent courageusement, par la grâce de Notre-Seigneur « Jésus-Christ; au contraire, la couronne est réservée à celui qui « aura combattu légitimement (8). »
639. La grâce sanctifiante que l'on reçoit par le baptême est accompagnée de vertus infuses et des dons du Saint-Esprit. « Dieu « nous a sauvés par l'eau de la régénération et du renouvellement
(1) Baptismi sacramenti effectus est remissio omnis culpae originalis et actiialis, omnis qiioque pœnae, quae pro ipsa culpa debetur. Propterea baptizatis iiulla pro peccatis prœteritis injungenda est satisfactio; sed morientes, antequain ciilpam aliqiiamcommittant, statim ad regnum cœloriimet Dei visionem perveniunt. Décret pour les arméniens. — (2) Omnia prorsus delicta delet sanctum baptisma, et originalia et piopria ; dicta, facta, cogitata, cognita, incognita, omiiia dimittuntur. Innovât homineni, qui fecit hominem ; donat delicta, qui non qii.ierit mérita. Serm. sur le symbole des apôtres, c. x. — (3) Lettre Lxxxii. .^ (i) Discours sur le baptême de Jésus-Christ. — (5) Discours xl. — (6) Liv. I, du Pédagogue, c. vi — (7) Liv. du Baptême, c. i , etc. — (8. Manere aulem in baptizatis concupiscentiam, vel fomitem, hœc sancta synodus îatelur et sentit : quai cum ad agonem relicta sit, nocere non conseutientibus, sed viriliter per cliristi Jesu gratiam repugnantibus non valet : quin imo qui légitime certaverit, coronabilur. Concile de T'-ente, sess. v, can. y.
« du Saint-Esprit , qu'il a répandu sur nous avec abondance par • Notre-Seigneur Jésus-Clirist ([). » C'est une grâce sacramentelle qui nous donne, dans l'occasion, les forces nécessaires pour combattre la concupiscence et remplir les obligations du chrétien. Le baptême nous unit aussi à Jésus-Christ comme des membres à leur chef; nous fait enfants de l'Église, et nous soumet à ses lois ; nous donne droit aux autres sacrements, qu'on ne peut recevoir sans être baptisé ; nous fait entrer dans la communion des saints, et nous fait héritiers du royaume des cieux.
ARTICLE IL
Du caractère qu'imprime le sacrement de bapiéme-
640. Le baptême imprime en nous un caractère ineffaçable, une marque, un signe spirituel qui est comme le sceau des enfants de Dieu, et qui fait qu'on ne peut réitérer ce sacrement. Cette proposition est de foi ; le concile de Trente dit anathème à celui qui soutient que le baptême n'imprime pas dans notre âme un certain signe spirituel et ineffaçable (2). Ce décret est fondé sur l'Écriture sainte et la tradition. Saint Paul dit aux Éphésiens : « Après avoir « entendu la parole de vérité, l'Évangile de votre salut, et y avoir « cru, vous avez été marqués d'un signe par l'Esprit-Saint qui vous « a été promis (3). Ne contristez point l'Esprit de Dieu, par lequel « vous avez été marqués d'un signe pour le jour de la rédemp- « tion (4). » Ce signe ne peut être que le caractère sacramentel, que la marque empreinte sur notre âme ; et c'est ainsi que les Pères l'ont entendu. Suivant saint Cyrille de Jérusalem, « le baptême est « la délivrance de notre captivité, la rémission des péchés, la ré- '< génération de notre âme, un vêtement d'honneur, un sceau sacré " et ineffaçable, signaculum sacrum et indélébile (5). » Le même docteur dit que le Saint-Esprit marque notre âme d'un sceau^ d'un signe, qui est redoutable aux démons, ajoutant qu'il est écrit: Vous avez été marqués d'un signe par l'Esprit -Saint (6). Saint
(1) Secundum siiam misericordiam salvos nos fecif, par lavacniin regeneralioiiis et reiiovationis Spiritiis Sancti, qnem effiidit in nos abiinde per Jesuiu thristiim, salvatorem nostruni. Saint Paul, épîfre à Ti(e, c. iii, v. b ett. — 12) Session rn, des Saciemenls en générai, can. ix. — Voyez, ci-dessus, le It" 602. — (3) In qiio et credenles signali estis Spiritii |nomissionis Saiicto. Lettre aux Éphésiens, c. i, v. 13. — (i) Nolite contristare Spii itiim Sanctum Dei, Ài quo signali estis in diem redemptionis. Ibidem, c. iv, v. 30. — (j) Procatéïlièse, n" XVI. — (G)Spiiitus Sanctus paratiis adest, ut animam tnani con.signet; 11. 27
418 DU BAPTEME.
Jean Chnsostome enseigne que notre âme est marquée d'un signe par le baptême, comme chez les Juifs le corps l'était par la circoncision (1). Saint Augustin prouve contre les donatistes que ceux qui ont été baptisés par les hérétiques ne doivent point être baptisés de nouveau, parce qu'ils ont reçu ie caractère de Jésus-Christ (2). Saint Basile (3), saint Ambroise(4), saint Épiphane (5) et saint Jean Damascène (6) reconnaissent que le baptême imprime un signe spirituel qui distingue les chrétiens de ceux qui ne le sont pas, et comparent ce signe à la marque, à la livrée aui distingue les militaires des simples citoyens, et les sujets d'un prince de ceux qui lui sont étrangers. A ces autorités on ajoute la pratique de l'Église, qui ne permet pas de réitérer le baptême qui a été administré selon le rit prescrit (7).