CHAPITRE PREMIER
De la notion et de l'institution du sacrement de l'eucharistie.
693. Conformément au dogme catholique, on définit le sacrement de l'eucharistie : « un sacrement de la nouvelle loi , qui «contient véritablement, réellement et substantiellement, sous « les espèces du pain et du vin, le corps, le sang, l'âme et la dite vinité de Notre-Seigneuv Jésus-Christ , qui l'a Institué lui-même « pour en faire la nourriture de nos âmes. »
691. Ici se présentent sept questions : la première, si l'eucharistie est un vrai sacrement; la seconde, si Jésus-Christ a institué lui-même ce sacrement ; 'a troisième, si le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents dans le sacrement de l'eucharistie; la quatrième, s'ils y sont présents par transsubstantiation; la cinquième, si Jésus-Christ est tout entier présent sous chaque espèce et sous chaque partie de l'une et l'autre espèce ; la sixième, s'il y est présent d'une manière permanente ; la septième, s'il doit être adoré dans l'eucharistie.
ARTICLE I
L'eucharistie est-elle un vrai sacrement?
695. Il est de foi que l'eucharistie est un vrai sacrement de la loi évangélique. Le concile de Trente est exprès (1). Telle est d'ailleurs la croyance de toutes les Églises d'Orient et d'Occident. Les novateurs du seizième siècle eux-mêmes sont d'accord avec nous sur ce point. En effet, l'eucharistie réunit toutes les conditions requises pour un sacrement proprement dit. C'est un signe sen-
(l) Sess. vu, des Sacrements en général, can, :. — Voyei, ci-dessus, la ? 578.
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sible ; car les espèces du pain et du vin conservent leur forme extérieure, même après que la substance de ces deux éléments a été changée au corps et au sang de Jésus-Christ. Ce signe figure trois choses. La première est la passion du Sauveur : ■< Toutes les fois « que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous cannoncere? la mort du Seigneur (1). » La seconde est la grâce de Dieu qui nous est donnée par ce sacrement : « Ma chair, dit « Notre- Seigneur, est véritablement une nourriture, et mon sang •< est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit « mon sang demeure en moi, et moi en lui (2). » La troisième est la vie éternelle, que le Sauveur nous a promise : « Si quelqu'un « mange de ce pain, il vivra éternellement (3). » On voit que le signe eucharistique est un signe qui a la vertu de produire la grâce ; mais il n'a cette vertu que par l'institution de Jésus-Christ. C'est lui-même qui a institué l'eucharistie, comme nous le verrons dans l'article suivant. L'eucharistie est donc un vrai sacrement.
ARTICLE IL
Jésas-Clirist a-t-il institué le sacrement de l'eucharistie?
696. Il est de foi que Jésus-Christ a institué le sacrement de l'eucharistie (4) : ce sacrement ne pouvait être institué que par lui, puisqu'il conrient son corps et son sang, sous les espèces du pain et du vin. Aussi nous lisons dans l'Évangile que l'heure étant arrivée de passer de ce monde à son Père, et voulant rester avec les siens jusqu'à la fin des siècles, il institua le sacrement de l'eucharistie pour nous témoigner ''excès de son amour, pour continuer dans l'Église le sacrifice qu'il devait offrir sur la croix, et nous en appliquer le prix, principalement en se donnant à nous par la sainte communion. Il l'institua la veille de sa passion : célébrant la Pàque a^ec ses apôtres, « il prit du pain, le bénit en ren- " danî grâces a Dieu son Père, le rompit, et le donna à ses disciples, ' en disant : Prenez et mangez ; ceci est mon corps : hoc est cor- « pus meum. Ensuite, prenant la coupe, il rendit grâces, et la leur " donna, en disant : Buvez tous de ceci ; car ceci est mon sang de r. la nouvelle alliance, qui sera versé pour plusieurs en rémission ' des péchés : Hic est enim sanguis meus Novi Testamenti, qui
(1) l'e épltre aux Corintliiens, c. xi, v. 26 (2) Saint Jean, c. ti, v. 56 et
— (3) lliideo), V. 59. — (4) Voyez, ci-dessus, le n" 578.
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t pro multis effundetur in remissionem peccatorum (l). Faites « cela en mémoire de moi (2). » Ces paroles, qu'on appelle les paroles (le l'institution, s'adressent et aux apôtres et aux evêques leurs successeurs, et aux simples prêtres qui participent au sacerioee de Jésus-Christ.
ARTICLE III
Le corps et le sang de Jésus-Ciuist sout-ils réellement présents dans le ..acremcnt de l'eucharistie ?
697. Il est de foi que le sacrement de l'eucharistie contient véritablement , réellement et substantiellement le corps , le sang , l'âme et la divinité de Notre-Seigneur, c'est-à-dire, Jésus-Christ tout entier. Voici le décret du concile de Trente : « Si quelqu'un « nie que le sacrement de la très-sainte eucharistie contienne véri- « tablement , réellement et substantiellement le corps et le sang « avec l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par « conséquent Jésus-Christ tout entier , disant qu'il y est seulement « comme eu signe, en figure, ou en vertu ; qu'il soit anathème{3). » On voit par ce décret, premièrement, que Jésus- Christ est véritablement présent dans l'eucharistie, verej ce qui est dirige contr*< tous ceux qui , à l'exemple de Zwingle et de Calvin, prétendent qu'il n'y est qu'en signe ou en figure ; secondement, qu'il y est réellement présent, realiier; ce qui est contre les mêmes hérétiques, qui, pour tromper les simples, répètent que le corps de Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie , mais qu'il n'y est présent que par la foi , et non en realité ; troisièmement, qu'il y est présent substantiellement, substantialiter. Le concile a voulu atteindre Calvin, qui, pour paraîti-e tenir un langage catholique, disait que le corps de Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie , par la vertu qui en émane dans notre âme , tout en enseignant qu'il n'était que dans les deux quant à la substance. L'anathème du concile de Trente tombe directement sur les sacramenlaires , c'est-à-dire, sur les zwingliens, les calvinistes, et sur ceux, des anglicans et luthériens qui ne regardent l'eucharistie que comme uu
(1) Saint Matthieu, c. xxvi, v. 26, etc. — (2) Saint Luc, c. xxii, v. 19. — (3) Si quis negaveril, in sanctissimae eucharistias sacraniento contineri vere, realiter et substantialiter corpus et sangninem una cnni anima et divinitate Domiui uostri Jesu Christi, ac proinde tutum Christnm ; ."^ed dixerit taulunimodo esse in eo, ut iu siguo, vel figura, aut virtute ; anathenia sit. Scss. xiii, eau 1.
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simple sacrement, et nient la présence réelle, renouvelant Terreur de Bérenger, mort en 1088. Quant à Luther, il admettait la présence réelle , mais il rejetait la transsubstantiation.
698. Quoique les décisions de l'Église suffisent bien certainement pour fixer la foi du vrai cbrétieu, cependant, pour confondre l'hérésie, nous établirons le dogme de la présence réelle par l'Écriture sainte, par l'enseignement des Pères, des papes et des conciles des premiers siècles , et par la croyance générale et constante de l'Église universelle.
§ I. La présence réelle se prouve par l'Écriture sainte.
699. Les livres saints nous offrent trois preuves de la présence réelle : la première se tire des paroles qui expriment la promesse de Jésus-Clirist ; la seconde, des paroles de l'institution de l'eucharistie ; et la troisième , des paroles de saint Paul concernant la communion.