PREMIÈRE PREUVE
Tirée des paroles de la promesse de Jésus-Clirist.
700. Après avoir parlé de sa mission et de la nécessité de la foi à sa divinité, Jésus annonce aux Juifs le grand mystère qu'il devait opérer un jour, et s'exprime en ces termes : « Je suis le pain « vivant ; quiconque mangera de ce pain vivra éternellement ; et « ce pain que je donnerai moi-même , c'est ma chair qui sera li- « vrée pour la vie du monde (l). » A ces paroles, les Juifs étonnés s'écrièrent : « Comment peut-il, celui-là, nous donner sa chair à « manger (2) ? » Ils croyaient donc qu'il s'agissait d'une manducation réelle de la chair de Jésus-Christ. La promesse d'une manducation figurée, purement symbolique, n'eût fait aucune impression sur eux. Or, au lieu de les calmer en disant qu'il ne parlait que de la foi ou de la figure de son corps, Jésus confirma ses premières paroles, et le sens qu'on leur donnait, par des paroles plus fortes encore. Écoutons-le : « En vérité, en vérité, je vous le dis : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne bu-
(1) Ego siim panis vivus, qui de cœlo descendi. Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in aeternum ; et panis queni ego dabo, caro mea est pro rauudi vita. Saint Jean, c. \i,v. 51 et 52. — (2) Litigabantergo Judaei ad iuvicem, dicentes: Quoniodo potest hic iiobis caruem suain daie ad luaiiducaDdum.' Ibidem, v, &3.
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« vez son sang, vous n'aurez point !a vie en vous. Celui qui mange x ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai X au dernier jour^ car ma chair est véritablement une nourriture, » et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma ; chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le I' Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi '< celui qui me mange vivra par moi. C'est ici le pain qui est des- '< cendu du ciel. Il n'est pas comme la manne que vos pères ont « mau.gée, et qui ne les a pas empêchés de mourir. Celui qui mange « ce pain vivra éternellement (i). » Notre-Seigneur a donc voulu qu'on prit ses paroles à la lettre, et qu'on les entendît d'une manducation réelle.
701. Aussi plusieurs de ses disciples furent eux-mêmes offensés des paroles de leur maître. « Que ce discours est dur ! dirent- « ils; qui peut l'entendre (2)? > Ils n'auraient certainement pas eu lieu d'être scandalisés, et ils ne l'eussent pas été , s'ils avaient entendu les paroles de Jésus-Christ dans un sens figuré, dans le sens d'une manducation qui ne se fait que par la foi. Ils avaient donc pris ces paroles dans le sens d'une manducation réelle. Or, Jésus les a-t-il détrompés? Non! loin de là, il aggrave encore la difficulté ; se tournant vers ceux qui murmuraient, il leur dit : « Cela « vous scandalise I Et que sera-ce donc quand vous verrez le Fils de « l'homme monter où il était auparavant (3) ? » Comme s'il eût dit : Si vous vous scandalisez de ce que je vous annonce, que je vous donnerai ma chair à manger maintenant qu'elle est encore sur la terre, combien n'en serez-vous pas plus scandalisés quand vous la verrez monter au ciel, et disparaître d'au milieu de vous ? Si cette manducation vous semble incroyable à présent que vous
(1) Djxit ergo eis Jésus : Amen, amen dico vobis : Nisi mandiicaveritis carnem Filii hominis, et biberitis ejiis sangninem, non habebitis vitam in vobis. Qui manducat meam carnera, et bibit meum sauguinem, liabet vitam acteniam : et ego lesuscitabo eum in novissimo die. Cai o enini mea, vere est cibiis ; et sanguis meus, vere est potus. — Qui niandncat meam carnem, et bibit meora san- ^uinem, in me manet, et ego in ilio. — Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Palrem : et qui manducat me, etipse vivel propter me.— Hic estpanis, jui de cœlo descendit. Non sicul mandncaverunt patres vestri manna,et mortiii lunt. Qui manducat bunc panem, vivet in a-ternuni. Ibidem, v. 54, etc. — |2) Haec dixit in synagoga docens, in Capbarnanm. — Multi ergo audientes ex discipulis ejus, dixerunt : Duriis est bic sermo, et quis polest eiun audire? Ibidem, V. 00 et 61 — (3) Scicns autem Jésus apud semetipsunî, quia murmina rent de lioc discipuli ejus, dixit eis : Hoc vos scandahzat? — Si ergo vidciiti» Filiiim lioniinis asciMidcntem ubi erat priu<? Ibidem, v. 62 et 63-
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voyez mon corps, combien ne vous le semblera-t-elle pas davantage quand vous ne le verrez plus? Ainsi le Seigneur représente cette manducation comme devant être , pour ses disciples encore faibles dans la foi , beaucoup plus difficile après qu'avant l'ascension. Il a donc voulu les confirmer dans le sens de la manducation réelle ; car une manducation toute spirituelle, qui consisterait dans la foi, ne leur eût pas paru plus difficile après l'ascension qu'auparavant.
702. Ne dites pas que Notre-Seigneur a ramené ses disciples au sens figuré, en ajoutant que c'est l'esprit qui vivifie; que la chair ne sert de rien; que ses paroles sont esprit et vie (l) : il n'est point en contradiction avec lui-même. Par ces dernières paroles, il a voulu seulement éloigner de l'esprit des Juifs et de plusieurs de ses disciples le sens grossier et charnel dans lequel ils avaient entendu son discours , et leur faire comprendre que la manducation de son corps, quoique réelle et non figurée, n'était point une manducation commune et naturelle, mais une manducation mystérieuse que la chair ou les sens ne saisissent point, et que l'on ne conçoit que par la foi qui nous vient d'en haut. C'est pourquoi il leur reproche de ne pas croire, en leur disant : « Personne ne peut venir à moi, s'il ne lui a été donné par « mon Père (2). » Et, loin d'être détrompés sur la manducation réelle du corps de Jésus-Christ, et de s'attacher à leur maître, un bon nombre de disciples s'éloignèrent de lui et ne le suivirent plus : Ex hoc rnulli discipulorum ejus abierunt rétro , et jam non ciim illo ambulabant (3).
703. Résumons : les paroles de la promesse de Jésus-Christ prouvent le dogme de la présence réelle de.son corps dans l'eucharistie, si ou doit les entendre dans le sens d'une manducation réelle et non figurée. Or, on doit les entendre dans le sens d'une manducation réelle et non figurée , puisque les Juifs et les disciples de Notre-Seigneur les ont entendues dans le sens d'une manducation réelle, et que Notre-Seigneur lui-même les a confirmés à différentes reprises dans le sens qu'ils donnaient à ses paroles : donc les paroles de la promesse prouvent le dogme de la présence réelle; donc ce serait sans aucun fondement que l'on prétendrair que ces mêmes paroles ne se rapportent point au sacrement d<
(Ij Spiritii.s est qui vivjticat : caro non prodcst qui<1quam; verha, quiie egi loculus suoi vobis, spiriliis et vita sunl. Ibidem, v. 64. — (2) Proplerea (li?>i vobis,quia iienio potest veniie ad nie,uisi fueiit ei datum a Pâtre meo Ibidem, V. 66 — (3) Ibidem, v. 67.
l'eucharistie. Ce serait d'ailleurs s'écarter de la tradition. Eu effet, nous pourrions citer, entre autres, saint Irénée, Origène, saint Cyprien, saint Athanase , saint Hilaire, saint Basile, saint Cyrille de Jérusalem , saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Épiphane, saint Jérôme, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret , le pape saint Léon , les Pères du concile d'Éphèse de l'an 431, et ceux du concile de Nicée de l'an 787. Ils invoquent tous, en faveur du dogme eucharistique, le sixième chapitre de saint Jean.