DEUXIÈME PREUVE
Tirée des paroles de l'institution de l'eucharistie.
70 4, Jésus, célébrant la cène avec ses apôtres, « prit du pain, le « bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant: Prenez et '• mangez ; ceci est mon corps : hoc est corpus meum. Et, prenant « le calice, il rendit grâces à Dieu et le leur donna, en disant: Bu- « vez-en tous; car ceci est mon sang de la nouvelle alliance, qui « sera répandu pour vous et pour plusieurs en rémission des pé-
< Chés : HIC EST ENIM SANGUIS MEUS (l). »
705. On ne peut rien désirer de plus formel et de plus précis en faveur du dogme de la présence réelle du corps et du sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ dans l'eucharistie, que ces paroles : Ceci est won corps , ceci est mon sang. A les prendre dans leur sens naturel, elles prouvent évidemment la présence réelle. Or, on ne peut raisonnablement les prendre que dans leur sens propre et naturel. C'est une règle en fait d'interprétation, qu'il faut entendre les paroles de l'Écriture dans leur sens propre, dans le sens qu'elles offrent naturellement à l'esprit, à moins qu'il n'y ait quelque raison qui nous force de les prendre au figuré ; autrement, ou tomberait infailliblement dans l'arbitraire, et c'en serait fait de l'autorité des livres sacrés. Or, il n'est aucune raison qui nous oblige de recourir au sens figuré pour l'interprétation des paroles de l'institution de l'eucharistie. Ni la nature des choses, ni l'usage reçu parmi les Juifs, ni aucun autre passage de l'Écriture, ni aucun avertissement, aucune explication de la part de celui qui parle, n'exige qu'on s'écarte du sens naturel et littéral : on doit donc prendre à
(1) Saint Matthieu, c. xxvi, v. 26, 27 et 28; saint Marc, c. x'v, v. 22, 23 et 24 ; saint Luc, c. xxii, v. 19 et 20 , saint Faul> 1" épttre aux Corinthiens, XI, V. 24 et 2o.
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la lettre, et non dans le sens figuré , les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.
706. D'ailleurs, tout clîrétien , quiconque a la foi en la divinité de Notre-Seigneur, reconnaîtra qu'il pouvait établir la présence de son corps et de son sang dans l'eucharistie : ce mystère, qui s'offre à nous comme l'abrégé des merveilles de la puissance, de la sagesse et de la bonté de Dieu, n'est pas plus impossible que le mystère ineffable de l'incarnation. Or, en supposant qu'il eût voulu se rendre réellement présent dans ce sacrement, eût-il pu s'exprimer plus clairement qu'il ne l'a fait, pour nous faire croire qu'il nous donnait son corps à manger et son sang à boire? Il ne pouvait dire à ses disciples d'une manière plus expresse, plus explicite, plus formelle, que ce qu'il leur donnait était son corps et son sang ; car nulle part il ne dit : Ceci est le signe ou la figure de mon corps; mais bien, sans détour, sans équivoque : Ceci est mon corps; ceci est mon sang. Il faut donc de toute nécessité entendre ces paroles dans leur sens propre et littéral, dans le sens de la présence réelle. Enfin, en établissant l'eucharistie, le Fils de Dieu établit un sacrement, il en fait l'objet d'un dogme et d'une loi, le sceau de la nouvelle alliance, du Nouveau Testament. Or, tout cela demandait qu'il parlât nettement, sans métaphore, sans figure. La première condition d'une loi, d'une alliance, d'un testament, c'est la clarté et la précision. Il faut donc, encore une fa's, s'en tenir à la lettre pour l'interprétation de ces paroles: Ceci est mon corps; ceci est mon sang. Il est donc prouvé, par les paroles de l'institution de l'eucharistie, que le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont réellement présents dans ce sacrement.
707. On répétera peut-être que souvent, dans l'Ecriture sainte, le signe reçoit le nom de la chose signifiée. Joseph , expliquant le songe de Pharaon, lui dit : Les sept vaches grasses et les sept épis pleins sont sept années d'abondance. Daniel, voulant donner à Nabuchodonozor le sens de la vision qu'il avait eue , lui dit : Vous êtes la tête d'or. Jésus-Christ lui-même, expliquant la parabole de la semence, dit : Celui qui sème est le Fils de l'homme. Saint Paul, parlant du rocher dont Moyse fit sortir de l'eau, ajoute : Cette pierre était le Christ. Mais le Sauveur, en instituant l'euchadstie, n'expliquait ni un songe, ni une vision, ni une parabole, ni un type de l'ancienne loi; il mettait, au contraire, la réalité à la place des figures. Il établissait une loi, un dogme pratique, un sacrement, dont il importait souverainement d'e24[)ii.-
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quer clairement la nature et l'objet, afin de ne donner lieu à aucune erreur. Ce n'était donc pas le cas de parler en figure. Si Notre- Seigneur eût usé de cette équivoque, de laquelle il prévoyait "abus, il eût tendu un piège inévitable à ses apôtres, à l'Église entière, qu'il a fondée sur la terre au prix de son sang. Car, ainsi que nous le verrons à l'instant, on a toujours cru dans l'Église chrétienne , sur les paroles mêmes de l'institution , à la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'eucharistie. Et c'est pour cela que nous ne nous arrêterons point à réfuter les subtilités par lesquelles les hérétiques ont cherché à dénatiu'er le sens de ces paroles.