CHAPITRE II
De la matière et de la forme du sacrifice de la messe.
822. Il ne s'agit pas ici de la matière qui doit être consacrée, ci des paroles de la consécration, dont nous avons parlé dans la pre* mière partie de ce traité, mais bien de la matière du sacrifice qui s'opère par la consécration, ou de la chose offerte à Dieu dans l'eucharistie. Or la matière de ce sacrifice est Jésus-Christ lui-même, dont le corps et le sang sont présents sous les espèces du pain et du vin: c'est Jésus-Christ qui est la victime, l'hostie qui s'immole dans le sacrifice eucharistique. « Le même Christ qui s'est offert une fois « d'une manière sanglante sur l'autel de la croix est présent dans « le divin sacrifice de la messe, et y est immolé d'une manière non « sanglante (2). » Et c'est parce que Jésus est véritablement, réellement et substantiellement présent dans l'eucharistie, que l'eucharistie est un sacrifice réel, véritable et proprement dit. Les espèces du pain et du vin, qui voilent le corps et le sang de Jésus- Christ, appartiennent au sacrifice et le rendent sensible; mais elles ne le constituent pas , elles ne sont point l'oblation qu'on fait à Dieu.
823. Quant à la /orme qui produit et consomme le sacrifice, de Vaveu de tous, elle requiert nécessairement la consécration du prêtre. C'est par la consécration que s'opère le sacrifice de la messe ; c'est la consécration qui rend la victime présente sur l'autel, et la met dans un état de mort par la séparation mystique du corps et du sang de Jésus-'Jhrist. Aussi, à la différence du sacrement de l'eucharistie, qui est plein et entier sous une seule espèce, le sacrifice
(1) Bossuet, Exposition de la doctrme de VËfjlise, c. xiv et &?•
DB L EUCHABISTIE. 535
de la messe ne s'accomplit que par la consécration sous les deux espèces du pain et du vin. Mais la consécration seule suffit-eUe poi;r le sacrifice ? On le croit communément : l'oblalion de Jésus- Christ sur nos autels consiste essentiellement dans la consécration de l'eucharistie (l). « Cette parole, Ceci est mon corps, opère le sa- « crifice, » dit saint Jean Chrysostome (2). Suivant saint Irénée, « le Christ, en disant, Ceci est mon corps, nous a enseigné la nou- « velle oblation du Nouveau Testament (3). » Saint Grégoire àh, Nysse , et généralement les autres Pères de l'Église , s'expriment dans le même sens. On ne doit donc point regarder comme nécessaires, essentielles au sacrifice, les autres actions du célébrant qui précèdent ou qui suivent la consécration, à l'exception toutefois de la communion du prêtre , qui appartient à l'intégrité du sacrifice.