CHAPITRE II
De la matière et de la forme du sacrement de pénitence.
850. On distingue, dans le sacrement de pénitence comme dans es autres sacrements, la matière et la forme, qui en sont les deux parties essentielles. Les scolastiques distinguent encore la matière éloignée et la matière prochaine du sacrement de pénitence. La matièire éloignée, disent-ils, sont les péc'iés du pénitent, et la matière prochaine en sont les actes ; mais il serait plus exact de
(1) Voyez le lextc, ibidem, ch. u.
dire que los péchés sont la matière de \?i confession, et non du sacrement. Quoi qu'il en soit , il est généralement reçu aujourd'hui que la matière sacramentelle consiste dans les actes du pénitent, qui sont la contrition, la confession et la satisfaction, ainsi que 'enseigne saint Thomas. C'est aussi la doctrine du pape Eugène IV : « La pénitence, dit-il, est le quatrième sacrement. Les actes du pé- « nitent, la contrition du cœur , la confession orale et la satisfac- « tion pour les péchés , sont comme la matière de ce sacrement ^ • gunsi materia (i). » Le concile de Trente n'est pas moins exprès : « La gitasi-matière du sacrement de pénitence sont les actes « du pénitent , savoir, la contrition , la conlfession et la satisfac- « tion. Ces mêmes actes, étant de droit divin nécessaires dans le « pénitent pour l'intégrité du sacrement et la pleine et parfaite « rémission des péchés , sont pour cela même appelés les parties « de la pénitence (2). » Ainsi donc , « si quelqu'un nie que, pour « l'entière et parfaite rémission des péchés, trois actes soient requis « dans le pénitent comme matière du sacrement de pénitence, «savoir, la contrition, la confession et la satisfaction, qu'on « appelle jes trois parties de la pénitence....; qu'il soit ana- « thème (3). »
851. 11 est donc de foi que la contrition, la confession et la satisfaction, de la part du pénitent, sont comme la matière du sacrement de pénitence. Mais il n'est pas de foi que ces trois actes soient la matière sacramentelle proprement dite, puisque le concile de Trente et Eugène IV disent seulement qu'ils sont comme la matière du sacrement, quan materia. Néanmoins, suivant l'explication que nous en donne le catéchism.e romain , cette manière de parler ne signifie pas que la contrition, la confession et la satisfaction ne soient point la vraie matière du sacrement de pénitence ; mais que la matière de ce sacrement n'est pas du même genre que la matière des autres sacrements , qui est tout extérieure à celui qui les reçoit , comme l'eau dans le baptême et le chrême dans la confirmation (4). Quant à la forme du sacrement de la réconciliation, elle consiste dans ces paroles du prêtre : Je t'absous de tes
(1) Décret pour les arméniens. — (2) Sunt autein quasi materia iiujns sacramonti ipsiusp(Pnitentisacliis,npniiieconlritio, ronfessio, etsatisfaclio. Sess.xiv, ch. m. — (3) Si (iiiis negaverit, ad integrani et perfectam peccatorum remissioiiem requiri très actus in pœnilente, quasi matcriam sacranienti uoenilentia;, videlicel contrilionem, conCessionem <t satisfactionem ; quœ 1res pœnitentiee parles dicnutur... ; anatlicnvj sil. Jbidt'-ni, can. iv —'.4) Catécliisine du concile do Trente, sur la Pénitence.
552 DE LA PÉNITENCB.
péchés , Ego le absolvo a peccatis tuis , ou simplement dans celles-ci^ Ego te absolvo (t).
ARTICLE I
De la contrition.
852. La contrition est une douleur intérieure et une détestation du péché que l'on a commis , avec le propos de ne plus pécher à l'avenir. Cette contrition ne renferme pas seulement la cessation du péché avec le propos et le commencement d'une nouvelle vie, mais encore la haine, la détestation de la vie passée. Laissons parler le concile de Trente : « La contrition , qui tient le premier rang « parmi les actes du pénitent, est une douleur de l'àme et une dé- " testation du péché qu'on a commis. Ce mouvement de contrition « a été nécessaire en tout temps pour obtenir le pardon des péchés ; '< et, dans l'homme tombé après son baptême, il sert de prépara- " tion à la grâce de la réconciliation , s'il se trouve joint à la con- « fiance en la miséricorde de Dieu , et au désir de faire les autres « choses qui sont nécessaires pour recevoir comme il faut le sa- « crement de pénitence. Le saint concile déclare donc que cette '< contrition ne comprend pas seulement la cessation du péché, la '< résolution et le commencement d'une vie nouvelle, mais encore « la haine de la ^^e passée , suivant ces paroles : Rejetez loin de « vous vos iniquités , par lesquelles vous avez violé la loi de Dieu, « et faites-vous un cœur nouveau (2). «
853. Suivant le concile de Trente que nous venons de citer , la contrition a été de tout temps nécessaire au pécheur pour obtenir le pardon de ses offenses. Elle est même nécessaire de nécessité de înoijen à tous ceux qui ont eu le malheur de tomber dans quelque péché mortel. Il faut , de toute nécessité, ou que le péché soit puni, ou qu'il soit expié par la pénitence. Dieu lui-même, quoique infiniment miséricordieux, ne peut nous dispenser de la satisfaction que réclament sa sagesse et sa justice. Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous: Nisi pœnitenliam egeritis,^ omnec similiter peribitis (3;. Ainsi donc, quiconque a offensé Dieu mortellement est obligé, de droit divin, naturel et positif, de recourir à la pénitence pour satisfaire à la justice divine (4).
(1) Forma hujus (pœiiiteutiae) sacrameuti sunt verba absolutionis, quae. sacerdos profert , cum dicit : Ego te absolvo, etc. Eugène IV, Décret pour le* arméniens. — (2) Sess. xiv, ch. iv — (3) Saint Luc, c. xiu, v. 5. — (4) Voyez,
854. La contrition en général, soit parfaite, soit imparfaite, doit être intérieure , surnaturelle , universelle et souveraine. Elle doit être intérieure; c'est un sentiment, une douleur de l'âme. C'est du cœur que part le péché ; c'est du cœur , par conséquent , que doivent partir le regret, la détestation, la haine du péché. « Voici donc ce que dit maintenant le Seigneur : Convertissez- « vous à moi de tout votre cœur , dans le jeûne , dans les larmes et « dans les gémissements ; déchirez vos cœurs et non vos vêtements, « et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu (1). » Mais, entant que la contrition fait partie du sacrement , elle doit être sensible ; il est nécessaire qu'elle se manifeste par quelques signes extérieurs, afin que ie prêtre puisse juger s'il y a lieu à absoudre le pénitent.
Elle doit être surnaturelle ^ et dans son principe et dans ses motifs. La contrition est un don de Dieu ; sans la grâce , nous ne pouvons absolument rien dans l'ordre du salut ; on ne peut , ainsi que la foi nous l'apprend , se repentir comme il faut pour obtenir le pardon de ses péchés, sans l'inspiration et le secours de l'Esprit- Saint (2). Il est nécessaire d'ailleurs qu'elle soit fondés sur les motifs que nous fournit la foi. Nous devons détester le péché, parce qu'il déplaît à Dieu , parce que c'est une offense commise contre Dieu. Si nous n'avions de la douleur d'avoir péché qu'à cause de la honte des châtiments que nous avoo* à craindre aux yeux des hommes , ou des maux temporels qui sont la suite du désordre , cette douleur ne nous mériterait point le pardon de nos péchés ; elle serait rejetée de Dieu, comme la pénitence de l'impie Antiochus.
855. Elle doit être universelle , c'est-à-dire qu'elle doit s'étendre à tous les péchés mortels que l'on a commis , sans en excepter un seul. Celui qui conserve de l'affection pour un péché mortel, pour une passion criminelle , n'est évidemment point pénitent. 11 est impossible de haïr véritablement un seul péché mortel , comme étant une offense de Dieu , sans haïr en même temps tout ce qui peut l'offenser mortellement. Mais pour que la contrition soit universelle , il suffit que le pénitent déteste tous ses péchés par un seul acte , et par un seul motif qui convienne à tout péché mortel ,
pour la pratique, ce que nous avons dit dans la Théologie morale, tom.n, n" 395, e(c — (1) Dicit Dominus : Convertiniini ad me in tolo corde vestro, in jejunio, et in lletu, et in planctu. Et sciiidite corda vestra, et non vestiinenta vestra, et convertiniini ad Dominum Deuni vestrum. Joël, c. ii, v. 12 et ii.^m (2) Concile de Trente, sess. \i, can. ni.
564 DE LA. PENITENCB.
de quelque espèce qu'il soit (1). Cependant il est à propos que V pénitent déteste tous ses péchés en détail, et qu'il s'excite à la con trition par les divers motifs propres à chaque péché , si on excepte les péclîés contre l'aimable vertu, auxquels il est dangereux de s'arrêter, même dans un examen de conscience (2).
856. Enfin , la contrition doit être souveraine , c'est-à-dire que la douleur du péché doit l'emporter sur tout autre sentiment II faut que nous soyons plus affligés d'avoir olTensé Dieu que nous ne le sommes de tout autre malheur. Le péché est le plus grand de tous les maux ; nous devons donc être disposés à tout sacrifier, plutôt que d'offenser Dieu mortellement. « Si quelqu'un vient à « moi, dit Jésus-Christ, et ne hait pas son père , et sa mère , et sa « femme, et ses enfants , et ses frères , et ses sœurs , et même sa « propre vie , il ne peut être mon disciple (3). » Toutefois, la douleur du péché a des degrés ; elle peut être souveraine, sans être aussi intense dans un pénitent que dans un autre. Voilà pourquoi il n'est pas nécessaire qu'elle soit , comme s'exprime l'école, souveraine intensivement , ou qu'elle parvienne au plus haut degré possible. Il n'est pas nécessaire non plus qu'elle soit plus sensible et plus vive , ni même aussi sensible et aussi vive, que la douleur qu'on aurait des maux temporels. On peut être disposé à tout sacrifier plutôt que de pécher mortellement , quoiqu'on soit moins sensiblement affecté de l'avoir fait que d'avoir perdu son père, sa mère , un ami ; comme aussi celui qui aimerait mieux mourir que de commettre un seul péché mortel , peut néanmoins être plus effrayé à la vue de la mort dont il est menacé , que du danger de perdre la vie de la grâce.
857. Comme le ferme propos ou la résolution de ne plus pécher à l'avenir entre dans une contrition sincère et véritable , il doit être lui-même sincère, ferme, universel et efficace. Il est nécessaire que le pénitent renonce au péché et à tout ce qui le porte au péché , ou qui peut être une occasion prochaine de péché (4).
858. On distingue la contrition parfaite e* la contrition imparfaite, qu'on nomme plus communément attrition. On appelle la contrition parfaite, celle qui est conçue par le motif de la charité parfaite, de cette charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus
(1) Saint Thomas, de la Vérité, quest. xxix, art- 5 — (1) Saint Alphonse de Liguori, Thécl. moral., lir. \i, n" 438. — (3) Si qnis venit ad me, et non odit patrem siium, et matrem, et u\orem,et lilioî.el fralres, et sorores, adhuc autem et animam suam, non potest mens esse discipulns. Saint Luc, c. xiv, i;. 25. — [Â) Voyez ce que nous avons dit dans la Théologie morale, tom. ii, n" 392.
toutes choses, pour lui-même, comme étant infiniment parfait. La contrition imparfaite est celle qui part d'un motif inférieur à celui de la charité parfaite; elle est communément conçue ou par la considération de la turpitude que la foi nous montre dans le péché, ou par la crainte de l'enfer et des châtiments de Dieu. Or, la contrition parfaite justifie l'homme par elle-même, et avant la réception du sacrement; toutefois, elle n'obtient pas cet effet sans le vœu du sacrement qn'elle renferme.
859. A défaut de la contrition parfaite, on ne peut rentrer en grâce avec Dieu que par l'attrition jointe au sacrement. « Quoi- « qu'il arrive quelquefois que la contrition soit parfaite par le «moyen de la charité, et qu'elle réconcilie l'homme avec Dieu « avant qu'il ait reçu actuellement le sacrement, il ne faut pour- « tant pas attribuer cette réconciliation à la contrition , sans le • désir qu'elle renferme de recevoir le sacrement. Quant à la con- « trition imparfaite, qu'on appelle attrition, parce qu'elle est " communément conçue par la considération de la turpitude du •< péchéj ou de la crainte de l'enfer et des châtiments de Dieu; si, « avec l'espérance du pardon, elle exclut la volonté de pécher, le « saint concile déclare que non -seulement elle ne rend point « hypocrite et plus grand pécheur, mais qu'elle est même un don « de Dieu et une impulsion du Saint-Esprit, qui, sans habiter en- « core dans le pénitent, l'excite et l'aide à se préparer la voie ;< à la justice. Et quoiqu'elle ne puisse par elle-même, sans le sa- -< crement de pénitence , conduire le pécheur jusqu'à la justifica- « tion , elle le dispose toutefois à obtenir la grâce de Dieu dans le « sacrement de pénitence. Car , frappés utilement de cette crainte « à la prédication de Jonas pleine de terreur, les Kinivites fnent « pénitence, et obtinrent de Dieu miséricorde (i). »
ARTICLE IL
De la coiifessioû.
860. La confession , qui fait partie du sacrement de pénitence, est une accusation que le pénitent fait de ses péchés à un prêtre approuvé, pour en recevoir l'absolution. Il s'agit de la confession sacramentelle, de la confession que l'on fait à un prêtre approuvé
(1) Concile deTtcute, sess. xiv, ch. iv, ei can. v. -Voyez, pour la pratique, ce que nous avons dit dans la Théologie morale, ton. a, n" 396, etc.
par l'Église. Or, cette confession est nécessaire de droit divla; îï est de foi qu'elle a été instituée et ordonnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour tous ceux qui sont tombés dans quelque péché mortel, après avoir été régénérés par le baptême. « Si quelqu'un « nie que la confession sacramentelle soit une institution divine, « ou qu'elle soit nécessaire au salut , de droit divin ; ou que la « manière de se confesser secrètement au prêtre seul , ainsi que « l'Église catholique l'observe et l'a toujours observé dès le com- « mencement, n'est pas conforme à l'institution et au précepte de « Jésus-Christ, mais que c'est une invention humaine (l); ou que « la confession de tous les péchés mortels dont on peut se souvenir, '• après y avoir soigneusement pensé, est seulement utile pour " l'instruction et la consolation du pénitent, et qu'autrefois elle « n'a été en usage que pour imposer une satisfaction canoni- <• que (2) ; ou que la confession de tous ses péchés , telle que l'ob- K serve l'Église, est impossible , et n'est qu'une tradition humaine « qui doit être abolie : qu'il soit anathème (3). « Ainsi s'exprime le dernier concile général contre les erreurs contradictoires des luthériens et des calvinistes, qui, en niant l'institution divine et la nécessité de la confession, la regardent, les uns, comme une institution ancienne et utile ; les autres, comme une pratique nuisible à l'Église et qu'on ne doit pomt tolérer, comme une abominable torture inventée par le pape Innocent III au concile général de Latran, de l'an 1215. Nous avons donc à montrer, pour confondre l'hérésie, que le dogme catholique, au sujet de la confession, est fondé sur l'Écriture sainte, sur l'enseignement des Pères et des docteurs de tous les temps, et sur la croyance et la pratique non interrompue de l'Église universelle.
§ I. Preuves de l'institution divine de la confession par l'Écris ture sainte.
861 . On lit dans saint Jean : « Jésus dit à ses disciples : La paix
« soit avec vous! Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie
aussi de même. Ayant dit cela, il souffla sur eux, et leur dit:
(1) si quis negaverit, confessionem sacramentalem vel institutam, vel ad salutem necessariam esse jure divino; aut dixerit, raodum secrète confitendi soli sacerdoti, quem Ecclesia catholica ab inilio semper observavitet observât, alienum esse ab institutions et naandato Chiisti, et inventuna esse Itumanum ; anathema sit. Concile de Trente, sess. xiv, can. vi. — (2) Ibidem, can. vu. — (3) Ibidem, can. viu.
■ Recevez l'Esprit-Saint ; les péchés seront remis à ceux à qui « vous les remettrez , et ils seront retenus à ceux à qui vous les « retiendrez (1). » Ici Notre-Seisrneur exécute la promesse qu'il avait faite à ses disciples, lors([u'il dit à Pierre : '< Jeté donnerai « les clefs du royaume des deux; et tout ce que tu lieras sur la « terre, sera lié dans le ciel; et tout ce que tu délieras sur la « terre, sera délié dans le ciel (2). « Et à tous les apôtres : « Tout « ce que vous lierez sur la terre , sera lié dans le ciel; et tout ce « que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel (3). » On voit, par ces paroles , que Jésus-Christ a donné a ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans le ciel , de remettre et de retenir les péchés. Et par ce pouvoir de lier et de délier, de remettre et de retenir, d'absoudre et de condamner, il évablit juges des consciences les apôtres et ceux qui leur ont succédé dans le sacerdoce ; il les charge de rendre la justice en son nom et au nom du Père céleste. Or, ils ne peuvent lier ou délier, retenir ou remettre les péchés , condamner ou absoudre les pécheurs, sans connaissance de cause, sans discerner entre les péchés qu'il faut remettre et les péchés qu'il faut retenir. Et ce discernement ne peut évidemment se faire sans l'aveu du pénitent. Il est donc nécessaire que le pécheur paraisse au tribunal du prêtre, et qu'il s'accuse lui-même, autant que possible, de tous les péchés mortels dont il s'est rendu coupable. Mais cette accusation n'est pas autre chose que la confession des péchés, telle qu'elle se pratique dans l'Église. Donc la nécessité de la confession découle naturellement du pouvoir que les apôtres et leurs successeurs ont reçu de Jésus- Ghrist, de lier et de délier, de remettre et de retenir les péchés.
.862. C'est le raisonnement du concile de Trente : « D'après « l'institution même du sacrement de pénitence , l'Église univer- « selle a toujours entendu que la confession entière des péchés a " été instituée par Notre-Seigneur, et qu'elle est, de droit divin, « nécessaire à tous ceux qui sont tombés après le baptême , puis- « que Notre-Se'gneur Jésus-Christ, étant près de monter de la •< terre au ciel , a établi les prêtres ses vicaires comme des prési- « dents et des juges, auxquels seraient déférés tous les péchés " mortels dont les fidèles se seraient rendus coupables; afin qu'en
(1) Saint Jean, c. xx,v. 21, etc. — Voyez le texte, ci-dessus, page 547, note 4. -►f2) Saint Matthieu, c. xvi, v. 19.— Voyez le texte, ci-dessus, page 547, !iote 2, — (3) Ibidem, c. xviu, v. 18. — Vo.ve/, le te«te, ci-dessus, page 547, note 3.
•< vertu du pouvoir des clefs qui leur a été donné pour remettre « ou retenir les péchés, ils pussent prononcer la sentence. Car il <■■ est manifeste que les prêtres ne pourraient porter ce jugement « sans connaissance de cause, ni garder l'équité dans l'imposition 9 des peines, si on ne déclarait les péchés qu'en général seulement, " et non en particulier et en détail. On conclut de là que les péni- '• tents doivent énumérer en confession tous les péchés mortels « dont ils se sentent coupables après une exacte discussion de leur « conscience, encore que ces péchés fussent très-secrets, et com- '< mis seulement contre les deux derniers préceptes du Décalo-
gue (l). « Il est donc constant que le pouvoir, dans les apôtres et eurs successeurs, délier et de délier, de retenir et de remettre les péchés, entraîne l'obligation, pour tous les pécheurs, de se présenter au tribunal du prêtre , et de confesser, aussi exactement que possible, toutes les fautes mortelles qu'ils ont comnMses, afin d'en recevoir l'absolution. Or, ce pouvoir de lier et de délier, de remettre et de retenir les péchés, vient de Jésus-Christ; il faut donc reconnaître que l'obligation de se confesser vient aussi de Jésus -Christ, et qu'elle est par conséquent une institution divine, et non , comme le prétendent les protestants, une institution des hommes.
863. On du'a peut-être que la confession des péchés, quoique d'institution divine, n'est point d'obligation ; qu'elle est utile et non nécessaire au salut; qu'il est bon de s'adresser à un prêtre pour en recevoir l'absolution, mais qu'il est d'autres moyens de satisfaire à la justice divine; qu'il suffit de se reconnaître sincèrement coupable devant Dieu, et de faire pénitence. Mais s'il est d'autres moyens de se réconcilier avec Dieu qui soient indépendants de la confession sacramentelle , pourquoi Noire-Seigneur ne les a-t-il pas fait connaître à son Église? Pourquoi les apôtres ne les ont-ils pas transmis à leurs successeurs? Si on n'est point obligé de recourir aux prêtres pour être absous , pourquoi donc Jésus-Christ leur a-t-il donné le pouvoir de retenir les péché?? Ce pouvoir ne serait-il pas un pouvoir illusoire? Comment, eu effet, le prêtre pourrait-ii user du droit de retenir les péchés à celui qui s'accuse, si le coupable pouvait ausilôt sortir du tribunal de la pénitence, et se promettre le pardon de ses offenses en se confessant à Dieu seul? Et à quoi serviront au prêtre les clefs du royaume des cieus, symbole du pouvoir d'ouvrir et de fermer le
(1) Sess. XIV, ch. V.
ciel à un pénitent, si ce pénitent peut entrer dans le ciel sans !e ministère du prêtre? A quoi bon d'ailleurs l'institution de la con fession , si le pécheur est libre de se confesser? Y en a-t-il un sur mille qui préférât la confession faite à un prêtre qui ignore l'état de notre àme, au moyen mille fois plus simple et plus facile de se aonfesser à Dieu, qui, sans le secours de notre confession, connaît ce qu'il y a de plus secret , de plus caché dans le fond de nos cœurs? Non , il n'y a pas de milieu : ou il faut , malgré la parole expresse de Jésus-Christ , nier qu'il ait donné à ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre et de retenir les péchés; ou il faut de toute nécessite reconnaître ce pouvoir, avec l'obligation de confesser aux prêtres les péchés mortels dont on s'est rendu coupable.
864. Nos frères séparés nous objectent que les livres saints ne parlent point de \sl confession sacramentelle, du sacrement de pénitence : mais cette objection, mille fois répétée et raille fois réduite au néant , n'a jamais pu faire de dupes que parmi les ignorants. D'abord, on ne lit nulle part dans les livres saints que le Verbe , Fils de Dieu , soit consubstantiel au Père ; et cependant ceux des protestants qui croient encore à la divinité de Jésus- Christ professent avec nous la consubstantialité du Verbe contre les sociniens. Les livres saints ne parlent point du baptême des enfants; cependant les luthériens et les calvinistes baptisent les enfants, contrairement à l'erreur des anabaptistes. Les livres saints ne donnent pas le nom de sacrement à l'eucharistie; néanmoins les protestants célèbrent la cène, et la mettent au nombre des sacrements. Et pourquoi cela? C'est qu'ils sont forcés de convenir, avec les catholiques, que tout ce qui se conclut nécessairement de quelques passages des livres saints doit être regardé comme vrai, comme divin, comnx, Taisant partie de l'Ecriture sainte (l). Or, l'obligation de se confesser résulte nécessairement du pouvoir que les apôtres et leurs successeurs ont reçu de Jésus- Christ, de lier et de délier, de remettre et de retenir les péchés, pouvoir clairement exprimé dans l'Évangile. Les protestants ne peuvent donc, sans être en contradiction avec eux-mêmes, répéter qu'il n'est point mention de la confession sacramentelle dans les livres saints.
865. D'ailleurs, est-il bien vrai que la confession sacramentelle ne soit point nommée dans l'Écriture? Qui nous a dit qu'il
(l) Dailié, Preuve de la foi par l'Écriture^ c. u, xn et \kj.
ne s'agit pa? de cette confession dans le texte des Actes des apô» très y ou nous lisons qu'un grand nombre de fidèles venaient trouver saint Paul à Éphèse, confessant et déclarant leurs péchés (1)? Comment prouverait-on que lorsque saint Jacques dit aux tîdèles, Confessez donc vos péchés les uns aux autres (2), il ne recommande pas la confession qui précède l'administration du sacrement de l'extrême-onction , dont il parle au même endroit? Les mots , les uns aux autres , n'indiquent certainement pas une confession publique; mais bien une confession faite à ceux de nos frères qui sont cbargés du ministère de la réconciliation , tout en demeurant semblables à nous, et sujets, comme nous, aux misères de cette vie : Elias homo erat similis nobis, passibilis (3). Enfin , ne peut-on pas soutenir que saint Jean regarde la confession comme un moyen nécessaire d'obtenir le pardon de ses péchés, lorsqu'il dit, dans sa première épître : « Si nous confessons « nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner, et « nous purifier de toute iniquité (4). » Il s'agit, dans ce passage, de la confession à laquelle Dieu a attaché le pardon des péchés; puisque l'apôtre nous dit que Dieu, qui est juste, sera fidèle à sa promesse en nous les pardonnant. Or, on ne peut citer aucun texte de l'Écriture où Dieu ait promis le pardon à ceux qui se confesseraient à lui seul ; tandis que Notre-Seigneur a promis que ce qui serait délié sur la terre par ses apôtres serait délié dans le ciel , et que les péchés qu'ils remettraient sur la terre seraient véritablement remis dans le ciel. Ce n'est donc pas lorsqu'on se confesse à Dieu seul, mais bien lorsqu'on se confesse aux successeurs des apôtres et qu'on en reçoit l'absolution, que Dieu se trouve fidèle dans sa promesse. L'apôtre saint Jean parle donc de la confession sacramentelle. Il y a donc de l'entêtement à répéter encore qu'il n'es* point parlé de la confession dans les livres saints. Aussi comme nous allons le prouver le plus brièvement qu'il nous sera possible, les Pères et les docteurs antérieurs au quatrième concile de Latran, s' appuyant sur les paroles de Jésus-Christ et des auteurs sacrés, nous ont transmis la confession secrète, auriculaire, sacramentelle , comme étant une institution divine et nécessaire au salut.
(I) Miiltique credentium veniebant, confitentes et anniintiantes actus siios. Act. des apôtres, c xix, v. 18. — (2) Confitemini alteriitnim pccafa vestra. Épître de saint Jacques, c. v, v. 16 — (3) Ibidem, v. 17. — (4) Si oonfiteamiir peccata nostra, iîdebs wt et justus, ut remittat peccata nostr&.P* épître de saint Jean, c i, v. 9.