‹ Théologie du Nouveau Testament [microform]Chapitre 13 sur 35 · VALEUR HISTORIQUE DU PORTRAIT ÉVANGÉLIOUE · texte numérisé non relu

VALEUR HISTORIQUE DU PORTRAIT ÉVANGÉLIOUE

L'esquisse rapide qui précède nous a mis en présence des deux documents principaux de la vie du Sauveur, les synoptiques et le quatrième évangile. Les synoptiques, contemporains à peu près de la ruine de Jérusalem, remontent plus haut que la narration johannique ; mais cette dernière a l'avantage de reproduire les souvenirs personnels d'un des apôtres intimes du Seigneur. Il est inutile d'insister sur l'imporlance extrême de cette dualité de sources. Pris à lui seul,

chacun des deux récits ne donnerait peut-être qu'une vue ■exclusive et incomplète : rien de plus précieux que de les contrôler l'un par l'autre, ce qui est une garantie de plus de leur exactitude et de leur fidélité.

Cependant la critique ne saurait s'en tenir à cette appréciation sommaire, qu'il importe de préciser en serrant les termes de la question. La crédibilité de l'histoire évangélique en général ressort assurément de l'ensemble de notre étude ^, car si l'origine des évangiles est telle que nous l'avons admise, il ne saurait y avoir de désaccord essentiel entre le fait et les documents qui le rapportent ^ : le mythe et la fiction réfléchie se trouvent par là même écartés ^. Mais en résulte-t-il que tout soit digne de créance dans

* Comp. les conclusions de M. J.-T. Marshall sur rauliquité de la première narration •écrite. {The Expositor, 1892, VI, p. 97.)

2 M. Ch. Gore a fait observer, à la suite de beaucoup d'autres, que, si le Christ des évangiles n'est pas réel, la création de cette ligure auguste suppose un effort d'invention sans e.xemple dans l'histoire littéraii'c de l'humanité. (The Incarnation of ihe Son of Goij,, p. 63.) On connaît le célèbre passage de la Profession de fol du vicaire savoyard oîi J.-J. Rousseau donne le développement magistral de cette thèse : « Dirons-nous que l'histoire de l'Evangile est inventée à plaisir ? Mon ami, ce n'est pas ainsi qu'on invente ; et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond, c'est reculer la difficulté sans la détruire; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton ni cette morale; et l'Evangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros.... » Cette argumentation, si souvent dédaignée, porte cependant de tout son poids contre plus d'une théorie issue du mouvement critique contemporain, surtout, me paraît-il, lorsqu'il s'agit du quatrième évangile.

3 On sait que Strauss explique l'histoire évangélique par une formation mythique inconsciente. 11 s'élève môme avec force contre l'hypothèse de la fraude, qui lui semble attentatoire à la dignité de la religion. {Das Leben Jesu krltlsch bearbeilet, 1, p. 58 ; II, p. 687; Streitschriflen, 3« cah., p. Ai.) Seulement il est difficile à la critique qu'il représente d'éviter cette dernière conséquence, à moins de reculer indéfiniment la date de composition des évangiles : ù cet égard, le développement de l'école de Tubingue présente, à qui prend la peine de le suivre, un spectacle des plus instructifs. Baur s'était toujours abstenu de tracer la limite entre l'histoire et la fiction dans le récit de Matthieu, selon lui le plus ancien texte évangélique (par exemple, Krit. Untersuch., p. 73). Un peu plus tard, cependant, Hilgenfeld, sentant le besoin de combler •cette lacune, essaie de retrouver, au delà du Matthieu canonique actuel, un Matthieu

la narration biblique ? Une telle conclusion serait d'autant moins justifiée, que, sans contredit, durant les quarante années environ qui séparent la mort de Jésus de la rédaction des trois textes synoptiques, il peut s'être produit dans la tradition chrétienne sinon des altérations fondamentales, du moins des modifications de détail. Où donc fixer la limite entre le connu et l'inconnu, entre le certain et le probable, et quelle g-arantie obtenir de la fidélité de renseignements dont les contours semblent parfois si flottants ? Pour embrasser le problème dans toute son ampleur, je distinguerai,, encore ici, les discours des parties narratives.

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