CHAPITRE II Le ministère
I 1er. LE PROGRAMME DE L'ŒUVRE MESSIANIQUE K Article A. — Le plan de Jésus.
L'expression que je viens de transcrire en tête du développement de ce nouveau sujet a souvent paru mal justifiée, irrévérencieuse même. Jésus, affirme-t-on, ne saurait avoir eu de plan. Oui dit programme suppose combinaison, calcul habile en vue de l'avenir : or, la volonté du Sauveur était de se laisser dirig-er à chaque instant par son Père. (Jean V, 19.) C'était à Dieu de lui signaler les obstacles, de lui montrer les voies à suivre, de le conduire au jour le jour par la main. Toute autre idée est contraire à la dignité du Seigneur et aux déclarations les plus catégoriques des évangiles.
Cette objection cependant, bien que souvent répétée, repose sur un malentendu qu'il importe de dissiper. Il est hors de doute, pour le croyant, que l'activité divine enveloppe le monde et que, chez un être saint tel que Jésus, cette pénétration dut se produire sans aucune ombre d'intermittence ni d'altération. Mais si complète qu'on la suppose, l'union
1 Lire, outre les ouvrages sur la vie de Jésus, les substantielles études de M. Hermann Schmidt, Bildung und Gehalt des messianischen Bewusstseins Jesu (Theol' Studien und Kritiken, 1889, 3« cah., p. 423-507), et de M. C. Holsten, Zur Entstehung und Entwickelung des Messiasbewusstseins in Jésus (Zeitschrift fiir wissensch. Theol., 1891, 4= cah., p. 385-449). Ce dernier auteur décrit fort bien en particulier les circonstances extérieures, l'impression que dut produire sur Jésus l'indicible détresse d'Israël. (P. 422 et suiv.)
de l'homme et de Dieu ne détruit pas les facultés do l'iiomme ; loin de les supprimer, elle les enrichit en leur communiquant une force toujours renouvelée de progrès et d'impulsion. .L(^ chrétien véritable se tient également éloigné de la présomption de l'orgueil et de Findolence du quiétisme. Il travaille, mais en remettant à Dieu le soin de bénir son œuvre ; il agit, mais en se confiant, et il se confie en agissant : telle fut, autant qu'on peut se la représenter, la conduite de Jésus, notre divin modèle. Grande et sainte était la tâche qu'il avait à accomplir ; d'autant plus nécessaire était-il de ne pas s'y jeter à l'aventure, sans considérer l'étendue de la carrière, sans mesurer ses ressources, sans s'être tracé à lui-même le programme de son activité. A ce propos deux questions surtout se posent au lecteur attentif des évangiles. Jésus étant entré dans son ministère dès après le baptême et la tentation, quelle idée se faisait-il alors de sa personne et de son œuvre, et dans quel rapport se plaçait-il lui-même avec les préjugés et les espérances d'Israël?