CHAPITRE II La justice du royaume de Dieu
Le Dieu du royaume dont nous venons d'esquisser l'idée n'apparaît pas seulement sous les traits augustes d'un roi ; il est en même temps le principe et le garant de la perfection dans le monde. (Matth. V, 48.) Tel est en effet le monarque, tels doivent être les sujets ; c'est à la fois l'obligation qui leur incombe et leur glorieux priAdlège. D'après l'enseignement de Jésus, d'accord avec la conception biblique en général, cette perfection de Dieu se réalisant dans l'homme, c'est la justice {dixaioaùvrj), conformité de la conduite humaine à la volonté divine, direction de la vie qui est inséparable de la recherche du royaume des cieux. (Matth. VI, 33.) En quoi consiste donc cette disposition, et quels en sont les fruits chez le fidèle?
Les rabbins avaient sur ce point leur théorie arrêtée. « Dieu, s'écrie le pharisien de la parabole, je te rends grâce de
ce que je ne suis pas comme le reste des hommes Je jeûne
deux fois par semaine, je donne la dîme de tous mes revenus ! » (Luc XVIII, 11-12.) Mais cette justice-là, triomphe de l'hypocrisie et de l'orgueil, Jésus la déclare incapable d'ouvrir •A qui que ce soit les portes du royaume céleste. (Luc XVIII, 14 ; Matth. V, 20.) En réalité, les scribes ayant recouvert la loi d'une couche soigneusement conservée de traditions, le premier acte de Jésus est d'enlever cet amas de préceptes enoombi'aiits pour remonter au texte sacré authentiqiu'; : au nom
de rinstitution légale, il attaque et confond ceux qui se faisaient, avec une présomptueuse assuraiice, les champions officiels de la loi. (Par exemple Matlh. XV, 1-11.) Mais est-ce là l'essentiel de l'œuvre et de la prédication du Messie? Le Sauveur se ])orne-t-il à remonter, en observateur fidèle, aux rites et aux prescriptions de l'Ancien Testament? A première vue, le témoig-nage des évangiles sur ce point important semble contradictoire, certains textes paraissant affirmer l'éternité de la législation mosaïque, tandis que d'autres, non moins catégoriques, en attestent l'abolition. De fait, la question des rapports de Jésus avec la religion légale est peut-être une des plus épineuses de toute la théologie biblique : des solutions diverses en ont été proposées ; qu'on me permette d'indiquer les éléments du problème avant de donner ma conclusion.
1° Déclarations qui semblent établir le maintien intégral du mosaïsme.
On a' souvent dit que Jésus a supprimé le cérémonial, mais pour s'attacher d'autant plus strictement aux éléments moraux de l'institution lévitique. Si tel était le cas, rien ne serait plus facile que de caractériser la position prise par le Seigneur : il aurait retenu l'essentiel de la religion israélite, en laissant tomber l'accessoire ; il aurait ôté l'enveloppe pour garder avec soin le noyau. Mais cette distinction si commode a peine à se justifier devant les textes. En réalité, Jésus n'opère jamais de triage, lorsqu'il utilise l'Ancien Testament. S'il parle de « la loi et des prophètes, » c'est comme d'un seul tout, d'un ensemble où s'exprime la volonté de Dieu et qui sert de règle à l'activité de l'homme ^. (Mattli. V, 17 ; VII, 12; XI, 13; XXII, 40 ; Luc XVI, 29.) Loin de négliger les détails pour ne mettre en lumière que les principes, il déchire que
^ Rien n'indique, par exemple, que Jésus ait entendu, comme le pense M. Beyschlag (1, p. 105), par « petits commandements, » (Mattli. V, 19) lu loi ccrémonielle. La différence entre préceptes d'inégale valeur s'applique à la loi morale aussi bien qu'au rituel. (Comp. Mattli. XXII, 38.)
le ciel et la terre passeront plutôt qu'un seul trait de lettre de la loi (Mattli. V, 18 ; Luc XVI, 17) : voilà qui semble établir avec une précision qu'on ne saurait éluder le maintien intégral de l'institution mosaïque.
Or, qu'on le remarque bien, ce ne sont pas là des textes isolés ou contredits par la pratique du maître. A plusieurs reprises Jésus relève la valeur divine du cérémonial lévitique, soit par sa parole, soit dans son activité. S'il condamne, par exemple, la conduite des pharisiens, il n'en ordonne pas moins d'obéir à leurs préceptes (Matth. XXIII, 2, 3), dont le caractère était, on le sait, de diminuer la loi morale en exagérant le rite (Matth. XXIII, 23 ; Luc XI, 42) : manque d'équilibre que Jésus leur reproche assurément, mais dont il leur signale le danger non pas, semble-t-il, pour supprimer un des termes, mais pour les mettre dans une situation de parfaite égalité *. Dans tout son enseignement, le Sauveur suppose que ses disciples remplissent strictement leurs devoirs d'Israéhtes. (Matth. V, 23, 24; XXIV, 20.) Lui-même il paie l'impôt du temple (Matth. XVII, 24-27) et s'associe aux fêtes de son peuple à Jérusalem. En tout cela, sans doute, Jésus a soin de marquer l'importance du sentiment dont ces formes ne sont que l'expression plastique (Matth. XII, 7) ; toutefois, comme l'Ancien Testament déjà tenait le même langage (1 Sam. XV, 22; Ps. LI, 18, 19; Osée VI, 6, etc.), à proprement parler ce côté de la doctrine évangélique n'est pas nouveau : pris à eux seuls, les divers textes que je viens de rappeler paraissent donc démontrer que Jésus a bien eu l'intention de maintenir intacte la religion légale.
2° Et d'autre part de nombreuses déclarations militent en sens inverse, en attestant que le Seigneur n'a nullement considéré le mosaïsme comme éternel, mais qu'il l'a aboli dans sa morale et dans son culte. Il l'a attaqué dans son culte en
1 « 11 fallait faire ces choses (c'est-à-dire pratiquer la miséricorde), et ne pas négliger les autres » (le payement des dîmes de la menthe et du cumin, Matth. XXIII, 23).
annonçant la ruine du sanctuaire (Marc XIII, '^), ce qui entraînait la suppression du cérémonial tout entier; bien plus, Jésus a légitimé d'avance ce changement en se déclarant supérieur au temple (Matth. XII, 6), qu'il doit renverser, lui, le Messie, pour mettre à la place un édifice nouveau. « Abattezle, dit-il ouvertement aux foules, et en trois jours je le relèverai * ; » ce qui signifie que, si la mort de Christ condamne dans le centre de son orgueil le judaïsme rebelle, par sa résurrection le Seigneur substitue à l'ancien peuple de Dieu la théocratie véritable, qui dure à jamais : rien de plus décisif dans le sens de l'abolition du particularisme israélite.
Même position prise en face du sabbat, dont Jésus se dit le maître (Marc II, 27, 28 ; Matth. XII, 8), marquant par là qu'il lui ôte son caractère obligatoire d'ordonnance prescrite par la loi. La conséquence, en effet, ne saurait être éludée. Affirmer qu'un rite est fait pour l'homme, cela revient à dire que ce rite dépend de l'homme ou que l'homme est libre de n'en pas user. Le trait distinctif des cérémonies que pratiquaient les Juifs, c'est qu'elles échappaient à l'influence des appréciations humaines. Qu'on le voulût ou non, il fallait bien s'y soumettre. Sous l'ancienne Alliance, par exemple, la violation du repos hebdomadaire était punie de mort. (Ex. XXXI, 14.) Mais si le sabbat est fait pour l'homme et si Jésus, en tant que Fils de l'homme, a le droit d'en disposer, il résulte de là que, lorsque l'homme a réalisé ce dont cette forme était le pressentiment ou le symbole, possédant le fond, il n'a que faire de l'apparence ; jouissant de la plénitude de la vie, il n'est plus asservi par des règlements extérieurs. Que penser du reste de cette autre déclaration non moins frappante d'après laquelle « ce n'est pas ce qui entre dans la bouche, mais c'est ce
^ Marc XIV, 58 ; XV, 29. Cette parole célèbre, également attestée par l'évaiigHe de Jean (II, 19), est trop expressive, semble-t-il, pour ne pas être authentique. Si le texte synoptique parle de « faux témoins » (Marc XIV, 57), ce n'est pas, avons-nous vu (p. 341)' que le mot qu'ils rapportent fût inventé pour les besoins de la cause, mais c'est qu'ils en dénaturent la portée par l'usage perfide qu'ils en font contre le Seigneur.
qui sort de la bouche qui souille l'homme ^ ? » Par ce seul mot hardi, Jésus ne ruine-t-il pas le système minutieux des purifications lévitiques ? Or, ces trois pbints d'appui faisant défaut, — le temple, le sabbat et les préceptes sur les souillures légales, — avec eux croule tout le cérémonial de la loi.
Mais, dans la relig-ion des Hébreux, le rite se mêle si bien aux prescriptions morales, avec leur multiplicité, que les deux forment dans leur ensemble un tout compact : on ne peut les séparer sans déchirer l'unité de l'organisme, — que Jésus, au contraire, s'efforce de maintenir en employant l'expression compréhensive « la loi et les prophètes, » qui revient si souvent dans ses déclarations. Lorsqu'il abolit le cérémonial, il attaque donc de fait toute l'institution légale. Au reste, plusieurs textes qui visent exclusivement la morale des écrits Israélites montrent la nécessité d'une transformation radicale jusque dans ce domaine. A la loi du talion, par exemple, avec la formule brutale qui la résume : « Œil pour œil et dent pour dent » (Ex. XXI, 24 ; Matth. V, 38), Christ oppose le commandement divin de l'universelle charité qui n'a d'autres limites que celles qu'elle s'impose elle-même ^. Car il n'y a pas là, comme dans les cas du meurtre et de l'adultère en particulier (Matth. V, 21, 22, 27, 28), simple spiritualisation du texte mosaïque, dont le précepte, sans cesser d'étreindre la conduite, pénètre dans les régions profondes où s'allument les convoitises et les passions. C'est l'amour évangélique se substituant aux affections naturelles^ toujours étroites et qui
1 Matlh. XV, 11 ; comp. l'explication que le Seigneur donne de cette parole (v. 15-20). Cest ce que Jésus exprime dans le langage paradoxal que rapporte Matth. V, 38- 41. Non qu'il faille toujours céder au mal, ce qui dans certains cas serait l'encourager et pousser au péché ceux dont on favoriserait ainsi les penchants coupables (comp. Jean XVIII, 23) : le devoir du chrétien, tel que ces affirmations le présentent, semble être plutôt de ne résister que lorsque l'amour exige (ju'on arrête le prochain pour le ramener, si possible, au bien.
3 Matth. V, 43. Gomp. l'illustration de cette pensée dans la parabole du bon Samari- .tain(Luc X, 25-37), qui, s'armaut contre nous-mêmes des suggestions de notre propre intérêt, nous oblige ù traiter comme ce prochain » tout homme, fùt-il notre ennemi apparent, de qui nous n'hésitorions pas, en cas de pressant besoin, à recevoir assistance.
se cliang-ent en liaine, lorscfu'elles se lieurtent contre rindiiférence ou le mauvais vouloir des hommes : ici Jésus ne se borne pas à prolong-er les lig-nes ; il remplace, il transforme, il proclame l'avènement d'un monde nouveau.
La même remarque s'applique à l'appréciation du divorce (Mattli. V, .31, 32 ; XIX, 3-9 ; Marc X, 2-12), lorsque le Clirist, attestant une fois de plus le caractère passager de l'économie lég-ale, déclare aux Juifs que le commandement qu'ils lui opposent ne leur a été donné qu' « à cause de la dureté de leur cœur. » D'après cette manière de voir. Moïse s'est donc mis à la portée d'un peuple charnel, auquel il eut été inutile de présenter 'les souveraines exigences de la sainteté divine. Tout autre est, au contraire, l'enseignement du Sauveur : il faut même relever l'intransiceance et la rigueur du texte de Marc, qui contient apparemment l'idée primitive. « Celui qui répudie sa femme, affirme Jésus, et qui en épouse une autre, commet adultère à son égard ; et si une femme quitte son mari et eu épouse un autre, elle commet adultère^. » (Vers. 11, 12.) C'est une loi qui n'admet ni i^estrictions, ni réserves : aussi bien, le divorce implique chez ceux qui le pratiquent un état de péché que Jésus ne saurait supposer dans le royaume des cieux. Dans cette parole éclate donc le caractère idéal de la législation nouvelle, qui, faisant de la perfection de Dieu la règle de la vie humaine (Matth. V, 48), montre au disciple de Christ le sommet lumineux qu'il faut atteindre, mais sans donner au monde les principes d'une jurisprudence civile mise à la portée de chacun. D'autant plus frappant est le contraste de cette doctrine
1 Autant qu'on en peut juger, l'adjonction de Matthieu « sauf pour iiilidclitc » {/:»/ £kI TToçveia, v. 9; comp. V, 32) a pour but de changer en article utilisable un précepte que sa sévérité même rendait, semblait-il, inefficace. Mais c'est précisément cette raison qui milite, à mon avis, en faveur de la leçon du second récit synoptique ; car on ne s'expliquerait pas l'ag-gravation de l'ordre du Sauveur par le retranchement du jii!) énï TTOpveiç., si telle avait été la parole authentique du maître, tandis que, dans l'hypothèse contraire, l'adjonction ne pouvait manquer de se produire dès qu'on chercha à tirer de l'enseignement évang'éli([ue une régie générale s'imposant à tous.
avec celle du code Israélite, qui s'accommode si bien aux défaillances et aux lâchetés du" cœur naturel de l'homme. (Matth, XIX, 8.) Toutefois, avec l'avènement du Messie ont cessé ces temps d'asservissement et d'ignorance. La loi et les prophètes s'arrétant à Jean-Baptiste (Matth. XI, 12-14), Christ est l'interprète et le garant d'une morale supérieure, qui, lorsqu'on la compare à l'ancienne, est comme un vin nouveau, pétillant de force, qu'il serait certes imprudent de verser dans des outres rapiécées, ou comme une pièce de drap neuf qu'on ne saurait coudre à un vieil habit sans augnmenter la déchirure et sans rendre pire le vêtement qu'on pense réparer. (Matth. IX, 16, 17 ; Marc II, 21, 22 ; Luc V, 36-38.)
Voilà, dans toute sa force, l'opposition signalée : que faire en présence de ces deux séries de textes divergents, dont les uns semblent exalter à jamais le mosaïsme, tandis que les autres en annoncent la suppression sinon à l'instant même, du moins dans un avenir immédiat ? On remarquera néanmoins combien ce dernier courant est mieux dans la logique de l'enseignement évang-élique. Christ, en effet, se présentant à son peuple comme le libérateur promis, sa venue détermine la chute de la loi, cette « ombre » des biens messianiques (comp. Col. II, 17 ; Hébr. VIII, 5 ; X, 1) : la préparation ne saurait durer encore, quand s'ouvre l'ère radieuse de l'accomplissement. (Matth. V, 17.) Mais comment expliquer, si telle est la pensée du Seigneur, les paroles catégoriques qu'il prononce dans le sens du maintien intég-ral du légalisme ? C'est ce qu'il est nécessaire d'examiner en reprenant l'une après l'autre ces déclarations.
Celles que nous donne Matthieu XXIII, 3, 23 ne soulèvent de difficulté que si l'on néglige de se reporter dans la situation historique. Jésus est le Messie, c'est-à-dire que sa présence dans le monde implique l'abolition de la loi. D'autre part le Seigneur affirme que son œuvre de salut ne sera consommée que par l'elfusion de son sang sur le Calvaire (Matth. XXVI,
28), la mort de Christ devant amener la ruine du temple Israélite, qui disparaît pour faire place à un sanctuaire nouveau. (Marc XIV, 58 ; XV, 29 ; comp. Jean II, 19.) Avant cet acte décisif, couronnement de son ministère messianique, la religion lég-ale n'était abolie qu'en principe et non de fait ; or, le Sauveur avait trop de sens pour renverser l'édifice existant sans offrir à ceux qu'il dépouillait l'abri d'une construction durable. Les ig-norants et les exaltés peuvent trouver du plaisir à détruire sans s'inquiéter de ce qui viendra ensuite : tout autre est la méthode d'une réforme féconde, qui, se gardant de tout bouleverser d'un seul coup, pose son principe et le laisse se développer dans l'ombre, jusqu'à ce qu'éclatent les formes vieillies sous la pression interne d'organes appropriés aux besoins nouveaux. Ainsi en est-il dans la nature, qui sait ménager la transition d'un état à l'autre : c'est l'évolution lente et progressive se substituant aux emportements irréfléchis qui sont le caractère de la révolution. Si donc on admet la convenance de cette manière d'agir, on s'explique aussitôt les oppositions signalées dans le text(; évangélique. Certes, Jésus ne l'ignorait pas, de violentes secousses se produiraient avant que la religion de l'esprit en vint à se détacher du tronc du judaïsme (Matth. XXI, 43) ; car même le développement organique n'exclut pas les crises et les déchirements. Mais il fallait que le culte nouveau fût. dûment établi pour être de force à traverser cet orage ; or, il ne devait l'être qu'après la mort et la glorification du Seigneur. Aussi Jésus recommande-t-il la pratique fidèle de la loi, tandis qu'il exerce son ministère au milieu de ses disciples. Modèle des siens en toutes choses, il s'y soumet lui-même, sachant que, pour tous ceux qui croiront à sa parole, ces débris du passé tomb'èront au temps propice, comme l'écorce se dessèche et s'ouvre dès que le fruit qu'elle recouvre est mûr. D'autant plus nécessaire était-il, d'autre part, que l'enveloppe protectrice demeurât jusqu'alors ferme et résistante : c'est ce qui fait comprendre que Jésus ne se contente pas de tolérer
robéissance aux prescriptions légales, mais qu'il Vexiff'e expressément. (Mattli. XXIII, 3, 23.) Il importait^ en effet, de ne rien précipiter ; l'axiome selon lequel « il n'y a point de saut dans la nature » est aussi vrai de la vie spirituelle de l'homme. Pour assurer au principe évang-élique la victoire, il fallait laisser l'idée ancienne déployer ses conséquences jusqu'au bout : la rupture s'opérerait d'elle-même, au temps voulu de Dieu, par la force inhérente à la religion nouvelle.
Telle étant la méthode générale du Sauveur, admirable de simplicité et de sagesse, il reste cependant à aborder une dernière parole, texte obscur et d'autant plus vivement discuté par l'exégèse, qu'il parait affirmer avec une rigueur déconcertante le particularisme juif. « Je ne suis pas venu pour abolir, » déclare en effet Jésus dans le sermon sur la montagne, « mais pour accomplir ; car je vous le dis en vérité : jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point de la loi, que toutes ces choses ne soient laites. » (Matth. V, 17, 18.) J En s'exprimant ainsi, le Seigneur semble donc enseig-ner la persistance de la loi non dans son esprit seulement, mais dans ce que le précepte légal a de plus accidentel et de plus extérieur, les iota et les traits de lettres. N'a-t-il pas l'air de dire que ces détails subsisteront autant que le ciel et la terre (comp. Luc XVI, 17), et n'attaque-t-il pas ainsi jusque dans son essence le spiritualisme chrétien ? La difficulté est sans contredit considérable : voici cependant, me paraît-il, la voie qu'il faut suivre pour en obtenir la solution.
Ce que le Sauveur relève avant tout dans cette déclaration, c'est le caractère conservateur de son œuvre. Christ prend soin de l'attester : il n'est pas venu pour abolir, mais pour accomplir (v. 17), sur quoi vient, dès le verset suivant (v. 18), la preuve de cette thèse, {àiirjv yàp...) Cette démonstration, Jésus la donne dans un langage si concentré que, pour dégager la substance de sa pensée, l'analyse la plus minutieuse est de rigueur. Deux propositions introduites par la particule « jus-
ENSKIGNEMENT DE JÉSUS 39!>
qu'à ce que » ferment en sens divers l'Iiorizon ou marquent une double limite. Dans la première, d'un bond le texte transporte le lecteur au terme du temps présent ^ : jusqu'à ce moment-là, déclare le Sauveur, la loi subsistera même dans ses traits de lettres ; ce qui paraîtrait indiquer, contrairement à l'ensemble de l'enseignement évangélique, qu'elle doit être intégralement maintenue dans tout le dévelopjDement de l'Eglise ici-bas. Mais ici intervient, comme correctif de l'idée exprimée dans ce verset, la seconde des deux affirmations signalées 2. Or, si le premier de ces membres de phrase pose le terme matériel ou physique, le second trace la limite au point de vue religieux ou moral ^. Autrement dit, le Seigneur veut montrer que, jusqu'à la fin du siècle actuel, tous les détails du commandement de Dieu seront exigibles jusqu'à leur accomplissement^ ce qui revient à attester que leur accomplissement seul les supprimera, mais qu'il sera suffisant aussi pour les faire tomber en désuétude. Car les réclamations de la loi cessent d'elles-mêmes, dès qu'elles atteignent la limite au delà de laquelle elles n'ont pas le droit de s'étendre (eiws àv Ttdvva yévTjvai,) * : restriction capitale, qui ramène cette parole énigmatique à l'idée générale de l'enseignement du Sauveur.
Mais si tel est le cas, comment obtenir cet achèvement duquel dépend tout le reste ? A cette question le texte répond que c'est en Jésus que cette condition se réalise : « Je
'' êuç àv naçéWy 6 ovQavoç icaî r/ ■yf/.
2 ëuç àv TTÛvra yévTjTai.
3 « Jusqu'à ce que toutes choses soient faites. » Le irâvra reprend, en en soulignant l'unité, les îwra et les KEça'ia qui précèdent. Ces derniers mots insistant, en effet, sur les minuties de la loi, le « toutes choses » attire l'attention sur l'ensemble de ces prescriptions et cérémonies multipliées. Quant au verbe yèvi]Tai (v. 18), c'est le TTÀJjçCjaai, du v. 17 qui l'interprète : tout cela doit « arriver, » explique le texte, c'està-dire être accompli, consommé.
•'• C'est comme si, par exemple, un père irrité disait ù son fds rebelle : Jusqu'à la fin (ou tant que je vivrai : premier ewç), je ne te pardonnerai pas que tu ne te sois repenti (second êwf). Ici encore cela implique que le cliani^cment de disposition du coupable, en ùtanl l'obstacle, rendra la réconciliation possible.
ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir, » a déclaré le maître (v. .17) ; sur quoi deux idées surtout sont à relever.
a) Christ a accompli d'abord la loi morale jusque dans le détail, iota et traits de lettres. Si les devoirs multiples qu'elle prescrit se groupent, en eiïet, autour d'un tronc unique, ce résumé substantiel, le décalog-ue, ne contient à son tour que le développement d'un seul principe générateur. (Matth. XXII, 40.) Aimez Dieu de tout votre pouvoir, et vous obéirez aux préceptes de la première série ; aimez votre prochain comme vous-même, et vous réaliserez les obligations de la seconde : toute la législation morale, d'après le témoignage évangélique, se ramène au commandement suprême de l'amour. (Matthieu XXII, 37-39.)
En outre, lorsqu'il concentre ainsi l'ensemble des ordonnances de la loi, Jésus suppose qu'il a réalisé personnellement cet amour dont il présente l'idéal à ses disciples. (Matthieu V, 17.) Mais en s'accomplissant dans une vie humaine, germe fécond d'autres existences pénétrées du même esprit, les détails des prescriptions morales sont abolis, puisqu'ils s'absorbent dans le principe qui les résume et qui n'a dès lors qu'à déployer indéfiniment ses conséquences : le plus emporte le moins ; celui qui pratique toute la volonté de Dieu n'a nul besoin qu'on lui en rappelle anxieusement les parties. b) Cependant cette œuvre unificatrice de Jésus-Christ s'étend-elle de même au rite, qui s'enchevêtre partout à la morale dans la religion de l'Ancien Testament ? On sait que quatre catégories générales résument ce qui se rapporte au culte lévi tique : lieux sacrés, temps sacrés, actes sacrés, et personnes sacrées. Les lieux sacrés, temple ou tabernacle, marquaient la présence divine en Israël : or, en Jésus-Christ, ce symbole devient une glorieuse réalité pour les membres de son royaume. (Matth. XVIII, 20 ; XXVIII, 20.) Les temps sacrés et surtout le sabbat montraient que toute vie d'homme doit être consacrée à Dieu, à la seule réserve que, cet idéal ne pou-
vant être atteint sous le régime de la loi, certains moments étaient mis à part pour en rappeler les exig-ences. Mais ce que l'institution du jour du repos ne faisait qu'indiquer, Christ l'accomplit en fondant un royaume spirituel qui se développe dans le sanctuaire de l'âme (Matth. V, 3 ; Marc X, 15) : aussi Jésus s'appelle-t-il le « maître du sabbat » (Marc II, 28), parce qu'il en réalise la pensée mag-nifique. Les actes sacrés consistaient surtout en sacrifices, l'effusion du sang- étant à l'origine de l'alliance légale (comp. Hébr. IX, 18-22) : or tout cela s'est consommé de la même manière en Jésus-Christ. (Matth. XXVI, 28 ; Marc XIV, 24.) Quant aux personnes chargées de ces fonctions, si le sacerdoce lévitique se consacrait à l'Eternel au nom et de la part du peuple*, Christ est le prêtre véritable auquel aboutissent, dans l'exubérance de leur richesse, les mystérieux symboles du culte d'Israël -. Jésus donc, le Messie promis, accomplit le cérémonial aussi bien que le contenu de la loi morale. Il les accomplit parce qu'il les renouvelle ^ et non parce qu'il y ajoute d'autres préceptes, et c'est pour cela que, en les accomplissant l'un comme l'autre, il les embrasse de l'étreinte de sa personne vivante pour les ramener à l'unité. En Christ, en effet, s'absorbent également la loi, qui est la volonté de Dieu s'imposant à l'homme, et le rite, qui est le don de l'homme s' élevant à Dieu, tous deux se consommant dans l'amour, ce devoir et ce privilège royal de l'Evangile. L'amour n'est-il pas la vraie obéissance et la vraie offrande, le résumé de la morale et de la relig-ion ? Mais qu'il s'ag-isse de culte ou de règ-les de conduite, ces commandements de détail cessent d'exister sitôt
1 L'idée de la prêtrise est celle de consécration plutôt que celle de médiation, puisque autrement, Christ étant seul médiateur des chrétiens, il ne saurait être question du sacerdoce universel de la nouvelle Alliance. (1 Pier. II, 9.) Cette contradiction se retrouverait même dans l'Ancien Testament entre la mise à part des Lévites et le principe solennellement affirmé du sacerdoce de toutes les tribus Israélites. (Ex. XIX, 6.)
2 Matth. XX, 28. Comp. Jean XVII, 19. Cette doctrine du sacerdoce de Christ est exposée surtout dans l'épître aux Hébreux. (VII, 26-28 ; VIII, etc.)
3 Comp. Wendt, II, p. 348.
qu'ils s'accomplissent, les conséquences se développant comme par un mouvement interne sous l'action du principe qui pénètre et qui transforme les cœurs.
Un exemple tiré de l'expérience de chaque jour illustrera la portée de cette remarque. Lorsqu'on élève un enfant, il n'est pas toujours possible de le diriger selon les conseils de la raison. Souvent il reçoit des ordres qu'il est tenu d'exécuter sans les comprendre. Le but de toute éducation judicieuse est de créer d'abord un réseau d'habitudes qui protégeront le jeune homme en lui servant de barrière contre le mal, qui l'accoutumeront à remplir correctement ses devoirs par le travail combiné de l'imitation et de l'obéissance. Mais ce premier degré ne saurait suffire, quelqu'indispensable qu'il soit d'ailleurs. A mesure que l'enfant grandit, il faut qu'il en vienne à saisir le principe de ces recommandations diverses, et plus fortement il les embrassera dans leur unité organique, mieux il les pratiquera par conviction personnelle et de tout son pouvoir. De la soumission passive, il s'élèvera à l'activité réfléchie et volontaire, jusqu'à ce qu'il se meuve avec la liberté de l'adulte qui, connaissant le devoir et prêt à lui rendre hommage, n'a plus besoin des préceptes minutieux dont on le chargeait dans la période de sa jeunesse : la loi s'incarne dans sa conduite, parce qu'elle est devenue vivante dans son esprit et dans son cœur.
Telle est aussi la marche que le Seigneur adopte pour fonder son royaume sur la terre. Si le Dieu de l'ancienne Alliance laissait le peuple Israélite en tutelle comme un enfant, ce qui explique le caractère extérieur de la législation de Moïse, l'ère de la majorité spirituelle s'ouvre dès que les pécheurs reçoivent l'Evangile de Jésus-Christ. Quand donc le Sauveur proclame l'abolition du sabbat ou des purifications légales, c'est le principe nouveau qu'il affirme ; lorsque, au '^contraire, il insiste sur la pratique rigoureuse de la loi, c'est qu'il rattache la religion de l'esprit à son point de départ historique, puisqu'il faut commencer, — de la manière qui vient d'être indi-
quée, — par la soumission des actes pour en venir ensuite à Tobéissance du cœur. Comment, en effet, celui qui refuse le moins donnerait-il le plus ? Si les hommes n'accordent pas même à l'Eternel des concessions faciles de formes et détails, de quel droit prétendent-ils l'aimer en toute sincérité comme le Seigneur le réclame?
Voilà, si je ne fais erreur, ce qui nous donne la clef de renseignement où Jésus expose aux foules qui l'entouraient les principes constitutifs de son royaume. Dans la parole célèbre qui vient d'être discutée, en particulier (Matth. V, 17, 18), conformément au contexte. Christ signale avant toutes choses la relation fort étroite qu'il maintient entre son Evangile et la loi ^. Rien n'était plus opportun, il faut en convenir, que l'affirmation de cette idée. Dans l'ivresse du festin de noces, les amis de l'époux ne pouvaient-ils pas être tentés de méconnaître la sévérité morale du Sauveur ? Quoi de plus naturel que le penchant à mépriser les pratiques de détail, sans recevoir l'esprit de vie, à rejeter la loi du passé, avec ses prescriptions incommodes, sans se soumettre à celle de l'avenir ? L'antinomisme n'a-t-il pas guetté l'Eglise de Christ dans toutes les périodes de crise et de fermentation religieuses ? Ne l'a-t-on pas vu s'étaler sous le couvert des réveils les plus retentissants de notre époque ? Au seizième siècle déjà, les réformateurs l'ont rencontré, toujours renaissant, toujours opiniâtre, devant leurs pas, et même au temps des origines saint Paul relève, pour le flétrir, ce propos immoral et impie : « Péchons, afin que la grâce abonde. » (Rom. VI, 1 ; III, 8.) Or, le péril si souvent signalé dans la suite n'était pas moins imminent lors de l'activité terrestre du Sauveur. En face de ces enfants que leur légèreté pouvait pousser à s'émanciper trop vite, Jésus insiste donc sur le caractère immuable de la loi divine : elle sera abolie, soit,
' Comp. Matth. V, 13-16, 19. Nécessité de régler sa conduite d'après la religion qu'on professe. Ce rigorisme si nettement opposé à toute velléité de licence persiste jusqu'à la fin du sermon sur la montagne. (VU, 15-27.)
mais quand vous l'aurez accomplie, et cela jusqu'à la fin des siècles ; ainsi le veut la justice du royaume des cieux ^.
Seulement en quoi consiste cette réalisation du commandement divin ? C'est ce que les synoptiques montrent à grands traits, bien qu'ils ne donnent pas à cette question de réponse systématique. Christ, on ne saurait trop le répéter, n'est pas un chef d'école, un théoricien de cabinet, pas davantage un législateur ayant pour tâche d'organiser une société terrestre. Assurément sa pensée est pleine et débordante ; elle contient des trésors où l'on ne saurait trop largement puiser : mais il faut les mettre au jour et les approprier aux besoins des civilisations que traverse et qu'enrichit le christianisme. On chercherait en vain dans les discours du Seigneur une conception politique, un système économique ou les grandes lignes d'une jurisprudence civile, même les germes d'une organisation d'Eglise : quoique son enseignement n'exclue rien de tout cela, quoique dans ces domaines divers l'Evangile inspire même des solutions neuves et fécondes, Jésus n'a pas eu pour mandat spécial de discuter ces problèmes ; l'horizon qu'il embrasse est autrement plus vaste ; l'objet constant de son regard, c'est le royaume céleste ; son point de vue est exclusivement idéal, car la seule règle de conduite qu'il connaisse, c'est la perfection souveraine de Dieu s'accomplissant dans le monde. En conséquence, s'il parle des relations conjugales, par exemple, c'est pour interdire le divorce ; des affaires terrestres, c'est pour recommander l'absolue confiance dans le Seigneur et dans sa bonté paternelle ; des richesses, c'est pour en montrer l'inutilité et les dangers. (Matth. VI, 19-20, 24 ;
^ Cette idée s'exprime d'une manière fort remarquable dans la parole que le Cod. C'a/t/fl/'/'. attribue au Sauveur (dans Luc VI, 4). « Le même jour, rapporte le texte de ce manuscrit, voyant un liomme travailler pendant le sabbat, Jésus lui dit : « homme ! » si tu sais ce que tu fais, tu es heureux ; mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et » transgresseur de la loi. » (Resch, dans les Texte und Untersuchumjen, V, A, p. 191.) On ne saurait mieux marquer à la fois la supériorité du spiritualisme évangélique, et la faute de ceux qui s'en prévalent, sans le comprendre, pour échapper aux obligations de la loi.
Luc XII, 33 ; XVI, 9-15.) La fonction royale du Christ est de mettre les hommes en contact avec les réalités invisibles ; à d'autres d'approprier l'Evangile, dans la mesure où ils le peuvent, aux exigences d'une activité qui se prolonge et qui se déploie complaisamment ici-bas. Quant à Jésus, le seul but de son ministère et de sa vie, c'est de sauver les âmes en les élevant jusqu'à Dieu : or, en face du formalisme régnant, il était urgent de faire ressortir avant tout le caractère spirituel du royaume ; aussi le Seigneur s'applique-t-il à cela dès l'abord. Telle est l'idée inspiratrice du sermon sur la montagne, qui, par des préceptes divers, travaille à ramener les pécheurs du paraître,- qui leur est cher, à la réalité, dont le sérieux les épouvante, des cérémonies et de l'extérieur aux besoins de la vie intime, des illusions de la propre justice à la connaissance exacte de leurs rapports avec Dieu. C'est dans ce sens que Jésus, sans renoncer au contrôle de Faction, étend à la sphère du sentiment l'interdiction mosaïque du meurtre et de l'adultère (Matth. V, 21, 22, 27, 28), qu'il proscrit le serment comme supposant un désaccord possible entre la parole et la pensée (V, 37), ou qu'il montre que l'aumône et la prière n'ont de valeur réelle que lorsque elles répondent aux dispositions secrètes du cœur. (Matth. VI, 1-6.) Il faut que la direction spirituelle du disciple de Christ soit une, car nul ne peut servir deux maîtres ^ ; or, cette fixité de conduite ne s'obtient que par la préoêcupation constante de faire ce qui est agréable au Seigneur. Aussi le danger que signale surtout Jésus est-il dans la passion de la richesse, avec les inquiétudes et les préoccupations terrestres qui en découlent (Matth. VI, 19-21, 24-34; comp. XIII, 22; Luc XXI, 34) : même les affections de famille deviennent coupables, lorsqu'elles font obstacle à cette aspiration constante qui doit pousser l'homme vers son Dieu. (Matth. X, 37 ; Luc XIV, 26.)
•• Matth. VI, M. Comp. le 6 ô^daAfiôç aov àizlovg du v. 22, qui fait si bien ressortir, par contraste, la duplicité de voie de celui qui vit pour le péclié.
Mais quel nom donner à ce sentiment exclusif, absorbant, sous l'impulsion duquel le disciple de Christ se met corps et âme au service du royaume céleste ?
Dans le sermon sur la montagne déjà, Jésus exalte l'excellence de l'amour évangélique, dont il ordonne la pratique même envers les ennemis et les persécuteurs. (Matth. V, 43- 47.) Il est vrai que Christ semble n'indiquer ici qu'un précepte entre beaucoup d'autres qu'on pourrait y ajouter : néanmoins la synthèse s'opère dans la suite de son enseignement, alors que, en présence des pharisiens qui l'entourent pour l'éprouver, le Seigneur résume dans ce commandement comme en un foyer lumineux la loi de Dieu tout entière ^ Devoirs religieux de confiance et de soumission filiales, obligations sociales et de famille convergent ensemble et se résument dans l'amour, ce lien puissant qui unit en un faisceau tous les hommes, parce qu'il les ramène tous à leur Dieu. Ce que l'égoïsme a dispersé, l'amour le rapproche ; ce que la haine a divisé, l'amour le rassemble, réalisant cette harmonie de sentiments et de pensées qu'exalte et qu'exige l'enseignement du Sauveur. L'amour est le principe de la perfection souveraine (Matth. V, 48 ; comp. 44-45) ; l'amour concentre en un précepte unique cette loi du royaume qui est la conformité de la conduite humaine à la volonté divine,^ car, si l'amour donne la substance de la justice, telle que le Seigneur l'a comprise et pratiquée, c'est parce que le monarque que Christ représente ici-bas nous apparaît sous les traits bien-aimés d'un Père. La perfection de Dieu s'exprimant dans son amour envers sa créature, — amour qui triomphe du péché, puisqu'il est le resplendissement de la vie, — l'amour doit être aussi la règle de conduite de quiconque prend le nom auguste d'enfant de Dieu. Tel père, tel fils ;
1 Matth. XXII, 34-40. On sait que l'Ancien Testament déjà donne ces deux paroles ; mais Jésus les en dégage, perdues qu'elles étaient dans la foule des prescriptions mosaïques (Deut. VI, 5 ; X, 12 ; Lév. XIX, 18), pour en faire le centre et la moelle de toute la loi.
tel est le souverain, tels doivent devenir, dans toute leur activité, les membres fidèles du royaume : « Soyez parfaits, a dit le médiateur de l'alliance de grâce, comme votre Père qui est dans les cieux est parfait. » (Matth. V, 48.)