I. L'état naturel de Vhomme
Ce sujet en comprend à son tour deux autres, l'homme pouvant être étudié soit dans sa constitution physique et intellectuelle (anthropologie), soit dans son état religieux et moral (doctrine du péché).
A. Anthropologie. — Dans ce domaine, les. synoptiques ne présentent guère d'idées nouvelles ; ils se bornent à reproduire les traits essentiels de la conception hébraïque^, surtout telle qu'on la trouve dans l'énumération de Genèse II, 7, qui établit comme suit le rapport des éléments constitutifs de l'homme.
a) C'est, en premier lieu, la « poussière de la terre, » par où l'auteur sacré marque que l'homme est un être à base matérielle, à l'opposé des anges, qui sont esprits purs {iiiveùfiava, Hébr. I, 14). Cet élément sensible est la chair ^, qui, s'in-
1 Au reste, c'est ce qu'on peut dire des auteurs du Nouveau Testament en général, sauf dans une certaine mesure saint Paul. Aussi, pour éviter des répétitions, ferai-je rentrer dans cette discussion des textes tirés d'autres écrits que les évangiles, excepté toutefois les épîtres pauliniennes.
2 'ÏI aâç^. Voir Luc XXIV, 39, (« Un esprit n'a ni chair ni os. ») 11 faut remarquer en outre que, d'après l'usage du Nouveau Testament, le singulier {ji mç^j désigne la chair animée, tandis que l'idée de chair morte est toujours exprimée par le pluriel {al (TâçKsç, Apoc. XVII, 16; XIX, 18).
dividualisant dans le corps ^, reçoit de lui sa forme organique.
b) Toutefois ce n'est pas de sa propre substance que la chair tire le mouvement : aussi le texte ajoute-t-il l'indication du « souffle de vie ^ » émanant de Dieu lui-même, de l'esprit ^ qui pénètre cette matière inerte pour la vivifier. L'esprit lui est-il en effet retiré ? l'homme meurt. (Matth. XXVII, 50 ; Luc XXIII, 46.) Dieu l'envoie-t-il de nouveau ? l'homme revient à l'existence. (Luc VIII, 55.) Principe divin, l'esprit échappe à la perception des sens comme Dieu lui-même : nul ne le touche ni ne le voit. (Luc XXIV, 39.) Aussi désig-net-on par ce nom les êtres sans corps, ang-es ou revenants (Hébr. I, 14 ; Liic XXIV, 37), même les démons, dont la mention revient si souvent dans les récits bibliques. (Marc IX, 17, 25, etc.)
c) D'autre part, la matière et l'esprit ne sont pas juxtaposés seulement dans la nature humaine, l'homme étant au contraire devenu, dit le récit, une « âme vivante, » c'est-àdire un « être vivant *. » Il est vrai que l'âme peut représenter, par opposition au corps, le côté spirituel ou impérissable de l'homme. (Matth. X, 28.) Lorsque l'âme s'en va, le corps périt ^ ; dès qu'elle revient, il reprend vie. (Act. XX, 10.) Mais, quelque dédain qu'on ait souvent pour ce qui est invisible, ce principe impalpable demeure si bien l'essentiel (Matth. XVI, 26), que déjà d'après la description du document hébreu, l'âme est le centre de la personnahté, c'est le moi humain saisi dans l'unité de ses énerg-ies et de son activité, c'est la vie dans son ensemble. Lorsque Jésus déclare, par exemple, que celui qui conservera « son âme » la perdra ^, il réclame de ses disciples le sacrifice de tout ce qu'ils pos-
1 Td aùfia. Matth. VI, 22, 25 ; X, 28 ; XIV, 12; Marc XIV, 8, etc.
'' n*n irsj» ijjvxv ?^(^«-
5 Luc XII, 20. Dans ce sens, les deux mots ijjv;^^ et Trveujua sont synonymes : ainsi ÈKTTvelv (« rendre l'esprit, » Marc XV, 37) et èialJvxEi.v (« rendre l'âme, » Act. V, 5.) " Tyv ipvxyv avToî), plus exactement « sa vie. » (Matth. X, 39 ; comp. XVI, 25.)
sèdent, et non d'une partie seulement ; ou lorsqu'il affirme qu'il donnera « sa vie ^ » en rançon pour plusieurs, c'est par l'abandon de son être tout entier, l'âme et le corps, qu'il promet de fournir le prix de rachat pour les péchés du monde. Tel étant l'homme au jugement des écrivains sacrés, si par son corps il touche à la terre, de laquelle il se nourrit, par l'esprit que Dieu lui donne il plonge dans le ciel : aussi comprend-on qu'à l'idée psychologique des mots qui viennent d'être analysés s'ajoute une acception religieuse. En tant qu'être terrestre, l'homme est « chair 2, » s'absorbant ici-bas comme si rien n'existait au delà de ce monde ; en tant qu'être divin, qui aspire aux réalités invisibles, il est « esprit 3. » Quant à l'âme, selon le sens établi, elle est le centre et le foyer des affections diverses, bonnes ou mauvaises, qui nous agitent : c'est à elle par exemple que sont rapportés les sentiments de joie ou de tristesse (Luc I, 46 ; Matth. XXVI, 38 ; Luc II, 35), d'amour ou de haine (Matth. XXII, 37 ; Act. XIV, 2), d'inquiétude ou de satisfaction. (Matth. XI, 29; Luc XII, 19.) Seulement, fait digne de remarque, ici l'acception défavorable n'est nidlement prédominante, comme elle le devient plus tard dans les épîtres de Paul. L'opposition de « psychique » et de « pneumatique » est étrangère à l'enseignement synoptique *, d'après lequel l'âme peut devenir, aussi bien que l'esprit, le siège des impulsions qui tendent à Dieu ^ : au reste je reviendrai sur cette distinction dans l'étude de la psychologie paulinienne.
1 Tijv '4)vxvv avTov. (Matth. XX, 28.)
2 Matth. XXVI, 41 ; Marc XIY, 38; comp. Jean VI, 63. A ce sens moral péjoratif se rattache, bien qu'avec une nuance adoucie, l'expression aâç^ Koi aifia (« la chair et le sang »), qui désigne l'ensemble de la personnalité naturelle. (Matth. XVI, 17.) — On sait que la conception hébraïque voit dans le sang le siège de la vie. (Gen. IX, 4; Lév. XVII, 11.) La « chair et le sang, » c'est donc la vie humaine {al fia), mais déterminée par son élément terrestre (erdpf), c'est-à-dire se mouvant sur la terre et dans les limites de l'horizon matériel.
3 Jlvevfia, mômes passages ; comp. Luc I. 47, 80; X, 21 (leçon rw Trvevjuari.). ^ Ou lorsqu'on l'y trouve, c'est sous une forme très adoncie. (Matth. XXVI, 41.)
5 Luc I, 46 (i/"'A'?/), comp. v. 47 (Tvvevfia). Voir aussi Matth. XI, 29; XXII, 37; Act. IV, 32 ; XIV, 22.
43"^ THÉOLOaiE DU NOUVEAU TESTAMENT
Le principe g"énéral étant ainsi admis, il y aurait à classer les manifestations de la vie spirituelle de l'homme, que les évang-iles se bornent à caractériser en s'appropriant les expressions du lang-ag-e de chaque jour. Ils désig"nent donc sous le nom d'entendement (ô vous)^ l'org-ane de la connaissance et plus spécialement de la connaissance relig'ieuse (Luc XXIV, 45), tandis que la volonté (ro débjfia) apparaît comme le principe de la conduite ou comme la force par laquelle on se détermine à l'action. (Luc XXIII, 25.) Le cœur enfin (;^ xapd'ca) est le centre commun d'où partent, soit pour le bien, soit pour le mal, ces deux courants d'énerg-ies^ ; c'est le foyer de' toute vie morale, la source cachée d'où jaillissent les mauvaises pensées et les actes coupables (Matth. XV, 19), mais c'est aussi l'œil de l'âme par lequel l'homme discerne dès ici-bas la vérité divine (Luc VIII, 15) et qui le rendra capable de contempler un jour le Seigneur. (Matth. V, 8.)
B, Quel usag-e l'homme a-t-il donc fait de ces facultés que Dieu lui a confiées? De la doctrine de la nature humaine, nous passons à renseignement des évangiles sur le péché.
Certains textes synoptiques pourraient faire supposer que le Sauveur n'a pas admis la déchéance universelle de l'homme. A plusieurs reprises il parle de justes et d'injustes, ou de bons et de méchants (Matth. V, 45 ; IX, 13 ; Luc XV, 7), ce qui semble impliquer, même en dehors de l'influence de Christ, l'existence de serviteurs de Dieu intègres et sans reproche. D'autres affirmations montrent, cependant, que Jésus n'en considère pas moins l'humanité dans son ensemble comme livrée au péché, sans en excepter ceux-là même qui l'honorent le plus par l'éclat de leurs vertus et par la noblesse de leur conduite. En présence d'un Israélite fort honnête apparemment et qui se rend le témoignage d'avoir accompli
1 Même racine que yvyvÛGiiO) ; latin, nosco.
2 Dans le bon sens, par exemple, Matth. V, 8 ; Luc VIII, 15 ; dans le mauvais, Matth. Xm, 15-, XV, 19; Luc XXI, 34; XXIY, 25.
la loi divine dès sa jeunesse, le Seigneur déclare par exemple en termes péremptoires que « nul n'est bon, si ce n'est Dieu seuH. » Aussi réclame-t-il de ses disciples qu'ils demandent chaque jour le pardon de leurs offenses (Matth. VI, 12), ce qui permet de supposer qu'à plus forte raison les incrédules, les ennemis du royaume, lui apparaissent coupables et pécheurs. (Luc XIII, 1-5.) Christ explique du reste ce fait en attestant que le « cœur, » ce centre de vie morale d'où procèdent les pensées et les actions, est comme une source impure. (Matth. VII, 11 ; XV, 19.) Et non content d'envelopper le peuple qui l'entoure dans une sentence d'universelle réprobation (Matth. XII, 39 ; XVI, 4), c'est l'homme en général que le Sauveur compare soit à un débiteur insolvable (Matth. XVIII, 25), soit à une brebis perdue (Luc XV, 3), soit à un fils ingrat qui quitte la maison de son père pour aller gaspiller honteusement son héritage dans les pays étrangers^. En conséquence, c'est à tous sans exception que s'adresse, avec le message du salut, l'austère prédication de la repen tance (Matth. IV, 17) ; sans un changement radical qui pénètre jusqu'aux couches les plus profondes de la vie, nul ne saurait entrer dans le royaume des cieux. (Matthieu XVIII, 3 ; Luc XVIII, 26, 27.)
Mais si tel est le cas, que deviennent les textes qui semblent établir une différence entre bons et méchants en dehors de l'Evangile ? Il suffit de les considérer avec quelque attention pour reconnaître que ce sont des expressions empruntées au langage populaire ou qui s'expliquent sans peine par l'analogie de l'Ancien Testament. Même le théologien qui maintient avec le plus de rigueur l'universalité du péché ne peut se défendre d'établir certaines distinctions entre les hommes. L'humanité entière étant déchue et coupable devant
1 Marc X, 18. Je rappelle que, si Jésus échappe à celte contagion, c'est qu'il est avec l'Eternel flans une relation unique.
"^ Luc XV, 13-16. Quant au frère aîné de ce prodigue, quoique plus correct d'extérieur et d'habitudes, en réalité il n'est nullement meilleur (v. 25-30.)
Dieu, les uns s'efforcent en effet de sortir de cet état et reçoivent avec avidité la grâce que le Seig^neur leur offre (Luc VIII, 15), tandis que d'autres s'abandonnent sans frein aux penchants de leur cœur mauvais. Quand donc il distingue « les méchants et les bons » comme il le fait dans le sermon sur la montagne (Matth. V, 45), Jésus n'entend nullement enseigner que certains hommes puissent se passer du salut, car tous sont misérables et tous ont besoin de délivrance. Les prophètes hébreux déjà ne parlent-ils pas de « justes et d'injustes, » bien que la législation de Moïse impose sans exception 'aux Israéhtes les sacrifices pour le péché ? Ainsi s'expliquent d'apparentes contradictions telles que celle du Ps. XIV, par exemple, où l'auteur célèbre au v. 5 la présence du Seigneur « au milieu de la race des justes, » alors qu'il vient de déclarer d'autre part que « l'Eternel, du haut des cieux, regarde les fils de l'homme, pour voir s'il y a quelqu'un qui soit intelligent, qui cherche Dieu, » mais que « tous sont égarés, tous sont pervertis, qu'il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul. » (Vers. 2 et 3.) Qu'estce à dire, sinon que, le peuple dans son ensemble étant éloigné de Jéhova, les justes sont ceux qui, du sein de cette corruption, aspirent au relèvement, parce qu'ils sentent le mieux leur misère, ce qui implique l'aveu de leur faute et nous ramène au principe de l'universalité du péché ?
Il est vrai qu'il existait au temps de Jésus des hommes qui pensaient être justes au sens rigoureux, des hommes qui s'imaginaient pouvoir affronter sans crainte le tribunal de la sainteté divine. Mais quelle ironie dans les textes des évangiles qui signalent cette prétendue perfection ! (Matth. IX, 13 ; Luc XV, 7.) Comme le Seigneur les traite, ces « justes » qui n'avaient d'autre mérite que de s'exalter eux-mêmes et de mépriser les autres! (Luc XVIII, 9.) Qu'on relise un des enseignements les plus significatifs du maître^ pour voir quel cas Jésus faisait de cette hautaine vertu. (Luc XVllI, 10-14.) « Je vous le dis, affirme-t-il déjà dans le sermon sur la montagne,
si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » (Mattli. V, 20.) Or, puisque les péagers et ceux qu'on nommait par excellence les « pécheurs » (oï àfiaprcoXoc, Matth. IX, 10, 13, etc.) devancent ainsi les chefs d'Israël dans le royaume céleste (Matth. XXI, 31), combien plus ces faux justes doivent-ils être brisés dans leur orgueil pour devenir les serviteurs sincères de Dieu. La pensée du Seigneur subsiste donc : tous les hommes sont pécheurs et tous ont besoin du pardon divin (Matth. VI, 12), les meilleurs étant précisément ces « pauvres en esprit » qui, dans le sentiment de leur indignité, « ont faim et soif de la justice. » (Matth. V, 3, 6.) — J'ajoute que, pour comprendre sur ce point la pensée de Jésus, il faut tenir compte de la forme populaire de sa doctrine, qui ne se développe pas selon la méthode dialectique qu'adopte plus tard saint Paul : les synoptiques, — qu'on ne l'oublie pas, — ne donnent que des discours occasionnels, aux allures simples et naïves; cependant il suffît de les serrer de près jjour y trouver ces trésors de connaissance divine que la prédication des apôtres a mis au jour dans la suite avec tant de puissance et d'éclat.
Mais si Jésus enseigne l'universalité du péché, ramène- t-il à quelque principe déterminé l'origine de cette déchéance? Sans aborder le mystérieux problème de la chute, puisqu'ils s'en tiennent à l'état actuel de l'homme, les trois premiers évangiles mentionnent toutefois l'existence d'un être dont l'effort est de pervertir les fils d'Adam et auquel sont donnés des noms qui ne révèlent que trop son caractère méchant et perfide : il est appelé, par exemple, le calomniateur, l'adversaire, Beelzeboul, prince des démons^. De cet ennemi de Dieu dépend un royaume (Matth. XII, 26) dont des entreprises
' '0 âcd^o/LOç (de âiafiâ'À'Àù), divulguer, calumnici-) : Maltli. lY, 1, 5, 8 ; XIII, 3'J ; XXV, 41 , Ole. ; ô Sarai'âi: : Marc IV, 15 ; Luc X, 18 ; XIII, 16, etc. ; ô èxOçôç-.Luc X, l'J ; Matth. XIH, 25; ô -âovijçûç: Matth. XIII, 19, 38. Quant à Beelzeboul (Matth. X, 25; XII, 2i), ce n'est pas une désignation tout à fait certaine de Satan ; peut-être ce terme ne s'appliquait-il, dans la croyance populaire, qu'à l'un des chefs des démons, à quel-
hardies attestent l'énergie et l'organisation puissante. Les esprits impurs en sont les instruments dociles ; aussi Jésus considère-t-il les expulsions qu'opèrent ses disciples comme une victoire remportée sur Satan (Luc X, 18) : ne faut-il pas avoir lié l'homme fort pour être en mesure de livrer sa maison au pillage ^ ? Mais si Christ a personnellement vaincu ce monarque du sombre empire, le diable n'en demeure pas moins, de nature, le maître et le tyran de l'humanité. (Luc IV, 6.) Les possessions, ce mal hideux, font éclater sa malice (Matth. XII, 28) ; certaines maladies du corps lui sont même attribuées (Luc XIII, 16) ; mais c'est dans les chutes morales surtout que triomphe cet être pervers. C'est lui qui, poussant Judas au crime, fait aussi passer par le crible les autres disciples. (Luc XXII, 3, 31.) N'a-t-il pas eu l'audace de s'attaquer au Fils de Dieu lui-même (Matth. IV, 1-11) et, dans sa perfidie, ne prend-il pas, s'il le faut, les traits d'une personne aimée pour entraîner, si possible, ses victimes dans le péché 2 ? (Marc VIII, 33.)
D'autre part il est manifeste que Satan ne réussit à vaincre les humains que lorsqu'à la tentation du dehors correspond une convoitise secrète ; car c'est du cœur, a dit Jésus, que procèdent les meurtres, les adultères et les mauvaises pensées (Matth. XV, 19), et telle est notre méchanceté naturelle, que le bien comme le mal et que même l'activité bénie de Christ sur la terre deviennent pour nous des occasions de péché. (Matth. XI, 6.) Malheur, toutefois, à ceux qui, le sachant et
qu'un des dignitaires de la hiérarciiie. (Sur ce mol, et sur le sens de l'autre, leçon Bcelzeboub, voir, p. ex., Riehm, Ilandtudrterbuch des bihl. AUeHums, p. 158, 151).)
1 Mallh. XII, 2'J. Allusion à l'issue de la tentation au désert.
2 M. Wendt fait cependant remarquer qu'en tout cela Jésus transforme, en se les appropriant, les idées judaïques de l'époque, en sorte qu'on est frappé du contraste des deux doctrines bien plus encore que de leurs points de contact. Dans l'attitude et dans les cnseig^nements du Sauveur, nulle trace de crainte superstitieuse ; il évite tout ce qui se rapprocherait, même de loin, du dualisme pratique de la démonologie juive. Fort de la vertu divine qui agit en lui, il affronte les puissances de l'ennemi avec la certitude qu'il est le maître et qu'elles ne sauraient lui résister. (Il, p. 233, 234 ; comp. p. 121-127.)
le voulant, sont en scandale à leurs frères. (Matth. XVIII, 7.) A vrai dire, il ne se peut faire que de telles chutes n'arrivent, car elles sont dans l'état actuel du monde; mais, au dernier jour, Christ n'en retranchera pas moins de son royaume tous ceux qui commettent l'iniquité. (Matth. XIII, 41.)
Lorsqu'il désig-ne ainsi le péché comme un pièg-e tendu par l'ennemi {axdvdaXov), Jésus en donne le caractère extérieur ; il le dépeint non comme une disposition cachée, mais comme une réalité palpable, conti'e laquelle nous nous heurtons à chaque pas. D'un autre côté, considéré dans son rapport avec celui qui le commet, le péché reçoit des noms qui en font ressortir les dang-ers et. la folie. 11 est « égarement » (âfiapvccc, Matth. IX, 2 ; àfidprrjiia, Marc III, 28), faute de celui qui manque le but ou qui sort de la bonne voie {àjj.aprdvsùv) ; il est « illégalité, » transgression de la loi dans son ensemble (àwfila, Matth. YII, 23 ; XIII, 41) ou chute causée par l'oubli de quelque précepte particulier. {7tapdnT(Dp.a, Matth. VI, 14, 15.) Aussi la conséquence inévitable en estelle la ruine de ceux qui s'y livrent : car, si le retour à Dieu donne la vie*, l'éloig-nement du Seigneur ne peut que produire la mort. Tel étant l'état de l'homme naturel, on comprend qu'un changement complet s'impose à quiconque veut être « fils du royaume^ » : « Je vous le dis en vérité, déclare le Sauveur aux disciples qui l'entourent, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants ^, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.» (Mal. XVIII, 3.)
' « iYe/cpôf yv, ical hvéÇijaev. )i Luc XV, 24, 32.
2 Matth. XIII, 38. Si Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Matth. V, 45), ce n'est pas, comme on l'a dit, qu'il soit indifféremment le pore de tous les hommes, ou que tous les hommes soient au même titre ses enfants. Les bienfaits de la providence de Dieu ne s'étendent-ils pas aux oiseaux du ciel (Matih. VI, 26), quoique ceux-ci ne soient pas pour cela membres du royaume ? Pour être enfant de Dieu, il faut faire la volonté divine (« Aimez vos ennemis,... afin que vous soyez lils de votre Père.... » Matth. V, 44, 45), cette volonté que nos convoitises ne nous permettent pas d'accomplir, lorsque nous sommes livrés à nous-mêmes. (Comp. p. 433 )
3 Modèle d'humilité, de simplicité, de confiance.