CHAPITRE III L'œuvre du Fils dans le monde
Nous avons signalé ropposition profonde qui sépare, d'après le type de doctrine de l'évang-ile de Jean, l'activité du Sauveur de celle du diable. Satan donc étant « menteur » et «. meurtrier dès le commencement » (VIII, 44), Christ agit en sens inverse à ces deux points de vue : au lieu du mensong-e, il répand la vérité ; au lieu du meurtre ou de la mort, il fait régner la vie. Aussi se présente-t-il aux hommes comme le seul « chemin ; » car il faut remarquer que, dans la parole à laquelle nous venons de faire allusion (XIV, 6), les trois termes indiqués ne sont nullement parallèles. Tandis que les deux derniers marquent le but substantiel, la communication des richesses surabondantes de Dieu, le premier se borne à signaler la voie par laquelle on y arrive. Seulement Jésus ne dit pas : « Je suis le chemin qui conduit à la vérité, » mais il dit : « Je suis la vérité ; » pour montrer d'autant mieux que son œuvre se résume dans sa personne. 11 ne nous sauve pas, en effet, par l'exposé de sa doctrine ou par l'exemple de sa conduite. S'il nous arrache à la puissance du monde, c'est en se livrant lui-même, c'est en se donnant à nous sans réserve et tout entier.
I. En premier lieu Christ est donc la vérité, de même que le diable vit et se complaît dans le mensonge. Telles sont du reste les illusions et les erreurs par lesquelles Satan
consolide son pouvoir, qu'en dehors de l'Evang"ile il n'y a qu'obscurité sur la terre. (VIII, 12; XII, 35.) Mais, au milieu de ces ténèbres profondes, le F'ils unique de Dieu fait resplendir sa lumière : Christ est pour l'âme humaine ce qu'est le soleil dans la nature qu'il éclaire et qu'il réchauffe de ses rayons. (VIII, 12; IX, 5; XI, 9; XII, 46.)
En quoi consiste la vérité qui se résume ainsi dans sa personne ? Serait-ce peut-être un corps de doctrine qu'il faille s'approprier par un travail dialectique, un ensemble de formules s'adressant à la raison ? La comparaison qu'emploie le Seigneur écarte de prime abord toute interprétation de ce genre. La lumière, en effet, ne se prouve pas, elle se voit : tel est le mode d'action de la parole divine. Loin de s'obtenir par un effort laborieux d'analyse, c'est dans un être vivant que se concentre la vérité salutaire, clarté rayonnante du monde des esprits. Pour l'acquérir, pour en être pénétré, l'homme n'a qu'à ouvrir l'œil de l'âme dont parlent déjà les textes synoptiques. (Matth. VI, 22.) Seulement cet org-ane précieux étant enveloppé naturellement de ténèbres, le pécheur, privé de ce guide, bronche et trébuche ^ comme le voyageur en détresse qui s'est égaré dans la nuit.
Il faut donc s'arracher à cet état d'obscurité, ce qui ne se peut que par une décision morale. Autrement dit, le seul moyen de connaître la vérité de l'Evangile, c'est de vouloir faire la volonté du Seigneur. (Jean VII, 17.) Vouloir ce que Dieu veut, les deux volontés se touchant en quelque sorte 2, jusqu'à ce que la volonté de Dieu transforme et vivifie celle de l'homme : vouloir ce que Dieu veut, tel est l'acte initial qui, nous arrachant à notre torpeur naturelle, dissipe dans notre âme les ombres sinistres du péché. En d'autres termes, d'après l'enseignement du Sauveur, le premier devoir de l'homme en pré-
■• « JIçoaKÔTTTsi. » (Jean XI, 10.)
- « 'Eâv Ttç dé'Ày to dèhjfia avTou Ttotelv..,.)) Lire, sur la pensée exprimée dans cette parole, le beau développement que donne M. Astié, Explication de l'évanqile selon mint Jean (1864), p. 183-186.
sence de son Dieu n'est pas de raisonner, mais de se soumettre. La vérité demande avant tout à être pratiquée '' : il faut que le pécheur, humilié, courbe la tête, et dans la mesure où il accomplira résolument ce douloureux sacrifice, l'intelligence des choses divines illuminera son esprit et son cœur. Il saura {xvéaerai), parce qu'il aura vécu; et son savoir ne reposera pas sur des hypothèses chancelantes, mais il se fondera sur une certitude d'expérience que rien ne saurait ébranler.
Dans le royaume de Dieu, ce n'est donc pas la science qui détermine l'action, car souvent, trop souvent, on voit le bien sans le faire ^. C'est, au contraire, l'action qui produit la connaissance : non pas, il est vrai, l'action qui n'est qu'affaire de forme ou de cérémonie, mais l'action qui, jaillissant d'une vie spirituelle intense, entraîne irrésistiblement l'homme vers son Dieu. Aussi la vérité qui brille en Jésus-Christ est-elle également une vie, ou pour employer l'expression de l'évang-ile, c'est « la lumière issue de la vie ^ » et qui fait rayonner la vie afin d'en manifester la force et l'éclat. Vie ou vérité, c'est toujours le don de Christ considéré dans sa double influence sur le fidèle : comme vérité, qui illumine l'esprit de ses clartés célestes, et comme vie, qui renouvelle par la pratique de la volonté divine dans la communion grandissante du Seigneur.
II. Si le diable, en effet, est un meurtrier qui triomphe de la mort de ses victimes, Jésus, au contraire, répand tous les trésors de sa vie chez ceux qui se soumettent à son pouvoir. Car Dieu se communiquant à Christ pour le salut des pécheurs, « comme le Père a la vie en lui-mcme, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même » (V, 26), et quiconque croit au Fils a la vie (III, 16) : tel est le message
^ « 'Oôè ■kqlC)v rr/v à/iy6ecav.)) (111,21.) Dans ce sens on a pu dire que celle notion correspond à celle de la « justice » dans les évangiles synoptiques. (Wendt, II, p. 200-203.) ■2 Comp. Mattii. XXIII, 3 : « Ils disent, et ne font pas. » ••' « n (Itûiç Tfi<: Çui/ij. » (VIII, 12.)
vibrant de la miséricorde divine, que TEvang-ile exprime avec une force pénétrante qui touche et qui subjugue les cœurs. Tandis que, loin de Jésus, il n'est pas de relèvement possible, le Fils au contraire « donne la vie à qui il veut. » (V, 21.) Il la, donne par ses enseignements (VI, 63); il la donne par l'action de sa personne (IV, 14 ; V, 24 ; VI, 35) ; il la donne surtout en distribuant sa chair, « qui est une véritable nourriture, » et son sang- « qui est un véritable breuvage » (VI, 51-56) : parole énigmatique, où se concentre ce qu'il y a de plus puissant et de plus intime dans les discours du Sauveur.
C'est du contact de Christ que jaillit en réalité la vie ; seulement on se demande comment s'opère cette transmission de force et quelles en sont les conditions. Etait-ce assez, par exemple, pour les contemporains de Jésus, de se pénétrer de sa pensée et de son exemple ? Ou bien, pour nous qui n'avons pas connu Christ « selon la chair, » suffit-il de nous unir à lui par le lien de la sympathie la plus ardente et de le saluer à travers les âges comme notre modèle et notre libérateur ? Tout cela n'est pas indifférent, sans doute ; mais il faut davantage encore, si l'on veut devenir participant de la vie du Seigneur. Le pain descendu du ciel, a déclaré Jésus, c'est la chair et le sang du Fils de l'homme, d'où il ressort que, pour nous communiquer sa personne. Christ a dû mourir * (VI, 35-63), c'est-à-dire qu'il s'est appliqué à lui-même cette loi du royaume céleste d'après laquelle « si le grain de froment tombé en terre ne meurt, il demeure seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (XII, 23, 24.) Dans cette affirmation mémorable se reproduit, sous une forme indépendante et originale assurément, la vérité qu'exprimaient déjà les synoptiques : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs. » (Matth. XX, 28.)
Non que les deux documents présentent une doctrine iden-
1 Telle est en elTet, me paraît-il, l'idée contenue dans ce fragment ; comp. ce qui eu a été dit aux pages 262 et 263.
ENSEIGNEiVrENT DE JÉSUS 505
tique. Fait significatif, l'enseig-nement jolianniqiie ne conçoit g-iière la crucifixion du Sauveur comme une mort ignominieuse, comme un supplice infamant*. Partout où Jésus parle d'être « élevé 2, » il montre sans doute par là qu'il sera livré en spectacle aux hommes, mais l'idée d'une exaltation glorieuse pénètre et transforme cette conception. C'est ce qui ressort en particulier d'une image expressive entre toutes, celle du serpent d'airain (III, 14 ; comp. Nomb. XXI, 9), dont le symbolisme singulièrement énergique et concentré recouvre et met en relief les vérités évangéliques suivantes :
a) Le récit hébreu que rappelle le Seigneur dépeint le camp des Israélites comme un champ de bataille couvert de morts et de mourants. Des serpents à la morsure brûlante sévissent parmi le peuple et multiplient chaque jour les victimes.
b) Sur l'ordre de Dieu, cependant. Moïse élève à la vue de tous un signe du fléau dont on demande la délivrance, et quiconque, croyant à la parole divine, regarde, obtient la guérison par sa foi.
Telle est la scène étrange à laquelle le Sauveur emprunte les éléments de l'explication qu'il présente. Dans un sens, il est vrai, comparaison n'est pas raison, et l'on ne saurait presser à l'excès l'analogie établie par ce texte de l'évangile. Entre un être vivant comme Jésus et un objet inerte tel qu'un serpent de métal, la relation restera toujours lointaine. Cette réserve faite, voici, néanmoins, l'idée qui se dégage de cet enseignement.
à) Par l'image qu'il choisit. Christ montre l'humanité sous l'aspect d'une armée jonchant la plaine. Pas un ne reste debout dans cette foule immense : tous sont morts ou mourants, sous l'étreinte d'un mal redoutable qui n'est autre que la puissance du péché.
b) Mais, du milieu de cette désolation sans pareille, un spectacle inattendu frappe soudain la vue. Un être mystérieux
1 Voir, au contraire, dans les synoptiques, Marc VIII, 31, 32 ; IX, 31 ; X, 34, etc.
2 « 'Fibud^vM. » 011, 14. ; VIII, 28 ; XII, Zi, 34.)
s'élève, et il s'élève assez haut pour être remarqué de tous. Cet être a la fig-ure et les traits d'un homme ; mais c'est un homme distinct de ceux qui souffrent et qui meurent à ses côtés. Ce qui le sépare d'eux, c'est qu'en lui, — - ainsi le veut le parallélisme avec le serpent d'airain, — la cause de ce désastre se trouve représentée ; mais elle apparaît immobile et sans la force de nuire. Semblable au reptile de métal qui ne pouvait certes blesser les Israélites^ le péché que Jésus expose aux regards des hommes a perdu son aig-uillon : en Golgotha, Christ a fourni la preuve palpable de la défaite du grand ennemi qu'il est venu combattre ^.
Ainsi comprise, la mort du Sauveur a le caractère d'un triomphe, l'éléA^ation sur le bois n'étant qu'un des degrés de l'exaltation -dans la gloire ; la croix du Calvaire, la première marche du trône divin. L'ignominie du supplice disparaît donc, absorbée par le rayonnement de splendeur éternelle qui couronne ce sacrifice héroïque ^. Aussi ne peut-on nier le contraste qui, sur ce point, sépare les synoptiques de l'évangile de Jean, bien que cette divergence, d'autre part, n'aille pas jusqu'à l'opposition directe. Dans la conception qu'ils donnent de cet événement, les textes plus anciens signalent ce qu'il y a d'immédiat et d'apparent, la honte d'être cloué sur la croix comme un homme perdu de crimes. Mais l'enseignement johannique, qui juge de toutes choses des cimes du monde céleste, embrasse le spectacle de plus haut. Lorsque le voyageur foule du pied le sommet de la montagne, que lui importent les fatigues et les dangers de la route ? Il oublie tout devant la scène qui se déroule à sa vue et sous l'azur immense où plonge librement son regard. De même, si Jésus s'est troublé parfois à la perspective ignominieuse de son supplice, — idée que relève exclusivement
* Il faut ajouter que, s'il fallait fixer les yeux sur le serpent d'airain pour être guéri, de la même manière le bénéfice de la victoire de Christ n'est obtenu que par le regard de la foi : idée importante, qui sera reprise dans la suite.
2 Voir surtout XII, 32, 33.
la tradition synoptique, — souvent aussi, perçant les voiles et secouant les chaînes, il a tressailli de joie et d'espérance, comme s'il saisissait déjà de la main la g-loire impérissable qu'il devait recevoir un jour. Sa mort, considérée sous cet aspect, n'apparaît plus comme un abaissement, mais elle se change en victoire : voilà ce que montre avec prédilection le quatrième évang-ile, œuvre de cet apôtre qui, des hauteurs d'où il contemple toutes les choses humaines, — même celles où l'on ne croit voir que péripéties sanglantes, injustices et souillures, — transfigure l'histoire en l'éclairant d'un reflet de la lumière éternelle, parce qu'il Finterprète selon les enseignements de ce Jésus qui, bien que luttant sur la terre, viA'^ait auprès de Dieu dans le ciel. (III, 13.)
Christ a donc prévu l'issue de son activité comme un triomphe : au reste, quant au rapport qu'il établit entre ce sacrifice et l'affranchissement des hommes, en l'absence d'une doctrine arrêtée qu'on puisse tirer des textes, je me borne à quelques indications. Certaines déclarations du Seigneur relèvent en général l'idée de bienfait, de protection efficace. Lorsque Jésus, par exemple, se compare au bon berger « qui donne sa vie pour ses brebis » (X, 11), l'immolation dont il parle est celle qui se fait en faveur de ceux qu'on aime, mais sans que le Sauveur développe aucune théorie dogmatique de peine équivalente ou de substitution. Ailleurs Christ atteste le caractère volontaire de cet abandon de lui-même, et cela selon l'ordre qu'il a reçu de son Père (X, 18 ; XV, 13) ; cependant la parole capitale est celle qui met la mort de Jésus en relation directe avec la vivification des fidèles, ainsi que cela ressort de la péricope déjà citée VI, 35-63, fragment célèbre, qui présente sous forme d'images les enseignements suivants.
a) Les deux expressions : « Je suis le pain de vie » (v. 35, 51 a) et : « le pain que je donnerai, c'est ma chair » (v. 51 h : « ma chair et mon sang, » v. 54, 55), bien qu'énonçant la même vérité, ne sont pas absolument synonymes. Tandis que la première contient la simple idée que Jésus est la nourriture du
croyant, la seconde, plus spéciale, inclique le comment de cette alimentation mystérieuse. G^est en livrant sa chair et son sang- que Christ devient un principe de renouvellement pour ceux qui le reçoivent ; or, j'ai déjà montré qu'il est difficile d'écarter de ce texte toute allusion quelconque à la crucifixion du Seigneur^ Dira-t-on peut-être, pour écarter cette interprétation, que « la chair et le sang- » désig-nent le Christ dans la fragilité de son existence historique, ce qui fait ressortir l'insuffisance apparente du Messie et de ses moyens terrestres, dans leur contraste avec la grandeur des promesses accordées aux croyants ^ ? Mais les auditeurs de Jésus sont si loin de l'entendre dans ce sens, qu'ils l'accusent plutôt de s'exalter lui-même (v. 41, 42, 52) ; et si le récit les présente comme incrédules, ce qui leur est reproché, c'est de ne pas saisir le caractère spirituel de cette supériorité du Fils de l'homme, aveuglés qu'ils sont par les préjugés de leur esprit charnel. (Vers. 60-63.) En fait, si Christ n'avait eu d'autre pensée, dans cet enseignement, que celle d'exiger la foi en son humanité, — que nul ne contestait du reste, — pourquoi parler avec cette insistance et cette précision de la décomposition de sa personne, qu'il compare à un pain qu'on coupe et qu'on divise pour s'en nourrir ? Un être vivant peut-il donner sa chair sans que son corps en soit atteint et comme déchiré ? Le corps, n'est-ce pas l'organisme dans son entier? la chair et le sang, n'est-ce pas le corps rompu et distribué aux fidèles ? et le futur qu'emploie le texte (v. 51 : « Je donnerai ») ne semble-t-il pas indiquer un événement à venir, le supplice du Calvaire, sur lequel, à ce moment, le Seigneur arrête d'avance son regard ^ ? L'idée centrale et substantielle
1 Comp. p. 262, 263.
2 Voir, par exemple, P. Lobstein, la Doctrine de la sainte cène. Revue de théoL et de pliil. de Lausanne, mars 1889, p. 156. (Lire p. 150-159.) Wendt, I, p. 298 et suiv., II, p. 4.72-475.
^ Même si l'on retranche le a i/v tyù âûau » du texte reçu, le sens général reste le même. Il est d'ailleurs difficile de dire si ce que Jésus annonce ainsi, c'est sa mort seulement, ou sa mort symbolisée par le pain rompu de la cène. Sans doute, la pensée
de ce passag-e, c'est donc que la mort du Sauveur doit j)récéder la communication de sa personne vivante : seulement Jésus ne s'engage à ce propos dans aucune théorie théolog'ique ; il se borne à constater le fait sans l'expliquer. Ce n'est que plus tard qu'intervient la doctrine apostolique du sacrifice de Christ et de son caratère expiatoire ^ : à la rédemption opérée s'ajoute l'enseignement qui l'interprète et qui en développe le sens. Je rappelle qu'il y a une différence marquée à sig-naler, à cet égard, entre les discours de l'évang-ile de Jean et les thèses de la première épître, que l'exposé didactique du disciple est sans contredit plus précis que celui que donne Jésus lui-même, et que l'exactitude avec laquelle est maintenu ce contraste confirme la valeur historique des discours attribués au Seig^neur^.
b) Mais si la mort de Christ doit préparer le don miséricordieux de sa vie, elle en est moins l'accomplissement que l'indispensable condition ; car le croyant est nourri non par la fraction du corps de Jésus, mais par « la chair et le sang- » qui sont la conséquence de cette rupture. Autrement dit, le pain vivifiant, ce n'est pas le cadavre qui se décompose, ce sont les éléments substantiels de l'homme qui vit et qui manifeste son activité. Ainsi s'explique l'incohérence apparente des expressions qu'emploie le texte, la distribution de la chair et du sang" de Christ supposant d'un côté son sacrifice, tandis que, d'autre part, cette mort de Jésus ne diminue en rien sa puissance, puisque c'est au contraire après l'avoir subie
développée doctrinalement clans le ch. VI du quatrième évangile est, pour le fond, identique à celle qui s'exprima lors de la dernière Pâquc sous la forme du repas sacré. D'autre part, il n'est guère à supposer que Jésus ait fait allusion dans ce discours (époque de la première multiplication des pains) à une cérémonie qui n'existait pas encore. II me paraît même fort improbable que Christ ait eu déjà alors l'idée de ce rite : ce serait supposer une intention longuement mûrie là où il n'y eut, selon toute apparence, qu'impulsion soudaine de l'Esprit. La môme remarque me semble être applicable à la déclaration de Jean III, 5, mise en regard de l'institution du baptême. (Matth. XXVIII, 19.)
^ « Ahroç iXaafiot; èanv tteçI rCov à/iaçrujv r//j.ùv. » (1 Jean II, 2 ; I, 7 ; IV, 10.)
2 Comp. p. 161.
que le Sauveur déploie sa force infinie pour le salut de l'humanité. L'idée est donc que, loin de s'amoindrir en passant par les liens du sépulcre, Christ devient, dans Tacception la plus élevée de ce terme, une personne vivante, capable de se multiplier d'âge en àg-e pour la nourriture de ceux qui s'ouvrent à son action divine * : vie absolue, débordante, qui se répand dans l'exubérance de sa richesse en renouvelant les âmes, jusqu'à ce qu'elle se manifeste au jour de l'avènement du Fils de l'homme par la glorieuse résurrection des corps. (Vers. 44, 54.)
c) Néanmoins, quoique la chair et le sang du Seigneur soient l'aliment de Dieu par excellence, le pain descendu du ciel qui vivifie le monde (v. 33), encore faut-il s'approcher et «. manger » pour recevoir les bienfaits de cette manne céleste 2 : quel est donc l'acte par lequel on saisit ces trésors impérissables contenus en Jésus-Christ?
1 Se rappeler l'analogie avec le miracle qui est au point de départ de tout cet enseignement. (Vers. 26, 27, 32, 33, 51, etc.) - « 'Env rit; (jiàyy. » (Vers. .'Jl, 53, 54.)