CHAPITRE II Les documents historiques de la Vie de Jésus
La Bible est à tous égards un livre unique, et s'il est banal de dire qu'il n'existe pas dans le monde entier de collection littéraire qu'on puisse lui comparer en importance, il est non moins nécessaire d'ajouter que c'est ce recueil aussi qui, de beaucoup, a été le plus souvent discuté. La science moderne a soumis le Nouveau Testament en particulier à la critique la plus serrée. On a pesé les divers ouvrages qui le composent ; on les a scrutés et retournés en tous sens, admettant et rejetant tour à tour épîtres et évang-iles. Du milieu de cet ébranlement général, il est cependant quatre écrits qui se sont dressés, même aux plus mauvais jours, comme un roc au milieu de l'orage ; ce sont les quatre grandes épîtres pauliniennes ^, sur lesquelles Baur lui-même a porté ce jugement digne d'être rappelé : « Non seulement, dit-il, il ne s'est jamais élevé le moindre soupçon contre l'authenticité de ces lettres ; mais elles portent si incontestablement le cachet de l'origine apostolique, qu'il est impossible de se représenter quel droit le doute pourrait avoir contre elles 2. »
C'est donc de ces écrits qu'il faut partir pour reconstruire
1 Gai., 1 et 2 Cor., Rom.
2 Paulus, p. 248 de la 1" édit. Quant aux critiques plus récentes (Pierson, Loman, Stock), qui demeurent isolées dans le mouvement théologique moderne, elles seront reprises à propos de l'époque apostolique. (Dans l'autre sens, comp., par exemple, H.-J. Holtzmann, Einleitung in dus Neue Testament, 2^ édit., p. 2dl-246.)
riiistoirc du christianisme primitil'. D'après les calculs le plus g-énéralement admis, ils datent des années 55 à 58 de notre ère. Or, non seulement ils attestent l'existence de l'Eglise chrétienne en divers lieux : Asie Mineure (Gai. I, 2), Grèce (1 Cor. I, 2; 2 Cor. 1, 1), Macédoine (2 Cor. VIII, 1 ; IX, 2 ; Rom. XV, 26), lUyrie (Rom. XV, 19), de Jérusalem à Rome, selon le témoignage de Paul (Rom. I, 7, 15; XV", 19, 25); mais ces épitres donnent plusieurs détails i:)récieux à liotcr sur la personne de ce Jésus que les chrétiens adorent comme leur maître. (1 Cor. III, 11.) D'après les déclarations de l'apôtre, — bien placé pour être exactement renseigné, — Jésus, de la race de David (Rom. I, 3), né sous la loi (Gai. IV, 4), a vécu dans une humilité qui forme un contraste saisissant avec ses prérogatives souveraines. (2 Cor. VIII, 9.) Jamais il n'a commis de péché. (2 Cor. V, 21.) Aussi sa mort a-t-elle un caractère unique, comme il le marque par le repas qu'il institue en souvenir de ce sanglant sacrifice (1 Cor. XI, 23-26), olîert pour le rachat des hommes qu'il réconcilie avec Dieu. (Rom. IV, 25 ; 2 Cor. V, 20, 21.) Le troisième jour il ressuscite et se montre à plusieurs reprises à ses disciples, jusqu'à ce qu'il apparaisse à Paul lui-même, qu'il arrête sur la voie de la révolte en l'appelant à la mission glorieuse de l'apostolat. (1 Cor. XV, 3-8 ; Gai. I, 1, 15, 16 ; 1 Cor. IX, 1.) C'est à ce Jésus enfin, actuellement glorifié dans le ciel, qu'il est réservé de juger le monde et de prendre possession de son royaume pour le remettre au Père, « afin que Dieu soit tout en tous. » (Rom. II, 16; 2 Cor. V, 10 ; 1 Cor. XV, 23-28.) Voilà l'esquisse qu'un des premiers disciples du Christ donne de l'œuvre et de la personne de son maître ; si ce portrait est sobre de détails, on y trouve sans contredit le centre et la substance de l'Evangile. Qu'importe, après tout, le nombre des miracles que Jésus a opérés? L'essentiel n'est-il pas de savoir que Christ est lui-môme le grand miracle, le chef d'une humanité régénérée, parce qu'il a détruit l'empire
du péché et de la mort ? Ce principe reconnu, les récits évanfféliques s'éclairent d'un jour nouveau, en déployant aux regards, par leur caractère merveilleux, les richesses de cette personnalité surhumaine. On peut discuter dès lors l'historicité de certains traits de la narration biblique ; mais on ne saurait en écarter l'ensemble d'un geste d'indifférence ou de dédain. Quoi d'étonnant que Christ, le libérateur venu du Père, ait accompli des miracles ; que lui, le vainqueur de la puissance qui tient l'humanité captive, il soit plus qu'un homme ordinaire et qu'il s'attribue le titre de Fils unique de Dieu ? Aussi comprend-on la haute portée du témoignage de Paul en faveur de l'histoire évaiigélique : de fait, les quatre grandes épîtres de cet apôtre ont été, dans le mouvement de la critique contemporaine, le point ferme d'où sont partis les défenseurs de la foi chrétienne pour regagner le terrain perdu.
Quelle est donc, dans l'ensemble de ce recueil si vivement attaqué, la place des évangiles ? Pour répondre à cette question, — sans anticiper sur la discussion des autres livres, qui seront traités chacun à son rang dans la suite, — je subdivise en trois sections l'histoire de la littérature apostolique : a) période épistolaire ; b) période narrative ; c) période johannique.
1" Il suffit de comparer les dates de composition des écrits du Nouveau Testament pour se convaincre de l'origine relativement tardive des évangiles. Sans doute, les premières communautés chrétiennes vivaient des souvenirs du ministère du Sauveur. Lorsque saint Paul, écrivant aux Corinthiens, leur énumère les apparitions du Christ ressuscité, ou quand il leur rapporte les paroles de l'institution de la cène, il ne prétend pas leur communiquer des feits nouveaux ; il se borne à souligner certains détails, en les renvoyant à l'instruction orale qu'ils ont déjà reçue ; il répète plutôt qu'il ne raconte ; il leur remet en mémoire ce qu'ils semblent avoir oublié. « J'ai appris, dit-il, du Seigneur ce que je vous ai
enseigné » (1 Cor. XI, 23) ; « je vous rappelle, frères, TEvang-ile que je vous ai prêché » (1 Cor. XV, 1), et autres expressions du même genre.
Saint Paul avait donc soin, dans la prédication qu'il donnait à chaque Eglise, d'exposer les faits essentiels de l'activité publique de Jésus, renseig-nements qu'il tenait sans doute de Pierre ou de quelqu'un des douze. (Gai. I, 18, 19.) Pierre, de son côté, si l'on en croit le livre des Actes, dont le témoignage sur ce point n'a certes rien de suspect, suivait la même méthode. « Hommes Israélites, s'écrie-t-il, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme signalé de Dieu parmi vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a opérés jDar lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes... » (Act. II, 22) ; — et l'on peut supposer que l'apôtre ne s'en tint pas à cette notice sommaire, mais qu'il développa cette preuve historique si frappante, tirant du trésor de sa mémoire en même temps qu'il faisait appel aux souvenirs de ses auditeurs ^ Il est même à présumer que ces récits du ministère de Jésus formaient un des éléments importants de la doctrine dans laquelle « persévérait » l'Eglise. (Act. II, 42.) Dans de telles circonstances, il était naturel qu'on ne sentît nul besoin de posséder des évangiles écrits. Les scènes de la vie du Sauveur se transmettant par voie de tradition orale, ce qui devait sembler plus nécessaire aux fidèles, c'était d'en obtenir l'intelligence exacte en vue du salut. Aussi voyonsnous saint Paul déclarer aux Corinthiens qu'il ne veut rien savoir « du Christ selon la chair » (2 Cor. V, 16), ce qui si"-nifie qu'il ne saurait se contenter de la sèche reproduction du phénomène historique, mais que ces faits ne l'intéressent que dans la mesure où ils peuvent être saisis par la foi. Telle
» Comp. le discours chez Corneille (Act. X, 34-43), qu'on a nommé,"non sans raison, le programme tle l'évangile de Marc. Au reste, je rappelle que le livre des Actes ne nous donne, selon toute apparence, que le résumé de ces enseignements apostoliques ; quelques mots du texte actuel représentent peut-être toute une série de narrations.
est la substance de la prédication de l'apôtre, dont on retrouve le résumé vivant dans ses écrits ; il est d'ailleurs aisé de se représenter pourquoi ces lettres sont les documents les plus anciens de la collection canonique. A part les Eglises de Palestine, la plupart des communautés apostoliques à nous connues furent fondées par saint Paul. Or, Paul était un missionnaire, poussé par le besoin de progresser et de conquérir. Tout au plus rcsta-t-il deux ans, trois ans dans de grandes métropoles telles que Corinthe ou Eplièse. Partout ailleurs il n'évangélisait qu'en passant, dans l'espace de peu de semaines, parfois même en quelques jours. Mais si les nécessités de son œuvre l'entraînaient dans ce mouvement incessant, l'apôtre ne pouvait cependant abandonner les Eglises qu'il avait créées ; il fallait les entretenir dans la foi chrétienne, répondre aux difficultés qui surgissaient sans cesse, appliquer l'Evangile aux détails de la vie quotidienne, édifier en un mot après avoir posé le fondement. De là l'activité littéraire de Paul, qui fut un des éléments essentiels de son travail missionnaire.
Quant aux apôtres de Jérusalem, confinés d'abord en Palestine, ils ne prirent la plume qu'à mesure que, la question des païens ayant été discutée, ils l'acceptèrent et virent leur horizon s'élargir. En résumé, toute cette période épistolaire, — sauf les écrits de Jean, l'épître de Jude et la seconde épître de Pierre, que je crois inauthentique, — est antérieure à la rédaction des évangiles et se subdivise en deux séries parallèles : d'un côté, les lettres pauliniennes, avec l'épître aux Hébreux qui s'y ajoute, et d'autre part; les écrits des chefs de la communauté liiérosolymitc, à savoir l'épître de Jacques et celle de Pierre, auxquelles leur tendance doctrinale assigne une place à part dans le recueil du canon.
Au reste, je le répète, ces lettres, qui viennent les premières en date dans le Nouveau Testament, donnent moins la repro- (hiction plastique du fait chrétien que l'appréciation de sa valeur religieuse ; car lorsqu'un homme embrasse l'Evangile
de Jésus-Christ, ce qui le frappe avant tout, c'est la correspondance des récits qu'on lui présente avec les besoins de sa conscience et de son cœur, c'est le bien qu'il en reçoit, c'est la transformation qui se produit dans sa vie. Plus tard seulement il cherche à posséder en détail l'histoire du Sauveur, telle que la donne l'étude minutieuse des évangiles. Aussi le portrait du « Christ selon l'Esprit » apparaît-il d'abord dans le développement de la littérature apostolique. Durant les trente années qui suivirent la mort de Jésus, la tradition vivante était assez flexible encore pour se plier à toutes les exigences et pour répondre à la soif de connaissance des chrétiens , jusqu'à ce que le temps , en s'écoulant, finit par amener une nouvelle situation qui détermina l'épanouissement de la littérature évang-élique proprement dite.
2° De bonne heure il s'était formé dans l'Eglise plusieurs récits fragmentaires dont l'existence est attestée par le prologue de l'évangile de Luc. Il est vrai que, au début de l'âge apostolique, la prépondérance de l'enseignement oral rendait inutile le groupement de ces premiers essais en narration continue. Mais le nombre des témoins du ministère de Jésus tendant à s'éclaircir, plus l'Eglise s'éloigna de la période des origines, plus elle dut éprouver le besoin de posséder l'histoire de la vie et de l'activité du Seigneur. Pour cet effet, il suffisait de rédiger l'évangélisation des apôtres, ce qui donna naissance à des cycles de récits d'où sortirent nos synoptiques ; je me borne à marquer ici, sauf à y revenir dans la suite, la place de ce développement, auquel se rattache un autre ouvrage historique de valeur qui rentre dans cette période. Le plus ancien des évangiles étant de quarante ans environ postérieur à la mort de Jésus, de graves événements s'étaient déroulés dans l'intervalle. L'Eglise, d'abord chétive et menacée, avait pris un essor prodigieux. De Jérusalem elle s'était répandue jusqu'à Rome. Bien des chrétiens, qui ne connaissaient ces péripéties émouvantes que par ouïdire et vaguement, devaient se demander comment avait pu
s'opérer ce miracle. C'est ce que leur explique, dans un récit remarquablement nuancé, le livre des Actes, suite de l'évang-ile de Luc, ou pour adopter une expression moderne, seconde partie du grand ouvrage de cet auteur sur les origines du christianisme, livre qui clôt la période narrative de la littérature du Nouveau Testament.
3° Restent un petit nombre d'écrits qui sont tous plus tardifs que les épîtres de Paul et qui se groupent autour du nom de Jean d'après l'ancienne tradition chrétienne. C'est à cette période johannique qu'appartient, — si du moins cette vision est d'origine apostolique, — l'Apocalypse, que je place vers l'an 68 et sur le compte de laquelle je m'expliquerai dans la suite. Quant à l'évangile et aux épîtres de Jean, qui présentent la conception de l'apôtre dans sa maturité, voici comment on peut en établir le caractère.
Ce qui se dégage des ouvrages de la période épistolaire, c'est, me paraît-il, la figure du « Christ selon l'Esprit, » c'est-àdire le fait évangélique saisi dans sa portée religieuse universelle. Les écrits de la période narrative esquissent, d'autre part, le portrait du « Christ selon la chair, » c'est-à-dire du Jésus historique tel qu'il s'était montré aux foules durant son ministère. Jusqu'ici la littérature apostolique pose donc les termes d'une dualité : c'est à Jean qu'il était réservé d'en révéler l'unité ou d'opérer la synthèse. Comme Pierre ou Matthieu, cet apôtre était, en efl^t, le témoin compétent de l'activité du Seigneur ; comme Paul, il avait pénétré dans les profondeurs mystérieuses de sa personne. Aussi couronne-t-il ce Nouveau Testament dans lequel rayonne la gloire du Christ, en attestant au monde et à l'Eglise que l'être divin qu'avait prêché saint Paul est aussi celui qui a vécu sur la terre et dont il a été, lui Jean, le confident et l'ami. Telle est l'idée génératrice du quatrième évangile, ce joyau de la littérature chrétienne, systématiquement dénigré par ceux qui, séparant le «lésus historique du Christ idéal, répètent avec Lessing que « les vérités nécessaires de la raison ne sauraient reposer sur
les faits accidentels de l'histoire ^, » mais qui triomphe de ces dédains et de ces colères, et qui proclame avec tant d'autorité l'indissoluble union de l'idéal et du réel dans le christianisme, qu'en dehors du témoig-nage qu'il donne il ne peut y avoir d'intellig-ence vraie de la personne et de l'œuvre du Sauveur.
Au terme de cette rapide esquisse, nous revenons donc aux écrits qui traitent directement de la vie de Jésus, à savoir aux évang-iles et d'abord aux synoptiques 2. Notre étude d'introduction, ainsi délimitée, comprend trois paragraphes : a) les synoptiques ; b) le quatrième évangile ; c) la valeur historique du portrait évangélique de Jésus-Christ.
' Cité par Strauss, Das Leben Jesu fur dus deuisohe Volk bearbeitet, p. 620. Sur quoi l'auteur ajoute que « cette distinction du Jésus historique et du Christ idéal, c'est-à-dire de l'image de l'homme telle qu'elle est déposée dans l'intelligence humaine, est la conquête définitive, le trésor inaliénable de l'esprit moderne ; c'est la transformation de la religion du Christ en religion de l'humanité. » (P. 625.) En 1843 déjà, au terme de sa substantielle étude sur la Trinité, Baur développait une théorie identique. C'est la foi seule, expliquait-il, qui fait du Christ l'homme-Dieu. « Or, l'idée de l'homme-Dieu est indépendante de la personne historique de Jésus; car sa réalité est l'essence même de l'esprit. L'homme-Dieu est l'esprit infini sous la forme du fini.... Au fond, Strauss a tiré la conséquence logique du système de Hegel. La spéculation se contente du minimum de valeur objective que ce critique assigne à la personne de Jésus. Il suffit même que la conception du Christ idéal se soit rattachée accidentellement à celui qui la porte. » (Die christliche Lehre von der Dreieinigkeit und Menschwerdung Gottes ; en 3 vol., 1841-1843. III, p. 969-974.) — De là, sans doute, l'opiniâtreté de celle école et de tous ceux qui en dépendent à nier l'apostolicité du quatrième évangile.
2 En dehors des sources chrétiennes, il faut signaler le fragment bien connu des Annales de Tacite, (XV, 44) ; chez les Juifs, je rappelle les textes de Josèphe : Antiquités, XVIII, 3, 3 (interpolé ou inaulhentique. Voir Schiirer, Geschichte des jiidisohen Volkes, 2° édit. de la Neutestamentliche Zeitgeschichte, 1890. I, p. -455-459.), XVIII, 5, 2 (sur Jean-Baptiste) et XX, 9, 1 (comp. encore Sabatier : Art, Jésus- Christ, dans l'Encyclopédie de Lichtenberger, VII, p. 349). Quant aux renseignements fournis par la tradition rabbinique, consulter en particulier l'élude récente de Laible, Jésus Christus im Thalmud. (Berlin, 1891.) Tout cela n'est, du reste, que de très peu d'importance, les livres canoniques restant le seul document suffisant et sérieux.
§ 1er. LES SYNOPTIQUES Article A. — Origine des trois premiers évangiles
Vers la fin du deuxième siècle, les quatre évang-iles canoniques étaient universellement reçus dans l'Eg-lise, et même si bien accrédités que leur nombre semblait avoir un caractère sacré, qu'il participait en quelque sorte à la fixité des lois de l'univers ou des phénomènes immuables de la nature. « L'Evangile, écrit par exemple Irénée dans un curieux passage, est la colonne et le soutien de l'Eg-lise ; l'Eglise est répandue dans tout le monde ; le monde a quatre contrées et quatre vents principaux : donc il ne peut y avoir que quatre évangiles * . » Voici, du reste, comment cet auteur se représente l'origine des ouvrages ainsi groupés. « Matthieu, dit-il, donna aux Hébreux un évangile rédigé dans leur langue, au temps où Pierre et Paul prêchaient à Rome et j fondaient l'Eglise. Ces apôtres étant morts, Marc, l'interprète de Pierre, mit par écrit la prédication de son maître, et Luc, le compagnon de Paul, déposa dans un livre l'Evangile que Paul avait prêché. Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, celui qui s'était penché sur le sein de Jésus, publia à son tour l'Evangile à Ephèse, ville d'Asie^. »
Ce texte d'Irénée montre l'autorité qu'on reconnaissait à cette époque aux évangiles : aussi la critique peut-elle partir de là comme d'un point acquis pour remonter plus haut, ce que je ferai en recherchant d'abord l'origine des documents synoptiques. Il ne saurait entrer dans le plan de cette étude de fournir l'analyse complète de la question, pour le détail de laquelle je renvoie aux manuels spéciaux d'isagogique. A propos de chacun de ces écrits, je me contenterai de relever les témoignages essentiels et d'établir les conclusions qui me semblent les mieux justifiées.
* Adv. haer,, 111, 11, 8. Traduction abrégée.
2 Adv. haer., III, 1, 1. Comp. Eusèbe, Ilist. écoles., V, 8, 2-4.