II. Hypothèse d'un évangile oral primitif
Cette théorie, que Gieseler avait mise en avant au commencement de ce siècle, a été reprise et développée en particulier par Gredner, Ebrard, et parmi les exégètes de langue française par F. Godet et Bonnet^. Voici comment ces auteurs cherchent à rendre compte de l'orig-ine du texte synoptique. Ils font remarquer que si, dès le début, les apôtres entretinrent FEg-lise de la vie et de Tactivité du Sauveur (Act. II, 42), d'autre part on ne pouvait tout dire. De bonne heure donc, on se restreig-nit à un nombre déterminé de scènes typiques qui prirent une forme arrêtée dans la tradition. Il était naturel que les sentences du Sauveur, vives et bien frappées, fussent mieux retenues que les récits qui les accompagnaient ; aussi les discours des synoptiques ont-ils plus de fixité que les parties narratives. De plus, on avait coutume, soit pour en rendre la mémorisation plus facile, soit pour en faire mieux ressortir la relation organique, de grouper un certain nombre de fragments en cycles historiques tels que ceux qui se trouvent dans les documents actuels.
A Torigine, l'évangélisation ainsi formée était exclusivement araméenne ; mais on ne tarda pas à la reproduire en grec
1 Gieseler, Uistorisch-kritischer Versuch iiber die Entslehung und die frûhesten Schicksale der schriftlichen EvamjeUen (1818). — Credner, Elnleitung in das Neue Testament (1836), I, 1, p. 178-207. — Ebrard, Wissenschaftliche Krltik der evangelischen Geschichte, 2' édit., 1850, p. 811-827.— Thiersch, Die Kirche im apostolischen Zeitaller, 1852, p. 178 et suiv. — Godet, Commentaire sur l'évangile de Luc, l''» édit., II, p. 528 et suiv. (Les autres éditions n'apportent pas, me paraît-il, de changement appréciable à ce point de vue. Voir 3° édit., I, p. 63 et suiv.); Eludes bibliques : Nouveau Testament (1874.), p. 61 et suiv. — Bonnet, Evangiles de Matthieu, Marc et Luc (1880) ; Introduction, p. XXV-XXVII. — Pour le détail, ces théologiens ne sont pas toujours d'accord. Ainsi Credner ne se rattache qu'en partie à l'hypothèse de Gieseler, qu'il combine avec la théorie du Proto-Marc et des Logia. Ce savant d'ailleurs admet dans la tradition primitive mainte surcharge, avec des éléments légendaires (p. 197- 200) ; tandis que, d'après Ebrard, le texte biblique ne donne que des renseignements absolument certains. (P. 791.) — Mais le caractère commun à tous ces systèmes est le rôle qu'ils font jouer à la transmission orale des récits évangéliques et des discours du Seigneur.
pour les besoins des nombreux disciples qui ne savaient pas riiébreu. Cette opération était importante et délicate : on eut recours aux services des chrétiens les plus exercés dans la lang-ue hellénique; ce fut alors sans doute que les termes difficiles (èmoùmos de Matth. VI, 11 et de Luc XI, 3, par exemple) furent soig"neusement arrêtés. Ces récits étaient conservés comme un trésor précieux dans l'Eglise ; cependant, quelque exactitude qu'on y mît, il ne pouvait manquer de se produire des modifications qui expliquent d'un côté la fixité et d'autre part les variations du texte synoptique.
Comment s'opéra le passage de la tradition verbale aux documents écrits ? Ainsi que le donne à entendre le prologue de l'évangile de Luc, on recueillit d'abord des fragments sans doute fort incomplets, simples collections de discours et d'anecdotes, sans développement organique, mais qui n'en sont pas moins le degré inférieur de l'historiographie évangélique. « Dans la tradition orale, ainsi formée et primitivement ainsi rédigée, affirme M. Godet, nous possédons un principe assez ferme, d'une part, assez élastique, de l'autre, pour expliquer la ressemblance, non moins que la diversité, entre nos trois synoptiques, et pour résoudre ce problème compliqué dont la solution échappe à un moyen aussi raide que celui d'un modèle écrit *. »
La mention de ces premiers essais de composition ne doit cependant j)as donner le change sur la portée de l'hypothèse. Le rapport et les divergences des synoptiques ne sont pas ramenés à l'emploi de sources écrites communes, mais aux caractères de la tradition orale d'où nos évangiles sont sortis-. C'est dans ces termes que le problème se pose et que nous avons à le considérer : voici, d'ailleurs, outre les arguments
^ Commentaire sur l'évangile de Luc, P' édit., Il, p. 53-i; 3» édit., I, p. 63-71.
2 Selon Credner, cette tradition verbale avait « cineArt stereotyper Form.» (P. 189). Selon Ebrard, elle était « ein stehcnder Erzalilungstypus. » (P. 824. note.) « Dans cette élaboration naturelle, écrit de même M. Godet, l'évangélisation dut môme contracter jusque dans les détails de l'expression une forme assez arrêtée. » (l'^édit.. Il, p. 530; comp. 3" édit., I p. 63-66, 70.)
UÉDEMPTION I 8
déjà cités, les considérations qu'on avance à Tappiii de cette idée :
a) L'hypothèse de documents remaniés en sens divers repose, dit-on, sur un anachronisme. Elle représente les auteurs des évangiles comme des érudits de notre siècle, occupés à dépouiller les pièces d'un volumineux dossier, et cela dans une période créatrice où la transmission verbale était sans contredit l'essentiel. Papias encore, dans le deuxième siècle, ne laissait-il pas de côté les livres pour s'attacher plutôt à la parole vivante ? Cette méthode d'enseig-nement était usitée aussi dans les écoles juives, où elle avait atteint un haut degré d'exactitude et de perfection*. Voilà des données historiques positives, qui expliquent l'influence de la tradition primitive sur nos évangiles canoniques.
b) Et non seulement la théorie de sources écrites ne tient pas compte de la diversité des époques, mais, ce qui est plus grave, elle attaque le caractère des écrivains sacrés. Se représente-t-on les évangélistes étalant devant eux des manuscrits de teneur diverse, copiant trois mots de l'un et trois mots de l'autre, remaniant à leur g-ré les discours du Sauveur, ne craignant pas de porter une main profane sur des textes tels que l'oraison dominicale ou les paroles de l'institution de la cène ? Une telle manière d'agir eût été fort irrévérencieuse, et il n'est pas moins inconvenant de l'attribuer aux historiens bibliques. Comme il est plus digne et plus naturel de supposer qu'ils ont puisé leurs renseignements dans la tradition orale, en reproduisant, avec toute l'exactitude possible, les récits évangéliques qu'ils tenaient de la bouche même des apôtres de Jésus- Christ !
c) Cette dernière hypothèse est enfin, dit-on, la seule qui permette d'écarter nombre de difficultés autrement insurmontables. Tout en rendant compte de la fixité du texte 2, elle
^ Credner, p. 193 et suiv ; Gieseler, p. 105 et suiv. Comp. le précepte rabbiniquc : ft Verba prœceptoris sine ulla iinmutatione... erant rccilanda. » - Analogie des écoles rabbiniques.
explique fort bien les variations de détail^. Elle justifie aussi les différences de style, le fait que Matthieu, par exemple, « écrit en grec pur pour des Hébreux, » tandis que Luc « bourre son style d'aramaïsmes » pour des Hellènes, phénomène littéraire qui est, au dire de M. Godet, l'écueil contre lequel se brisent le système du Proto-Marc et autres solutions du même g-enre^. On conclut donc que, de toutes manières, la théorie de Févang-ile oral est la seule qui ne fasse pas violence aux faits.
Cependant, quelle que soit la part incontestable de vérifé (jue cette hypothèse a eu le mérite de relever, voici, me paraîtil, ce qu'on peut alléguer en sens inverse :
a) Le témoignage de Papias atteste, cela est vrai, le crédit dont la tradition verbale jouissait encore au second siècle. Mais ce fait ne saurait expliquer à lui seul les rapports d'analogies et de divergences des évangiles actuels. Pour rendre compte de la fixité de la narration synoptique, on est obligé d'avoir recours à la comparaison des écoles juives et des méthodes d'enseignement qui y prévalaient : or, c'est bien ici que les défenseurs de ce système s'exposent à leur tour au reproche de confondre des époques qu'il serait nécessaire de disting-uer. Que parle-t-on de science talmudique ? Ne voit-on pas combien diiïérentes étaient les conditions du christianisme primitif? Les rabbins, dont on cite l'exemple, travaillaient en érndits ; vivant dans des milieux fermés, ils transmettaient à leurs élèves un enseignement où régnait avant tout le culte de la forme, la mémorisation anxieuse et la minutie des détails. Gomment attribuer cette méthode aux apôtres, hommes d'action, dont la vie se passait à prêcher Jésus aux foules? Allaiealils donc à l'école, pour apprendre à peser les phrases et les
• D'après Matthieu, par exemple, la transfigiiratiou a lieu six jours après la scène <le Césarée de Philippe (XVII, 1), tandis que Luc parle d'ciiviroii huit joui's (IX, 2(S). Dans le discours de Jésus à ses disciples, Marc dit de ne rien prendre, « si ce n'est un liùlon » (VI, 8), et Matthieu : « Ne prenez ni or... ni hàtoii, » etc. (X, 10.)
- II, p. T)!!, r)2(), l'a édil. Comp. l'Avant-itropos de la 2« édit.
expressions ? En réalité, le procédé que suppose l'hypothèse de Gieseler ne diffère guère de celui par lequel on explique Forig-ine des poèmes homériques, œuvre de rapsodes ignorants dans l'art d'écrire et qui se communiquaient de vieux récits destinés à charmer les populations : mais de quel droit transporter cette coutume à l'époque de Jésus-Christ, dans un milieu où, certes, l'écriture n'était nullement inconnue^? L'accusation d'anachronisme peut être retournée en plein, je le répète, contre cet essai de solution.
b) Quant au second argument, je conviens qu'il est peu naturel autant qu'irrespectueux de se représenter les auteurs sacrés assis devant leurs documents et copiant une ligne de l'un et quatre mots de l'autre. Je reconnais de plus que c'est à peu près ainsi que s'expriment plusieurs savants modernes, dont les explications, me paraît-il, sont condamnées par ce seul fait. Mais l'hypothèse du remaniement de sources écrites n'est point solidaire de cette conception, ainsi que le montrera l'appréciation des dernières preuves que font valoir les défenseurs de la théorie de Gieseler.
c) On allègue les aramaïsmes de Luc et le grec relativement plus pur de Matthieu ; cependant cet argument ne vaut que contre le premier système de M. Holtzmann^, retiré du reste par ce critique. En fait, rien ne nous dit que, dans les péricopes parallèles, les évangélistes aient utilisé toujours la même source; ils peuvent avoir eu sous les yeux des reproductions diverses d'un fonds identique de récits. Et même à supposer qu'ils aient retravaillé des documents communs, ces textes
' Sur le sujet des écoles juives et de l'art d'écrire, en particulier, voir, par exemple, Keim, I, 427 et suiv. ; Schiirer, Geschichte des judischen Volkes im Zeitalter Jesu- Christi ('â" édit de la Neulestamentliche Zellgeschichte), II, 351-354. Comp. Jean VIII, 6, récit qui, bien qu'interpolé dans le texte johanniquc, est en tout cas fort ancien. Or, Jésus, de l'aveu des foules, n'avait pas fréquenté les hautes écoles (Jean Vil, 15), et ne possédait d'autre culture littéraire que celle d'un artisan. Quant aux apôtres, comme ils savaient écrire aussi bien que leur maître, preuve en soient les ouvrages qu'ils nous ont laissés, il est difficile de voir dans quel but ils auraient eu recours aux minuties de mémorisation qu'on suppose.
2 Die sijnopt. Ev.
devaient être araméens, puisque telle était la langue des chrétiens juifs et celle du Matthieu apostolique. Oui donc empêche d'admettre que l'auteur du premier évangile a rendu ces écrits plus librement en grec, tandis que Luc, avec son tact exquis, conserve le parfum hébraïque de la narration primitive? Ce qui semble justifier cette hypothèse, c'est que le style ([informe de Matthieu ramène tout au même niveau, tandis que Luc présente de notables irrégularités suivant la nature des récits qu'il utilise. II pouvait d'autant mieux tenir compte de ces diversités, qu'il maniait sans doute le grec avec plus de facilité que le rédacteur juif du premier récit synoptique ; de même qu'il est naturel qu'un étranger, écrivant français, évite ce qui rappelle son origine et adopte un style correct peut-être, mais moins nuancé que celui d'un auteur du pays qui se meut à son aise dans la langue nationale.
Ainsi s'expliquent les aramaïsmes de Luc, et quant aux diverg'ences de détail qu'on cite, elles se justifient aussi dans la supposition de sources écrites communes, comme un exemple tiré de la littérature bibhque le montrera. On sait (pie l'épître de Jude et la seconde épître de Pierre présentent plusieurs péricopes parallèles. Cette correspondance est inégale : parfois les deux textes reproduisent librement une pensée analog-ue ; ailleurs, au contraire, ils se rapprochent jusqu'à l'identité.
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prjToci. 2 Picr. II, 17.
Jude 12, 13.
Dans la première moitié de ce fragment, l'idée apparaît sons deux formes bien distinctes ; dans la seconde partie le rapprochement s'étend môme à des nuances d'expression, c'est-à-dire que ces textes d'épitres présentent un phénomène de parallélisme exactement semblable à celui des évangiles.
Je suppose donc qu'ils se trouvent Tun dans le récit de Marc et l'autre dans celui de Matthieu ; j'entends d'ici Gieseler et les défenseurs de sa théorie protester contre l'hypothèse d'un document commun, déclarant inadmissible que les deux auteurs aient transcrit quelques mots pour reproduire librement le reste. Ou bien on copie, disent ces théologiens, ou bien on invente ; entre les deux, il n'y a pas de milieu^.
Et pourtant est-il besoin de rappeler que la relation des deux péricopes que je viens de citer ne saurait s'expliquer par l'influence de la tradition orale, que les critiques sont unanimes à penser ou que Jude a connu la seconde épître de Pierre, ou l'inverse, et que c'est ce qui rend compte de l'analogie frappante de certaines portions de leurs écrits? Il suffit, pour comprendre ce rapport, de supposer que celui des deux qui est postérieur n'avait pas sous les yeux le texte de son devancier au moment où il rédigeait son épître, mais qu'il en avait retenu des fragments dont il subit l'influence et qui se glissent, sans qu'il le veuille peut-être, dans sa composition. Pourquoi donc ne pas reconnaître que les synoptiques ont procédé de même dans l'emploi des documents qu'ils utilisent et dont l'existence est attestée par l'exégèse, puisqu'on n'a qu'à parcourir certaines portions de l'évangile de Luc, par exemple, pour voir la couleur araméenne primitive percer à travers les retouches de l'historien. Mais cette reproduction n'excluant pas, comme je viens de le montrer, des changements involontaires dans le détail du texte, on peut fort bien se mettre au bénéfice de l'hypothèse de sources écrites communes, sans adopter la théorie qui réduit les évangélistes au rôle de compilateurs élaborant une savante mosaïque, hypothèse bizarre et peu digne des écrivains sacrés.
D'ailleurs, si l'on ne copiait qu'en transcrivant mot à mot, comment expliquer les variantes du Nouveau Testament, qui
^ Comp. F. Godet, Comment, sur l'év. de Luc, 3° édit., I, p. 45.
ne sont pas sans rapport avec les diversités d'expression des synoptiques? Ou que dire des modifications que les apôtres eux-mêmes ont apportées au texte du recueil canonique des Hébreux, qu'ils n'en considéraient pas moins comme parole divine? Entre beaucoup de citations connues, je rappelle, par exemple, celle de Galates III, 13, qui ne suit exactement ni l'original, ni les Septante.
Deut. XXI, 23 (traduction relativement Gai. III, 13
fidèle de l'hébreu) :
y.îy.(/.Tr,puy.é-DOç vko Bioïi Ttv.q y.pe-
ini Çû).ou.
Or, si l'Ancien Testament est reproduit par le Nouveau avec tant de liberté, faut-il s'étonner que les évangélistes, dans certains cas, aient modifié quelque peu leurs sources? J'ajoute que l'hypothèse de Gieseler, moins que toute autre, rend compte de ces cliang-ements. Les divergences des synoptiques reposent sur un fonds d'expressions identiques ; or, il est difficile de se représenter, me paraît-il, que la tradition verbale ait su garder ce milieu, conservant tant de mots communs sans s'astreindre à la répétition littérale. Ou bien, semble- t-il, la mémorisation, sous peine de se perdre, devait se fixer plus fortement , comme elle le faisait dans les écoles des rabbins dont on cite l'exemple ; ou bien, lâchant la forme pour s'attacher au fond , elle aurait abouti à des narrations moins concordantes ; d'où il résulte que, loin de simplifier la question, la théorie de l'évangile oral se charge de difficultés qui lui sont propres. Voici, du reste, les objections directes et péremptoires que soulève, me paraît-il, cet essai de solution.
1° Je rappelle que les récits synoptiques présentent des cycles parallèles d'une certaine étendue. Voici, par exemple, celui que donnent, avant le sermon sur la montagne, les textes de Marc et de Luc : enseignement à Capernaum, le démoniaque, la guérison de la belle-mère de Pierre, de nombreux miracles après le coucher du soleil (ici Luc intercale la pèche
miraculeuse), la g-uérison d'un lépreux, celle d'un paralytique, la vocation de Lévi, la parole sur le jeûne, la première et la seconde dispute sabbatique. — Or, comment admettre que la tradition orale ait pu conserver intacte une telle agglomération ? On conçoit qu'elle ait retenu deux ou trois faits unis par le lien chronolog-ique ou par un rapport interne ; mais la série que je viens de rappeler est autrement plus longue et manque de toute cohésion. La reproduction verbale de cycles pareils aurait supposé, de la part des prédicateurs chrétiens, l'eng'ag-ement de ne jamais varier l'ordre de leurs récits dans leurs enseig-nements à la foule. Pour rester fidèle à ce programme, les apôtres auraient dû, avant de parler au peuple, répéter chaque fois de nouveau leur leçon.
J'ajoute qu'à ces péricopes parallèles succèdent, dans la narration évangélique, des variations non moins prolongées, lorsque Marc, par exemple, après avoir marché de pair avec le troisième évangile, le quitte soudain pour suivre le même ordre que Matthieu. Il y aurait donc lieu d'admettre des embranchements de tradition orale, qui se seraient reproduits et photographiés en quelque sorte dans les diverses parties des évang-iles actuels : or, on saisit du coup combien l'hypothèse qui en est réduite à de tels expédients est improbable.
2" J'ai signalé déjà, au point de vue harmonistique, le caractère des récits de la passion ^ . D'après la théorie de Gieseler, on s'attendrait à trouver dans cette portion des évangiles un parallélisme plus rigoureux que partout ailleurs, car s'il est des scènes émouvantes, dramatiques et dignes d'être retenues exactement, ce sont certes celles des souffrances de Jésus et de sa mort sanglante ; tandis que, de fait, c'est là précisément que la narration évangélique est la plus divergente et la plus libre. Cette particularité se comprend fort bien, au contraire, si l'on suppose l'emploi de
1 Comp. Reuss, Histoire évangéli'iue, p. 79.
textes communs. Plus ces souvenirs, de la passion du Sauveur étaient vivants, moins on sentait, à Torig-ine, le besoin de les écrire ; chacun les avait dans la mémoire, ce qui explique que, charriés plus long-temps par le flot de la tradition, ils aient pris cette forme moins stéréotypée qui frappe dans la reproduction que nous en donnent les évangiles.
3° Un dernier arg-ument, toujours dans le même sens, est tiré de certaines citations de FAncien Testament dans les récits synoptiques. Plus d'une fois les narrateurs s'écartent de l'original hébreu et de la version grecque, pour adopter une variante qui leur est propre et qui se .retrouve, presque identique, dans les trois documents. Voici, par exemple, comment les Septante traduisent, d'une manière assez exacte d'ailleurs, la parole de Malachie (III, 1) que le Nouveau Testament applique à Jean-Baptiste. « Vdoh èfcb è^aTcoavékXa) rbv à^ysÀdv fio'j, za: èTït^U'^eTac bdbv Ttpb TipoacÔTtou julou. » Or, nos synoptiques donnent la teneur suivante à cette déclaration.
a'y7s),ôv fjtou TTpo TTiOOtTCO-
f^Et TV)v ôSôv (X01J s^npo-
ffQs'v cro'j.
Matlh. XI, 10.
ay^slôv fxoy Tipo TTjOOG'W-
Tiov aov, oç KocrxaKsvci-
OBl r/!V Ô3ôv (70U.
Marc r, 'i.
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aov, oç ■/.ocTocay.evc/.'jîi TV)v ôSôv (jov ey.npoGbé-j