‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 2)Chapitre 43 sur 125 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notion et institution du sacrifice de l'Eucharistie, appelé sacrifice

de la Messe (1).

275. L'Eucharistie comme sacrifice est désignée sous différents noms par les anciens Pères ; mais depuis longtemps on l'appelle universellement sacrifice de la messe. L'origine la plus vraisemblable de cette dénomination est le mot mittere, qui signifie renvoyer. Anciennement on congédiait le peuple pendant le sacrifice , à deux reprises différentes : une fois après l'évangile, quand les catéchumènes recevaient l'ordre de sortir, ce qui s'appelait 7nissa catechumenorum ; l'autre, lorsque , la cérémonie sacrée étant achevée, les fidèles se retiraient au moment où le diacre criait : Ite, missa est ; d'où est venu le nom de missa, messe, missa fidelium. Selon la croyance de l'Église catholique, la messe est le sacrifice de la loi nouvelle, par lequel on offre -jl Dieu, par les mains du prêtre, le corps et le sang de Jésus-Christ, sous les espèces du pain et du vin. C'est un sacrifice véritable et proprement dit : «Si quis dixe- « rit , in missa non offerri Deo verum et proprium sacrificium , aut « quod offerri non sit aliud quam nobis Christum ad manducan- « dum dari, anathema sit (2). » Le sacrifice de nos autels a été institué par Jésus-Christ, en même temps que le sacrement de son amour. Près de consommer le sacrifice sanglant qui allait opérer la rédemption du genre humain , il le commença par l'offrande de son corps et de son sang , ordonnant à ses apôtres de la perpétuer en mémoire de sa mort. <• Is (Christus) Deus et Dominus « noster, et si semel seipsum in ara crucis, morte intercedente, Deo « Patri oblaturus erat, ut seternam illic redemptionem operaretur; « quia tamen per mortem sacerdotium ejus extinguendum non « erat ; in cœna novissima , qua nocte tradebatur, ut dilectse sponsœ « suœ Ecclesiee visibile , sicut hominum natura exigit, relinque- « ret sacrificium , quo cruentum illud semel in cruce peragen- « dum repraesentaretur, ejusque memoria in finem usque sœculi « permaneret, atque illius salutaris virtus in remissionem eorum , « quae a nobis quotidie committuntur, peccatorum applicaretur,

(!) Voyez le tome P"", n° 406. — (2) Concil. de Trente, sess. xxii. can. 1.

DE l'EUGHAIUSTIE. 107

« sacerdotem secundum ordinem Melcliisedech se in œternum « constitutum declarans, corpus et sanguinem suum sub speciebus « panis et vini Deo Patri obtulit ; ac sub earumdem remm sym- « bolis, Apostolis, quos tune Novi Testamenti sacerdotes constitue- « bat, ut sumerent, tradidit; et eisdem eorumque in sacerdotio « successorlbus, ut offerrent, prœcepit per bœc verba : Hoc facite in « meam commemorationem. Uti semper catholica Ecclesia intel- « lexit et docuit (1). «

276. Le sacrifice de la messe est offert à Dieu, et non aux saints. Le sacrifice est, par sa nature, un acte de ce culte suprême qui est rendu à Dieu seul , et que l'on appelle culte de latrie. Ainsi, lorsqu'on dit la messe d'un tel saint, il ne faut pas entendre qu'on offre le sacrifice de la messe à ce saint , mais que l'on en fait mémoire , que l'on implore sa protection , et qu'on le prie d'intercéder pour nous : « Quamvis in honorem et memoriam sanctorum non- « nuUas interdum missas Ecclesia celebrare consueverit; non tamen «illis sacrificium offerri docet, sed Deo soli qui illos coronavit; « unde nec sacerdos dicere soiet, Offero tibi sacrificium , Petre veî « Paule, sed Deo, de illorum victoriis gratias agens, eorum patro- « cinia implorât ut ipsi pro nobis intercedere dignentur in cœlis , « quorum memoriam facimus in terris (2), »

C'est un sacrifice par lequel on offre le corps et le sang de Jésus- Christ. C'est Jésus-Christ lui-même dont le corps est présent sous les espèces du pain , et le sang sous les espèces du vin , qui est la victime, l'hostie qu'on immole dans le sacrifice de la messe. Aussi, ce sacrifice est substantiellement le même que le sacrifice de la croix , qui se renouvelle et qui doit se renouveler sur nos autels jusqu'à la consommation des siècles. C'est la manière de l'offrir, qui est mystique ou non sanglante dans l'un , et qui a été sanglante dans l'autre , qui constitue leur seule différence , comme le dit le Concile de Trente : « In divino hoc sacrificio, quod in missa « peragitur, idem ille Christus continetur et incruente immolatur, « qui in ara crucis semel seipsum cruente obtulit (3).« Les espèces du pain et du vin, qui voilent le corps et le sang de Jésus-Christ, appartiennent au sacrifice eucharistique ; mais elles ne le constituent pas; elles ne sont point l'oblation qu'on fait à Dieu.

277. C'est un sacrifice qu'on offre par les mains du prêtre. Mais le ministre principal du sacrifice de la messe est Jésus-Christ lui-

(1) Concil, de Trente, sess. xxit. cap 1 —(2) ibidem, cap 3. — (3) Ibidem. cap. 2.

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même, qui est tout à la fois le prêtre et la victime, s'offrant à Dieu le Père par le ministère de ses prêtres : « Una eademque hostia , « idem nunc offerens sacerdotum ministerio , qui seipsum tune in o cruce obtulit, sola offerendi ratione diversa (1). » C'est donc au nom de Jésus-Christ et avec Jésus-Christ que le prêtre, qui est pris parmi les hommes, offre le sacrifice de la messe ; le même ministère que Jésus-Christ a exercé visiblement sur la croix, il l'exerce d'une manière invisible sur l'autel , et le fait exercer visiblement par les prêtres qu'il a établis dans son Église.

La consécration des deux espèces est essentielle au sacrifice de la messe ; car il consiste principalement dans la séparation qui se fait eu vertu des paroles sacramentelles, vi verhorum, du corps et du sang de Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin. La communion appartient aussi au sacrifice , sinon comme partie essentielle , du moins comme partie intégrante de .l'immolation.

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