CHAPITRE H
De la Matière et de la forme du sacrement de V Extrême- Onction.
614. La matière de ce sacrement est l'huile d'olive, consacrée par l'évêque ; « Quintum sacramentum est Extrema Unctio , cujus « materia est oleum olivae per episcopum benedictum, dit le pape « Eugène IV (3). » Le concile de Trente n'est pas moins exprès : « Intellexit Ecclesia materiam ( hujus sacramenti ) esse oleum ab R episcopo benedictum (4). « En effet, l'huile est très-propre à figurer les effets de ce sacrement : de même que cette matière adoucit les douleurs du corps, ainsi la vertu de l'onction sacrée diminue et affaiblit la tristesse et la douleur de l'âme. D'ailleurs, l'huile rétablit la santé, donne de la joie, sert d'aliment à la lumière, et renouvelle les forces du corps , quand elles sont abattues par la fa-
(1) Jacob. Epist. c. 5. v. 14 et 15. — (2) Concil. Trident, sess. xiv. ûe sacramento Exlremae Unctionis, can. 1. — (3) Eugène IV, Décret, ad Armenos. — (4) Sess. XIV. De sacraraento Extreraœ Unctionis, cap. 1
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ligue. Or, tous ces effets représentent ce que lavertu de l'Extrême- Onction opère dans le malade (1).
L'huile qui doit servir pour l'Extrême-Onction doit être bénite par l'évéque , comme le disent Eugène IV et le concile de Trente. Mais cette bénédiction est-elle nécessaire de nécessité de sacrement? Les docteurs ne sont pas d'accord : les uns pensent qu'elle n'est nécessaire que de nécessité de précepte; les autres, en plus grand nombre , la croient nécessaire de nécessité de sacrement. On ne peut, dans la pratique, s'écarter de ce dernier sentiment : celui qui se servirait d'huile commune pécherait mortellement, parce qu'il risquerait la validité du sacrement. Il en serait de même du prêtre qui emploierait une huile même bénite, mais d'une autre bénédiction que celle que l'Église fait pour l'huile des Infirmes. Ainsi, le prêtre qui, par ignorance ou par inadvertance, aurait pris du saint chrême ou de l'huile des catéchumènes pour administrer le sacrement des Mourants^ serait obligé de recommencer avec l'huile quia été bénite pour l'Extrême-Onction (2) ; il le ferait sans solennité, sans les cérémonies d'usage, afin de prévenir le scandale ou les murmures de la part des fidèles. Cependant , à défaut de l'huile des Infirmes, on pourrait, dans un cas de nécessité, administrer conditionnellement l'Extrême-Onction à un mourant avec le saint chrême ou l'huile des catéchumènes, sauf à réitérer le sacrement aussitôt qu'on aura pu se procurer une matière certaine (3).
615. Quand un curé voit que l'huile des Infirmes est sur le point de manquer, ce qui arrive souvent dans les cas d'épidémie, et qu'il ne peut commodément s'en procurer autant c{u'il lui en faut, il doit ajouter à ce qui reste d'huile bénite une quantité moindre d'huile commune , et recommencer ainsi chaque fois qu'il en aura besoin. On fait la même chose quand on n'a plus assez de saint chrême ou d'huile des catéchumènes. Au reste, les curés sont obligés de faire renouveler chaque année les saintes huiles ; celui qui négligerait de le faire commettrait une faute grave (4). Pour ce qui regarde la tenue des saintes huiles, nous ferons remarquei* qu'il n'est pas permis de les conserver à la maison (5).
Suivant le Rituel romain, l'onction doit se faire sur les yeux, les oreilles, les narines, la bouche , aux mains , aux pieds et aux reins ; mais cette dernière onction n'a jamais lieu pour les femmes,
(1) Catech. concil. Trident, de Extremse Unctionis sacramento, § 10.—. (2) Voyez S. Alphonse , les Conférences d'Angers , les Actes de l'Église de Milan, eic — (3) S. Alphonse, lib. v«< o"» 709. — (4) Ibidem, n" 708. — (5) Voyez, cidessus, le no 107,
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it on l'omet pour les hommes quand le malade ne peut se remuer commodément. D'autres Rituels ne parlent point de l'onction sur les reins, mais ils en prescrivent une pour la poitrine. Chacun doit suivre, à cet égard, l'usage de son diocèse.
616. Mais les cinq principales onctions sont-elles nécessaires ? Tous conviennent qu'elles sont au moins nécessaires de nécessité de précepte ecclésiastique, et que celui qui en omettrait une volontairement, sans raison, pécherait mortellement. Quant à la question de savoir si elles sont toutes nécessaires de nécessité de sacrement, les théologiens ne se trouvent plus d'accord. Les uns, en bon nombre^ pensent qu'une seule onction suffit pour la validité du sacrement; et ce sentiment est certainement probable. Les autres, au contraire, soutiennent que l'onction des cinq sens est essentielle. Quoi qu'il en soit , on est obligé de suivre ce second sentiment dans la pratique ; hors le cas de nécessité, il n'est pas permis d'exposer un sacrement à la nullité. Nous avons dit , hors le cas de nécessité ; car en temps de peste , ou lorsqu'on a lieu de craindre que le mourant n'expire avant d'avoir reçu toutes les onctions , on peut n'en faire qu'une, avec cette formule : Peristamsanctamunctionem, et suam piissimam misericordiam , indulgeat tihi Dominus quidquid deliquisti per sensus , visum , au.ditum , gustum, odoratum et tactum, 11 convient de faire cette onction générale à la tête. Sî !e malade survit , nous pensons qu'on doit réitérer le sacrement , sous condition , en faisant toutes les onctions prescrites par le Rituel (1).
617, La forme sacramentelle de l' Extrême-Onction consiste dans les paroles que le prêtre prononce en faisant chaque onction : « Hujus autem sacramenti forma, qua sancta romana Ecclesia uti- « tur , solemnis illa precatio est , quam sacerdos ad singulas unc- « tiones adhibet, cum ait : Per istam sanctmn unctionem, et suam « piissimam misericordiam , indulgeat tibi Dominus quidquid « per visum, sive per auditum , etc., deliquisti (2). « Que ce soit là la forme véritable de ce sacrement, saint Jacques nous l'apprend par ces paroles : Et orent super eum, et oratio fidei salvahit infirmum. Aussi la forme est conçue en forme de prière, quoique cet apôtre n'ait pas exprimé positivement les paroles qui doivent la composer; et ce n'est pas sans fondement que plusieurs docteurs regardent comme nulle la formule indicative (3).
(0 s. Alphonse de Llgiiori, Ul<. vi. n° 710— (2)Ritualeromanum ; Decreturr. Eugenii IV ad Armenos; concil. Trident, sess xiv, etc.— (3) Voyez S. Alphonse de Li !;uori, lib. vk o" 711 ; S. Thomas, suppl. qufiRst. 29. art. 8,
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