‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 2)Chapitre 79 sur 125 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la Matière et de la Forme du sacrement de VOrdre,

641. Les docteurs ne sont pas d'accord entre eux sur la matière et la forme du sacrement de l'Ordre. Le plus grand nombre regardent l'imposition des mains comme la seule matière du diaconat, de la prêtrise et de l'épiscopat; et la prière qui accompagne cette imposition , comme la seule forme sacramentelle. D'autres y ajoutent la présentation , qui est faite à celui qui est ordonné , des instruments avec lesquels il doit exercer ses fonctions , et les paroles dont se sert l'évêque en les présentant. Il y a même quelques docteurs qui regardent ce dernier rite comme étant seul essentiel au sacrement. On invoque en faveur du second et du troisième sentiment le décret d'Eugène IV, ainsi conçu : « Sextum sacramentum « est Ordinis, cujus materia est illud per cujus traditionem confertur « Ordo, sicut presbyteratus traditur per calicis cum vino et patenaî « cum pane porrectionem. Diaconatus vero per libri Evangeliorum « dationem. Subdiaconatus vero per calicis vacui cum patena va- « cua superposita traditionem ; et similiter de aliis per rerum ad « ministeria sua pertinentium assignationem. Forma sacerdotii talis « est : Accipe potestatem offerendi sacrificium in Ecclesia pro vivis « et mortuis, in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Et sic « de aliorum Ordinum formis , prout in Pontificali Romano late « continetur(2). » Suivant ce décret, la présentation des instruments , et les paroles qui l'accompagnent, font au moins partie de la matière et de la forme du sacrement de l'Ordre.

642. Il est certain que l'imposition des mains est essentielle au

(1) Voyez s. Alphonse de Liguori; les Conférences d'Angers, etc., etc

(2)Decret. ad Armenos.

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sacrement. On voit dans l'Écriture que c'est par l'imposilion des mains que les Apôtres ordonnaient les évoques, les prêtres et les diacres. Ainsi, les Pères et ies^conciles se servent des mots imposition des mains, pour exprimer l'Ordination des prêtres. Expliquant quel est le ministre du sacrement de l'Extrême-Onction, le concile de Trente dit en termes exprès que ce sont les évêques et les prêtres ordonnés par l'imposition des mains : « Aut episcopi, « aut sacerdotes ab ipsis rite ordinati , per impositionem manuum « preshijtern (l). « Aussi, dans l'Église grecque, les ordinations, dont la validité n'est point contestée, ne se font que par l'imposition des mains ; à moins qu'on n'admette, avec quelques savants, que la présentation des instruments se pratique aussi chez les Grecs, «quoique d'une manière différente et moins explicite que chez les Latins ; « L'évêque, dit Bergier (2), assis devant l'autel, met la « main sur la tête de l'ordinand qui est à genoux près de lui , et il « lui applique le front contre l'autel chargé des instruments du « saint sacrifice , en lui disant : La grâce divine élève ce diacre à « la dignité du sacerdoce, »

Pour ce qui regarde Eugène IV, il est constant qu'il n'exclut point l'imposition des mains du rite sacramentel ; que s'il n'en parle pas dans son Décret, c'est qu'elle était en usage chez les Arméniens comme ailleurs, et qu'il suffisait de leur faire connaître les usages de l'Église romaine , concernant la présentation des instruments, qu'ils ne pratiquaient pas. Quant à ceux qui s'appuient sur ce décret pour soutenir que la présentation des instruments est essentielle au sacrement , on peut leur répondre que les mots materia et forma ne doivent pas être pris ici dans leur signification rigoureuse , qu'ils expriment seulemeut que le rite dont il s'agit est une partie intégrante du sacrement de l'Ordre , à peu près comme la satisfaction qui suit l'absolution fait partie du sacrement de Pénitence. Autrement, il faudrait dire qu'Eugène IV a défini que le sous-diaconat et les quatre ordres mineurs sont de vrais sacrements : ce qui n'est certainement pas ; puisque , de l'aveu de tous, il est à peine probable que ces divers ordres soient d'institution divine.

Quoi qu'il en soit, il ne peut y avoir de difficulté dans la pratique; car, vu la diversité des opinions, on observe scrupuleusement tous les rites qui sont regardés par quelques docteurs comme

(1) Dictionnaire de Théologie , au mot Prêtrise. — (2) Voyez aussi l'ouvrage du P. Morin : Commentarius de sacris Ecclesia ordinationibus , etc.

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>isentie1s à rOrdination. Et dans le cas où, par inadvertance, un ^e ces rites aurait été omis , on aurait soin de le suppléer.

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