‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 2)Chapitre 80 sur 125 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des Effets du sacrement de V Ordre.

643. Les principaux effets du sacrement de l'Ordre sont la grâce et le caractère. Il est de foi que ce sacrement nous communique l'Esprit- Saint, et nous imprime nn caractère ineffaçable, qui ne permet pas de réitérer jamais l'Ordination : « Si quis dixerit, per "■ sacram Ordinationem non dari Spiritum Sanctum , ac proinde « frustra episcopos dicere : Accipe Spiritum Sanctum; aut per « eam non imprimi characterem ; vel eum qui sacerdos semel fuit, « laicum fieri posse; anathema sit (1). » Quoique le sacrement de rOrdre soit principalement pour le bien et l'avantage de l'Eglise, il est certain qu'il produit dans l'âme de celui qui le reçoit la grâce sanctifiante, gratiam sanctificationis , dit le Catéchisme du concile de Trente (2) ; grâce qui augmente en nous la justice et la charité ; grâce sacramentelle que l'on reçoit par l'imposition des mains, et qui , en nous rendant plus dignes , nous rend par là même plus propres à exercer les fonctions saintes. C'est cette grâce que l'Apôtre avait en vue , lorsqu'il disait à Timothée : « Noli negligere « gratiam, quse in te est, quss data est tibi per prophetiam, cum « impositione manuum presbyterii (3). » Et ailleurs : « Admoneo te, « ut resuscites gratiam Dei , quse est in te per impositionem ma- « nuum mearum (4). » La grâce que confère ce sacrement n'est point ce qu'on appelle la première grâce sanctifiante, qui d'un pécheur fait un juste ; c'est la seconde grâce , qui rend un juste plus juste encore. Ce n'est que par accident , comme on dit dans l'école, qu'il confère quelquefois la première grâce (5).

644. La grâce n'est pas îa même dans tous ceux qui la reçoivent; elle varie suivant les dispositions du sujet : le caractère , au contraire , est le même dans tous. Une autre différence entre le caractère et la grâce, c'est que celle-ci peut se perdre, tandis que le

(1) Concil. Trident, scss. xxni. can. 4. — (2) De Ordinis sacramento, § 57 — (3) l. Tinioth. c. 4. v. 14. — (4) II, Timoth. c. 1. v. 6. — (5) Voyez, ci<lessus. le n" 9>2.

438 DE l'ordre.

caractère ne se perd jamais : il est indélébile. Il est impossible qu'un prêtre cesse d'être prêtre; les diverses condamnations qu'il peut subir, la déposition, la dégradation, lui font perdre, il est vrai, le droit d'exercer les fonctions de son ordre; mais elles ne peuvent lui ôler le caractère qu'il a reçu. Il en est de même du pouvoir d'Ordre, inhérent au caractère : il est inamissible. Ainsi, !m prêtre, quelque indigne qu'on le suppose, peut toujours consacrer validement le corps et le sang de Jésus-Christ ; et un évêque schismatique, hérétique , apostat ou déposé , pourrait toujours conférer validement les Ordres et la Confirmation. Il en est encore de même , non de la juridiction qui est attachée à un titre et qui se perd avec ce titre , mais de l'aptitude , de l'habilité à recevoir la juridiction.

Il n'y a que les Ordres qui participent à la nature du sacrement qui produisent la grâce sacramentelle et impriment le caractère. Ainsi , quoique le sous-diaconat forme un lien qui ne permet pas à celui qui l'a reçu de rentrer dans l'état séculier, comme il est plus probable qu'il n'est point un sacrement, il est par là même plus probable qu'il ne produit ni le caractère ni la grâce sacramentelle.

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