‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 2)Chapitre 83 sur 125 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la Tonsure et des Ordres en particulier.

n r-» C-«hOi r i

ARTICLE ï.

De la Tonsure.

670. La tonsure est une cérémonie sainte établie par l'Église, pour faire entrer ceux qui la reçoivent dans l'état ecclésiastique, et les disposer aux Ordres. C'est une espèce de noviciat pour éprouver si ceux qui sont agrégés au clergé par cette cérémonie se rendront dignes d'être élevés au rang des ministres de l'autel. L'évêque confère la tonsure en coupant les cheveux à celui qui la reçoit ; et celui-ci répète, d'après l'évêque, les paroles, « Dominus pars hsereditatis « meae ; et calicis mei : tu es, qui restitues haereditatem meam mihi ; » paroles qu'un ecclésiastique, qu'un prêtre devrait méditer souvent. Ensuite, l'évêque revêt le tonsuré du surplis, en disant: « Induat « te Dominus novum hominem , qui secundum Deum creatus est « in justitia et in sanctitate veritatis. « Il est à propos que le tonsuré dise lui-même ces paroles , Induat me Dominus , etc. ; et il doit conserver l'habitude de les dire toutes les fois qu'il prend son surplis. La tonsure donne droit de porter l'habit ecclésiastique, de posséder les bénéfices simples, et de jouir du privilège attaché au canon, 5/ quis , suadente diabolo ^ etc. Mais elle impose Tobligation aux clercs de se consacrer d'une manière plus particulière au service de Dieu et de son Église , en leur rappelant qu'ils ont choisi le Seigneur pour leur partage : « Fili charissime , dit le pontife au « tonsuré, animadvertere debes, quod hodie de foro Ecciesiae factus «es, et privilégia clericalia sis sortitus; cave igitur, ne propter « culpam tuam illa perdas , et habitu honesto , bonisque moribus « atque operibus Deo placere studeas. »

(I) Voyez, dus bas, le Traité des iïrégdluiUej.

456 DR l'ordre.

ABTICLE II.

De l'Ordre de Portier,

G7 1 . Les portiers , comme le nom l'indique , ont été établis pour veiller à la garde des portes de l'église ; c'est pourquoi l'évêque fait toucher les clefs de l'église à celui qu'il ordonne , en même temps qu'il dit : « Sic âge , quasi redditurus Deo rationem pro iis rébus , « quse liis clavibus recluduntur. « Après quoi l'archidiacre le conduit à la porte de l'église, qu'il ferme et ouvre aussitôt; puis il lui présente la corde de la cloche pour la lui faire sonner. « Ostiarium < oportet percutere cymbalum et campanam , aperire ecclesiam et «sacrarium, et librum aperire ei qui praedicat. Provide igitur, '< ajoute le pontife, ne per negligentiam tuam, illarum rerum quae '< intra ecclesiam sunt , aliquid depereat , certisque horis domum '( Dei aperias fidelibus ; et semper claudas infidelibus. Stude etiam, « ut, sicut materialibus clavibus ecclesiam visibilem aperis et clau- '< dis, sic et invisibilem Dei domum , corda scilicet fidelium , dictis, « et exemplis tuis claudas diabolo , et aperias Deo ; ut divina verba « quaî audierint, corde retineant, et opère compleant. »

De V Ordre de Lecteur.

672. L'Ordre de lecteur est ainsi appelé, parce que la fonction de celui qui l'a reçu est de lire dans l'église l'Écriture sainte, les homélies des saints Pères, et défaire le catéchisme. C'est pourquoi l'évêque, quand il ordonne le lecteur, lui remet un livre entre les mains , eu disant : « Accipe, et esto verbi Dei relator, habiturus, si « fideliter et utiliter impleveris officium tuum , partem cum iis , qui « verbum Dei bene administraverunt ab initio. » En rappelant au ecteur ses fonctions, l'évêque lui rappelle ainsi les obligations jue tout prédicateur doit se rappeler de temps en temps : >< Lecto* i rem oportet légère ea quae prœdicat , et lectiones cantare ; et be- ' nedicere panem, etomnes fructus novos. Stude igitur verba Dei , « videlicet lectiones sacras distincte et aperte , ad intelligentiam et '« œdificationem fidelium , absque omni mendacio falsitatis pro- « ferre ; ne veritas divinarum lectionum incuria tua ad instruc- « tionem audientium corrumpatur. Quod autem ore legis , corde « credas, et opère compleas ; quatenus auditores tuos, verbo pari-

DE l'ordre. 457

ter et exemplo tuo, docere possis. Ideoque dum legis, sta in alto loco ecclesiae, ut ab omnibus audiaris et videaris, figurans positione corporali te in alto virtutum gradu debere conversari ; quatenus cunctis, a quibus audiris et videris, cœlestis vitcefor" mam praebeas. »

ARTICLE lY.

De rOrdre d'Exorciste.

673. L'exorciste a le pouvoir d'invoquer le nom du Seigneur sur ceux qui sont possédés par des esprits immondes. Toutefois, ce pouvoir ne s'exerce plus que d'après l'autorisation expresse de l'évéque. L'évêque confère cet Ordre, en faisant toucher à l'ordinand le missel ou le livre des exorcismes, en même temps qu'il prononce ces paroles : « Accipe et commenda mémorise , et habe potestatem im- '< ponendi manus super energumenos, sive baptizatos, sive cate- « cbumenos.» Voicil'avertissement de l'évêque à l'ordinand: «Exor- « cistam oportet abjicere dœmones^ et dicere populo, ut qui non « communicat, det locum, et aquam in ministerio fundere. Acci- « pis itaque potestatem imponendi manum super energumenos ; et « per impositionem manuum tuarum, gratia Spiritus Sancti, et ver- « bis exorcismi, pelluntur spiritus immundi a corporibus obsessis. « Stude igitur, utsicut a corporibus aliorum dsemones expellis, ita « ab animo tuo, et corpore omnem immunditiam, et nequitiam « ejicias, ne illi succumbas, quem ab aliis tuo effugas ministerio. « Disce per officium tuum vitiis imperare, ne in tuis moribus ali- « quid sui juris inimicus valeat vindicare. Tune enim recte in aliis « dsemonibus imperabis , cum prius in teipso eorum multimodam « superas nequitiam. » Le prêtre est exorciste; il suivra donc les avis que l'Église lui donne par l'organe de l'évêque.

De VOrdre d'Acolyte.

674. Le dernier des Ordres mineurs est celui d'acolyte. Il communique le pouvoir de porter les cierges allumés , et de préparer le pain et le vin pour le saint sacrifice de la messe. L'évêque ordonne les acolytes , en leur faisant d'abord toucher le cierge et le chandelier qu'il leur présente , en même temps qu'il dit : « Accipe cerofe- * rarium cum cereo , et scias te ad accendenda ecclesice luminaria « mancipari, in nomine Domini. » Ensuite, il lui met entre les

458 DK l'ordre.

maîns une burette vide , en disant : « Accipe urceolum, ad sugge- « rendum vinum et aquam in Eucharistiam sanguinis Christi , in » nomine Domini. « Dans une allocution qui précède ces deux cérémonies, l'évêque lui dit : « Acolythum oportet ceroferarium ferre, « luminaria ecclesise accendere; vinum et aquam ad Eucharistiam « ministrare. Stude igitur susceptum officium digne implere. Non « enim Deo placere poteris , si lucem Deo manibus prœferens, ope- « ribus tenebrarum inservias, et per hoc aliis exempla perfidiœ « praebeas. Sed sicut veritas dicit : Luceat lux tua coram homini- « bus, ut videant opéra tua bona, et glorificent Patrem tuum qui in « cœlis est. Et, sicut apostolus Paulus ait : Tn medio nationis pravae « et perversse , luceas sicut luminare in mundo verbum Yitœ conti- « nens. Sint ergo lumbi tui prsecincti, et lucernee ardentes in ma- « nibus tuis, ut sis filius lucis. Abjicias opéra tenebrarum, et indua- « ris arma lucis. Eras enim aliquaudo tenebraî , nunc autem lux in « Domino. Ut filius lucis ambula. Quse sit vero ista lux, quam tance topere inculcat Apostolus, ipse demonstrat, subdens : fructus « enim lucis est in omni bonitate, et justitia, et veritate. Esto igitur « soUicitus in omni justitia, bonitate et veritate, ut et te, et alios, « et Dei ecclesiam illumines. Tune etenim in Dei sacrificio digne « vinum suggères et aquam, si tu ipse Deo sacrificium, per castam « vitam et bona opéra, oblatus fueris. » Si nous rapportons les instructions du Pontifical , c'est parce que nous ne pouvons ni les lire, ni les adresser aux ordinands, sans en être édifié. Que le prêtre n'est-il pénétré de la sainteté des différents Ordres qu'il a reçus, et des obligations qu'ils nous imposent !

Du Sous-Diaconat.

675. C'est par les Ordres mineurs qu'on doit s'élever aux Ordres majeurs, dont le premier est le sous-diaconat. Les fonctions du sous-diacre , comme l'indique le nom , sont de servir le diacre à l'autel , de préparer le calice et la patène, de lire l'épître, de mettre de l'eau dans le vin destiné au sacrifice , de laver les linges sacrés. Les sous-diacres contractent l'obligation de garder la chasteté perpétuelle , de réciter l'office divin , de porter l 'habit ecclésiastique, et d'observer les canons concernant les clercs qui sont dans les Ordres sacrés. Pour ce qui regarde l'ordination , l'évêque avertit l'ordinand qu'il est encore libre , et l'invite à réfléchir encore sur la démarche qu'il veut faire : « Fili dilectissime, ad sacrum subdia-

DE l'ordre > 4;,9

« conatus ordinem promovendus , iterum atque iterurn considerare « debes attente, quod onus hodie ultro appetis. Hactenus enim li- « ber es , licetque tibi pro arbitrio ad sœcularia vota transire , quod « si hune ordinem susceperis , amplius non licebit a proposito resi- « lire , sed Deo, eui servire regnare est , perpetuo famulari ; et cas- « titatem, illo adjuvante, servare oportebit, atque in Ecclesiae minis- « terio semper esse raancipatum. Proinde , dum tempus est, cogita ; ^ et, si in sancto proposito perseverare placet, in nomine Domini, « hue accède. » Les ordinands n'attendront pas à ce moment pour penser aux engagements qu'ils contractent par le sous-diaconat.

Le pontife , après avoir invoqué la cour céleste sur celui qu'il va consacrer au service des autels, lui rappelle ses fonctions et ses obligations : puis il lui présente le calice et la patène vides , en disant : « Vide cujus ministerium tibi traditur ; ideo te admoneo, ut ita te « exhibeas , ut Deo placere possis. » Les ordinands doivent avoir grand soin de toucher le calice et la patène avec la main^ ainsi que les burettes garnies, le bassin et le manuterge.

676. Ensuite, il leur donne l'amict, le manipule et la tunique, en prononçant les paroles suivantes, qui répondent à chacune de ces cérémonies: «Accipe amictum, per quem designatur castigatio « vocis. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. — Accipe ma- «nipulum, per quem designantur fructus bonorum operum. In « nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. — Tunica jucunditatis « et indumento laetitiae induat te Dominus. In nomine Patris , et « Filii, et Spiritus Sancti. » Après quoi, il lui fait toucher le livre des épîtres ou le missel , en même temps qu'il dit : « Accipe librum « epistolarum , et habe potestatem legendi eas in Ecclesia sancta « Dei, tam pro vivis quam pro defunctis. In nomine Patris, et « Filii, et Spiritus Sancti. »

Le sous-diacre n'oubliera point ces paroles que le pontife lui adresse avant l'ordination : « Subdiaconum oportet aquam ad mi- « nisterium altaris prseparare; diacono ministrare; pallasaltaris et «« corporalia abluere; caUcem et patenam in usum sacrificii eidem « offerre. Oblationes quse veniunt in altare, panes propositionis « vocantur ; de ipsis oblationibus tantum débet in altare poni , « quantum populo possit sufficere , ne aliquid putridum in sacrario « remaneat. Pallœ, quse sunt in substratorio altaris, in alio vase « debent lavari, et in aho corporales pallse. Ubi autem eorporales « pallae lotee fuerint, nuUum aliud linteamen débet lavari , ipsaque « lotionis aqua in baçtisterium débet vergi. Stude itaque , ut ista « visibilia ministeria, auflÊdixioms, nitide et diligentissime com-

460 DE L OEDRE.

«plens, invisibilia horum exemple perficias Esto ergo talis,

« qui sacrificiis divinis , et Ecclesise Dei , hoc est corpori Christi « digne servire valeas, in vera et catholica fide fundatus ; quoniam, «ut ait Apostolus, omne quod non est ex fide, peccatum est, « schismaticum est, et extra unitatem Ecclesiae est. Et ideo , si a usque nuncfuisti tardus ad ecclesiam^ amodo debes esse assi- « diius; si usque nunc somnolentus , amodo vigil; si usque nunc <i ebriosus , amodo sobrius; si usque nunc inhonestusy amodo « cas tus. "

Du Diaconat.

677. Les fonctions du diacre sont de servir le prêtre à l'autel, de chanter l'évangile , de concourir à l'oblation du saint sacrifice et à la consécration des saintes huiles. Ils peuvent porter le Saint Sacrement, renfermé dans le ciboire ou l'ostensoir, et, avec la permission de révêque, donner la communion , baptiser et prêcher (1). On ne doit admettre personne au diaconat qui n'en soit vraiment digne. Aussi, lorsque l'archidiacre présente un ordinand, le pontife demande une garantie sur ses dispositions , en lui adressant cette demande : Scis illum dignum esse? L'archidiacre, saisi d'émotion à la pensée de la responsabilité qui pèse sur lui , répond ; « Quan- « tum humana fragilitas nosse sinit , et scio , et testificor ipsum dig- « num esse ad hujus onus officii. « Le peuple même est consulté ' « Si quis habet aliquid contra illos, dit l'évêque en élevant un peti. « la voix , pro Deo , et propter Deum cum fiducia exeat et dicat : « verumtamen, memor sit conditionis suse. « La plupart des assistants ne comprennent pas cette invitation, mais les ecclésiastiques présents doivent y faire une attention particulière, et sont obligés en conscience de remplir les intentions de l'Église (2).

678. Ensuite le pontife lui donne des avis^ invoque les anges et les saints sur lui tandis qu'il est prosterné en signe de mort, récite des prières, et lui fait l'imposition de la main droite, en disant : « Accipe Spiritum Sanctum , ad robur, et ad resistendum <c diabolo, et tentationibus cjus. In nomine Domini. » Après quoi, il lui donne l'étole et la dalmatique , et lui fait toucher le livre des évangiles, en prononçant les paroles qui répondent à ces diffé-

Cl) Voyez , ci-dessus , les «"' ?3et ao3. — (2) Mgr Dévie, Rituel du diocèse de Bellev

DE l'ordre. 461

rentes cérémonies: « AccipestolamcandidamdemanuDei; adiraple « ministerium tuum ; potens enim est Deus , ut augeat tibi gratiam « suam : qui vivit et régnât in sseeula saeculorum. « — « Induat te K Dominus indumento salutis ; et vestimento lœtitise , et dalmatica « justitise circumdet te semper. In nomine Domini. » — « Accipe po- « testatem legendi Evangelium in Ecclesia Dei, tam pro vivis quam « pro defunctis. In nomine Domini. »

679. Les diacres, les prêtres par conséquent, ne sauraient revenir trop souvent sur ces paroles de l'évêque aux ordinands : <' Prove- « hendi, filii dilectissimi , ad leviticum ordinem, cogitate magno- « père ad quantum gradum Ecclesiss ascenditis. Diaconum enim

« oportet ministrare ad altare, baptizare, et prsedicare Eccle-

« siam Dei, veluti tabernaculum , portare et munire debetis ornatu « sancto, prsedicatu divino, exemplo perfecto.... Et vos, filii dilec- « tissimi, qui ab haereditate paterna nomen accipitis, estote as- « sumpti a carnalibus desideriis , a terrenis concupiscentiis , quse « militant adversus animam; estote nitidi, 7nundi, casii, sicut

« decet ministrosXbristi et dispensatores mysteriorum Dei

« Estote ab omni illecebra carnis alieni , sicut ait Scriptura, Mun- « damini qui fertis vasa Domini. Cogitate beatum Stephanum^ * merito prsecipuae castitatis ab Apostolis ad officium istud elec- « tum. Curate, ut quibus Evangelium ore annuntiatis, vivis operi- « bus exponatis, ut de vobis dicatur : Beati pedes evangelizantium « pacem , evangelizantium bona. Habete pedes vestros calceatos « sancto rum exemplis, in prœparatione Evangelii pacis. >> Ils se rappelleront cette prière que le pontife fait à Dieu pour eux : « Abundet « in eis totius forma virtutis, auctoritas modesta, pudor constans , « innocentise puritas, et spiritualis observantia disciplinse. In mori- « bus eorum prsecepta tua fulgeant, ut suce castitatis exemplo imi- « tationem sanctam plebsacquirat; et bonum conscientise testimo- « nium prœferentes, in Christo firmi et stabiles persévèrent. »

ARTICLE VIII

De la Prêtrise.

680. Les fonctions du prêtre sont «d'offrir le saint sacrifice de la messe , de bénir le peuple et les choses qui sont à son usage , de présider l'assemblée des fidèles , de prêcher , de baptiser et d'administrer les sacrements dont l'administration n'est point réservée à l'évêque :« Sacerdotem oportet offerre, benedicere, praeesse ,

461' DE l'ordre.

« prsedicare, et baptïzare. » L'Ordination du prêtre est plus imposante encore que celle du diacre. L'archidiacre présente les ordinands, etTévêque lui demande s'il les croit dignes : Sois illos esse dignos? Après la réponse de l'archidiacre, qui se donne pour garant de leurs bonnes dispositions, l'évêque consulte le peuple, en invitant les assistants à dire librement ce qui peut s'opposer à l'Ordination : « Quid de eorum actibus , aut moribus noveritis ; quid «de merito sentiatis, libéra voce pandatis; et bis testimonium « sacerdotii magis pro merito quam affèctione aliqua tribuatis. Si « quis igitur habet aliquid contra illos , pro Deo , et propter Deum , « cum fiducia exeat , et dicat : verumtamen memor sit conditionis « suae (1). »•

681. Ensuite , après leur avoir rappelé leurs obligations, le pontife invoque la cour céleste sur eux, leur impose les mains avec les prêtres qui l'assistent, leur met l'étole, qu'il fait descendre sur la poitrine en forme de croix , en disant : « Accipe jugum Domini , « jugum enim ejus suave est, et onus ejus levé ; » et leur donne la chasuble , en prononçant ces paroles : « Accipe vestem sacerdota- « lem, per quam charitas intelligitur , potens est enim Deus, ut « augeat tibi charitatem , et opus perfectum. » Ainsi la chasuble est comme le manteau dont le prêtre, le curé, l'évêque, doit couvrir les défauts du prochain , de ses paroissiens, de ses diocésains. Puis il leur fait l'onction aux mains avec l'huile des catéchumènes, en même temps qu'il dit : « Consecrare et sanctificare digneris, Do- « mine , manus istas , per istam unctionem et nostram benedictio- « nem. Amen. Ut quœcumque benedixerint, benedicantur, et quae- « curaque consecraverint, consecrentur, et sanctificentur, in nomine « Domini nostri Jesu-Christi. » Après quoi , il leur présente un calice avec du vin , et la patène avec une hostie, et les leur fait toucher, en disant : « Accipe potestatem offere sacrificium Deo , mis- « sasque celebrare , tam pro vivis quam pro defunctis. In nomine et Domini. «

682. Au moment où l'évêque offre la sainte hostie, les nouveaux prêtres disent avec lui les prières de la messe jusqu'à la fin , ayant soin de ne pas le précéder, surtout en prononçant les paroles de la consécration. Après avoir donné la sainte communion, et s'être purifié les doigts, le pontife dit le répons : « Jam non dicam " vos servos sed amicos meos , quia omnia cognovistis, quae opera- « tus sum in medio vestri. » Paroles consolantes I l'évêque ne les

(1) Voyez ci-dessus , le D» 677.

DE l'ordre. 463

oubliera pas, car il a roccasion de les répéter de temps eu tempa Que le prêtre se les rappelle donc aussi , afin que dans ses peines, ses tribulations, ses embarras, il ait toujours recours à son évêque, il lui ouvre son cœur, non-seulement comme à un père avec lequel on n'est pas toujours libre, mais comme au plus sincère, au plus dévoué, au plus tendre des amis. Qu'il suive fidèlement ses avis , ses conseils, ses instructions, et il trouvera toujours un ami dans son évêque : Vos ainici mei estis , si feceriiis quœ prœcipio vobis{l).

683. Ce répons étant acbevé, les prêtres nouvellement ordonnés font leur profession de foi , en récitant le Symbole des Apôtres ; puis ils viennent l'un après l'autre se mettre à genoux aux pieds du pontife, qui leur impose les mains, en disant : « Accipe Spiritum « Sanctum, quorum remiseris peccata, remittuntur eis ; et quorum « retinueris, retenta sunt. » Après ces paroles, il déplie la cbasuble, pour annoncer que l'Ordination est complète, en même temps qu'il dit : « Stoia innocentiae induat te Dominus ; » et demande à chacun la promesse d'obéissance , de déférence ou de respect qu'il lui doit, à lui-même ou à son propre évêque, s'il est étranger, ou à son supérieur, s'il est régulier : « Promittis mihi, et successo- « ribus meis , reverentiam , et ohedientiam ? » Le prêtre répond : Promitio; et le pontife l'embrasse en lui disant : Pax Domini sit semper'tecum. Heureux le prêtre qui est fidèle à cette promesse, et pour Y obéissance et pour le respect! Il conservera la paix du Seigneur, et il sera puissant en œuvres : Vir obediens loquetur victoriam. (2).

684. Après l'Ordination , le pontife recommande aux nouveaux prêtres de dire, après leur première messe, trois autres messes, la première de Spiritu Sancto, la seconde de Beaia Virgine, et la troisième pro defunctis. Est-on obligé de dire ces trois messes à l'intention de révêque, ou peut-on les appliquer à d'autres, en recevant des honoraires? Voici ce que dit saint Alphonse : " Ex verbis episcopi « recte infert Mazzotta non esse obligation em applicandi praedictas « missas juxta intentionem episcopi, ideoque ipsi bene possunt <i missas pro aliis applicare etiam cum stipcndio (3). « Au reste, ajoute saint Alphonse : « Patet quod hujusmodi miss3e non prius « dicendaî sunt, quam adveniant dies non impediti. « Quant aux diacres et aux sous-diacres récemment ordonnés, ils réciteront le nocturne de l'office du jour que l' évêque désigne, et qui est ordi-

(1) Pontificale Romanum. — (2) Proverb c. 21. v. 28.~(3)S Alphonse, lib. VI. n° 829; Mazzotta, de nSaciificio Missae, cap. 4. § 3.

464 DE l'ordbe.

nairement celui de l'office du jour. Ceux qui ont reçu la tonsure ou les Ordres diront les sept psaumes de la pénitence, avec les litanies, versets et oraisons.

685. Un des moyens d'entretenir et de ranimer en nous l'esprit sacerdotal, qui est l'esprit même de Jésus-Christ , c'est de méditer souvent ces paroles que le pontife adresse aux ordinands ; « Cum « magno timoré ad tantum gradum ascendendum est , ac provi- « dendum, ut cœlestis sapientia, probi mores ^ et diuturna justitiae

« observatio ad id electos commendent Dominus septuaginta.

« duos elegit , ac binos ante se in prsedicationem misit ; ut doceret, « verbo simul et facto, ministros Ecclesise suée j^c?e et opère dehere <f- esse perfectos ; seu gemina dilectionis, Dei scilicet, et proximi

« virtute fundatos Itaque, filii dilectissimi, quos ad nostrum

«adjutorium fratrum nostrorum arbitrium consecrandos elegit, « servate in moribus vestris castœ et sanctœ vitœ integritaiem, « Agnoscite quod agitis. Imitamini quod tractatis, quatenus mortis « dominicse mysterium célébrantes , mortificare membra vestra a « vitiis et concupiscentiis omnibus procuretis. Sit doctrina vestra « spiritualis medicina populo Dei. Sit odor vitse vestrae delectamen- « tum Ecclesise Christi ; ut praedicatione atque exemplo sedificetis « domum,4d est, familiamDei, quatenus nec nos de vestra provec- 0 tione , nec vos de tanti officii susceptione damnari a Domino, sed « remunerari potius mereamur. »

r ARTICLE IX.

De l'Épiscopat»

686. L'Ordre de l'épiscopat fait partie du sacerdoce, dont il est ie complément, la plénitude. Les évêques, successeurs des Apôtres, sont établis pour gouverner l'Église de Dieu. « Episcopum oportet «judicare, interpretari , consecrare , ordinare , offerre, baptizare « et confirmare. « Le sacre de celui qui est élu pour l'épiscopat doit se faire par trois évêques : l'un est le consécrateiir , et les deux autres sont assistants. Cependant, nous pensons que la consécration faite par un seul évêque serait valide ; elle devient même licite, lorsque le Souverain Pontife permet que les évêques assistants soient remplacés par de simples prêtres.

687. Pour ce qui regarde la cérémonie du sacre, le consécrateur reçoit d'abord le serment de l'élu , dont la formule contient les dispositions suivantes •• « Ego N., electus Ecclesiae N. ab hac

DE l'ordbe. 465

t hora in antea fidelis et obediens ero Beato Petro Apostolo, " sanctœque Romanae Ecclesiae, et Domino nostro, Domino N. ■' Papae N. suisque successoribus canonice intrantibus... jura , ho- ' nores, privilégia, et auctoritatem Romanae Ecclesiae, Domini ' nostri Papse et successorum prœdictorum , conservare, defen-

' dere, augere, et promovere curabo Régulas sanctorum Pa-

« trum, décréta, ordinationes , sea dispositiones , reservationes , « provisiones, et mandata apostolica , totis viribus observabo, et

« faciam ab aliis observari Apostolorum limina singulis trien-

« niis (vel quadrienniis (l) , vel quinquenniis , vel decenniis) person- «naliter per meipsum visitabo ; et Domino nostro, ac successoribus « praefatis rationem reddam de toto meo pastorali officio , ac de re- « bus omnibus ad meae Ecclesise statum , ad cleri et populi discipli- « nam , animarum denique , quae mese fidei traditae sunt , salutem « quovismodo pertinentibus ; et vicissim mandata apostolica humi- « liter recipiam , et quam diligentissime exequar. Quod si légitime « impedimento detentus fuero , praefata omnia adimplebo per cer- «< tum nuntium ad hoc spéciale mandatum habentem. »

688. Ensuite le consécrateur procédant à l'examen de l'élu, lui adresse un certain nombre de questions , parmi lesquelles nous remarquons celles-ci : « Vis ea , quae ex divinis Scripturîs intelligis , « plebem, cui ordinandus es, et verbis docere , et exemplis?» Véh répond : « Volo. — Vis traditiones orthodoxorum Patrum , ac decre- « taies sanctse et Apostolicse sedis constitutiones veneranter susci- « père, docere , ac servare? R. Volo. — Vis Beato Petro Apostolo , « cui a Dec data est potestas ligandi ac solvendi , ejusque Aicario « Domino nostro, Domino N. Papœ N. suisque successoribus Ro- « manis Pontificibus , fidem , subjectionem et obedientiam, secun- «dum canonicam auctoritatem, per omnia exhibere? jR. Volo. — « Vis mores tuos ab omui malo temperare , et quantum poteris , « Domino adjuvante, ad omne bonum commutare? 7?. Volo. — Vis « castitatem, et sobrietatem , cum Dei auxilio, custodire et docere? « /?. Volo — Vis semper in divinis esse negotiis mancipatus , et a « terrenis negotiis vel lucris turpibus alienus, quantum te humaai «fragilitas consenserit posse? R. Volo. — Vis humilitatem et p « tientiam in te ipso custodire, et alios similiter docere? R, Volo. « — Vis pauperibus et peregrinis , omnibusque indigentibus esse, « propter nomen Domini, affabilis et misericors? R. Volo. »

(1) Ad tempus singulorum quadriennîorum tenentiir Germani , Galli, Hispani, Belgœ, etc. Pontificale Romanum.

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689. Le consccrateur, aidé par les deux évêques assistants, met, sans pronoîu'cr aucune parole , le livre des Évangiles sur le cou et sur les épaules de l'élu ; puis ils touchent tous trois sa tête des deux mains, en disant : Accipe Spirihim Sanctuni. Ensuite le cousécratcur, ayant récite quelques prières , oint avec le saint chrême la tête et les mains de l'élu , joignant à ces onctions les prières suivantes : « Ungatur et consecretur caput tuum, cœlesti benedictione , « in ordinc pontificali. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. « — Ungantur niaims istaî de oleo sanctificato , et chrismate sancti- « ficationis : sicut unxit Samuel David regem et prophetam , itn « ungantur et consecrentur. »

Après l'onction de la tête, et avant celle des mains, le Pontife consécratf'ur chante ou dit à haute voix : Hoc, Domine, copiose « in caput ejus influât; hoc in oris suhjecta decurrat; hoc in totius « corporis e.xtrcma descendat; ut tui spiritus virtus, et interiora « ejus repleat , et extcriora circumtegat. Abundet in eo constantia *fidei, puritas dileclionis, sinceritas pacis. Sint speciosi munere « tuo pcdcs ejus ad evangelizandum pacem, ad evangelizandum « bona tua. I)a ci , Domine, ministerium reconciliationis in verbo, « et în facîis , in virtutc signorum et prodigiorum. Sit sermo ejus, «et prœdicatio, non in porsuasibilibus humanse sapientiee verbis, « sed in ostcnlionc spiritus et virtutis. Da ci , Domine, claves regni K cœlorum, ut utatur, non glorietur potestate, quam tribuis in sedi- «lîcationcm, non in destructionem. Quodcumquc ligaverit super « terram, sit ligatum et in cœlis ; et quodcumque solverit super ter- « ram , sit sohitum et in cœlis. Quorum retinuerit peecata, retenta « sint; et quorum remiserit, tu remittas. Qui maledixerit ei, sit ille « malcdictus; et qui bencdixerit ei , benedictionibus repleatur. Sit « fidelis servus et prudens, quem constituas tu, Domine, super fa- «^ railiam tunm : ut det illis cibum in tempore opportuno et ex- «hibeat omnem homincm perfectum. Sit sollicitudine impiger, « sit spirilu fci'vens; oderit superbiam ; humiiitatem ac veritatem « diligat, ne({ue eam unquam deserat, aut laudibus, aut timoré «superatus. Non ponat lucem tenebras, nec tenebras lucem; non « dicat malum bonum , nec bomim malum. Sit sapientibus et insi- 'pIcnHbus debitor ut fi'uctum de profectu omnium consequatur. -» Tribuas ci , Ooniiîic, cathcdram episcopalcm , ad regendura Ec- « clesiam tuasn, et ple])em sibi commissam. Sis ei auctoritas, sis * ei potestas, sis ei firmitas : muUiplica super eum benedictionem « et graltam lunm , ut ad exorandam scmper misericordiam tuam , « luo munere idoneus, et tua gratia possit esse devotus, »

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690. Les deux onctions étant faites , le consécrateur présente à /élu le bâton pastoral , l'anneau et le livre des Évangiles , en lui ■lisant: « Accipe baculum pastoralis officii, ut sis in corrigcndis

vitiis pie saîviens, judicium sine ira tenens, in fovendis virtuti- ' bus auditorum animos demulcens, in tranquillitate severitatis " censuram non deserens. — Accipe annulum , fidei scilicet signa- ." culiim, quatenus sponsamDei, sanctam Yîdelicet Ecelcsiam, iu- « temerata fide ornatus, illibate custodias. — Accipe Evangelium, ^ et vade , prœdica populo tibi commisso ; potens est enim Deus , << ut augeat tibi gratiam suam : qui vivit et régnât in ssecula sœcu- « lorum. t

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