‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 3)Chapitre 49 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Notion et de l'Institution du sacrement de Pénitence.

383. La Pénitence , considérée comme vertu, consiste dans la détestation et la douleur sincère des péchés qu'on a commis , avec la résolution de ne plus les commettre à l'avenir et de satisfaire à la justice de Dieu. De tout temps elle a été nécessaire au salut pour tous ceux qui s'étaient rendus coupables de quelque péché mortel : « Fuit quidem Pœnitentia universis hominibus , qui se mortali ali- •^ quo peccato inquinassent , quovis tempore ad gratiam et justi- « tiam assequendam necessaria (1). » C'est cette Pénitence que pratiquait David, ainsi que tous les autres saints pénitents de l'ancienne loi; que Jonas prêchait aux Ninivites; que les livres saints recommandent aux pécheurs. Dans la loi de grâce , elle a pris un nouveau caractère : Jésus-Christ l'a élevée à la dignité de sacrement; H en a fait un rite sacré , dont il a confié l'exercice à ses ministres. Ainsi la Pénitence est un sacrement de la loi nouvelle, institué par JNotre-Seigneur Jésus-Christ, pour la rémission des péchés commis après le Baptême.

384. Il est de foi que la Pénitence est un vrai sacrement. Jésus- Christ a donné à ses Apôtres le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, lorsqu'il leur a dit : Rece\ez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ^2). Et ce pouvoir est passé des Apôtres à leui*s successeurs. Telle est la doctrine des Pères, telle est la pratique générale et constante de l'Église : « Dominus sacramentum « Pœnitentiœ tune prœcipue instituit, dit le concile de Trente, cum « a mortuis excitatus insufllavit in discipulos suos, dicens : Accipite « Spiritum Sanctum : Quorum remiseritis peccata, remittuntur cis; « et quorum retinueritis, retenta sunt. Quo tam insipii facto, et «< verbis tam perspicuis, potestatcm remitlcndi et retinnuli peccata, • ad reconciliandos fidèles post Baptismum lapsos, Aposlolis et eo- » rum legitimis successoribus fuisse commuuicatam , universorura >Patrum conseusu semper intcllexit. Et ISovatianos remittendi po-

(1) Concil. Trid., sess. uy. cap. 2.— (2} Joan. cap. 20, t. 23.

« testatem olim pertinaciter negantes , magna ratione Ecclesia ca- « tholica tanquam hsereticos explosit, atque condemnavit (l). » ' 385. Le sacrement de Pénitence est nécessaire de nécessité de moi/en à tous ceux qui, ayant été régénérés par le Baptême, ont eu le malheur de tomber dans quelque péché mortel. Ce n'est pas que la vertu de Pénitence , qui , dans l'ancienne loi , réconciliait les pécheurs avec Dieu , ait rien perdu de sa force et de son efficacité : le fidèle qui se repent de tout son cœur, et qui produit un acte de contrition parfaite, est justifié aux yeux de Dieu ; mais il ne l'est qu'autant qu'il joint à son repentir le désir au moins implicite du sacrement de Pénitence, auquel Dieu a attaché la grâce de réconciliation. «< Est autem hoc sacramentum Pœnitentiœ lapsis post Baptismum « ad salutem necessarium , ut nondum regeneratis ipse Baptis- « mus (2). » Ce sacrement n'est pas également nécessaire à ceux qui ne se sont rendus coupables que de péchés véniels , dont on peut obtenir le pardon sans recourir à l'absolution sacramentelle.

386. Le sacrement de Pénitence a été institué pour remettre les péchés commis après le Baptême. Il n'est aucun crime , quelque énorme qu'il soit, qui ne puisse être remis par ce sacrement; il n'est aucun pécheur, quel que soit le nombre de ses péchés, qui ne trouve son salut dans le sacrement de la réconciliation. Le pouvoir que Notre- Seigneur a donné à ses ministres est général ; il ne souffre aucune exception. Et ce n'est pas seulement une fois qu'on peut recourir avec confiance au tribunal de la Pénitence, mais toutes les fois qu'on est retombé dans le péché mortel : « Ante hoc tribu- « nal , tanquam reos, sisti voluit (Christus); ut per sacerdotum « sententiam non semel, sed quoties ab admissis peccatis ad ipsum « pœnitentes confugerint, possent liberari (3). »

387. Le sacrement de Pénitence est un sacrement des morts; il confère au pécheur pénitent la grâce habituelle ou sanctifiante , qui nous réconcilie avec Dieu. D'où il résulte que ce sacrement doit s'appliquer à tous les péchés mortels. Il est impossible d'obtenir la rémission d'un péché mortel , les autres étant retenus. La grâce sanctifiante est incompatible avec tout péché mortel. On ne peut être à la fois l'ami et l'ennemi de Dieu , l'objet de ses complaisances et de ses vengeances. C'est pourquoi la pénitence n'est sincère et salutaire qu'autant qu'elle s'étend à tous les péchés mortels. On distingue la première grâce sanctifiante , qui réconcilie le pécheur avec Dieu ; et la seconde grâce sanctifiante, qui n'est qu'une

(1) Sess. xiY. cap. 1. — (2)ConciI. Trid., ibidem, cap. 2. - (3) Ibidem.

augmentation de la grâce habituelle : celle-ci purifie et justifie de plus en plus celui qui a recouvré la justice. Or, le saci-enient de Pénitence confère la première grâce sanctitiante avtprcheyr qui le reçoit avec les dispositions requises, et la seconde un juste , c'està-dire, à celui qui s'en approche sans être coupable de péché mortel. Il faut remarquer qu'en remettant le péché raortei, ce sacrement remet , en même temps, la peine éternelle; raaisil n'en remet pas toujours toute la peine temporelle. iNous reviendrons sur cette question en parlant de la satisfaction.

388. On distingue, dans le sacrement de Pénitence comme dans les autres sacrements , la matière et la forme , qui en sont les deux parties essentielles. Les scolastiques distinguent la matière éloignée et la matière prochaine du sacrement de Pénitence. La matière éloignée sont les péchés du pénitent ; la matière prochaine en sont les actes : mais il serait plus exact de dire que les péchés sont la matière de la confession et non du sacrement. Quoi qu'il en soit , il est généralement reçu aujourd'hui que la matière sacramentelle de la Pénitence consiste dans les actes extérieurs du pénitent, qui sont la contrition, la confession et la satisfaction. « Materia proxi- « ma sacramenti Pœnitentiae, dit saint Thomas, sunt actus pœni- « tentis (!).'> C'est aussi la doctrine du pape Eugène IV : « Quartum « sacramuntum est Pœnitentia ; cujus quasi materia sunt actus « pœuitentis, qui in très distinguuntur partes ; quai'um prima est « cordis contritio , secunda , oris confessio ; tertia , satisfactio pro « peccatis (2). « Le concile de Trente n'est pas moins exprès : < Sunt « quasi materia hujus sacramenti ipsius pœnitentis actus , nempe w contritio, confessio et satisfactio : qui quatenus in pœnitente ad « integritatem sacramenti , ad plenamque et perfectam peccatorum « remissionem ex Dei institutione requiruntur, bac ratione pœni- « tenticE partes dicuntur (3). Si quis ncgaverit, ad integram et per- « fcctam peccatorum remissionem requiri très actus in pœnitente, « quasi materiam sacramenti Pœnitentia; ; videlicet, contritionem, « confessionem et satisfactionem , quœ très Pœnitentiae partes di-

« cuntur, anathema sit ;4). » Si Eugène IV et le concile do

Trente disent simplement ([ue ces actes sont comme la matière, quasi materia , ce n'est pas ([u'ils n'en soient point la vraie matière; mais c'est qu'ils ne sont pas du même genre que la matière des autres sacrements, qui est tout extérieure à celui qui les reçoit,

(OSnm. part. 3. qn^fit. 84. art. 2. — (2) Décret, ad Armenos. — (^3) Sc^s. XiT. cap. l'i. — ( i) Ibidem, can. 4.

comme l'eau dans le Baptême , et le saint chrême dans la Confirmation. Ainsi s'exprime le Catéchisme du concile de Trente (l). Quant à la forme du sacrement de Pénitence, elle est comprise dans ces paroles : Je t'absous de tes péchés , Ego le ahsolvo a peccatis tuisj ou simplement dans celles-ci : Je t'absous, Ego te ahsolvo , comme l'enseigne le même Catéchisme (2). Nous parlerons plus bas du ministre et du sujet du sacrement de Pénitence. Nous expliquerons aussi ce qui a rapport à la contrition , à la confession , à la satisfaction et à l'absolution.

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