CHAPITRE IL
De la matière et de la forme du sacrement de Confirmation.
126. Tous les catholiques placent la Confirmation au nombre des sacrements de la loi nouvelle; mais le dogme une fois reconnu, les docteurs se partagent en diiféreutes opinions sur la matière et la forme de ce sacrement, de manière toutefois à se réunir en ce qui concerne la pratique, surtout en ce qui peut être essentiel a sa validité.
ARTICLE i.
De la matière du sacrement de Confirmation.
L27. Quelques auteurs, s'en tenant a la lettre de plusieurs passages de l'Écriture saiule, font consister la manière adéquate du sacrement de Continuation dans la seule imposition des mains que fait levèque, en récitant l'oraison (hnniputens simpilernc Deus, et ne regardant point l'onction comme essentielle au sacrement. D'autres exigent les deux rils connue faisant également partie essentielle de la matière sacramentelle. Les autres enfin, en beaucoup plus grand nombre, font confier toute la matière du sacrement dans l'onction du saint chrême et l 'imposition des mains qui accompagne naturellement l'onction. Nous adoptons ce troisième senliment, que
(1 Decreiiinj ad Armenos. — :t Sess. vu. De Cuuliimulioue, can. 1. — (S) Ibidem, de Sacramentii in génère, can. 1. — Act. c. 8. v. 14 et sei|. c. ly. v. t;.
saint Alphonse de Ligaori regarde comme très-certain, certissimus (1). C'est d'ailleurs la doctrine du Catéchisme du concile de Trente. Eu effet, voici ce qu'il dit de la matière du sacrement de Confirmation. « La ma- » tière de ce sacrement s'appelle chrême, tenue que les Grecs emploient » pour exprimer toutes sortes de parfums, mais que les auteurs ecclésias- » tiques ne donnent communément qu'à une composition d'huile et de » baume qui se l'ait avec la bénédiction solennelle de l'évêque; ces deux » choses sensibles mêlées ensemble son! la matière de la Confirmation, » Confirmationis maleriam prœbent. Elles montrent, parleur mélange, la » diversité des dons du Saint-Esprit qui nous sont communiqués par la » Confirmation, et même l'excellence particulière de ce sacrement. Aussi, » l'Église a toujours enseigné que c'était là la matière de la Confirmation : » Quod autem ea rit hujus sacramenli maleria, sancta Ecclesiu et concilia » perpeluo docuerunl. »
1:2<S. « il n'y avait, en effet, aucune autre matière plus propre que celle » du chrême à représenter les effets de la Confirmation. L'huile qni, de » sa nature, est grasse, qui coule et se répand facilement, exprime la plé- » nitudede la grâce qui, par le Saint-Esprit, se répand de Jésus-Christ, » notre chef, sur ses membres; semblable au parfum qui coule sur la barbe n d'Aaron et jusque sur ses vêlements; car Dieu a versé l'huile de joie sur » son Fils avec plus d'abondance que sur tous les autres; et nous avons tous » reçu de sa plénitude. Le baume, dont l'odeur est très-agréable, signifie » la bonne odeur de toutes les vertus que les fidèles répandent après avoir » été rendus parfaits par la Confirmation; ce qui leur permet de dire avec » saint Paul. Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ devant Dieu. » Une autre propriété du baume est d'empêcher de se corrompre les » choses qui en ont été enduites; ce qui exprime admirablement la vertu » du sacrement de Confirmation, dont la grâce préserve aisément de la » corruption les cœurs de ceux qui le reçoivent dignement (2). »
Ce Catéchisme ne parle point de l'imposition des mains; il se contente donc de celle qui se fait par l'onction du saint chrême.
129. Le pape Eugène IV, dans son décret pour les Arméniens, enseigne que le chrême est la matière du sacrement de Confirmation : « Secundum » sacramentum est Confirmatio; cujus maleria est chrisma confectum ex » oleo, quod nitorem significat conscientiœ, et balsamo quod odorem si- » gnificat bona? famse. » Puis, après avoir dit que les évèques seuls, comme successeurs des Apôtres, qui conféraient l'Esprit saint par Yimposilion des mains, peuvent faire l'onction de la Confirmation, il ajoute que celte onction répond à l'imposition des mains : « Locoaulem illius manus imposi- » tionis datur in Ecelesia Confirmatio (3); » c'est-à-dire que l'onction par laquelle on administre la Confirmation renferme l'imposition pratiquée par les Apôtres. « Per frontis chrismationem, dit Innocent III, manus im- » positio designatur, quaealio nomine dicitur Confirmatio (i). » Innocent IV s'exprime dans le même sens que ces deux papes : « Soli Apos'oli, quorum » vices gérant episcopi, per manus impositiouem, quam Confirmatio vel » frontis chrismalio représentât, Spirilum sanclum tribuisse legitur (5). » L'onction, dit le vénérable Bède, se fait par l'imposition de la main de l'évêque, et on l'appelle Confirmation : « Unctio per manus impositionem » ab episcopis fit, et vulgo Confirmatio dicilur (6). » Suivant Raban Maure, l'évêque confirme avec le chrême par l'imposition de la main : « Episcopus
(1) Lib. vi. n" 164. — (î) De Conûrmationis saeramento, S 3. — (3) Décret, ad Armenos. — (i) Capul Cum vmitiet. — (5) Epist. x. cap. i. — (G In psalmuin xxjcvi.
» baplizatum per manus imposilionem cum ipso chrismale consignât (I). » Ralrainno, Ainalaire, Ive de Chartres, Kupert, Hugues de Saint-Victor, saint Anlonin, et un grand nombre d'autres docteurs, ne reconnaissent pas d'autre imposition des mains, pour la validité du sacrement de Confirmation, que celle qui se fait par l'onction du saint chrême (2). Nous ajouterons que les Grecs, à qui les Latins ne reprochent point d'avoir altéré le sacrement de Confirmation, ne pratiquent point l'imposition des mains qui précède l'onction, n'admettant que l'imposition des mains, qui est inséparable de l'action par laquelle on applique l'huile sainte, de la main droite» sur le front de celui qui reçoit la Continuation.
On peut donc conclure, avec saint Thomas, que le sacrement de Confirmation consiste dans l'onction du saint chrême et les paroles qui répondent à celle onction : « Sacramentum Confirmalionis est linitio chrismatis » sub forma pnescripta verborum (5). » Benoit XIV n'est pas moins exprès : « Pollice tinctô in oleo signum crucis imprimitor, eoque pacto, dum i> formant ac verba pronuntiat episcopus, materiam simul tradil, ex quibus » sacramentum eonstituitur (4). »
130. Ainsi, quoique l'évêque soit obligé de suivre en tout le cérémonial prescrit par le Pontifical pour l'administration du sacrement de Confirmation, nous pensons qu'il ne doit point avoir d'inquiétude à l'égard des fidèles qui n'assistent pas à la première imposition des mains. Les curés veilleront à ce qu'ils soient tous présents à cette cérémonie; amis, qu'ils y soient présents ou non, s'ils reçoivent l'onction sainte, on les regardera comme confirmés : « Ilinc est, dit saint Alphonse de Liguori, quod epis- » copi communiter non salagunt ut omnes confirmandi sint présentes in » principio ritus, cum minister elevans manus profert orationem; nec du- » bilal ipsi contumace eos qui, poslquam primus ille rit us jam est com- » pleins accedunt (o). » 11 en serait autrement s'il y avait un doute fondé sur la question dont il s'agit; mais ce doute n'existe plus au jugement du pape Benoît XIV, qui déclare, dans sa lettre encyclique aux évoques du rit grec, que dans l'Église latine, le sacrement de Confirmation se confère par l'onction du saint chrême, tandis que le ministre prononce les paroles de la forme sacramentelle : « Quod iiaque extra conlroversiam est, hoc » dicatur; nîmirnm in Ecclesia latina Confirmalionis sacramentum con- » ferri, adhibilio sacro chrismale, seu oleo olivarum balsamo commixto, et » ab episcopo beuedicto, ducloque signo crucis per sacramenti ministrum » in fronte suscipienlis, dum idem minister forma: verba pronuntiat (h). » Ce grand pape n'aurait évidemment pu s'exprimer de la sorte, s'il eût regardé la première imposition des mains comme essentielle au sacrement.
151. JSous ne parlons ni de la bénédiction du pontife, ni des prières qu'il récite après avoir fait l'onction ; de l'aveu de tons, ellis ne sont qu'accessoires à l'administration du sacrement de Confirmation. Il en est de même du petit soulflet que l'on donne sur la joue du confirmé.
\7,-2. Il est nécessaire que le saint chrême soit composé d'huile et de baume mélangés ensemble. L'encyclique de Benoit XIV que nous venons de citer, le décret d'Eugène IV aux Arméniens, le Pontifical romain et le Catéchisme du concile de Trente, l'enseignent formellement. L'huile est nécessaire à la validité du sacrement : il en est très-probalemcnt de même du baume; c'est le sentiment le plus commun, et on ne peut s'en écarter
(1) bo Instit. clericorum. — (2) Voyez S. Alplionso de Liguori, lib vi. iin 104. — (3) In i. dist. ru. qua>>t. 1. ail 2. — (4) Instit. occlesiastiese vi. — [5) Lib. Tl. n" 184. — 6] Epistol. (x >fO primum tempen ad arcliiepiscopos, episcopos aliosque ritus giaxi, ann. I76C, - 52.
dans la pratique. 11 s'agit de l'huile d'olive, olcum olivarum, la seule qui soit proprement appelée huile. Elle est d'ailleurs, comme l'a remarqué saint Thomas, la plus propre à exprimer les dons du Saint-Esprit (1). Pour ce qui regarde le baume, peu importe la contrée d'où il est tiré.
135. Il est également nécessaire que le chrême ait été bénit parl'évêque. Cependant plusieurs docteurs pensent que le souverain pontife peut déléguer un simple piètre pour celle consécration.
Quant à la manière de faire l'onction, il faut, 1° qu'elle soit faite sur le front; 2n qu'elle soit faite en forme de croix; 5° qu'elle soit faite par le ministre lui-même, qui doit se servir du pouce de 1 a main droite, à moins cependant qu'il ne soit dans l'impossibilité physique de faire usage de cette main. Le saint chrême ne peut être appliqué par le moyen d'un instrument, car il est de toute nécessité qu'il y ait imposition delà main.
ARTICLE II
De la forme du sacrement de Confirmation.
154. Quelques théologiens font consister la forme de ce sacrement dans la prière Omnipolens sempilerne Dcus, qui regenerare dignalus es, etc., que le pontife fait à Dieu, en étendant les main, la face tourné vers les confirmands, versa facie ad confirmandos. Suivant d'autres, elle consiste et dans cette prière et dans les paroles qui accompagnent l'onction du saint chrême. Les autres enfin, en plus grand nombre, la placent tout entière dans les paroles que l'évêque prononce en faisant l'onction, regardant la prière qui précède comme accessoire. Ce troisième senliment répond à celui que nous avons adopté sur la matière du même sacrement (2). Nous disons donc que toute la forme sacramentelle de la Continuation consiste dans ces paroles : Signo le signo crucis, et confirmo te chrismale salutis, in nominc Patris, <t Filii, et Spirilus saneti. En effet, voici ce qu'enseigne le Catéchisme du concile de Trente : « La forme du sacrement de Conhrma- » lion consiste dans les paroles qui accompagnent l'onction. Il faut avertir » les fidèles qui doivent recevoir ce sacrement d'exciter en eux des senti- » ments de foi, de piété et de religion, surtout lorsque l'évêque prononce » ces paroles, afin qu'il n'y ait rien en eux qui puisse mettre obstacle à la » grâce. Ainsi donc, les paroles qui composent la forme entière du sacre- » ment de Confirmation sont celles-ci : Je te marque par le signe de la » croix et je le confirme par le chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, » et du Suint-Esprit : et il est facile de démontrer que c'est là la forme » essentielle de ce sacrement; car la forme d'un sacrement doit renfermer » tout ce qui explique sa nature el sa substance. Or les trois choses qui » constituent l'essence du sacrement de Confirmation, savoir: la puissance » de Dieu, qui y opère comme cause principale; la force de l'esprit et du » cœur, qui, par Ponction sainte, est donnée aux fidèles pour leur salut; et » le signe dont esl marqué celui qui va entrer dans la milice chrétienne, » sonlclairemeni exprimées dans les paroles que nous venons de rappor- » 1er : la première, dans ces mois, qui sont à la fin, au nom du Père, el du » Fils, el du Saint-Esprit ;la seconde, dans ceux-ci, placés au milieu, Je te » confirme arec le chrême du salut; ci la troisième, par ces mots, qui sont » au commencement , Je te marque du signe de la croix. Au reste, lors de » même que la raison ne pourrait démontrer que telle est la véritable
(1) Sum. part. 5. quœst. 72. ait. i. — (8) Voyez plus haut le no 131.
DE LA CONNRMATION. 59
» forme du sacrement de Confirmation, veram et absolutam format», l'au- » torité de l'Église calholique ne nous hisserait aucun lieu de douter à cet » égard, puisqu'elle a toujours enseigné qu'elle consiste dans les paroles » que nous avons indiquées (I). »
155. Le décret d'Eugène IV, pour les Arméniens, n'est pas moins exprès : « Secuudum sacrameuluni est Conlirinatio, cujus... forma est \Signo te signe » meta, et con/irmo te chrismate salut is, in notnine Pal ris, et Filii, et Spi- » ritus sancti. » C'est aussi la doctrine du concile provincial de Bourges, de l'an 1581, qui fut approuvé par le pape Sixte V en 1585 : « In admi- » nistralione uujns (Conlîrmatioiiis) sacramenti servetur forma débita et » qua uli consuevil Ecclcsia, videlicet : .V. consigne» te signo crucis, et con- » /innii te chrUttiate salulis, in notnine Pal ris, et Filii, et Spiritus sancti. » Enfin, le pape Benoit XIV, dans sa lettre aux évoques du rit grec, déclare qu'il est hors de doute que, dans l'Église latine, l'évèque administre la Confirmation par l'onction du saint chrême, en prononçant les paroles qui répondent à cette onction (â).
136. On ne doit rien changer ni dans la matière ni dans la forme du sacrement de Confirmation. Tout changement qui porterait atteinte à la substance du saint chrême, ou qui ôlerait aux paroles sacrées leur véritable sens, compromettrait la validité du sacrement On pourra facilement juger si tel ou tel changement est ou substantiel ou seulement accidentel, parce qui a été dit dans le traité des Sacrements en général (5). Nous ajouterons qu'à la différence du Baptême et de la Pénitence, il ne serait pas permis d'administrer la Confirmation, iiiéine à un malade, avec une matière douteuse ; car ce sacrement n'est pas, comme les deux premiers, nécessaire de nécessité de moven.