‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 4)Chapitre 19 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des effets du sacrement de Confirmalion.

157. Comme tous les autres sacrements, la Confirmation produit la grâce sanctifiante; c'est une grâce d'accroissement et de perfection, une grâce qui augmente en nous la grâce du Baptême, qui nous fortifie contre les ennemis du salut et nous rend parfaits chrétiens. Par le Baptême, nous recevons la vie spirituelle; par la Confirmalion, nous en recevons le développement. Cependant, suivant le sentiment le plus commun, le sacrement de Confirmation confère quelquefois la première grâce sanctifiante qui efface le péché mortel : « Aliquando prima gralia sanctificans per hoc sa- » cramentum confertur, » comme l'enseigne saint Alphonse de Liguori(l). « Si quis adultus, dit saint Thomas, in peccato exislens, cujus conscien- » tiam non habet, vel si eliam non perfecte contritus accédât (ad Confir- » mationemï, duinmodo non liciusacceJ.it. per graliam collalam in hoc » sacramento eonsequituv remissionem peeeatoram (5). »

838. Un autre effet, qui est particulier a la Confirmation, est de nous donner la plénitude du Saint-Esprit, et de renouveler dans nos âmes les merveilleux elVets qu'il opéra lorsqu'il descendit sur les Apôtres. A ia vérité, le Saint-Esprit ne nous communique pas, comme à eux, le don des

I De Confirmationis sacramento, § il. — (i) Voyez, ci-dessus, le n» 454. A"oyez aussi S. Thomas, S. Alphonse de l.ipuoii , Billuarl, etc. — i5) Voyez, ci-dessus, le n» 12. — (4) Lih. vi. no jco. — (5) Sum. pari. 5. quaest. 72. ait. 7.

langues, celui des miracles et autres grâces extérieures, nécessaires alors au progrès et à l'affermissement de l'Évangile; mais il répand dans nos âmes les mêmes grâces intérieures dont il sanctifia et fortifia les Apôtres, et particulièrement les sept dons qui lui sont attribués. Ces dons sont certaines dispositions ou habitudes surnaturelles qui ornent notre âme, nous font agir suivant les inspirations et mouvements de la grâce qui nous est donnée à tous en temps opportun, in tempore opporluno, et nous facilitent l'accomplissement de la loi de Dieu, surtout dans les circonstances difficiles.

139. Les dons du Saint-Esprit sont : le don de sagesse, le don d'entendement, le don de conseil, le don de force, le don de science, le don de piété, le don de crainte de Dieu. 1° Le don de sagesse, qui nous fait aimer les biens éternels, nous détache des biens de ce monde et nous éloigne de tout ce qui peut être contraire à notre (in dernière; 2° le don d'entendement, qui nous fait concevoir les vérités de la religion, autant que cela nous est nécessaire, eu égard aux desseins particuliers que Dieu a sur chacun de nous; 3° le don de conseil, qui nous fait choisir à propos ce qui contribue davantage à la gloire de Dieu et de notre salut; 4° le don de force, qui nous donne le courage de professer la religion, de fouler aux pieds le respect humain, de surmonter les tentations, de résister, même au péril de la vie, aux fureurs de la persécution; 5° le don de science, qui nous fait connaître la volonté de Dieu en ce qui concerne le salut, et nous découvre le danger que nous devons éviter; 6° le don de piété, qui nous unit à Dieu d'une manière plus particulière et nous fait embrasser avec joie tout ce qui est du service divin; 7° enfin, le don de crainte, qui nous inspire un souverain respect pour Dieu, et nous fait éviter tout ce qui est contraire à sa sainte volonté.

1 40. La Confirmation produit encore un autre effet qui lui est commun avec le Baptême et le sacrement de l'Ordre. Elle imprime un caractère ineffaçable qui est le signe, la marque des soldats de Jésus-Christ; aussi ce sacrement ne peut être réitéré. Cependant, dans le doute si un adulte a reçu la Confirmation, on peut le confirmer conditionnellement, sans qu'il soit nécessaire d'exprimer la condition. Mais, toutes choses égales, on doit être, à cet égard, plus réservé pour ce qui regarde le sacrement de Confirmation, qui n'est pas indispensablement nécessaire au salut, que pour ce qui regarde le sacrement de Baptême, qui est nécessaire de nécessité de moyen.

CHAP1TBE IV.

Du ministre du sacrement de Confirmation.

141. L'administration du sacrement de Confirmation est une fonction particulière à l'évêque, il en est seul le ministre ordinaire. « Ordinarius » ( Confirma tionis) minister est episcopus, dit le pape Eugène IV. Et cum « cseteras uneliones simples sacerdos valeat exhibere, banc non nisi epis- » copus débet couferre ; quia de solis Apostolis legilur, quorum vicem » tenent episcopi, quod per manus impositionem Spiritum sanctum da- » banl (1). » Aussi, le concile de Trente l'a défini expressément : « Si quis

(1) Décret, ad Armenos.

» dixerit sanctœ Confirmations ordinarium ministrum non esse soluui » episcopum, sed quemvis simplicem sacerdolem sit (i). »

Ces décrets supposent qu'il y a un ministre extraordinaire de ce sacrement autre que l'évêque; Eugène IV le dit même assez clairement : « Lej> gitor tamen aliquando per aposlolica' sedis dispensationem ex raliona- » bili et urgente admodum causa, simplicem sacerdolem chrismaie per y> episcopum confecto hoc administrasse Conlirmalionis sacramentum (2). » L'n simple prêtre peut donc, par extraordinaire et en vertu d'une délégation spéciale du souverain pontife, administrer la Confirmation. Telle est la pratique du saint-siége, comme le prouvent les concessions accordées par saint Grégoire le Grand, par Nicolas IV, Jean XXII, Urbain V, Léon X, Adrien VI, Sixte V, Benoit XIII, Clément XI, Benoît XIV, et autres papes; de sorte que celle question, qui était autrefois controversée, ne peut plus aujourd'hui souffrir de difficulté : « Quare non videtur hodie l'as esse poj> testalem, de qua olim disceplahalur, summo pontitici adjudicare (5). » Mais un prêtre ne peut confirmer qu'avec du saint chrême bénit par l'évêque : la faculté de conférer ce sacrement n'emporte pas par elle-même celle de consacrer les saintes huiles.

I i2. L'n évèque ne peut déléguer un simple prêtre pour la Confirmation, ce droit étant réservé au vicaire de Jésus-Christ; par conséquent, ni le curé, ni tout autre prêtre, quoique délégué par l'évêque, ne pourrait administrer validemenl le sacrement de Confirmation.

L'n évèque ne doit point confirmer dans un diocèse étranger, sans la permission de l'Ordinaire ; il ne doit pas même confirmer chez lui les fidèles qui ne sont pas ses diocésains, à moins qu'il n'y soit autorisé par qui de droit, soit expressément, soit tacitement. Il y a consentement tacite lorsque, à raison de certaines circonstances particulières, on peut raisonnablement présumer que l'évêque des confirmands consent qu'ils soient continués par l'évêque auquel ils s'adressent. Exemple : l'évêque donne la Confirma lion dans une paroisse de son diocèse : un curé du diocèse voisin lui présente plusieurs de ses paroissiens pour la Confirmation, sans montrer aucune lettre de son évèque, ayant omis de lui écrire ou par ignorance ou par oubli. Évidemment, dans ce cas, qui arrive de temps en temps, aucun évèque ne trouvera mauvais que ceux de ses diocésains qui ont été préparés au sacrement soient confirmés par une main étrangère. « Il est » même reçu par l'usage, dit le rédacteur des Conférences d'Angers, que » des diocèces voisins on se rende dans les lieux où un évèque confirme, » pour recevoir un sacrement qu'on ne pourrait peut-être recevoir de la » main de son propre évèque qu'après un temps trop long. Il y a, à cet » égard, un accord tacite entre les différents évèques, et c'est, au fond, » un service qu'ils se rendent mutuellement et à leurs diocésains respec- » tifs ( i). » Un évèque peut aussi confirmer les étrangers qui ont un domicile de fait dans son diocèse; tels sont, par exemple, les ouvriers ou domestiques, ainsi que les élèves d'un collège nu d'un pensionnat.

143. L'évêque est obligé d'administrer la Confirmation à ses diocésains : celui qui passerait un temps considérable, huit à dix ans, par exemple, sans leur donner à tous la facilité de recevoir ce sacrement, pécherait mortellement, à moins qu'il n'eu fût légitimement empêché. Il doit visiter fréquemment son diocèse, ou au moins se rendre dans les principales localités, toujours à ses frais, sauf l'usage contraire, qui ne peut toutefois former un droit proprement dit en faveur de l'évêque.

(I Spss. mi. Ue Confirmatione, ean 3 — ii) Décret, ad Armenos. — (3) Benoll XIV, de Synodo, lib. «il cap. 7. — i Conf. sur la Confirmation, quaest I.

La Confirmation doit se donner à l'église, à moins qu'à raison d» grand nombre des confirmands ou d'une chaleur excessive, on ne puisse le faire sans inconvénient. On confirme a domicile les malades, les valétudinaires, qui ne peuvent se rendre à l'endroit où a lieu la cérémonie. Un évèque ne craint pas de descendre dans la caliane ou la chaumière du pauvre. Nous ajouterons qu'il peut toujours eonlirmer dans sa chapelle.

D'après L'usage, on peut confirmer tous les jours et à toute heure; cependant, quand on le peut facilement, il convient mieux de le l'aire le matin; puisque le Pontifical conseille à l'évèque el aux confirmands d'être à jeun.

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