‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 4)Chapitre 24 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des effets du sacrement de l'Eucharistie.

I8i. Le sacrement de l'Eucharistie confère la grâce à tous ceux qui le reçoivent dignement. Jésus-Christ l'a institué pour en faire la nourriture de nos âmes, et a promis la vie à ceux qui s'en rapprochent avec les dispositions requises. Toutefois, comme l'Eucharistie n'est point un sacrement des morts, mais un sacrement des vivants, qui suppose la vie spirituelle dans ceux qui le reçoivent, ce sacrement ne donne pas ordinairement la première grâce sanctifiante, qui justifie le pécheur en effaçant le péché mortel; cet effet est principalement réservé aux sacrements de Baptême et de Pénitence : il est établi pour augmenter ci fortifier en nous cette grâce, qu'on appelle aussi grâce habituelle, en nourrissant notre âme du corps et du sang de Jésus-Christ, en nous unissant plus étroitement à Jésus- Christ, en nous faisant vivre de la vie de Jésus-Christ. Aussi est-il pour nous comme le gage d'une résurrection qui doit nous rendre participants de la gloire de Jésus-Christ.

185. Nous avons dit, ordinairement; car saint Thomas et la plupart des théologiens enseignent que, par extraordinaire, la communion confère quelquefois la première grâce sanctifiante, et remet le péché mortel; ce qui arrive lorsque celui qui a commis quelque faute grave croit de bonne foi être en état de grâce, et reçoit dévotement le corps de Jésus-Christ : « Si quis, dit le Docteur angélique, facta diligenti discussione su* con- » scienlke, quamvis forte non suflicienti, ad corpus Christi accédât, aliquo » peccato mortali in ipso manente, quod ejus cognitionem praeterfugiat, » non peccat; imo magis ex vi sacramenti remissionem consequitur (1). » C'est aussi le sentiment de saint Alphonse de Liguori, de saint Antonin, du cardinal Bellannin, de Suarez, de Sylvius, de Noël-Alexandre, de Billuart; le sentiment le plus commun parmi les théologiens, « Communior theologorum senlenlia, » dit l'auteur de la Théologie de Périgueux (2). Il est bien vrai, comme l'enseigne le concile de Trente, que les sacrements ne confèrent la grâce qu'à ceux qui n'y mettent point d'obstacle, non ponentibus obicem; mais ce n'est point le péché, répond Collet, c'est l'affection seule au péché qui est un obstacle à la grâce : « Peccator gratis » obicem ponit, eu m in peccato sibi complacere persévérai; sed obicem per » se et immédiate non ponit peccalum (5). »

18G. Un autre effet de la communion est de remettre les péchés véniels; elle est, suivant l'expression du concile de Trente, l'antidote qui nous délivre des fautes journalières, Quo liberamur a culpis quolidianis. C'est le pain quotidien, dit saint Ambroiso, qui sert de remède à nos infirmités de chaque jour : « Isle paois quotidianus sumilur in remedium quolidianae » infirmitatis (4). » Saint Thomas n'est pas moins exprès : «Virlute hujus » sacramenti remittuntur peccata venialia (5). »

Un troisième effet est la remise de la peine temporelle du péché. Maison obtient celte remise non directement, mais par le moyen des actes de charité que la communion fait naître et excite en nous. Cet effet est proportionné

(1) In 4. Distinct. O.quœst. 1. art. 3. — (i) Voyez, ci-dessus, le nn 23. — {$) De Eucliaiistia, part, i. eap. 8. — (4 De Sacramenlis, lib. v. c. 4. — \p: Sum. part. 3. qua;st. 79. art. 4.

DE L'EUCHARISTIE. g{

à la ferveurelà la dévotion de celui qui communie : « Ex consequenli per d quamdam concomitantiam ad principalem effectum liomo consequitur » remissionem pœna;, non quidein lotius, sed secundum modum sme de- » volionis et fervoris. » Ce sont les paroles de saint Thomas (1).

187. Un quatrième effet du sacrement de l'Eucharistie est de nous préserver du péché mortel, Quoa peccalis mortalibus prœscrvamur, dit le concile de Trente. En effet, ce sacrement met un frein à la concupiscence, nous prémunit contre la tentation, et nous fait marcher d'un pas sûr dans la voie du salut.

Enfin, comme nous l'avons déjà dit, l'Eucharistie nous unit à Jésus- Christ, et nous donne droit à la résurrection : « Qui manducat meam car- » nem, et bibit meum sanguinem, in me manel et ego in illo (2). Qui man- )> ducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, habet vitama;ternam, et » ego ressuscitaboeum in novissimo die (3). » C'est d'ailleurs le symbole de ce corps mystique, dont INolre-Seigneur est le chef, et dont nous sommes les membres : elle nous rappelle que nous devons être unis de la manière lapins étroite à ce divin chef, par la foi, l'espérance et la charité, et entre nous tous par les liens de la paix et celte même charité; en sorte que nous puissions dire qu'il n'y a ni division, ni schisme parmi nous : « Symbolum unius illius corporis, cujus ipse caput exisiil, cuique nos, » tanquam membra , arctissima fidei , spei et charitatis connexione ad- » strictos esse voluit, ut idipsum omnes diceremus, nec essent in nobis » schismata (4). »

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