CHAPITRE PREMIER
Notion et institution du sacrifice de V Eucharistie, appelé sacrifice de la
■messe (2).
27o. L'Eucharistie comme sacrifice est désignée sous différents noms par les anciens Pères; mais depuis longtemps on l'appelle universellement sacrifice de la messe. L'origine la plus vraisemblable de celte dénomination est le mot miltere, qui signifie renvoyer. Anciennement on congédiait le peuple pendant le sacrifice, à deux reprises différentes : une fois après l'évangile, quand les catéchumènes recevaient l'ordre de sortir, ce qui s'appelait missa calechumcnorum; l'autre, lorsque, la cérémonie sacrée étant achevée, les fidèles se retiraient au moment où le diacre criait : Ile, missa est : d'où est venu le nom de missa, messe, missa fidelium. Selon la croyance de l'Église catholique, la messe est le sacrifice de la loi nouvelle, par lequel on offre à Dieu, par les mains du prêtre, le corps et le sang de Jésus-Christ, sous les espèces du pain et du vin. C'est un sacrifice véritable et proprement dit : « Si quis dixerit, in missa non offerri Deo verum et » proprium sacrilîcium, aut quod offerri non sitaliud quam nobis Christum » ad manducandum dari, anathema sit (5). » Le sacrifice de nos autels a été institué pdr Jésus-Christ, en même temps que le sacrement de son amour. Près de consommer le sacrifice sanglant qui allait opérer la rédemption du genre humain, il le commença par l'offrande de son corps et de son sang, ordonnant à ses Apôtres de la perpétuer en mémoire de sa
(1) Catéch. du concile de Trente : Ue Eucharistiae sacramento, § 77. — (2) Voyez, tome I«-r. n° *06. — (3) Concile de Trente, sess.xxu. can. 1.
DE 1,'kUOIIARISTIE. 1 19
mort. « Is (Chrisius) Peus et Dominus noster, et si semel seipsum in ara » crucis, morte inlercedente, Deo Palri oblaturus erat, m aetemam illic » redemptionem operarelur; quia tamen per niortem sacerdotium ejusex- » linguendiim non erat ; in mena novissima, qna uocle Iradebalur, ut dileclœ » sponsa' sua' E'clcsia' visihile. sicul hominum nalura exigit, relinquerct » sacrificium, quo cruenlum illud seniel in cruce peragendum repnesenta- » retur, ejusque meinoria in finein usque sa'culi pennaneret, atque illius » salutaris virtus in remissionem eorum, qnae a nobis quotidie committun- » tur, peccatoraio applicaretur, sacerdotem secundum ordinem Melchise- » dech se in œlernum conslilutum declarans, corpus et sanguinem suum » sub speciebus panis et vini Deo Patri obtulit; ac sub earumdem rerum » symbolis Apostolis, quos lune novi Testament! saeerdotes consliluebat, » ut snmerent, tradidit; et eisdem eurumque in sacerdotio succesoribus, » ut offereni, prsocepil per haec verba : Hoc facile in meam eommemora- » tioncm. Lii semper ealholica Ecclesia inleilexit et docuil (I). »
27G. Le sacrifiée de la messe est offert à Dieu et non aux saints. Le sacrifice est, par sa nature, un acte de ce culte suprême qui est rendu à Dieu seul et que l'on appelle arite de latrie. Ainsi, lorsqu'on dit la messe d'un tel saint, il ne faut pas entendre qu'on offre le sacrifice de la messe à ce saint, mais que l'on en fait mémoire, que l'on implore sa protection, et qu'on le prie d'intercéder pour nous: « QnauwiS in honorent et memoriam » saiiclorum nouuullas interdum missas Kcelesia celebrare consueverit: » non tamen illis sacrificium nfferri docet , sed Deo soli qui illos corona- » vil; mule nec sacerdos dicere solet : offero tibi sacrificium, Petre vel r> Paule, sed Deo, de illorum v^cloriis gratias agens, eorum palrocinia im- » plorat ut ipsi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum ruemo- » riant faejmiis in terris (2). »
C'est un sacrifice par lequel on offre le corps et le sang de Jesus-Chrisl. C'est Jésus-Christ lui-même dont le corps est présent sous les espèces du pain, et le sang sous les espèces du vin, qui est la victime, l'hostie qu'on immole dans le saciifice de la messe. Aussi, ce sacrifice est substantiellement le même que le sacrifice de la croix qui se renouvelle, et qui doit se renouveler sur nos autels jusqu'à la consommation des siècles. C'est la manière de l'offrir, qui est mystique ou non sanglante dans l'un, et qui a Été sanglante dans l'autre, qui constitue leur seule différence, comme le dit le concile de Trente : « In divino hoc sacrilicio, quod in missa prragi- » tur, idem ille Christus continetur et incruente immoialur, qui in ara » crucis semel seipsum cruente obtulit (S). » Les espèces du pain et du vin, qui veulent le corps el le sang de Jésus-Christ , appar;iennent au sacrifice eucharistique, mais elles ne le constituent pas; elles ne sont point l'ohlalion qu'on fait à Dieu.
•211. C'est un sacrifice qu'on offre par les mains du prêtre. Mais le ministre principal du sacrifice de la messe est Jésus-Christ lui-niènie, qui est tout à la fois le prêtre et la victime, s'offrant à Dieu le Père par le ministère de ses prêtres : « Ina e.uieinque hoslia, idem nunc otlerens sacerdo- » t ii m ministerio, qui seipsum tune in cruce obtulit, sola offerendi ratione » diversa (i). » C'est donc au nom de JéMis-Chiïst et avec Jésus-Christ que le prêtre qui est pris parmi les hommes, ntïi c le sacrifice de la messe: le même ministère que Jésus-Christ a exercé visiblement sur la croix, il l'evrid' d'une manière invisible sur l'autel, el le fait exercer visiblement par les prêtres qu'il a établis dans son Église.
4I) Concile de Trente, sess. mi. cap. I. — («. Ibidem, cap. S. — (%) Ibidem, cap. 4. — (4) Ibidem.
120 le l'euciiakistie.
La consécration des deux espèces est essentielle au sacrifice de la messe; car il cons ste principalement dans la séparation qui se fait en vertu des paroles sacramentelles, vi verborum, du corps et du sang du Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin. La communion appartient aussi au sacrifice, sinon comme partie essentielle, du moins comme partie intégrante de l'immolation.