CHAPITRE II
Des effets du sacrifice de la Messe.
278. Le sacrifice de la messe a les mêmes propriétés, les mêmes effets que le sacrifice de la croix, duquel il ne diffère que la manière dont il s'opère sur nos autels. Il est, par conséquent, latreulique, eucharistique , impétratoire et propitiatoire. Il est latreulique : c'est un holocauste, un sacrifice de louange, qui a pour objet principal de reconnaître le souverain domaine de Dieu sur les créatures (i). Jésus-Christ s'y offre tout entier à Dieu son Père, dans l'état humiliant de victime, comme l'hommage le plus parfait qu'en puisse rendre à la majesté suprême : « Offcrimus prseclarse » majestali tuae, de tuis donis ac datis, hostiam poram. » C'est aussi un sacrifice d'action de grâces ou eucharistique : il tire même sou nom de ce caractère. On y rend grâce à Dieu des bienfaits qu'on a reçus de lui. La victime infinie que nous lui offrons est comme un hommage de reconnaissance proportionné aux dons infinis que nous avons reçus, et que nous recevons continuellement de sa bonté et de sa miséricorde. C'est un sacrifice impétratoire : Jésus-Christ est notre médiateur auprès de Dieu; étant sur l'autel en cette figure de mort, il intercède pour nous, en représentant continuellement à son Père la mort qu'il a soufferte pourson Église. Aussi, le sacrifice de la messe est le moyen le plus efficace d'obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin dans l'ordre spirituel, et même dans l'ordre temporel. Enfin, il est propitiatoire : il nous obtient la grâce de la conversion, l'esprit de pénitence, la rémission des péchés, en nous appliquant le prix, la vertu du sacrifice de la croix : « Cujus quidem oblalionis cruentae » fructus per banc (inciueniam) uberrime pereipiuntur; tanlum abest ut » il li per banc quovis modo derogetur. Quare non solum pro lidelium vi- » vorum peccalis, pœnis, satisfaclionibus, et aliis necessitatibus, sed et « pro defunclis in Chrislo nondum ad plénum purgalis, rite, juxta Apos- » lolorum traditionem offertur (2). » Toutefois, ce sacrifice ne remet pas le péché directement; il ne produit cet effet qu'en nous accordant la grâce et le don de pénitence : « Hujus (sacrificii) ablatione placatus Dominus, » gratiam et donum peenitenthe concedens, crimina et peccata eliam in- » gentia dimittit (5). » Il dispose le pécheur au sacrement de Pénitence, qui est établi pour effacer les péchés commis après le Baptême. On l'offre aussi pour les vivants et pour les morts, en expiation des peines temporelles qui sont dues au péché, même après qu'il a été pardonné.
379. Le sacrifice de la messe, considéré sous le rapport de la victime, est d'une valeur infinie, puisque c'est le même sacrifice que celui de la croix; mais l'application ne s'en fait et ne peut s'en faire, dans l'ordre établi par la divine Providence, que d'une manière finie, et proportionnée,
(1) Voyez, tome 1er, n» 406. — (S)Concile de Trente, sess. xxn. cap. î. — (3) Ibidem.
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tant aux dispositions de ceux pour qui on offre ce sacrifice, qu'aux desseins de miséricorde que le Seigneur a sur les vivants et sur les morts en général, et sur chacun d'entre eux en particulier. « Quamvis virlus Chrisli, » qui continetur sub sacramcnto Eucharistie, sil infinita, tamen deter- » ininaliis est effectua aa quem iliud sacramentum ordinatur. Unde non » oporlel <|uod per ununi altaris saerificium tota pcena eoruin qui sunt » in purgatorio expiclur, sicut etiam nec per unum saerificium, quod » ali(|uis offert, liberalur a tola salisfactione débita pro peccatis : unde » et quandoque plures missae in satisfaclionem unius peccati injungun- » lur (1). »
Relativement aux fruits du sacrifice de la messe, on dislingue le fruit général, qui est commun à tous les fidèles, aux vivants et aux morts qui sont retenus en purgatoire; le fruit spécial, qui est pour tous ceux qui assistent ou prennent quelque part à la célébration de la messe; le fruit plus spécial, qui est particulièrement pour ceux à l'intention desquels on dit la messe; enfin, le fruit personnel au prêtre qui la dit.