‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 4)Chapitre 45 sur 112 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des devoirs du Confesseur envers ceux qui ne sont pas suffisamment instruits des vérités de la religion, ou qui sont dans l'ignorance de ce qui a rapport à leur état.

571. Il est des vérités qu'on ne peut ignorer sous peine de damnation ou sans danger pour le salut. Tout fidèle est obligé de savoir et de croire explicitement qu'il n'y a qu'un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre; qu'il y a trois personnes en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et que ces trois personnes ne font qu'un seul Dieu; que Dieu le Fils, la seconde personne de la très-sainte Trinité, s'est fait homme pour nous; qu'il est mort en croix pour nous sauver; que nous avons une âme qui est immortelle; qu'après celte vie il y a un paradis ou une récompense éternelle pour les justes, et un enfer pour punir éternellement les pécheurs qui seront morts dans l'impénitence finale. On est également obligé de connaître les principales obligations de la morale chrétienne, ce qui concerne les sacrements qu'on doit recevoir et les devoirs de son état. Mais cette connaissance a bien des degrés; elle est plus ou moins claire, plus ou moins étendue.

572. Or on ne peut absoudre le pénitent qui ignore les principaux mystères de la foi, les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, soit qu'on regarde la connaissance de ces deux mystères comme nécessaire de nécessité de moyen, soit qu'on ne la regarde que comme nécessaire de nécessité de précepte (1). Le saint-siége a condamné la proposition suivante : « Ab- » solutionis capax esthomo, quantumvis laboret ignorantia mysteriorum » fidei, et eliamsi, per negligentiam etiam culpabilem, nesciat mysterium » sanctissinKe Trinitas et Incarnationis D. N. Jesu Christi (2). » Mais un confesseur zélé aura soin d'instruire lui-même ses pénitents, sans délai, autant qu'il est nécessaire pour les mettre en état de recevoir l'absolution. C'est l'avis de saint Alphonse de Liguori (3) et du bienheureux Léonard de Port-Maurice, dont nous croyons devoir citer les instructions sur le point dont il s'agit : « Si le pénitent ne connaît pas les principaux mystères » de l'Unité et de la Trinité de Dieu, de l'Incarnation du Verbe, des récom- » penses et des peines que Dieu réserve aux hommes, il n'est pas en état » de recevoir l'absolution jusqu'à ce qu'il ait acquis la connaissance de » ces mystères, et qu'il puisse au moins faire un acte de foi; c'est-à-dire » que, suivant l'explication de plusieurs docteurs, il comprenne, autant » que sa grossière intelligence le lui permet, qu'il y a trois personnes qu'on

(1/ Voyez le tome Ier, n« 529. — (2) Décret d'Innocent XI, île l'au 1679. — (3, Praxis confessai ii,

» appelle le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, lesquelles personnes forment » un seul Dieu. Quanta l'Incarnation, que la seconde personne s'est l'aile » homme et s'appelle Jésus-Christ, et que cependant, quoique le Christ » soit Dieu et homme, il n'y a qu'un seul Christ : enfin, pour ce qui rea garde les peines et les récompenses, que Dieu réserve le paradis aux » bons et l'enfer aux méchants. Je ne conseillerai jamais de renvoyer de » tels pénitents recevoir ailleurs l'instruction qui leur est nécessaire, » parce qu'on n'obtiendrait d'autre résultat de ce renvoi que de les laisser » dans les ténèbres de l'ignorance jusqu'à la mort. Par conséquent, il n'y » a pas de meilleur expédient que de leur enseigner brièvement, et en » terme adaptés à leur capacité, les principaux mystères; de leur faire » faire un acte de foi, d'espérance, d'amour de Dieu et de contrition, » et de leur enjoindre d'aller trouver leurs curés, qui les en instruiront » plus complètement, ainsi que des autres mystères qu'il importe de sa- » voir, necessilale prœccpti. Les soins que l'on donne à ces pénitents ne » prendront pas autant de temps qu'on pourrait bien le croire d'abord; » car tout se fait ici très-brièvement (con somma brevita). Ensuite on leur » dira de s'accuser de la faute qu'ils ont commise en négligeant d'ap- « prendre ces vérités, et on leur accordera l'absolution. Mais il arrive sou- )> vent qu'on rencontre une ignorance aussi profonde chez les personnes » qui habitent les villes, qui ont l'esprit plus cultivé, et qui pourtant rou- » garaient fortement d'être interrogées sur les mystères. Comme il faut que » le confesseur sache à quoi s'en tenir sur ce point très-important, et » comme ces personnes, livrées à la vanité et au libertinage, manquent « ordinairement à l'obligation de faire en temps et lieu les actes que nous » venons de mentionner", j'ai l'habitude de leur insinuer avec douceur que » le moyen le plus elïicace pour la validité du sacrement, et pour le rece- » voir avec la plus grande utilité, est de commencer par les actes de foi, » d'espérance, de charité et de contrition. J'ajoute ensuite : Si vous le trou - » vez bon, nous les ferons ensemble; répétez donc du fond de votre cœur les » paroles que je profère : Je crois, ô mon Dieu, parce que vous, qui êtes la » vérité infaillible, l'avez ainsi révélé à la sainte Église, que vous êtes un » seul Dieu en trois personnes égales, qu'on appelle le Père, le Fils, et le n S;iint-Esprit; je crois que le Fils s'est fait homme; qu'il est mort pour » nous sur la croix; qu'il est ressuscité et monté au ciel, d'où il reviendra » pour juger tous les hommes, et donner le paradis aux bons et les peines » de l'enfer aux méchants (1). »

575. Nous ferons remarquer, 1° qu'on doit suivre la méthode du bienheureux Léonard , toutes les fois que le confesseur soupçonne avec fondement que le pénitent ne sait pas tout ce qu'il est obligé de savoir (-2). Mais s'il juge à propos de l'interroger sur ce point, il doit le faire bien adroitement, pour ne pas avoir l'air, à ses yeux, de vouloir lui faire ic ealhècliisme: ce qui pourrait le déconcerter et l'éloigner pour longtemps de la confession. D'ailleurs, ceux mêmes des pénitents qui connaissent suffisamment, du moins en substance, les principaux mystères de la foi, seraient souvent embarrassés de répondre catégoriquement aux questions qu'on leur ferait sur les premières vérités de la religion, parce que, ne s'attendanl pas a être interrogés, ils se troubleraient facilement.

Nous ferons remarquer, 2° que, « dans un pays catholique où le culte » s'exerce publiquement, où l'on fait sans cesse le signe de la croix au » nom de la sainte Trinité, où le signe auguste de notre Rédempteur se

(4; Discorso mistico e morale, a» 30. — (î) Voyez le tome l", n" 3Î9, etc.

» trouve à l'église, dans les maisons, dans les champs, souvent avec » l'image de Jésus-Christ attaché à la croix, dans un élat propre à exciter » l'attention : où l'on célèbre chaque année la mémoire de la naissance, de » la mort et de la résurrection du Sauveur; où l'image de Marie tenant » Jésus entre ses mains, et d'autres images représentant les diverses cir- » constances de sa vie, sont à chaque instant sous les yeux; il est difli- » cile qu'on puisse ignorer les grands mystères de la sainte Trinité et de » l'Incarnation de manière à ce que les absolutions qu'on a reçues soient » nulles. On peut certainement les connaître ou les croire, sans être en » étal de les énoncer. » Ainsi s'exprime Mgr Dévie, évêque de Belley (1).

57 ï. On remarquera, 5° que, pour ce qui regarde les actes de foi , d'espérance et de charité, les fidèles sont obligés, sans doute, d'en faire de temps en temps; mais on ne doit point regarder comme indignes de l'absolution ceux qui négligent d'apprendre les formules de ces actes; elles sont certainement utiles, mais elles ne sont point obligatoires. La récitation du Symbole est Yaclc de foi par excellence; en disant, Je crois à la vie éternelle , on fait un acte d'espérance; ces deux versets de l'Oraison dominicale, Que votre nom soit sanctifié , que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, renferment un acte d'amour de Dieu; comme aussi nous faisons un acte de contrition , eu priant le Père céleste de nous pardonner nos offenses, comme nous pardonnons « ceux qui nous ont offensés. Pour faire des actes de foi, d'espérance, de charité, il n'est pas nécessaire d'en énoncer le motif (2). Il ne saurait donc y avoir de difficulté, pour ce qui regarde l'instruction nécessaire au pénitent, à l'égard des fidèles qui, tout en ignorant les formules des actes des vertus théologales, savent, en langue vulgaire, le Credo et le Pater, qui est pieusement et habituellement suivi de ÏAve Maria; si d'ailleurs ils comprennent passablement l'acte de contrition, c'est-à-dire s'ils ont quelque notion du péché comme offense de Dieu, et de la nécessité de la pénitence comme réparation du péché.

575. On remarquera, 4° qu'il est des fidèles qui, à raison de leur ignorance et de leur incapacité, réclament une sollicitude et une indulgence particulières de la part du confesseur. On lit dans la Méthode de Direction, dite de Besançon : ce II y en a chez qui cette iguorance (des mystères de » la foi, de l'Oraison dominicale, du Symbole, des commandements de » Dieu, des sacrements) est involontaire, comme dans certaines personnes » qui, à raison du grand âge, ou de la grossièreté, ou des infirmités, ne » peuvent plus rien apprendre ni rien retenir par mémoire. D'autres sont » dans cette même ignorance, parce qu'ils vivent dans une paroisse où le » pasteur n'instruit pas, ou instruit mal et sans fruit. » (// y a des curés qui prêchent beaucoup, ci n'instruisent pas; qui parlent beaucoup, et n'enseignent pas; qui déclament beaucoup, et n'évangélisenl pas.) « Dans ces » cas, le pénitent est plutôt incapable qu'indigne de l'absolution; on doit » l'instruire avant l'absolution, s'il est encore capable d'instruction; mais » s'il en est incapable, le confesseur doit lui faire former (en l'ai- » dant) des actes de foi, d'espérance, de désir de sa fin dernière, d'amour » de Dieu , de contrition de ses péchés, et de ferme propos de n'y pas re- )) tomber. Après cela, on peut l'absoudre s'il n'y a pas d'autre empèche- » ment; mais il faudra à chaque confession lui faire renouveler les mêmes » actes » (5). « Lorsque, avec tous les efforts que la charité peut faire,

(1) Rituel du diocèse de lielley, tome hr. part. m. tit. j sect. 3. — (2; Voyez ce que nous avons dit sur celte question, au tome |W. n» 5ôi. — (S) Méthode de Direction, ch. 7. art. S.

» dil l'abbé Cocatrix (1), on ne peut pas venir à bout d'instruire les per- » sonnes bornées, si elles joignent une vie chrétienne à une volonté sin- » cère d'apprendre, c'est une marque qu'elles ne sont pas intérieurement » dépourvues de la foi, quoiqu'elles ne puissent point la professer sous les » formules ordinaires; et, d'après celte espérance, on ne doit point les » priver des sacrements. Il en est de même de ceux en qui la décrépitude » de l'âge a produit celle incapacité. » Que de chrétiens, aujourd'hui, qui vivent dans la plus grande ignorance des vérités de la religion! Cependant, n'en doiilons pas, il en est un bon nombre parmi eux qui s'approcheraient volontiers du tribunal de la Pénitence, s'ils n'étaient retenus par la difficulté de savoir comment s'y prendre pour se confesser, ou s'ils espéraient trouver dans un curé un homme de Dieu, qui, à l'exemple du Sauveur, se chargeai! de leurs infirmités, et leur faciliterait la confession, en n'exigeant d'ecx que ce que le Seigneur exige, que ce dont ils sont, pour le moment, moralement capables.

576. On remarquera, 5° que le pénitent qui n'est pas suffisamment instruil des vérités de la religion, ne peut recevoir l'absolution qu'autant qu'il est dans la disposition d'employer les moyens de s'instruire qui seront à sa portée. Le confesseur pourra même lui prescrire, à titre de pénitence, de lire ou de se faire lire quelque ouvrage sur la doctrine chrétienne, d'assister aux catéchismes ou aux instructions de la paroisse. Si, ayant été averti deux ou trois fois de l'obligation de s'instruire des vérités que tout chrétien doit savoir (2), il négligeait de le faire, il se rendrait par là même indigne de l'absolution. Mais on ne perdra pas de vue qu'un pénitent peut être suffisamment instruit sans pouvoir cependant rendre compte de sa foi, ou répoudre aux questions qui lui seraient faites.

577. Le prêtre qui exerce le ministère pastoral ou le ministère de la réconciliation, le magistrat, l'avocat, le notaire, le médecin, l'apothicaire, qui n'a pas la science compétente, est obligé de travailler à l'acquérir, ou de renoncer à ses fonctions. Mais le confesseur ne peut être que rarement embarrassé sur ce point; car, ordinairement, celui qui n'a pas la science nécessaire à son état, qui n'en connaît pas les règles, ne se confesse guère de ses manquements, il ne s'en aperçoit point; plus on est ignorant, moins on se délie de soi : le caractère de l'ignorance, en morale, étant de s'ignorer eUe-méme, et de laisser ignorer les fautes dont elle est la cause ou l'occasion. D'ailleurs, un confesseur ne prendra pas sur lui de prononcer, d'une manière absolue, sur l'incapacité d'un homme qui exerce publiquement un emploi, au su et avec le consentement de ses supérieurs.

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