‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 4)Chapitre 5 sur 112 · CHAPITRE II I · texte numérisé non relu

CHAPITRE II I

Des effets des Sacrements.

19. Les effets des sacrements sont la grâce et le caractère. On distingue la grâce sanctifiante et la grâce sacramentelle , la première grâce sanctifiante, qui réconcilie le pécheur avec Dieu; et la seconde grâce sanctifiante, qui augmente en nous la grâce de la justification. La grâce qu'on appelle plus spécialement sacramentelle , est la grâce même sanctifiante ou habituelle, à laquelle sont attachés des secours spirituels et particuliers qui nous sont donnés dans des circonstances où nous avons à remplir les obligations que nous impose chaque sacrement.

ARTICLE i.

De la grâce qu'on reçoit par les Sacrements.

20. A la différence des sacrements de l'ancienne loi, qui ne produisaient point la grâce, qui signifiaient seulement qu'elle devait nous être donnée en vue des mérites de la passion de Noire-Seigneur Jésus-Christ, les sacrements de la loi nouvelle contiennent en eux la grâce, et la confèrent à ceux qui les reçoivent dignement : « Continent gratiam, et ipsam digne » suscipientibus conferunt, » dit le pape Eugène IV (■!). Il est de foi que les sacrements institués par Jésus-Christ produisent la grâce immédiatement, par eux-mêmes, dans tous ceux qui n'y mettent point d'obstacle, non ponenlibus obicem; ils la confèrent ex opère operalo, pour nous servir des expressions de l'école, consacrées par le concile de Trente (2).

21. Il y a deux sacrements qui sont institués pour conférer la première grâce sanctifiante : ce sont le Baptême et la Pénitence. En effet, ces deux sacrements ont, d'après leur institution, la vertu de nous purifier du péché mortel et de nous rendre à la vie de la grâce; on les appelle sacrements des morts, parce qu'ils sont principalement pour ceux qui ont perdu la vie de la grâce par le péché mortel. Cependant, il peut arriver que le catéchumène et le pénitent se trouvent justifiés par la charité parfaite, avant que de s'approcher du sacrement de Baptême ou de celui de la Pénitence : dans ce cas, ils ne peuvent recevoir que la seconde grâce sanctifiante, c'està-dire une augmentation de la grâce. La vraie justice, dit le concile de Trente, commence, est augmentée ou recouvrée par les sacrements : « Per » sacramenta omnis vexa juslilia vel incipit vel cœpta augetur, vel omissa » repara tur (5). »

22. Les autres sacrements, au nombre de cinq, savoir : la Confirmation, l'Eucharistie, l'Extrême-Onclion, l'Ordre et le Mariage, sont établis pour conférer la seconde grâce sanctifiante, c'est-à-dire augmenter en nous la grâce reçue par le Baptême ou la Pénitence; ils ne le sont pas pour rendre l'homme juste, mais pour le rendre plus juste. On les appelle sacrements des vivants, parce que, ordinairement, on ne peut les recevoir avec fruit qu'autant qu'on a déjà la vie de la grâce. Nous disons ordinairement, car il arrive, par extraordinaire, qu'ils confèrent quelquefois la première grâce : si celui qui, étant coupable de quelque péché mortel, se croit en

(1) Décret, ad Armenos. — (2) Sess. vu. can. 6, 7, 8. — (3) Sess. vu. De Saeramentis proœmium.

état de grâce, si en se prépara ni à recevoir un sacrement des vivants, il éprouve^nous ne disons pas la contrition parfaite, niais un sentiment d'attrilion, tel qu'il est nécessaire pour recevoir l'absolution sacramentelle, ce sacrement aura tousses effets : on communiquant à celui qui le reçoit la grâce, il lui obtiendra par lui-même le pardon et la rémission de tous ses péchés : « Sacramenta vivorum. dit saint Alphonse de Liguori , aliquando » primant gratiam conferre possunt, scilicet cum aliquis putans non esse » in statu peccati mortalis, vel existimans se conlritum , accedit cum attri- » timie ad sacramentum (1). » Ce n'est pas seulement l'opinion de quelques théologiens, nonnullt ', comme le dit l'auteur de la Théologie de Poitiers, mais lîien le sentiment le plus commun, le plus généralement admis, cornrmunior theologoram scnicnlia, comme l'affirme le rédacteur de la Théologie de Périgueux (2). Ce n'est pas l'étal du péché, mais l'affection au péché mortel, qui est Vobcx, l'obstacle à l'entrée de la grâce dans notre âme. Voici comment Collet l'explique : « Dicunt (advcrsarii) ipsuni peccati » slatuin esse obicem gratia\ sed maie; siquidemTridentinuin iis duulaxat » gratiam conferri negal qsri cidem obicem ponunt; vox autemponercsonat » aliquid quod active se habere potest; ergo ipse quideni peccator gratia; y> obicem ponere potest., et ponit de facto, cum in peccalo sibi complacere » persévérai; sed obicem per se immédiate nonponil peccalum 5). »

23. Outre la grâce sanctifiante, chaque sacrement confère une grâce qui lui est propre. Le Baptême, en nous donnant une nouvelle naissance, une nouvelle vie, nour donne en même temps une grâce particulière pour vivre conformément à l'esprit de l'Évangile. La Confirmation développe en nous la vie spirituelle cl nous communique la force de combattre les ennemis de notre salut. Il en est de même des autres sacrements; ils ont tous une vertu qui répond à la lin pour laquelle ils ont été institués. Le même sacrement ne confère pas toujours la grâce au même degré. Un sujet reçoit une grâce plus ou moins abondante, selon qu'il est plus ou moins bieu disposé. La grâce du Baplème, dit le concile de Trente, est reçue suivant la mesure que le Saint-Esprit donne à chacun, proportionnellement à la disposition et à la coopération de celui qui est baptisé : « Secundum men- » suram quam Spirilus Sanctus partitur singulis, prout vult, secundum » propriam cujusque dispositione.m et cooperationem (1). »

-11. On croit généralement que, quand le Baptême n'a pas eu son effet, faute de disposition de la part de celui qui l'a reçu, la grâce sacramentelle revit par la pénitence. « Oportet, dit saint Thomas, quod, remota fictione » per pœnitentiam, Baplismus statim consequalur suum effectum (5). » Il doit en être de même des sacrements de la Confirmation et de l'Oidre, parce qu'on ne peut les recevoir qu'une fois. D'après cette considération, il nous paraît qu'il faut en dire autant du sacrement de Mariage; car on ne peut le réitérer pendant la vie des deux conjoints; si cela n'était, ce sacrement aurait bien rarement son effet. Enfin , plusieurs théologiens

(IJTib. vi. no 6. — (i) Theol. moral., Je Sacramentis, cap. iv. — (5) De Sacramento Eucharistie. «ap. vin. — Nous avons dit que le sentiment que nous émettons ici était le sentiment le plus commun : en effet , c'est le sentiment de S. Thomas, de S. Anlonin , de S. Alphonse de Liguori, de Coite?, du théologien de Périgueux, de Pontss, de Noél Alexandie, de Drouhin, de Montagne, de l'auteur de la Théologie de Lyon, de Saelllor, rie Simonnet, de Thomas de Charmes, d'Isamhcrt, de Ronal , de Genêt, de Boy vin, de Gonel, de Joseph Antoine, de Goriti , de Rilluart , ri'Ala/ia , rie Dens, de Lacroix, deGervais rie Coq, rie Sporel. de Coninck, de Renier, de Mazzntta, de Runragliu. d'Uni mann, de Henri de Saint-Ignace , de Barthélémy Durand, de Monschein, de Larraga, d'Angles, d'AverH , du Palai.s, de Bécan, de Bonacina, de Viva, rie Ferra ris, de Malteurci, il'A^uriiu-, rie Ta berna, de Mastrius, de Léander, rie Cnprénl. rie Tanner, de Nugnus, de Gabriel, de Vivaldus, de \\ iganrit, de Uenriquer. de Sylvius, de Renaud '/ifuinnli/»* , de Jean de Saint Thomas, de Rhodes, de Sylvestre, de Grégoire, de Valence, du cardinal Tolet, du cardinal Bellarniln, de Navarre, de Solo, de Cajétan, de Durand de Saint-Pourçain, etc., etc. - (4 Sess. vi. cap. 7. — (5) Sum. part. 3. queest. 69. ail. 10.

pensent qu'il doit en être de même de l'Extrème-Onction, vu qu'il ne se renouvelle point pendant le même maladie.

ARTICLE II

Du Caractère sacramentel.

25. Il y a trois sacrements qui impriment un caractère à ceux qui les reçoivent : le Baptême, la Confirmation et l'Ordre. C'est un dogme catholique fondé sur l'Écriture, la tradition et les définitions de l'Église : « Si » quis dixerit, in tribus sacramentis, Baplismo scilicet, Confirmatione et » Online, non imprimi caracterem in anima, hoc est signum quoddam » spiritale et indélébile, unde ea iterari non possunl, anatbema sit (i). » Le caractère du Baptême nous dislingue des infidèles, et nous donne droit aux autres sacrements; celui de la Confirmation est comme la livrée des soldats de Jésus-Clirist, de ceux qui sont enrôlés dans la milice sainte; celui de l'Ordre est celui qui distingue le prêtre des simples fidèles. Ainsi, ces trois sacrements forment, dans l'Église comme dans la société, les trois différents états qui partagent le peuple, c'est-à-dire les simples citoyens qui en sont les membres, les soldats qui sont chargés de la défendre, et les magistrats qui la gouvernent.

Le caractère sacramentel est ineffaçable, indélébile; il demeure imprimé dans l'âme, dit saint Thomas, même après celte vie, pour être pendant l'éternité la gloire des bons et la honte des méchants; comme le caractère militaire demeure, après le combat, pour la gloire de ceux qui ont remporté la victoire, et pour la confusion de ceux qui ont succombé : « Post » hanc vitam manet caracter, et in bonis ad eorum gloriam , et in malis ad » eorum ignominiam, sicut etiam militaris caracter remanet in mililibus » post adeptam victoriam, et in eis qui vicerunt ad gloriam, et in iis qui » victi sunt ad pcenam (2). »

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