‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 4)Chapitre 63 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du sujet du sacrement de l'Ordre.

651. Les hommes seuls peuvent recevoir les Ordres; les femmes sont absolument incapables de toute Ordination; et un homme ne peut être validement ordonné qu'après avoir reçu le Baptême; l'Ordination même d'un catéchumène serait nulle. L'Église exige aussi que l'on ne donne la tonsure qu'à ceux qui ont été confirmés; mais la Confirmation n'est nécessaire que de nécessité de précepte ecclésiastique : celui qui reçoit la tonsure et les Ordres sans être confirmé, commet une faute grave ; mais il n'en est pas moins validement ordonné. Quant à ce qui regarde l'Ordination des enfants qui n'ont pas encore l'usage de raison, les uns pensent qu'elle serait nulle; les autres, au contraire, enseignent qu'elle est valide, ajoutant toutefois que celui qui été ainsi ordonné n'a point contracté les obligations qu'entraîne l'Ordination. Ce second sentiment est le plus généralement reçu; et Benoit XIV le regarde comme certain. En effet, nous lisons dans Y Instruction de ce Pape sur les Rites des Cophtes : « Concordi theolo- » gorum et canonislarum suffragio definitum est validam sed illicitam cen- » seri hanc ordinationem, dummodo nullo laboret substanliali defectu » materiae, formae, et inlentionis in episcopo ordinante ; non attenta conlra- » ria, sententia, quae raros habet asseclas, et quse supremis tribunalibus et » congregationibus Urbis nunquam arrisil. Mque tamen certum et explo- » ratum est, per hanc Ordinum collationem, non subjici promotos obliga- » tioni servandœ castitatis, nec aliis oneribus ab Ecclesia imposilis; cuni » electio status a libéra cujusque pendeat voluntate, et Altissimo nostra, » non autem aliéna, vola reddere leneamur (2). »

Il ne suflit pas d'avoir l'usage de raison pour être admis à l'Ordination; il faut être appelé à Dieu, et observer en tout les lois de l'Église concernant l'Ordination.

ARTICLE i.

De la Vocation à l'état ecclésiastique.

652. Pour entrer dans la cléricalure et arriver au sacerdoce, il faut être appelé de Dieu : la nécessité d'une vocation divine ne peut être contestée. L'exemple des pontifes de l'ancienne loi, des Apôtres de Jésus-Christ luimême, qui n'est entré en possession de son sacerdoce que par la volonté de son Père; la doctrine de tous les siècles de l'Église, sa discipline constante, et son attention dans le choix de ses ministres : tout montre qu'il

(1) Concil. Trident sess. khi. cap. 12; sess. vin. cap. 41. — (2) Instructio super dubiis ad Ritus Ecclesiae et nationis Coplitorum.

DE L OKDKE.

n'est pas permis de s'introduire dans le ministère des autels sans l'ordre du Seigneur. « Nec quisquam sumit sibi bonorem, dit saint Paul, se<i qui » vocaïur a Deo, tanquam Aaron. Sic et Christus non semetipsum elarifi- » civil ut ponlifex tieret ; sed qui locutus est ad eum : Filius meus es » tu (1). » Ce serait une usurpation de s'ingérer de soi-même dans les fondions saintes : « Amen amen dico vobis : qui non intrat per ostium in » ovile ovium, sed ascendit aliunde, ille fur est et latro. Qui antem intrat » per ostium, pastor est ovium... Ego sum ostium; per me si quis introie- » rit, salvabitur (2). » Aussi les Pères regardent comme un crime digne des plus terribles anathèmes, la démarche de ceux qui ne craignent pas de se constituer les ministres de Dieu sans vocation : « Quicumque, dit » saint Augustin, se in episcopatus aut presbyteratus aut diaconatus ofli- » tium impudenler conantur ingerere, quomodo combusti sunt Core, » Datban et Abirou in corpore, sic isti exurentur in corde (3). » C'est donc une obligation pour tous ceux qui se destinent à l'état ecclésiastique, d'examiner sérieusement leur vocation, avant que de prendre aucun engagement. L'affaire est importante : leur salut éternel, ainsi que le salut du peuple chrétien, en dépend, dit saint Alphonse (4).

Mais comment connaître si on est appelé à l'état ecclésiastique? Il y a des marques auxquelles on peut le reconnaître. Les marques d'une vraie vocation sont l'inclination, la pureté d'intention, la sainteté, l'esprit ecclésiastique, la science, et l'appel de l'évêque, joint au suffrage des fidèles.

053. i° L'indiiuilion : La première marque est une inclination soutenue pour l'état ecclésiastique; c'est un attrait intérieur dont on ne se rend pas compte, un penchant comme inné qui nous porte vers le sanctuaire, un goût sensible et prononcé pour les fonctions sacerdotales. Quand cet attrait est calme, fort et constant, s'il est d'ailleurs accompagné d'une certaine aptitude à faire ce qui a rapport au culte divin, on peut le regarder comme venant de Dieu, comme une voix secrète par laquelle il fait connaître qu'il destine tel ou tel au service des autels. Mais celui qui n'a pas d'inclination pour l'état ecclésiastique, ni d'aptitude à en remplir les fonctions, ne peut, sans témérité, recevoir les Ordres sacrés. Le sacerdoce nous impose des obligations pénibles et multipliées. Or, comment pourrat-on s'en acquitter dignement, si on n'en porte pas le goût dans le fond de son cœur? Dans aucun état, on ne fait bien que ce que l'on aime à faire : ce qui s 'applique particulièrement à notre état, sans contredit le plus dillicile à bien remplir. Aussi on ne saurait trop déplorer l'aveuglement de certains parents qui, par des vues d'intérêt, forcent un jeune homme à se présenter à l'ordination, malgré sa répugnance ou son défaut d'attrait pour le saint ministère.

(i.M. 2° La pureté d'intention: c'est-à-dire le désir de travailler exclusivement à la gloire de Dieu et au salut des âmes. C'est pour celte double On que Jésus-Christ est venu sur la terre, et qu'il a établi son sacerdoce. Il est nécessaire qu'un lévite soit dégagé de toutes vues humaines : celui qui s'acheminerait vers le sanctuaire, ou pour se soustraire au service militaire, ou pour se procurer une aisance qu'il ne trouve pas dans sa famille, ou pour satisfaire son ambition, ne serait point appelé de Dieu. Celui qui se recherche lui-même ne trouvera point le Seigneur: et que pourra-t-il faire s'il n'est pas avec Dieu, ou si Dieu n'est pas avec lui?

655. 3° La sainteté : Il faut être saint pour s'engager dans l'état ecclé-

(1) Hebr. c. S. v. 4, etc. — (2) Joan. c. 10. y. \, etc. — (3) Serin. 98. — (4) Lib. vi. no 80Î.

312 de l'grdke.

siasliquc : « Quis ascendet in montcm Domini? aut quis slabit in loco » sanclo ejus? Innocens inanibus cl niundo corde (1). » Voici ce que dit l'Apôtre, écrivant à Timolhée : « Oportet episcopum irreprehensibilem » esse,... sobrium, prudentem, ornatum, pudicum, hospitalem, doctorera, » non vinolentum, non percussorem, sed modestum, non liligiosum, non » cupidum... Non neophylum, ne in superbiam elatus, in judicium incidat » diaboli. Oportet auteni illuin et testimoniura babere bonum ab iis qui » foris sunt, ut non in opprobrium incidat et in laqueum diaboli. Diaconos » simililer pudicos, non bilingues, non multo viuo deditos, non lurpe lu- » crum sectantes : habentes myslerium fidei in conscientia pura. Et hi » aulem probentur primum, et sic ministrent nullum crimetn habentes (2). »

— « Exemplum esto fidelium, in verbo, in conversalione, in cbaritale, in » fuie, in caslitate (5). » — « Habentes aulem alimenta et quibus tega- » mur, bis contenti sumus. Nam qui volunt diviles iieri, incidunl in ten- » tationem, et in laqueum diaboli, et desideria multa inutilia et nociva, » quœ mergunt homines in inlerilum et perditionem. Radix enim omuium » malorum est cupiditas : quam quidem appetentes erraverunt a fide, et » inseruerunt se doloribus multis. Tu aulem, o homo Dci, luec fuge : sec- » tare vero justitiam, pielatem, fidem, charitalem, patientiam, mansuetu- » dinem. Certa bonum certamen fidei, appréhende vilam aiternam, in qua » vocatus es, et confessus bonam confessionem coram multis teslibus (4). » Ailleurs : « Oportet episcopum sine crimine esse, sicut Dei dispensato- » rem; non superbum, non iracundum, non vinolentum, non percussorem, » non turpis lucri cupidum; sed hospitalem, benignum, sobrium, justum, » sanctum, continentem (5). » Ce que dit saint Paul de la piété, des vertus et de la sainteté nécessaires à l'évêque et au diacre, les Pères et les conciles l'appliquent constamment aux prêtres et aux autre clercs, dans une juste proportion.

656. Les Ordres sacrés exigent la sainteté dans ceux qui les reçoivent : « Sanctitas vitae requeritur ad Ordinem, «dit saint Thomas. Par l'Ordination, ils deviennent médiateurs entre Dieu et son peuple; ils doivent donc être saints et devant Dieu et devant les hommes; devant Dieu, par la pureté de leur conscience; devant les hommes, par une réputation sans tache: « Efliciuntur medii inter Deum et plebem; et ideo debent bona » conscientia niterequoad Deum, et bona fama quoad homines (6). Et cette sainteté doit être non commune : « Ad idoneam executionem Ordinumnon » sufiieit bonitas qnaliscumque, sed requirilur bonitas eœcellens; ut sicut » illi qui Ordinem suscipiunt, super plebem constituuntur gradu Ordinis, » ita et superiores sint merito sanclilalis (7). «Aussi, après avoir fixé l'âge auquel on peut recevoir les Ordres sacrés, le concile de Trente ajoute: « Sciant tamen Episcopi non singulos in ea sclate constitutos debere ad « hos Ordines assumi; sed dignos dunlaxal et quorum probata vila senec- » lus sit (8). » On ne doit, dit le Catéchisme romain, confier le ministère sacré qu'à ceux qui peuvent en remplir les fonctions par la sainteté de leur vie, par leur science, leur foi et leur prudence : a Hujus tanti oflicii » onus nemini lemere imponendum est; sed iis tantum qui illud vilca » sanclitate, doclrina, fide, prudenda suslinere possint (9). »

657. Il n'est pas nécessaire, pour recevoir les Ordres sacrés, d'avoir conservé l'innocence première; mais il faut, de toute nécessité, que celui

(1) Psal. 23. v. S et i. — (2) 1. Tiinoth. c. 3. v. 2, etc. — (3) Ibidem, c. i. v. 12. — (4) Ibidem, c. 6 v. 8, etc. — (5) Tit. e 1. v. 7, etc. — (6) Suppt. quœst. 56 art. 1. — (7) Ibidem, quœst. 55. art. 1.

— (8) Sess. xxin, De rteformaticme, cap. 14. — (9) Catech. concil. Trideut. De Ordiuig sacramentel , § 3.

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