CHAPITRE IL
De V Espérance,
344. L'espérance est une vertu surnaturelle, par laquelle nous attendons avec confiance la béatitude éternelle et les moyens d'y arriver ; parce que Dieu nous les a promis , et qu'il est infiniment bon , tout-pyissant et fidèle en ses promesses.
(1) Le Rédacteur des Conférences d'Angers , sur le Décalogue, conf. ii. quest. 4 , définit l'apostasie : « Un abandon entier qu'une personne baptisée fait de la « foi de Jésus-cbrist, pour professer le judaïsme , le paganisme, le mahomé- « tisnie , Vathéisme ou le déisme, » On trouve la môme notion dans les Instructions sur le Rituel de Toulon, etc.
138 DU DBCALOGL£.
La vie éternelle, et la grâce ou les secours surnaturels pour la mériter , sont l'objet de la vertu d'espérance. Le motif de cette vertu , motif de confiance, se tire de la bonté, de la puissance et de la fidélité de Dieu , qui ne peut manquer à ses engagements.
On peut dire de l'espérance ce que l'Apôtre dit de la foi , que sans elle il est impossible de plaire à Dieu ; elle est donc indispensablement nécessaire au salut , nécessaire de nécessité de moyen. Quelque nombreux , quelque grands , quelque énormes que soient nos péchés et nos crimes, nous devons espérer en la miséricorde de Dieu: si nous espérons, nous pouvons être sauvés; si nous n'espérons pas , il n'y a point de salut pour nous. C'est tomber en enfer que de désespérer de son salut , dit saint Isidore de Séville : « Des- « perare est in infernum descendere (l). »
345. Il y a un précepte particulier pour l'espérance, comme il y en a un pour la foi. Nous sommes donc obligés de faire de temps en temps des actes d'espérance. Le saint-siége a condamné cette proposition : « Homo nullo unquam vitae suae tempore tenetur eli- « cere actum fidei , spei et charitatis , ex vi praeceptorum divino- « rum ad eas virtutes pertinentium (2). »
On doit faire des actes d'espérance ; 1° quand on est parvenu à l'usage parfait de la raison, et qu'on est suffisamment instruit de la fin dernière de l'homme ; 2** quand on est tenté de désespoir : c'est par des actes contraires qu'on résiste à ces sortes de tentations , en demandant au Seigneur qu'il augmente en nous l'espérance ; 3° lorsqu'on est en danger de mort. Dans ce terrible moment, il faut s'unir à Dieu par l'espérance, en se rappelant les mérites infinis de Jésus-Christ, qui est mort pour le salut de tous. 4° On est encore tenu de faire des actes d'espérance de temps en temps pendant la vie. Passer un temps considérable, un mois entier , par exemple , sans faire a'bsolument aucun acte d'espérance, ni explicitement ni implicitement, ce serait, à notre avis, une faute contraire au précepte dont il s'agit.
346. Il est encore d'autres circonstances où le précepte de l'espérance nous oblige indirectement, savoir : 1° quand on éprouve de fortes tentations contre une vertu quelconque, et qu'on est obligé de recourir à Dieu pour obtenir la grâce de les surmonter ; 2" quand on est dans le cas d'accomplir le précepte de la prière ; 3° quand on s'approche des sacrements , surtout s'il s'agit de recevoir le sacrement de la réconciliation.
(1) Lib. de Summo bono, c 13 (2) Décret d'Alexandre VII, de l'an 1665-
DU DÉCALOGUB. 139
Mais pour accomplir le précepte de l'espérance , il n'est pas nécessaire d'en faire des actes explicites. Celui qui récite V Oraison Dominicale , ou qui fait toute autre prière, qui entend dévotement la sainte Messe, qui reçoit un sacrement avec les dispositions requises , fait autant d'actes d'espérance. 11 n'est pas nécessaire d'énoncer le motif de cette vertu, comme il l'est dans les formulés des vertus théologales (l).
347. On pèche contre l'espérance par défaut et pgir excès : par défaut, en tonii)ant dans le désespoir; par excès, en se laissant aller à la présomption. Le désespoir et la présomption peuvent être péchés mortels, i. dépendamment de toute circonstance qui pourrait en changer l'espèce : « Ista duo occidunt animas, dit S. Au- « gustin , aut desperatio aut perversa spes (2). »
Quelquefois ces deux péchés sont accompagnés de pensées contraires à la foi, comme lorsqu'on croit qu'il est impossible d'accomplir les commandements de Dieu ; ou que l'Église n'a pas îe pouvoir de remettre tous les péchés ; ou qu'on peut être sauvé par la foi seule, sans le concours des bonnes œuvres; ou qu'on fera son salut par ses propres forces, sans la grâce, ou par les mérites de Jésus- Christ, sans notre coopération. Dans ces différents cas, le désespoir et la présomption sont tout à ^<x fois contraires à l'espérance et à la foi. Il ne suflirait pas par conséquent de déclarer en confession qu'on s'est rendu coupable de désespoir ou de présomption; il faudrait de plus faire connaître la circonstance qui change l'espèce du péché.
348. On pèche encore par désespoir en plusieurs autres manières: l" quand on désespère d'obtenir le pardon de ses péchés, à cause de leur nombre et de leur énormité ; 2" quand on désespère de pouvoir se corriger de ses mauvaises inclinations , à cause de la force de l'habitude et de l'expérience que l'on a faite de sa faiblesse : ce qui cause la paresse spirituelle et l'endurcissement dans le crime ; 3" lorsque, considérant la grandeur de la gloire céleste et la bassesse de la nature de l'homme , on n'ose pas aspiier à cette gloire, et qu'on s'abandonne aux plaisirs des sens , à la jouissance des biens de cette vie , sans rien faire pour son salut ; 4*^ lorsque, dans l'adversité, on désire la mort ou qu'on se la procure , au lieu de mettre sa confiance en la divine Providence ; car nous devons espérer de la part de Dieu, non-seulement les biens spirituels, mais encore la délivrance des maux de cette vie , ou au moins la grâce de les supporter avec résignation et d'en tirer un plus grand bien ;
(1) Voyez, ci-dessus, le n" 334, etc. — (2) Seim. lxxxiii.
140 DV DECALOGUB.
5° enfin , quand on cesse de prier le Seigneur, parce qu'on n'obtient pas d'abord ce qu'on lui demande dans l'ordre du salut , oubliant que c'est surtout à une prière persévérante que Dieu accorde ses grâces, ou qu'il ne diffère de nous exaucer que pour nous accorder notre demande dans un temps plus favorable.
34 9. On pècbe contre l'espérance par la présomption , quand on continue de pécher dans l'espoir que Dieu nous pardonnera aussi facilement dix péchés, par exemple, qu'il en pardonne cinq ; quand on s'encourage à pécher, en comptant sur la facilité du pardon. Mais celui qui pèche par passion , tout en espérant le pardon , ne pèche pas par présomption. Il en est de même de celui qui persévère dans le péché avec l'espoir de se convertir un jour ; il ne pèche pas précisément contre l'espérance, mais il pèche contre la charité envers lui-même, parce qu'il s'expose évidemment au danger de la damnation éternelle (1).